Mort de Turenne. — 21 juillet
Par M . Ghabord en 1819 . — H. 2,29. ^ L. 2,11 .
a n monta à cheval , dit M°»® de Sévigné, le samedi à deux heures, après avoir mangé ; et comme il y avoit bien des gens avec lui, il les laissa tous à trente pas de la hauteur où il vouloit aUer, et dit au petit d'Elbeuf : « Mon neveu, demeurez là ; vous ne faites que tourner autour de moi, vous me feriez reconnoître » . M. d'Hamilton, qui se trouva près de l'endroit où il alloit, lui dit : «Monsieur, venez par ici, on tirera du côté où vous allez ». v Monsieur, lui dit-il, vous avez raison, je neveux point du tout être tué aujourd'hui ; cela sera le mieux du monde ». Il eut à peine tourné son cheval, qu'il aperçut Saint-Hilaire (lieutenant de llartillerie) , le chapeau à la main, qui lui dit : « Monsieur, jetez les yeux sur cette batterie, que je viens de faire placer là ». M^ de Turenne
revint, et dans l'instant, sans être arrêté, il eut le bras et le corps fracassés du même coup qui emporta le bras et la main qui tenoit le chapeau de Saint-Hilaire. Ce gentilhomme, qui le regardoit toujours, ne le voit point tomber : le cheval l'emporte où il a voit laissé le petit d'Elbeuf ; il étoit penché le nez sur l'arçon. Dans ce moment le cheval s'arrête, l^néros tombe entre les bras de ses gens; il ouvre deux fois de grands yeux et la bouche, et demeure tranquille pour jamais. Songez qu'il étoit mort, et quïl avoit une partie du cœur emportée ».
Le même coup qui frappa Turenne emporta le bras de Saint- Hilaire; et comme son fils tout en larmes le serrait entre ses bras, on connaît la réponse qu'il lui ût : a Ce n'est pas moi, c'est ce grand homme qu'il faut pleurer ».