‹ Notice des tableaux exposés dans les galeries du Musée national du LouvreChapitre 378 sur 545 · La destinée de Marie de Médicis · texte numérisé non relu

La destinée de Marie de Médicis

H. 3. 9i. — L. 1, 55. — T. — Fig. gr. nat.

Les trois Parques , assises sur des nuages , filent la destinée de Marie de Médicis. Dans la partie supérieure, Junon, tendrement appuyée sur l'épaule de Jupiter, le prie de la laisser assister à la naissance de la princesse.

Gravé par Louis de Chaslillon ( Cale, imp.^. — Landon, t. 3 . pi. k2.

Collection de Louis XIIL — On a vu déjà, dans la biographie de Rubens (page 223), comment et par qui les tableaux de la galerie de Médicis lui furent commandés. A ces détails nous ajouterons les suivants. Les écrivains ne sont pas d'accord sur l'époque précise où Rubens conmiença ces peintures et sur l'année où il les termina; les uns disent qu'il entreprit cette immense tâche en 1620 et qu'il l'accomplit en deux ans: d'autres prétendent qu'il y consacra trois années. Quanta nous, il nous semble démontré qu'il mit la première main à ce travail en 1621, et qu'il l'acheva au commencement de 1625, ainsi que nous l'avons déjà dit ; voici nos preuves. L'accommodement de Marie de Médicis et de Louis XIlî eut lieu seulement le 13 août 1620, à Brissac. Ce ne fut donc qu'après son retour à Paris et à la fin de 1620 que la reine dut penser à la décoration de sa galerie. D'un autre côté , les dates des lettres de Rubens , publiées par MM. Gachard et Emile Cachet, prouvent que le 26 février 1622 Rubens se trotivait à Anvers, mais qu'il avait déjà fait un voyage à Paris. Le 8 juin 1623, il est à Paris; le 12 décembre 162^1, il est à Anvers et dit qu'il espère être prêt dans six semaines; le 10 janvier 1625, il habite encore Anvers, mais il a reçu l'ordre de l'abbé de Saint-Ambroise de se trouvera Paris entre le 2 et le'/i février. Enfin , le 13 mai 1625, il écrit de Paris à Peiresc et se plaint amèrement du retard qu'on met à satisfaire ses honoraires pour la galerie déjà placée. 11 pense que le prochain mariag*

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de la princesse Henriette avec Charles P' est la cause de ce retard , et il craint de n'être payé qu'après la Pentecôte. Rubens peignit les vingt-une compositions dans son superbe atelier d'Anvers ; mais auparavant il en fît à Paris, sous les yeux de la reine , les esquisses en grisaille , que Depiles vit chez l'abbé de Saint-Ambroise , aumônier de la reine-mère , grand amateur de peinture, qui fut constamment l'intermédiaire entre Rubens et Marie de Médicis pour tout ce qui touchait aux travaux de la galerie. Dix-huit d'entre elles font maintenant partie de la galerie de Munich ; ce sont celles des dix-sept peintures portant les n"* ^35-it39, ij^l-/i50, ^2-453 ; plus une qui représente la reine reléguée au château de Blois, et qui n'a pas été exécutée. Surchargé de travaux, Rubens, à partir de 1620, se fît considérablement aider par ses élèves, ne peignant que les parties principales et retouchant le reste avec une immense habileté. Il ne faut pas oublier que les élèves de Rubens étaient alors van Dyck (il ne dut pas, toutefois travailler beaucoup à la galerie de Médicis, puisqu'il partit pour Rome le 3 octobre 1621), «iustus van Eginont, Jakob Jordaens, Pieter van Mol , Cornélius schut , «oban van Hoeck, Simon de Vos, Deodat Delniont, Nicolas van der Horst, Snyders, Lucas van Uden, woniper et fVildens ; ces quatre derniers faisaient principalement les animaux et les paysages. C'est à Paris que Rubens mit la dernière main à ces tableaux et aux nombreux portraits qu'ils renferment. Ils furent placés dans une galerie attenante à la chambre de la reine , galerie percée de neuf fenêtres sur la cour et de neuf fenêtres sur le jardin. La Destinée de Marie de Médicis occupait l'espace entre la porte et la première fenêtre du côté du jardin • les autres compositions couvraient les entre-deux de fenêtres suivant l'ordre où elles sont classées dans cette iNotice. Le Couronnement se trouvait après la neuvième fenêtre; V Apothéose de Henri IV et le Gouvernement de la reins remplissaient la largeur de l'extrémité de la galerie ; puis, en retour et entre les croisées, se déroulait le reste de l'histoire de Marie de Médicis, terminée par le Triomphe de la Vérité. Enfin, au-dessus de la cheminée construite entre les deux portes conduisant dans les appartements de la reine, on voyait son portrait en Bellone (n" ^57), et de chaque côté les portraits de son père et de sa mère (n°* 055 et/t56). La galerie immortalisée par le pinceau de Ruliens n'existe plus ; elle fut détruite presqu'en partie et remaniée pour faire place à Tescalier d'honneur conduisant au Sénat et à des salles situées à l'extrémité de la terrasse. L'intention de la reine était de construire une deuxième galerie parallèle à la première, où serait représentée l'histoire de Henri IV. Cette galerie, qu'elle fit commencer, mais que ses malheurs l'empêchèrent d'achever , ne fut terminée que plus tard. Elle est maintenant consacrée à l'exposition des ouvrages des artistes français modernes. Bien que Rubens se plaigne à plusieurs reprises, dans ses lettres, du retard apporté au paiement de ses honoraires, et qu'il s'ennuie, dit-il, « cette cour oi( il pourrait bien arriver qu'il ne revînt pas facilement si on ne le satisfait pas aussi ponctuellement qu'il l'a fait pour le service de la reine-mère, il paraît cependant que l'entreprise de la galerie n'avait Tpas été très onéreuse , comme il l'avance pourtant dans une autre lettre où il énumère ses frais de voyage, la perte de son temps et l'oubli d'une récompense extraordinaire, car il avait accepté de peindre l'histoire de Henri lY pour la deuxième galerie, et se montra fort préoccupé de la nouvelle qui lui était parvenue qu'un peintre italien devait lui ravir ce travail. La nouvelle n'était pas fausse, comme on essaya de le lui faire croire ensuite ; le peintre italien qu'on voulait opposer à Rubens était le cavalier d'Arpino, et le protecteur le cardinal de Richelieu, qui commandait des tableaux à Rubens afin de le rassurer, pendant qu'il écrivait à la reine une lettre où se trouve ce paragraphe : « Madame, j'ai creu que votre ilajesté n'aurait pas désagréable que je luy dise que j'estime qu'il seroit à propos qu'elle fît peindre la galerie de son palais par Josepin, qui ne désire que d'avoir l'honneur de la servir et d'entreprendre et parachever cet ouwage pour le prix que

Rebens a eu de l'autre galerie qu'il a peinte.» Après quelques nouvelles politiques: «Vostre Majesté excusera, s'il lui plaist, la hardiesse que je prends de lui envoyer deniye douxaine de paires de gands que l'on m'a apporté de Rome. Suze, le 22apvrill029.» Quoi qu'il en soit, Uubens resta définitivement chargé du travail. On voit, par sa correspondance , qu'au mois de février 1626, la reine n'avait pas encore choisi les sujets; qu'à la fin de l'année ou au commencement du mois de janvier 1627 il avait fait un voyage à Paris, où ses intérêts autant que la politique devaient l'attirer, et que dans le mois d'octobre ou novembre 1630 il avait déjà mis la main à l'ceuvre. La preuve en est fournie par le passage suivant d'une de ses lettres, curieuse à plus d'un titre, car elle est du très petit nombre de celles écrites en français, Rubens employant presque toujours les langues italienne, latine ou flamande. Après les plus chaleureuses protestations de dévouement pour l'abbé de Saint-Ambroise, il ajoute : « Et pour le présent, je ne scay pas qu'il y a aulcun différent entre nous, sinon quelque malentendu louchant les mesures et symmetries de ceste galerie de Henry le Grand. Je vous supplie d'entendre s'il y a rayson en mon endroict, me remettant entièrement à votre jugement. On m'a envoyé les mesures de tous les tableaux dès le commencement, les accompagnant, M. l'abbé, de ses lettres, fort exactement selon la coustume; et, m'ayant gouverné selon ses ordres, et fort avansé quelques pièces des; plus grandes et des plus importantes, comme le Triomphe du Roy, au fond de la galerie; depuis, le mesme Mons"" l'Abbé de St-Ambroyse me retranche deux pieds de la haulteur des tableaux, et aussi il hausse tous les frontispices sur les huys et portes qui percent en quelques endroits les tableaux que sans remède je suis contrainct d'estropier, gaster et changer quasi tout ce que j'ai faict. Je confesse que je l'ay senti fort, et plaint à Mons. l'Abbé mesme (nul autre) le priant , pour ne couper la teste au Roy assis sur son chariot triumphal, me faire grâce d'un demy-pied, aussi, luy remonstrant l'incommodité de l'accroyssement des portes susdittes , etc. » L'ébauche de ce Triomphe du roi, ainsi que celle de la bataille d'Ivry, se voient maintenant à la galerie de Florence; un sujet allégorique relatif à Henri JV, que M. d'Argenville possédait en 1736 dans sa collection ; une esquisse appartenant probablement aussi à cette série et représentant le roi agitant ime branche de laurier et emmenant Marie de Médicis sous les auspices de rilyménée, qui plane au-dessus de leur lète, esquisse qui appartenait au général Phippes, en Angleterre; enfin, une figure de la France, sous les traits de Marie de Médicis, tenant les balances de la Justice et couronnée par des génies, tableau qui a pu être destiné à figurer dans cette galerie et qui est dans la possession de M. Louis Lacaze, sont les seuls débris connus de cette galerie que l'exil ne permit pas à la reine d'achever.

435 . Naissance de Marie de Médicis, le 26 avril 1 575, à Florence.

H. 3, 91. — L. 2, 93. — T. — Fig. gr. nal.

Lucine, déesse qui préside aux naissances, tenant le flambeau de la vie, remet la petite princesse dans les mains de la ville de Florence, assise devant la porte d'un édifice. Deux enfants soutiennent un ccusson à une fleur de lis; et le fleuve Arno, sur lequel un lion s'appuie, se repose près d'une toufl'e de roseaux. Les heures

fortunées répandent des fleurs sur Marie de Médicis, et son bon génie, portant une corne d'abondance d'où sortent les insignes de la royauté, vole annoncer sa naissance, dont le mois est indiqué par le signe du Sagittaire que l'on aperçoit dans le ciel.

Gravé par G. Duchange [Cale, imp.).— Landan, t. 3, pi. 43. Collection de Louis XIII.

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