Saint Bruno assiste au sermon de Raymond Diocrès
H. 1, 93. — L. 1, 30. — Outré par le haut. — T. — Fig. de 1, 00.
Raymond, docteur, chanoine de Notre-Dame de Paris, placé à gauche, prêche devant une nombreuse assemblée, en présence de saint Bruno, qui est sur la droite, tenant un livre sous le bras. Au pied de la chaire, un jeune homme recueille les paroles du docteur et les inscrit sur un livee.
Celle suite a été gravée par Chauveau en 22 feuilles petit infolio et en sens inverse des tableaux ; Sebastien te Clerc en a gravé deux planches avec le titre. — Filhol, t. 9, pl. 686. — I.andon, t. 2, pl. 18.
Collection de Louis XVI. — Les principaux traits de la vie de saint Bruno ' avaient été représentés à fresque dans le petit cloître des Chartreux en 1350 et sur toile en 1508. Ces peintures ayant été presque détruites par le temps, les Chartreux chargèrent le Sueur de renouveler cette décoration pour la troisième fois. Le cloître, dont la porte ouvrait sur la rue d’Enfer, était, suivant Germain Brice, orné de pilastres d’ordre dorique, et les 22 tableaux •de le Suetir, placés dans les arcs formés par les pilastres, se trouvaient séparés par des tables oîi on lisait la vie de saint Bruno écrite en vers latins publiés au xvi' siècle par Jarry. Des figures persigues et des thermes en camaïeu les supportaient. La collection des dessins du I .ouvre possède plusieurs études de ces ligures, et le titre de la Vie de saint Bruno gravé par Chauveau (en sens inverse des tableaux) reproduit la disposition de
SUEUR (le)
l’une de ces tables. Le Sueur ne peignit que quelques-uns de ces ornements, les autres furent faits seulement d’après scs compositions. La décoration du petit cloître des Chartreux, commencée en 1645 (et non en 1649, comme le dit à tort F'élibien), était terminée en 1648, ainsi que le prouve une inscription latine placée au-dessus de la porte. D’Argenviüe prétend que Coassé aida son beau-frère dans ce travail, et indique même plusieurs tableaux comme étant de la main de cet artiste et seulement retouchés par le Sueur ; ce sont, suivant lui, ceux qui portent les n"’ 528, 530, 535 et 542. Sauvai (t. l , p. 440) va même plus loin et dit : « Les tableaux sont de la conduite de le Sueur, dont il y a trois de sa main. » Que le Sueur se soit fait plus ou moins aider, peu importe, l’Histoire de saint Bruno est son œuvre, comme celle de Marie de Médicis est l’œuvre de Rubens. Le Sueur fit de nombreuses études pour ce grand travail, et l'on a réuni dans une salle du 1 .ouvre une précieuse collection de dessins formée primitivement par Francazanl , parent et élève de Salvator fiosa. Orozat en fit l’acquisition : après son décès, ces 146 dessins fur ent achetés 502 livres à sa vente, en 1741, par le marquis de Gouvemet. A la mort de ce dernier, arrivée en 1774, M. Paillet, peintre et marchand de tableaux, s’en rendit adjudicataire ; enfin , ils passèrent dans les mains de M. le Brun, peintre, marchand, et de là au Louvre. D’autres études pour le cloître des Chartreux se voient en outre dans des collections particulières. Les tableaux de le Sueur étant placés assez bas pour qu’on pût y porter facilement la main, et la foule entrant librement dans le cloitre au moment des offices, plusieurs de ces ouvrages éprouvèrent des mutilations. On accusa particulièrement Charles le Brun d’avoir fait défigurer l’œuvre d’un rival. Mariette affirme que des envieux égratignèrent plusieurs têtes des tableaux des Chartreux. Voltaire s’empara de cette tradition, et en parla dans son Discours sur l’envie. Guillet de Saint- Georges et le comte de Cayius disculpèrent avec chaleur le Brun d’ tire si lâche attaque dont il ne se rendit pas coupable , car sa femme prit le bueur pour compère au baptême de Suzanne le Brun, fille de Nicolas le Brun, paysagiste, frère de Charles le Brun. « Quoi qu’il en soit, dit Alexandre Lenoir ( Dictionnaire de la convertalton, t. xxxv, p. 117) , les traces de cette mutilation existaient encore lorsqu’en 1792 je retirai de ce monastère trois tableaux peints sur bois, laissés en place quand le roi Louis XVI avait ordonné d’enlever toute la collection. • Pour empêcher, autant que possible, les détériorations, on fit adapter aux peintures des volets de bois qui fermaient à clef. Sur ces volets étaient peints à l’huile des paysages, et au milieu de ces paysages on avait teprésenté en petit plusieurs des sujets des tableaux que ces volets protégeaient. On lit dans le Mercure de France, août 1776 : a Les révérends pères Chartreux de Paris, instruits des motifs qui ont déterminé le roi à cette acquisition (des tableaux qui ornaient l’hûtel Lambert), ont résolu, dans une assemblée capitulaire, de faire à Sa Majesté l'hommage des tableaux précieux que le Sueur a peints dans leur petit cloitre. En conséquence. Dont Hilarion Robinet, prieur de cette maison, et Dom Félix, de Nonan, procureur général de l’ordre, conduits par le comte d’Angiviller, ont été admis, le 25 juillet, à l’audience de Sa Majesté, et l’ont suppliée, au nom de leur communauté , de vouloir bien réunir ces tableaux à sa magnifique collection. Sa Majesté, en acceptant cette offre, a chargé les députés de témoigner à leur communauté toute la satisfaction qu’elle a du zèle de ces religieux et de leur amour pour le bien public, d 11 paraît néanmoins que cette offre était fort intéressée. Le cloitre tombait en ruines, les religieux ne pouvaient subvenir aux dépenses des réparations et vendirent plutôt les tableaux, qui du reste dépérissaient à cause de Phumidité du lieu, qu’ils ne les donnèrent. Suivant Bachaumont, ils furent estimés 0,000 livres chaque, c'est-à-dire 132,000 livres les vingtdeux, et, de plus, M.de Maurepas promit, lorsque les réparations seraient terminées , de faire exécuter pour le couvent des copies dont le prix avait été estimé à 2,000 livres ; mais le temps s’écoula et la suppression de l’ordre arriva avant que ces promesses aient pu s’exécuter. Le registre
SUEUR (lk)
de caisse des bâtiments du roi, département des arts, année 1787, déposé aux archives du Musée, fournit le document suivant : ■ Aux héritiers du sieur Hnquin, artiste, la somme de 4,200 livres pour faire, avec 9,000 livres ordonnées à compte (à dilf. rentes époques), le parfait payement de 13.200 livres, à quoi montent les restaurations que le sieur liaquin a faite aux 22 tableaux de l'Histoire de saint Bruno, peints par ie Sueur et tirés du cloître des Chartreux à Paris, qu'il a levés de dessus bois et rcmi' sur toile, et ce, à raison de 600 livres par tableau, pendant les années 1778, 1779, 1780, 1781 , 1762 et 1783, suivant inémoiie certifié. ■ Les peintures de te Sueur furent exposées en l’an x (1802), au Musée spécial de l'école française, qui avait été établi dans le palais de Versailles. Transportées ensuite dans la galerie du palais du Sénat, au Luxembourg, en l’an xi(1803).el restaurées de nouveau, elles vimentau Louvre en 1818, lorsque la galerie du Luxembourg fut consacrée aux ouvrages des artistes rivants, du les restaura encore une fuis avant la révolution de 1808, et à cette époque l'administration des .Musées fit rentier aussi au Louvre les volets, en assez mauvais état, au nombre de 17 complets, plus 3 panneaux dépareillés.