‹ Notice historique et descriptive sur la cathédrale de Meaux [Texte imprimé]Chapitre 1 sur 5 · ORIGINE DE LA CATHÉDRALE, ET DIVERSES ÉPOQUES DE SA CONSTRUCTION · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA CATHÉDRALE, ET DIVERSES ÉPOQUES DE SA CONSTRUCTION

L’histoire de nos Cathédrales se lie d’ordinaire à celle de la Cite' dont elles font l’ornement. Les Romains dominaient encore dans les Gaules lorsque le Christianisme y fut prêché , et la division civile du territoire fut adoptée comme circonscription ecclésiastique. Dès le IV* siècle, le chef-lieu de chaque Province romaine, Civitas Metropolis, devint le siège d’un Evêque métropolitain , appelé depuis Archevêque j et chaque ville de la Province ayant le rang de. Cité, devint le siège d’un Evêque suflfragant du Métropolitain. Meaux, Civitas Meldensium, faisait alors partie de la quatrième Lyonnaise, dont la capitale était Sens, Metropolis Civitas Senonum ; aussi, l'Evêché de Meaux fut-il suifragant de Sens jusqu’en 1622 , époque à laquelle Paris fut érigé en Archevêché.

Selon la tradition de l’Eglise de Meaux, saint Denis, Apôtre de Paris, prêcha aussi la foi aux Meldois, dans le III* siècle. Saint SaintiD , son disciple , fut leur premier Evêque; et après.

avoir cto' aussi Evêque de Verdun , il revint mourir à Meaux , vers l’an 355 . (Brev. de Meaux, 1 1 octobre.)

On ne sait absolument rien de la première Cathe'drale qui dut être construite à Meaux dès le temps de ses premiers Evêques. La ville ayant été pillée et presque détruite à plusieurs reprises par les Normands, dans le cours du IX e siècle ( 865 , 887, 891), •on Eglise fut indubitablement ruinée, comme tant d’autres qui eurent le meme sort à cette malheureuse époque. Des fouilles récentes ont laissé apercevoir, à plusieurs mètres au-dessous du sol , des traces de ces incendies.

On a dit que l’ancienne Cathédrale était placée au faubourg de Chaâgc; mais cette opinion n’est prouvée par aucune pièce authentique.

Nous ne savons rien non plus du vocable sous lequel la première Cathédrale fut dédiée. La Cathédrale actuelle porte le titre de Saint Etienne; mais elle reconnaît aussi la sainte Vierge pour patronne, et des actes authentiques des XI* et Xll* siècles prouvent que dès lors la Cathédrale de Meaux était dédiée à la sainte Vierge et à saint Etienne. On peut consulter, dans le 2* tome de l’histoire de l’Eglise de Meaux , par Toussaint Duplessis, les pièces justificatives n** 7, 28 , 48 7 49 » > > 4 1 etc.

Quant à l’époque de sa construction , Toussaint Duplessis (tome 1 , page 108) nous apprend que l’Evêque Gautier , surnommé Saveyr (le sage ou le savant), mourut en 1082 , et fut enterré dans sa Cathédrale , qu’il avait fait rebâtir à neuf. Cette assertion est fondée sur une épitaphe de Gautier, faite par le sous-diacre Fulcoïus , auteur du XI* siècle ; mais cette pièce me semble suspecte d’exagération, à en juger par les autres vers du même Fulcoïus, cités par Toussaint Duplessis, tome 11 , page 462.

Une charte de Thibaut III, Comte de Champagne, assigne 20 livres de rente aux Chanoines de l’Eglise Cathédrale de Saint Etienne de Meaux , dans laquelle reposait le corps de sa mère, la Princesse Marie, fille de Louis-le-Jeune, morte en 1 198. (tome II, n° 191.) On ne peut douter que cette Princesse, digne épouse du Comte Henri, qui mérita le surnom de Libéral, et auquel la ville de Meaux doit l’établissement de sa Commune (1179), n’ait été une des bienfaitrices de l’Eglise de Meaux. Ou

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lit dans les mémoires de Lenfant , procureur à Meaux , qui vivait au XVI e siècle , que lors du pillage de la Cathédrale par les Huguenots , ils n’épargnèrent pas le tombeau et la statue de la Comtesse Marie, qui étaient placés entre les deux colonnes du Sanctuaire , du côté de l’Evangile. Un cierge allumé était entretenu perpétuellement devant cette statue, aux frais duDomaine; et après les encensemcns de l’autel et du chœur, l’officiant finissait par lui donner trois coups d’encens : ce qu’on appelait le coup de la Comtesse. (Extrait d’un petit manuscrit de l’abbé Ledieu , daté de 1707, et conservé dans la bibliothèque de M. Dassy.)

On lit encore dans Toussaint Duplessis (tome I, page 248) , que Jean de Poincy résolut de continuer le bâtiment de la Cathédrale, qui avait été entrepris sous Gautier Saveyr, mais qui tombait en ruine pour la plus grande partie. En conséquence, il fut arrêté dans un Chapitre général, tenu en 1268, qu’outre les aumônes dont les fidèles contribueraient pour la perfection de ce grand ouvrage , on prendrait encore une année du revenu de tous les bénéfices qui viendraient à vaquer dans le diocèse, pendant l’espace de dix années. Adam de Vaudoy fit renouveler cette imposition dans un second Chapitre général, tenu en 1 282. Il ne sera pas inutile de citer ici quelques passages de l’acte de j 268. On jugera mieux , d’après ce texte, de l’état de l’édifice à cette époque.

« Quoniam tam décora , tam nobilis structura nostræ Mel- » densis Ecclesiæ, tum propter sui necessitatem , tum propter » materiæ vitium in suis parietibus et columnis, innumeras de- » molitiones patitur et fissuras , per quas ipsius Ecclesiæ ruina » timetur horribilis... Verum , quia ad reparationem , imô quasi » ad omnimodam refectionem structura tam mirificæ de neces- » sitate expédiât expensas et sumptus innumerabiles exhiberi...» (tome II , n° 595.)

Jeanne de Navarre, dernière héritière de Champagne, qui avait épousé Philippe-le-Bel , et qui mourut en i 3 o 4 , institua Simon Festu, Evêque de Meaux , son exécuteur testamentaire. Cette princesse est mise au nombre des bienfaitrices de l’Eglise de Meaux j et l’on pense que Simon Fesfu, mort en 1 3 1 7 , employa ses largesses à la construction des voûtes du rond-point et

de la flèche. (Toussaint Duplessis , tome I, pages 253 et 3oi.)

D’après le nécrologe du Chapitre de Meaux , on célébrait le 7 janvier une messe solennelle pour Philippe-le-Bel et Jeanne de Navarre, qui avaient conce'de' une place près de la porte épiscopale pour agrandir l’Eglise. Ratione concessionis plate.œ juxta portant episcopalem ad perfectionern longitudinis Ecclesûe Meldensis.

Quelques anne'es plus tard, Charles-le-Bel abandonna au Chapitre cinq pieds de terrain pour agrandir la Chapelle que l’on construisait, entre celle de la sainte Vierge et celle de saint Jacques. L’acte de concession est date' de Vincennes, au mois de mars i32i. (Tome II, n“ 460.)

En i55i , Jean Rose fondait la Chapelle du saint Sacrement, et l’acte suppose l’existence de la porte voisine sur la grande rue.

En 1390, Charles VI ordonna au bailli de Meaux de faire contribuer les habitans à l’achèvement de la Cathe'drale.

Jean-du-Drac , qui occupa le siège épiscopal de 1 4^8 à i 473, fit commencer la tour du nord, qui ne fut achevée que vers i53o. Le même Evêque faisait poursuivre les travaux de la nef; et l’on reconnaît ses armes ou son symbole dans les dragons grimpans, que l’on voit au troisième pilier du côté droit de la nef.

Jean Lhuillier, dont l’épiscopat embrasse les dernières années du XV e siècle (i483-i5oo), paraît avoir mis aussi beaucoup de zèle à la construction de la Cathédrale. On voit ses armes au quatrième pilier du même côté de la nef. Son écusson porte trois coquilles, et est surmonté d’une crosse. Dans un synode du 19 septembre 149% ce Prélat recommande les quêtes pour la Cathédrale, et accorde quarante jours d’indulgence aux fidèles qui contribueraient à cette bonne œuvre. (Tome II , n» 11.)

La ville de Meaux contribuait de son côté aux dépenses de la Cathédrale; elle donna, en i4g3 , 24° livres ; en 1 494 s 200; en 149^ 1 2 4° i en '5o6 ou i5o5 , 100; en i5io , 170.

Le Chanoine Jean de Marcilly, mort en i5o6, fit faire le portail sous la tour, et fonda la Chapelle de l’Annonciation. Il fit représenter , dans le bas-relief de ce portail, l’histoire de saiut Jean-Baptiste, à cause qu’il s’appelait Jean , et aussi parce

que c’était la porte du côte' du baptistère , qui e'tait place dans la croisée, vis-à-vis l’autel de saint Jean-Baptiste. (Mss. de Ledieu , 16.)

Un autre Chanoine, Pierre de Fabri, fonda vers i 5 m la Chapelle de là Visitation , et fit construire le bas-côté septentrional de la nef.

11 restait à élever la tour du midi ; mais les guerres de religion qui survinrent ne permirent pas de pousser plus loin cette grande entreprise , et l’on n’a pu même réparer convenablement jusqu’ici toutes les pertes que la Cathédrale eut à essuyer à cette déplorable époque de notre histoire.

Après avoir ainsi rappelé les documens imparfaits que l’histoire nous a transmis sur la construction de la Cathédrale de Meaux , je n’ai pas besoin de dire combien est erronée l’opinion de ceux qui attribuent à Gautier Saveyr le magnifique chœur que nous admirons aujourd’hui. En examinant les différentes parties de la Cathédrale, sous le rapport archéologique, on y reconnaît, au premier coup d’œil, plusieurs styles bien différens , mais appartenant tous à la période gothique. Les expressions employées dans l’acte de 1268 nous donnent, il est vrai, une haute idée de la Cathédrale qu’il s’agissait de restaurer à cette époque; mais quelle qu’ait été cette première Eglise, on ne saurait, autant que je puis en juger, en retrouver aucune trace dans les constructions qui existent aujourd’hui. Si, sans sortir de notre Département, l’on veut comparer à la Cathédrale nos Eglises de l’époque de transition (XII* siècle), telles que celles de Saint-Loup de Naud, de Saint-Quiriace de Provins, de Châtcau-Landon, de Champeaux, deVoulton, etc., où le plein cintre est presque toujours employé conjointement avec l’ogive, on remarquera de suite une grande différence entre ces constructions encore pesantes et l’architecture hardie de notre Cathédrale.

Les parties les plus anciennes de cette Eglise, c’est-à-dire les six arcades inférieures du chœur, ainsi que les bases et les chapiteaux de quelques colonnes de la nef, doivent remonter au plus tôt à la fin du XII e siècle , au temps de la Comtesse Marie.

Les parties de la nef voisines du transept offrent, dans les

arcades de la galerie et les grandes verrières , les formes simples du gothique primitif du XIII* siècle.

Le Sanctuaire, les parties supérieures du chœur et les chapelles ne peuvent pas être antérieurs à la fin du XIII* siècle ou au commencement du XIV*.

Ce dernier siècle et le XV' ont dû voir s’élever le transept avec scs deux portails, et une partie de la façade occidentale.

Enfin , une partie de la nef, au moins en ce qui concerne l’ornementation, et les parties supérieures de la tour, appartiennent évidemment au commencement du XVI* siècle.

Voilà , autant que je puis en juger, à quoi on peut s’en tenir sur l’ensemble de la construction de la Cathédrale ; et les détails dans lesquels j’entrerai plus tard , corroboreront , je le pense , cette opinion , que je soumets toutefois sans réserve à l’examen et à la critique des hommes de l’art.

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