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Notice historique et descriptive de l'église cathédrale de SaintPierre de Beauvais

Depuis que la paix a rétabli les relations de la France avec les autres contrées de l'Europe, rétwde des monumens du moyen-âge, si longtemps négligée parmi nous , a été cultivée avec une ardeur à laquelle on ne saurait refuser de justes éloges, et un caractère véritablement national. L'admiration que manifestent les étrangers, à Taspect de ces édifices, a excité notre orgueil , et reveillé l'attention sur le caractère original de leur structure : mieux appréciés , ils ont été l'objet de savantes recherches et de des^ criplions intéressantes.

Si la KoriiiaïKlic, a dilua savant étranger (j), eàt la terre des EgJises et des Châteaux, Xof ^ Picardie iic lui cède eu rien , f-af la îiiultiludt- , .la rictiesse et réléganœ de ses luonumens religieux , parmi lesquels on doit distinguer les Cathédrales d'Amiens et de Beau vais, remarquables par la vaste étendue de leurs dimensioua et la beauté de leur artîhiteclure. La Githëdrale de Beauvais n'a été décrite que très-superllciellement dans leis ouvrages publiés sur' celte ancienne cité. Le désir de faire connaît le ce monumeiil, m'a «nga^é à réunir * dans celte notice, ' les ' détdiîs lés ptiis intëressans de son histoire et de sa structure ;9 dans la vue de satisfaire la curiosité des, amateurs.

Plusieurs auteurs prétendent que Tan 56 de Jésus-Cbristy deuxième anoée de Tlilnipire de •Néron , époque à laquelle fes murs de la cité de Beauvais furent construits , i'eglise de la Basse- OEwre, qui a précédé l^édifice actuel de la Cathédrale , fut aossr bâtie pour servir de temple aux payeus, et celte assertiou est, dit-on, fondée en

(il Le révérend l:. F. Diiidin , Foyav^t bibtio^raphîfjuc ^ archtolog'ujue et pittonsijUii m i\aniiandic , traduit de l'anglais par Th. Licq4jet j U.uien , Frère, Libraire. 2 vol. iii-8". Les deux uutrcii volunies ont v.lti tritduits par M. Crapclct, Imprimeur- Libraire , Membre de la Société royale de» Auti^uaires,,

partie sur la conformité des travaux de maçonnerie, qui se manifeste aux yeux des connaisseurs dans Tinspection de leur construction respective.

Lorsque Saint Lucien, premier Evêque de ' Beauvais sous l'Empire de Dèce, vint y apporter la lumière de l'Evangile, vers Fan a45 (d'autres disent sous Julien l'Apostat) , ce temple servit, dit-on , pendant long-temps de Cathédrale , et fut dédié par la suite sous l'invocation de la Sainte Flerge et de Saint Pierre. Cette ancienne église s'appelait la Basse-OEiwre , pour la distinguer de la nouvelle, que l'on désignait ordinairement sous la dénomination de Haute^ OEuvre. 11 est vraisemblable que la Basse-OEuvre était l'église baptismale de la ville, suivant l'ancien usage qui n'admettait qu'un seul baptistère dans chaque cité ; c'est la raison pour laquelle on y portait autrefois les en fans aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte , en mémoire de cet ancien droit dont cette coutume était une espèce de reconnaissance, (i) -

Quelle que soit l'assertion citée ci-dessus, il est reconnu que la construction de la Basse- OEuvre ( sur l'emplacement de laquelle devait

(i) Supplément à l'histoire du Beauvaisis , par Simon , Conseiller au Présidial de Beauvais. Paris l'^oi, pages 52 et suivantes.

éttt élevée la iie£ de l'édifice actud ) est mcMi<teetablement ûn troisième siècle.; les assises alternatives de pierres et de briques « la coas-r traction des onvectores et des dntres, une

espèce d'Opus reticuîatiim , qui couvre ses murailles y trois statuettes nues, placées au^4essua de l'arcade prindpale, les dessins du cintre de cette arcade , indiquent une bàtiss^ de celle ^poqne. (i) Toutes les traditions s'accotdént a dire que cet ancien temple payen fut converti en une église chrétienne vers le milieu. d,u quatrième siède, et servit de 'Cathédrale jus*** qu'à la fin du dixième siècle, époque vers laquelle on renoovda les anciennes églises, an rapport de Rodolphe Glaber^ historien contemporain. (2)

Les premiers fondemens de Taucienne Catliédrale de Beanvais forent jetés vers Tannée ggt , par Hervée, quarantième Evoque de celle ville. Roger sou successeur, élu £véque en 996, çon^ tinoa de faire travailler aux fondemena de cette église commencée par son prédécesseur; Ton

deva huit piliers pour soutenir l'enceinte du

« (1) Cet antique ëdiûce sert niaintejiaat d« chantier à un marchand de bois.

(a) Glab. Radulpu. hist, sui Ump. lib. IH, cap.

IV. D. Bouquet, toni. X. pag. 19. — Cambby, Dtscrip^ tion du déparUmenl de l'Oise* PoriSf i8o5t tom. IL pag. 225.

mxcUmïe- et ce qui compose Fenaenible dtx

rond-point , à la suite desquels on ajouta sur deux ligues parallèles ^ de gros piliers sur chaque fac ;e , pour achever la constructioo du choeur»

Les statues des Saints , patrons du Diocèse , furent placées ' au-dessous des. chapiteaux des piliers , cl celle de Saint Lucien, premier Evêque de Beau vais ) fut mise au premier pilier qui supporte l'une des deux retombées de l'arc ogive du fond du sanctuaiie. Il y était représenté irevétu de ses ornemens pontificaux.

• Cette Eglise, bâtie avec une sorte de magniiicence par les £véques Hervée , Roger et leurs sucoeiseurs, fut incendiée à deux différentcfs reprises en 1180 et 1226. C'est à celle dernière époque que Miles de JNanteuil, £véque de Beauvais, entreprit de rebâtir sur lin plan beaucoup plus vaste , celle que nous voyons aujourd'hui; pour lui en faciliter les mo3ren8, il fut arrêté qu'il serait prélevé chaque année la dixième partie du revenu de Tevéque et des ohanoioes, pendant dix ans, et la première année des cures vacantes dans le diocèse. (1 )

Gonune les piliers du chœur avaient été placés

(t) LouTET, Histoire et Antiquités du diocèse de Beaii^ vais . Beauvais , 1 635 , tome it , pages 3o8 et 563. SmoN , SuppUmM à l'histoire du Bumains, page iod«

à une trop grande diâtanoe l'an de Fautie^rils ne purent âontenir la voAte qui s'écroula , malgré les précautions que roo avait prises en izu5f pour en préraiir ia châte , en plaçant dee tirans et des chaînes de fer entre les deok murs de iace^ pour en empèolier réoarleinent : on Yoit encore au-dessœ des piliers du chcenr , quelques-uns des crampons de ier qui servirent à acçroçher les tirans* Ties Toûtes furent reconstruites'et ache* vées en 1272, la veille de la fête de la Toussaint. Mais comme l'on n'avait pas em^yé les moywê susceptibles d'en assurer la solidité, elles s^écrou- Icrent de nouveau , douze ans après , le ag novemtoe i3S4. Leur cliÀte . entraim celle de plusieurs piliers extérieurs, quelques-uns de ceux qui soutiennent les deux murs de lace dans Fintérienr du eheenr furent brisés. Cet accident ayant prouvé l'insuffisance des lirans en fer, pour empêcher le déversement des piliers, qui , par rapport à leur trop grand escarpement, et leur élévation extraordinaife.^ ne présentaient pas assez de résistance , pour con* trebuter la poussée des voûtes, on prit le parti d'élever des piliers et dessarcs intermédiaires de forme ogive, dans Pespaoement des anciens piliers du chœur pour en fortiûer les points d'appuis el empêcher toute espèce de mouve-

(Il)

méat. Où employa «quarante ans à ces réparalions, et pendant cet espace de tcraps, on célébra Tofliiue divin dans l'églLse. de ïdi Beisse-Otavre.

En:i338, l'Evéqaede Beauvsiset son chapitre, voulant faire achever le chœur de cette vaste basilique, choi^r^ Ëogœrrand, surnommé le RicJw , architecte fort habile, pour Texécution de cet iui|X>rtant travail. Ses dessins ayant été agréés par FEvèqne Jean de Marigni, les travaux lurent commences et continués avec ardeur pendant plusi^ra années.; mais les guerres intestines qùi désolèrent la France à phiiiieurs reprises pendant pins d'un siècle, et l'occupation 4' une granide partie -de son territoire par les années anglaises, inlenonipirciit cette eoristruotion, qui ne fut reprise que le ai mai •de l'an 1600, -sous Pépiscopat^de Villers-de-nie- Adam j qui posa la première pierre de la croisée «avec un cérémonial pompeux, aprèsavoir célébré la grande messe. Ce prélat fit aussi rebàtij" la majeure partie du Paiais-Episcopal , ainsi que le •château de Bresles, maison de plaisance des •Evèques de Beau vais. • .

Jean Waast, beauvaisin , et Martin Cambiche de Paris , tous deux architectes et maîtres ma-, ^ons , furent cliargés de diriger les travaux de la Cathédrale. Les maîtres de l'œuvre ( disent les

* registres du Chapitre ) ggignaient/par jour cinq

sous tournois et un pain de chapitre; ils étaient en outre loges, et toucbaieat vingt francs par an. Les oompagnoDs maçons gagnaient deux sons tournois par jour. La pierre de la carrière , dite de SainS-Pierre, coûtait cîag deniers le pied de roi, et autant pour Famener à sa destination* L'Ëvéque de Beau vais, accorda la permission de £ûre uaage de beurre én carême a ceux qui

contribueraient par leurs auuiûnes à rexecutioa de cette grande entreprise. On faisait la cueillette ( collecte ) dans la ville et le diocèse ; mais eu i5i4i la ciiariLë des fidèles s'étant refroidie, les travaux étaient pràs de cesser, locsqu'oa eut recours au roi Louis XII , qui accorda un octroi de deux deniers tournois sur chaque minol ou quintal de sel vendu dans ses greniers des géiieialites de Languedoc et de Normandie. Les libéralités du Hoi se montent par les comptes de i53a, à 4,690 livres 9 deniers. La dépense cte la même année pour la continuâtiou des travaux de cet édifice, se monte à la somme de 4,955 livres 5 sons 4 deniers. François I contribua à ces dépenses, avec la même munificence que son prédécesseur.

Après le décès de Jean VVuasl et de Martin

V/iM E DE LYOÎS

Cambiche (i) , Jean Waast Msy et F|'anç<^^ Maréchal , architeotes^trepceoeurft de maçon--, uerie, eurent la conduite des travaux de la.

oroisée de celte ëglise» qui furent achevés eu i565. Mais au lieu d'achever la nef (dont ces architectes avaient commencé une travée ), la renommée ayant publié les spccès de Michel- Ange dans la construction de la coupole de Saint-Pierre de Rome y ces architectes voulant prouver que le style gothique était susceptible d'égaler les ordres grecs et romains en hauteur, élevèient au-dessus de la partie centrale de la croisée, une tour pyramidale de a88 pieds de hauteur , et dont la base avait 4^ pieds de largeur sur chaque face. La tour qui servait de base à cette pyramide , percée à jour de toutes parts, étoit ornée de vitres peintes, et ses quatre angles surmontés d'obélisques qui se^rattachaient au corps de la pyramide octogone , par plusieurs arcs très-délicats. L'ictérieur de cette tour était voûté en ogive, on pouvait en considérer toute

(0 Independemmeat des travaux de la Catlie'drale de Beauvais, dont Martin Cambiche ou Cambriche eut la direction, le Chapitre de la Cathédrale de ,Troyes traita en i5o8, avec cet architecte, pour conduire ceux de la tour de Saint-Pierre de la même église , élevée sur set dessins , et doot les fiindemens avaient été jetés en iSçG. GR08T.ET, EphénUridcs Tny^tnius, Paris 181 1 , tome II. pages 269 et 270*

la lianleur, dans Tëglise. On peut juger de l'eflet imposant que devait produire l'aspect de cette tour pyramidale, qui a'ëlevoit, y compris la croix , à 455 pieds au-dessus du sol de l'édifice, tant il est vrai que la direction vers le haut prédominait dans toutes les proportions de ces édifices , et les lignes perpendiculaires et pyramidales dans tous les autres membres. Ce fut par la grande élévation que les hommes de ces temps reculés, cherchèrent à imprimer une haute idée de la majesté divine, en frappant les yeux d'étonnement par la hauteur prodigieuse qu'ils donnèrent à leurs tours.

Dans les jours de solennités religieuses, on plaçait au milieu de la pyramide une grande lampe ardente, et cette espèce de phare , que Fou apercevait à de très-grandes distances , semblait indiquer que le temple du Seigneur est le véritable poit du salut. (1)

Cette tour pyramidale qui fut treize ans à bâtir, ne subsista que cinq ans, elle s'écroula ea 1573, le jour de l'Ascension , tandis que le clergo

(1) Le dessin de l'ancien Clocher, d'après lequel on a réduit celui de la lithographie qui orne celte notice , a clé communiqué avec beaucoup d'obligeance par M. Doi^cbmy j Capitaine de cavalerie en retraite, à Saint-Lucien , près Beauvais. Cet amateur possède également plusieurs autres dessins de cet Edifice , tant des parties rxécutées que de celles qui avaient été projetées, pour compléter sou ensemble.

el le peuple êtaietit a la procesiiiou que Ton faisait dans la vill|^. La veille , vers lescHr,.queltquespeliles pierres se détachèreatpar ii i Le rv ailes, de la Umr, et lurent las triâtes préludes de cet accident. Le jour de l'A^oeiision, le maître maçon de Tédilice , chargé de faire la visite de la tour y y monta; s'étant aperça du danger imminent qui la menaçait, il cria au peuple assemblé dans TégUse , qu'il eut à se retirer très- prompte xvent : il n'était pas encore descendu, lorsque la tour s'écroula avec un fracas épouvantable qui couvrit la ville d'une poussière épaisse. Mais heureusement les fidèles qui suivaient la procession» avai eut eu le temps de sortir de l'Eglise sans éprouver aucun accident. La chu te de cette tour, qui avait été prédile, fat provoquée faute d'avoir contrebuté la poussée extraordinaire des deux gros piliers du c6të de la nef, en âevant prëala* bleinent les murs de cette partie de l'église, dont la résistaxice aurait empêché le déversement de ces piliers sur lesquels s'appuyait d'un côté la base de la tour pyramidale. La cause de la chute de l'un des piUers fut également attribuée au vide ménagé dans son épaisseur, pour y pratiquer un escalier , ce qui contribua à l'ai&iblir. (i)

(i) LouvET , Histoire et AntiquiUs du diocèse ^ Bcauvais^ Tome II. pag« 65; et 63ti.

• On s'empressa de déblayer l'église des décombres, et de procéder à ses réparations. Pour fermer la partie centrale de la croisée que Técroulement de la pyramide avait laissée à découvert , on construisit une voûte en bois, semblable à celle du chœur; le comble fut refait, et Von éleva au-dessus un clocher couvert en plomb pour remplaçer l'ancien. En 1676, on y plaça quatre cloches qui avaient été bénies le 3o septembre de la même année. Ces réparations furent faites avec les libéralités du roi Qiarles IX , et du cardinal Qiarles de Bourbon, Evoque de Beauvais.

Les voûtes de la croisée, qui avaient été aussi endommagées, par suite de cet événement, furent réparées jusqu'au portail du côté de la rue Saint-Pierre, que l'on devait à la munificence du roi François 1. Ce monarque voulant manifester sa reconnaissance envers le Chapitre de la Cathédrale, dont il avait reçu des secours, (1) le fit terminer au retour de sa captivité en Espagne, qui eut lieu en i525.

La croisée de Téglise étant achevée, on continaa à élever les deux premières travées de la

(i) Le Chapitre offrit à l'Etat une partie des riciiesses du trésor de son e'glise , pour subvenir aux frais de la rançon du Roi François l.

nef du coteau chœur, dont les foudemeus avaieafc ëtë jetés depuis loof^temps; mais l^nsuffisaiice des sommes destinées à cette immense constructbn ^ forcèsent l'Ëvéque et le Chapitre de sùs* pendre les travaux et de faire clorfe par un inur de refend qui s'élève jusqu'à la voûte, cette partie de l'Oise qui est restée iinparlaite jusqu'à ce jour, et qu'il serait à désirer que l'on achevât, pour compléter reosemUe de cet édifice, qui offrirait un aspect admiiràUe.

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