‹ Notice historique publiée a l'occasion du centenaire de la réouverture de cette institution artistique,Chapitre 1 sur 17 · DE BRUXELLES · texte numérisé non relu

DE BRUXELLES

VANT de faire l’iiistorique de l’Académie, institution de tout temps si clière aux Bruxellois, il sera peut-être intéressant de donner un aperçu de ce qu’était la condition des peintres, sculpteurs, statuaires, etc., durant la période qui a précédé rorganisation de ces Académies qui sont la gloire de notre pays.

A l’époque où l’école flamande étonna l’Europe, non seulement par la quantité des artistes qu’elle produisit, mais surtout par le talent de ses chefs, il n’existait pas encore d’ Académies ; les jeunes artistes se formaient alors dans les ateliei’s des maîtres. Vers le milieu du xvii® siècle, David Teniers, le deuxième de ce nom, prit l’initiative de réunir les jeunes gens se destinant à la peinture, afin de leur permettre d’étudier en commun. Cependant bien longtemps avant

cette époque, les arts florissaient dans notre paj^-s, et rien que x^our Bruxelles, nous trouvons dans une broclmi*e du savant archéologue M. de Baadt, et intitulée : Notes sur quelques artistes, les noms suivants :

En 1298, Franco, dictus scliildere (peintre); 1864, Henri Van Pede, x^eintre; i368, Glierem van der Voet, fils de feu Jean (dans zone was van der ISToet), x^eintre; i368, Henri de Beckere, x^eintre; i368, Gerelinns van der Noot, scilder (x^eintre); i38i, Henricus de Berghe, peintre (scildere); Antoine van Wouweringen, x)eintre ; Nicolas de Landmetere, x>eintre; i509, Jean de Smet et Jean Thons, x>eiiiG’es; i53o, Georges de Mol, sculx3teur; Corneille Schernier, x^eiatre; i539, Louis Van Bueghem, ax>x^elé aussi Beughem, Bodegheni (célèbre architecte) ; i54o, François van Kixem, sculpteur (beldesnijdere); 1541, Jérôme Van Orley, fils de maître Bernard, x^eintres; i54i, Michel Van Coxyen, peintre; 1542, Pierre van Aelst, peintre; 1692, Jean van de (den) Venue, peintre; 1620, Jérôme Huquesnoy, sculpteur; i63o, Wenceslas Coebergher, célèbre X>eintre d’histoire, architecte, poète, ingénieur, économiste, antiquaire et numismate; i65i, Francquart, architecte.

Nous citons ces noms au hasard, sans faire mention des orfèvres, brodeurs, etc., qui s’appliquaient sx^écialement aux arts industriels.

Comme on le voit, notre x^ays a toujours comx^té de nombreux artistes. C’est aux guerres dont les Pays- Bas ont été le théâtre pendant le xvii® et les x^remières années du xviiP siècle, qu’il faut attribuer l’esx)èce d’engourdissement et de langueur où étaient tombés insensiblement les arts à cette éx>oque. Les quelques amateurs qui tentèrent d’en rétablir la célébrité, insuffisamment encouragés, échouèrent devant l’indifférence du public.

Vers la seconde moitié du xviii® siècle, une espèce de renaissance se manifesta dans les arts, et attira l’attention sur la condition dans laquelle vivaient ceux qui les pratiquaient. C’était la conséquence naturelle des préjugés qui dominaient au moyen âge, considérant comme dignes de rester dans une classe inférieure, tous ceux dont les moyens d’existence reposaient sur un travail manuel. Lorsque les artisans s’organisèrent en corps de métiers, les artistes furent compris parmi eux, et soumis aux mêmes règlements. Peu à peu les idées se modifièrent. Les artistes de renom, déjà fêtés au xv® siècle, se virent bientôt entourés d’une considération toute particulière; ainsi, tandis qu’au moyen âge on admettait parfaitement qu’on pût demander à un peintre renommé de couvrir de couleurs un mausolée, au xviii® siècle ce travail eût été, au contraire, refusé avec indignation. Il fallait nécessairement prendre une détermination, et. c’est ce qui engagea le prince Cliarles de Lorraine à envoyer au Conseil de Brabant une dépêche dans laquelle, après avoir attiré l’attention sur la situation des artistes, confondus avec les moindres artisans, il demanda que le Conseil lui suggérât les moyens les plus propres à parvenir sans inconvénient à faire cesser cet abus. Il insistait notamment sur le point de savoir s’il ne conviendrait pas de déclarer que l’architecture, la peinture, la gravure et la sculpture, qui sont des arts libéraux, pouvaient être exercés librement par tout le monde, sans être assujettis à des corps de métiers quelconques, pourvu que l’artiste se bornât à l’exercice de son art. Il l’engagea cependant à entendre au préalable les magistrats des villes de Bruxelles, de Louvain et d’Anvers sur les observations que pourraient formuler les métiers.

Bépondant à l’apostille qui lui fut envoyée, le magis-

trat de Bruxelles, tout en voulant maintenir les métiers dans leurs privilèges, montra que leur organisation défectueuse était la véritable cause de l’inertie qui se manifestait dans l’enseignement artistique.

Nous extrayons de son remarquable rapport qui est daté du 27 septembre 1771, le passage suivant si intéressant pour riiistoire de l’art :

« Les arcliives et les documents de la maison Dieu » de Saint-Eloi attestent que la confrérie de cet éta- )) blissement a pris son origine vers l’année 1000, elle )) provient de la caisse commune des pauvres des )) orfèvres, des forgerons, des selliers, des peintres, » des regrattiers, des serruriers et des boulangers.' )) Nonobstant l’ancienneté du métiér des peintres, la » plus ancienne ordonnance que l’on trouve à ce sujet » porte la date du ii octobre 1647. Dans cette ordon- » nance les peintres se plaignent de l’inobservance de )) leurs anciens privilèges et droits, et principalement » de ce que différents maîtres et ouvriers étrangers » se livrent à la peinture, au grand préjudice de ceux » du métier. Ceux-ci, pour pouvoir entrer dans le » métier, devaient remplir certaines conditions, à » savoir : les années d’apprentissage, la taxe d’apport, )) l’emploi d’ouvriers et d’apprentis, etc.

)) Des articles de cette ordonnance, il résulte suffi- » samment que dès cette époque, les peintres artistes, » non moins que les autres peintres, étaient assujettis )) aux règlements du métier.

)) Il est statué, i>our ce qui concerne les compagnons )) étrangers, qu’en arrivant dans la ville de Bruxelles, )) ils peuvent ^xercer leur art pendant quatorze jours, » afin de gagner leur vie et de iDOuvoir ensuite conti- )) nuer leur voyage. S’ils continuaient à résider en » ville, ils étaient astreints à payer tous les six mois

)) une taxe de trois sous au profit de la caisse des » malades du métier. Pour ce qui est relatif aux » habitants de la ville qui veulent s’occuper de pein- » ture, ils doivent d’abord faire constater leur condi- » tion de bourgeois, ils ont toujours dû se faire » admettre comme francs -maîtres dans le métier, et )) cela sans distinction de x^eintres ordinaires ou de )) x^eintres artistes; il n’y a de distinction qu’au sujet » des étrangers reconnus, qui doivent se borner à exé- )) cuter des x^eintures artistiques, sinon ils doivent se )) soumettre comx^lètement à tous les règlements du )) métier. Cette distinction a x>6^^^*être été cause )) que beaucoux^ de maîtres se sont fait enregistrer » comme francs-maîtres dans le métier. Plusieurs )) peintres célèbres sont mentionnés dans les registres » dex^uis 1600.

)) En 1602 servit comme doyen du métier des x>ein- » très, Jérôme Van Orley, célèbre x^eintre, fils de Ber- )) nard Yan Orley. La même année fut admis comme » franc-maître Henri De Vriese, éminent x^eintre d’ar- )) cliitecture, en même temx3S que Gérard Snellinck, )) natif d’Anvers. En i6o5 Rax^liaël Coxie, venant de )) Borne. Le nommé Gasx^ard de Crayer fut aceex^té le » 6 novembre 1607, x^eu de ternx^s ax^rès 011 le choisit » comme doyen de la coiq^oration, il était x^eintre des )) Sérénissimes Altesses Albert et Isabelle. En 1609 )) fut enregistré dans le livre des métiers Augustin )) Van de Venue. En i6i3 Philix^x^® Vadder ainsi )) que Antoine Sallaerts furent également inscrits. » En 1616 devint franc-maître un certain Van der )) Laenen, ainsi que Foucquier et Daniel Van Heel, )) discix^le de G. de Crayer. En 1618 on admit comme » franc-maître Louis De Vaddere, x^^y^^S'iste, et

l’année suivante Pierre Snyers, très renommé )) comme x)eintre de batailles. En i634, Jacques Artois,

» excellent paysagiste, devint franc-maître. Deux )) années plus tard, Michel Coxie et, en i644> Grilles )) Tilbourg.

» En 1657 011 accepta Jean Artois, et deux ans plus )) tard Michel Sweerts, qui à cause de son talent fut » élevé à la chevalerie.

» Michel De Xeve, hollandais de naissance, fut » affranchi de l’obligation de payer le droit de bour- » geoisie à cause de sa grande renommée comme » peintre et de son habilité à marbrer, il fut nommé » franc- maître en 1660. Champagne fut reçu en 1669. )) Après avoir exécuté beaucoup d’œuvres excellentes, » il fut obligé, faute de trouver de l’ouvrage, de » X3artir pour la France, où il devint peintre de )) Louis XI Y.

)) Mathieu Van Helmont fut reçu en 1674. D’année » suivante, on inscrivit comme franc-maître le célèbre )) David Teniers. En 1678 figure comme reconnu » Lambert De Hondt, disciple de David Teniers, » ainsi que Jacques Vander Heyden, natif d’Arnhem. y> Jacques Huysmans et Luc Achtschellinck furent )) acceptés en 1681, ainsi que De Yooght. Yictor- » Honoré Janssens fut reconnu comme franc-maître » en 1689. En 1690 Henri Hertebont, célèbre pour sa » peinture de scènes champêtres, fut également reçu.

)) En 1692 et 1698 on trouve inscrits François )) Bargas et Jacques Huysmans comme francs-maîtres.

)) Adrien Boudewyns fut admis en même temps que )) J. -B. Yan Diest, peintre de la Cour, en 1694.

)) En 1696 Jérôme Yan Breugel fut inscrit comme )) reconnu, plus tard il devint franc-maître. Deux ans » après, le métier admit Augustin Copi3ens, renommé » pour ses patrons de taj)isseries. L’année suivante, en » 1699, on inscrit dans le registre Thibaud Michaud, » X. de Xeeff, Jacques Yander Borght, J. -B. Morel

)) et David De Koninck, ainsi que Elisabeth Cel- » drin.

)) En 1705 on trouve comme reconnus Pierre )) Snyders et Pierre Eyckens, le premier, paysagiste, )) le second, peintre d’histoire.

)) En 1711 apparaît comme franc-maître Jean )) Van der Heyde, peintre d’histoire, et comme » reconnu Siger Van Helmont. En 1718 V. Cortens, )) prêtre portraitiste, fut reçu, et, en 1717, V. Duplessi, » peintre d’histoire.

» L’année suivante on admit comme reconnu » Charles Eyckens, natif d’Anvers, peintre d’histoire.

)) En 1720 est nommé comme franc-maître François » Boudewyns, et comme reconnu Van der Meyen, )) disciple du célèbre Schalkens.

)) En 1726 on reçut Machimilien De Haese, et en )) 1729, Martin Hullet, qui devint franc-maître en 1783, » en même temps que J. -B. Millé, Pierre Schovaerts, » Michel Breugel et Jean Thibaut.

)) En 1786 devint franc-maître Mcolas Pery, peintre » d’histoire, et l’on admit comme reconnu V. Sauvage, » peintre de la Cour. Deux années plus tard entra » comme franc-maître Joseph Lamberts, archer de )) la garde de Son Altesse Loyale. En 1782 N. Dubois, )) et en 1768 N. Tassaert furent également inscrits » comme reconnus.

)) On voit par cette longue énumération que de tous » temps les peintres artistes, tant étrangers qu’habi- )) tants de la ville, ont dû reconnaître l’existence du » métier des peintres et en observer les privilèges. Et )) cette organisation n’a nullement été contraire au » progrès de l’art ; l’on doit donc chercher ailleurs les » causes de sa décadence.

)) Il est notoire que plus les produits d’un art ont du » débit, plus grande est la quantité d’artistes qui s’y

)) livrent, ce qui amène une émulation qui est l’origine )) de rexcellence d un art.

)) Dès le XVI® siècle les églises du pays furent )) partout dévastées, les peintures aussi bien que )) les statues furent détruites et brûlées par les icono- )) clastes.

)) Au commencement du siècle suivant, notamment )) sous le règne d’Albert et Isabelle, les guerres ayant )) un xieu cessé, le pays commença à revivre, les » églises ravagées furent rebâties et les autres se )) virent comme auparavant décorées de peintures. )) On vit arriver beaucoup de peintres étrangers et de )) l’intérieur du pays, certains de faire fortune. Leur » multitude provoquant entre eux l’émulation, il se )) forma d’excellents maîtres.

)) Les églises étant parées, l’art commença peu à » peu à déclioir, faute d’ouvrages à exécuter. C’est à )) peine si quelques amateurs rassemblent encore des » objets d’art pour se former une collection. Les )) ecclésiastiques, qui autrefois payaient de fortes )) sommes pour orner leurs abbayes ou couvents, » tombent dans le même système d’économie. C’est la )) pénurie de travail qui fait qu’on rencontre actuelle - )) ment si peu d’artistes, et non l’existence du corps » de métier et ses taxes.

» En ce qui concerne le métier des sculpteurs ou )) statuaires, ceux-ci forment avec les maçons, les » tailleurs de j)iexTe et les ardoisiers le métier des » Quatre-Couronnés ; ils ont tous des intérêts com- )) muns et payent les mêmes droits d’entrée s’élevant )) à 47^ florins. Chaque ixrofession a un doyen; les » années d’apprentissage sont pour tous de trois ans, )) la preuve de capacité étant seule différente.

)) Les statuaires peuvent exercer le métier de tail- )) leur de pierres et vice versa. C’est ainsi que les

» Duquesnoy, les Raphaël Gripello, les Plumier, les )) Berger et plusieurs autres ont non seulement exécuté » des statues, mais aussi la taille de la pierre et les )) ouvrages en bosse. Le sieur Delvau, statuaire émi- » lient, ne s’est jamais borné à sculpter des statues, » mais actuellement il exécute encore d’autres tra- )) vaux. Dans la liste des maîtres commençant de- )) l’année 1629, nous rencontrons des sculpteurs très )) remarquables, tels que : en 1641, Vincent Antlioni; )) en i63i, Antoine Moerevelt, et les années suivantes, )) Voerspoel, Van Delen, Huygeloos, Devos, Van » Sticlielen, Cosyns, Van Dievoet, De Kindere, etc.

» On peut en conclure comme ci-dessus pour les pein- )) très, que le mode d’organisation du métier n’a en )) aucune façon causé tort à l’art. Etablir une distinc- )) tion entre les statuaires et ceux qui n’exécutent )) que des bas reliefs et rendre ceux-ci indépendants )) du métier des statuaires, serait constituer une nou- )) veauté inusitée. Il en résulterait des procédures » interminables et beaucoup de difficultés. En rédui- )) sant les statuaires à n’exécuter que des statues et )) des bas reliefs, on rend leur existence presque impos- » sible par la rareté de l’ouvrage ; il en résulterait que » les maîtres célèbres se A^erront forcés d'abandonner » le pays.

)) Quant à la sculpture et l’arcliitecture, elles ne sont » assimilées à aucun métier en cette ville, mais consti- » tuent des arts libres. En conséquence elles ne )) tombent en aucune façon sous le coup des dispo- )) sitions du décret de Son Altesse Royale, si ce n’est » en ce qui concerne la preuve de capacité. »

Quoique il n’existât pas encore, à proprement parler, à cette époque d’ Académie à Bruxelles, la réponse du Magistrat nous apprend que les règlements des métiers

exigeaient un sévère apprentissage de tous ceux qui se destinaient à une carrière artistique. Les grands artistes du continent, attirés par la richesse de notre industrie et par les relations commerciales qu,e nous entretenions avec l’Orient, l’Allemagne, l’Italie, etc., vinrent s’y établir pour se consacrer à leurs travaux et y. contribuèrent ainsi au développement de l’enseignement artistique.

Bruxelles, qui était la résidence royale, suivit bientôt la voie dans laquelle s’engagea la Flandre par le culte qu’elle rendit aux beaux-arts, et pensa que pour mériter les avantages qu’elle tirait d’être la ville de sa situation, il fallait qu’elle fût la première à montrer des embellissements aux yeux des x^rinces et à faire concourir les beaux-arts à sa splendeur toujours croissante. C’est alors qu’on vit s’élever les monuments splendides qui font encore l’admiration du monde entier : l’Hôtel de ville, l’église Sainte-Gudule, l’église de la Chaj)elle, l’église du Sablon et la Maison du Boi, qui ont rendu célèbres les noms des Vander Eycken, des Van Bodegliem, des Van Buysbroeck, des Henri De Mol, des Henri Van Pede.

L’étranger, bientôt au courant des travaux qui furent exécutés à Bruxelles, vint y chercher des architectes pour leur confier la construction de leurs édifices. Ainsi, c’est ]3ar Jean Van Pede que le Magistrat d’Audenaerde fit construire l’admirable Hôtel de ville dont la rej)roduction à l’Exx)Osition universelle de Paris de cette année a fait si grande sensation. C’est également un Bruxellois qui fut appelé pour rebâtir l’Hôtel de ville de Mons. L’église Notre-Dame de Brou, le merveilleux monument qui fut élevé à la mémoire de Philibert de Savoie x>ar son épouse Marguerite d’Autriche, est l’oeuvre de Van Bodegliem, de même que la jiorte des Lions de la cathédrale

de Tolède est due en j)artie à Jean Yander Eycken.

Les corx^orations, les gildes, suivant en cela l’exemple donné par les magistrats de la cité, qui avaient fait orner les salles de l’Hôtel de ville des productions de nos artistes, en firent de même pour leurs salles de réunion. C’est à cette époque où l’art était à l’a]30gée, que se formèrent les Breugliel, qui donnèrent le goût du paysage à l’Italie elle-même, les Craesbeek, les Van Artois, les Lang Jan, les Cliampagne, les Vandermeulen, les Van Heil, etc.

La propagation de l’art qui forme une union intime avec l’industrie, fait perdre les formes grossières aux productions de celle-ci, pour les rendre plus ouvragées ; c’est ainsi notamment qu’on remarqua bientôt les ornements dont étaient couvertes les armes fabriquées à Bruxelles, de même que les orfèvreries et la gravure sur métaux, renommées partout.

C’est aussi à Bruxelles que furent fabriquées les premières voitures armoriées, et si, d’autre part, nos tapisseries ont acquis une si grande réputation, c’est en grande partie aux modèles tracés par nos peintres qu’elles le doivent.

Plus tard, quand les guerres ruinèrent notre commerce et notre industrie, les beaux-arts ne purent échapper au désastre, et il eut fallu désespérer de l’avenir de la Belgique, si le patriotisme des métiers ne s’était de temps en temps révélé. C’est à ces métiers que l’Académie de Bruxelles doit son origine.

Le 3o septembre 1711 les doyens des peintres, des tapissiers, des sculpteurs et autres amateurs ayant obtenu du Magistrat une chambre à l’Hôtel de ville pour y enseigner « l’art du dessin », y établirent, le 16 octobre suivant, une sorte d’école, où ils se rassemblèrent à certains jours pour se communiquer leurs connaissances; ils y admirent les jeunes élèves pour

leur enseigner les principes et les exercer sons leurs yeux par la pratique du dessin.

Dès sa fondation, la petite école répondant entièrement à ce que le Magistrat avait espéré d’elle, celui-ci la gratifia, par une résolution du i3 janvier 1712, de la fourniture de la lumière et de la liouille, celle-ci à concurrence de 3, 000 livres par hiver.

Le Magistrat encouragea de plus les efforts des organisateurs, en aiTpelant à Bruxelles des artistes renommés auxquels il accorda certains avantages. C’est ainsi qu’il octroya gratuitement au sculpteur Dieudonné Plumier le droit de bourgeoisie.

L’établissement ne prit pas d’autre développement pendant un certain nombre d’années, les amateurs continuèrent à la soutenir, chacun en proportion de son zèle et de son désir d’apprendre. La bonne entente qui y régnait fut suffisante pour maintenir la discipline pendant les séances, et les nouveaux adhérents et apprentis respectèrent ceux qui avaient déjà acquis certaines connaissances en se soumettant à leurs observations.

Les dépenses, telles que frais de modèles et autres, furent supportées par tous les adhérents en commun, mais un certain nombre d’entre eux ne pouvant plus, à un moment donné, continuer leur quote-part, l’école fut menacée dans son existence. Heureusement, le Magistrat lui alloua, à partir de 1729, un subside annuel de 10 pistoles.

En 1737, à l’occasion du XXV® anniversaire de la fondation de l’école, il fut accordé un don de 5o florins pour célébrer ce jubilé. C’est de cette époque que date le premier règlement d’ordre de l’établissement.

Nous y constatons d’abord que l’institution était exclusivement communale et que le bourgmestre et l’ancien trésorier de la ville en seraient les protecteurs

perpétuels ; nous y voyons aussi qu’il y aurait einq directeurs, bruxellois de naissance et clioisis parmi ses membres.

Pour être admis à l’école, l’aspirant était tenu de faire un dessin ou un modèle, en présence du professeur. Les dessins ou modèles qui avaient été primés restaient la propriété de l’établissement. Celui qui remportait le prix était revêtu de la qualité de professeur, et succédait au plus ancien. Ceux qui avaient remporté une fois le prix ne pouvaient plus concourir, à moins que le « Meeenas )> n’en décidât autrement.

Voilà le premier essai de règlement. On voit que le point principal avait pour objet la forme de sa direction. Les règles pour la discipline des élèves ne devenaient nécessaires qu’à mesure de la production des faits.

En 1742 les directeurs demandèrent une ordonnance pour la discipline des élèves. Dans cette nouvelle réglementation il est statué entre autres que : « les élèves » sont obligés d’être soumis au directeur pendant la » durée des leçons, et de se conduire à leur égard avec » le respect convenable. Ceux qui se présenteront )) en épée ou avec des cannes seront obligés de les y> déposer dans un coin de la chambre à désigner par )) le directeur, jusqu’à la fin de l’exercice.

)) Les modèles seront posés par les directeurs; )) aucun élève ne pourra changer la pose, sous aucun » prétexte.

» Il ne sera permis aux élèves de perdre leur temps » en garrulité (bavardage), ni à se chauffer à l’étuve.

)) Il n’est permis aux élèves de se manquer en )) paroles, de se dire des injures, ni de se provoquer à » combattre en quelque manière que ce soit, ni d’at- )) tendre pour cet effet après la sortie de l’école.

)) L’observation de tons ces points et articles est » cimentée par la sanction d’une amende de 3 florins )) au profit de « l’Académie )), avec défense aux )) contrevenants d’y rentrer avant d’avoir satisfait. «

Ce sont ces deux ordonnances qui servent de règle pour le régime de l’Académie et pour la conduite des élèves ; la dernière montre que les commencements n’étaient point exempts de quelque désordre.

Dès lySi la ville accorda une gratification annuelle de 100 florins pour salaires à l’iiomme servant de modèle, et pour les autres nécessités de l’Académie.

En 1762 une partie des classes fut transférée dans une salle du premier étage du cabaret La Tête d'or, dans la rue de ce nom. En 1762 un conflit grave éclata, et la correspondance extrêmement intéressante qui existe à ce sujet nous engage à donner connaissance de quelques lettres et rapx3orts. C’est en quelque sorte une page de l’iiistoire de l’art dans notre pays. Les raisons de ce conflit sont expliquées dans la requête que les élèves de l’Académie adressèrent à S. A. E. Charles de Lorraine, et dont voici les termes :

c( Les élèves de l’Académie de peinture et de sculp- » ture de cette ville de Bruxelles prennent la respec- )) tueuse liberté d’exposer à Votre Altesse Loyale, que )) depuis , un temps immémorial on a élevé en cette » dite ville, aussi bien qu’à Anvers, des grands )) hommes dans l’art de la peinture et de la sculpture, )) qui, à l’aide d’une Académie, ont fait l’admiration » de tous les princes et Etats de rEuro]3e, et dont les )) œuvres sont tellement illustres, qu’elles peuvent )) être comparées à celles des meilleurs maîtres » d’Italie.

» Le nombre de ces amateurs était si considérable

)) en ce pays, qu’au temps de Rubens on comptait à )) Anvers et à Bruxelles plus de trois cents maîtres de )) la première classe.

» Il est constant, Monseigneur, à n’en pouvoir » douter, que ces grands liommes n’ont pu acquérir » tant de science qu’à l’aide d’une bonne école et des )) instructions des meilleurs maîtres, dont toute la )) gloire ne consistait qu’à inspirer à leurs élèves » l’esprit d’émulation, afin de conserver la renommée w qu’ils avaient acquise dans le monde, en instruisant » la jeunesse dans l’art qu’ils possédaient.

)) Les princes souverains de ce pays ayant reconnu » combien il était intéressant de soutenir et de proté- » ger ces sortes d’assemblées, afin de les animer d’au- )) tant plus, en firent des établissements sous le nom )) d’ Académies, en leur accordant des privilèges, )) gratifications, etc. Ils s’en déclarèrent eux-mêmes

protecteurs et établirent des vice-protecteurs et )) des directeurs pour en avoir la conduite en leur )) nom.

)) Ces directeurs furent toujours les premiers )) maîtres en peinture et sculpture. )) (Suit un état historique concernant les académies en France.)

Voici où commence l’exposé des griefs :

(c Depuis 1769 ceux du Magistrat ont établi eux- )) mêmes les directeurs et y ont nommé, sans aucun )) égard aux grands hommes que cette ville possède » dans la j)einture, la sculpture et l’architecture, un )) membre de leur conseil, sculpteur de son métier, qui » ne possède aucunement l’art du dessin, ni les qua- » lités requises pour pouvoir donner des leçons aux » jeunes élèves.

)) En conséquence, les suppliants, d’un accord una-

)) nime, présentèrent au Magistrat la requête ci- )) jointe, signée de tous les élèves, pour qu’il plaise de

maintenir leur ancien directeur, reconnu pour un )) des meilleurs j^eintres de la ville.

)) Mais cette requête ne fut point appostillée et )) quelques jours après la présentation, un des tréso- » riers du Magistrat se rendit à l’Académie, accom- )) pagné du directeur par eux établi, et ordonna aux » suppliants de le reconnaître pour tel ou bien de se )) retirer ; ayant entendu cela ils se levèrent et se reti- » rèrent tous de l’Académie, en y laissant quelques- » uns de leurs confrères affectionnés au directeur, » et depuis lors rAcadémie est restée dans rinaction. »

Suivent les doléances des signataires de la requête qui demandent ce qu’ils vont devenir sans protecteur ni directeurs. Ils exposent la triste situation dans laquelle ils se trouvent et supplient Son Altesse Royale de bien vouloir leur servir de père, de soutien et de protecteur, en daignant constituer des directeurs connus de Son Altesse, ainsi qu’un syndic qui puisse rendre un rapport fidèle des progrès que les suppliants feraient sous un si bon protecteur.

Cette pièce était signée : J. Lamberty; P. Millé, ancien directeur; P. -J. Tassaert; Le Clieval; Spruyt; L. Trigaux; J.-M. Saudenier, au service de Son Altesse Royale; etc., en tout quatre-vingts signatures.

A cette requête était annexée la pièce suivante :

« A Messieurs les Bourgmestre, etc.,

y> Les soussignés académiciens, conjointement avec )) le directeur Jean Millé, se plaignent de ce que tout » se fait à l’Académie à l’insu du directeur, et sans » son consentement ; à cause de cette situation il n’a

)) depuis longtemps voulu fréquenter l’Académie, afin )) d’éviter les difficultés et les contestations, que lui » suscitent les soi-disant directeurs, incapables de )) corriger les dessins du moindre des suppliants,

)) lesquels, par conséquent, ne sont pas en état de se » perfectionner. Ils supplient Leurs Seigneuries de )) pouvoir choisir pour la direction de l’Académie » le sieur Deliase et le sieur X. Coninckx, pour )) l’architecture, et pour la perspective le sieur » De Doncker et le sieur Foulte, architecte de » Son Altesse Loyale.

)) {Signé) J. Mille, directeur.

» Plus cinquante-neuf signatures. »

Le II novembre 1762, l’affaire fut rappelée à l’administration communale, par une nouvelle lettre signée a Charles de Lorraine )) demandant de rendre d’office avis à la requête des élèves de l’Académie.

Le rapport du Magistrat donne des renseignements très détaillés sur ce qui se passa à Bruxelles à cette époque.

Voici l’analyse du texte :

(c Monseigneur,

» Votre Altesse Loyale a trouvé bon de nous » envoyer, par sa lettre du 24 mars dernier, la requête )) qui lui a été présentée de la part des élèves de » l’Académie, afin que nous en examinassions le con- )) tenu et y rendissions notre avis. »

Ayant exposé les griefs contenus dans la requête, la lettre continue comme suit :

(( Après cet amas de ridiculités et d’impertinences, » ils prennent pourtant une conclusion digne d’un

)) meilleur raisonnement, afin que Votre Altesse y) Eoyale, par un effet de sa bonté ordinaire, daigne )) être leur père et soutien, etc.

Le Magistrat revient ensuite sur tout ce que la ville a fait pour l’Académie, fait valoir les règlements de 1737 et de 1742, dont nous avons donné l’analyse, et continue ainsi :

(c Vous rétrogradons ici d’un moment pour réduire » à leur juste valeur les reproclies que les suppliants » osent proférer contre le Magistrat, par rapport au )) choix de l’un des directeurs, dans la personne du » conseiller de ville, V. De Vits, maître sculpteur de

sa profession.

w Votre Altesse Eoyale aura vu j>ar l’extrait du » premier règlement que les cinq directeurs devaient » être nommés pour la première fois par le Magistrat, )) et que, dans la suite, les places vacantes devaient » être remplies par les deux protecteurs et les quatre » directeurs restants.

» En cette conséquence, nos prédescesseurs choi- » sirent pour premiers directeurs les nommés Bas- )) cour, Millé, Bergé, de Pery et Casciopin (ou )) Cachiopin).

)) Millé occupe encore aujourd’hui cette fonction; )) de Pery est parti depuis sept ou huit ans pour » Saint-Pétersbourg et a prié, en partant, qu’on ne )) lui donne point de successeur, à cause qu’il comptait » revenir au pays ; Bascour et Casciopin étant morts, )) ont été remplacés par les nommés Van Wel et Dan- )) sart, selon la forme prescrite par le règlement, et, )> lors de la mort de Bergé, les directeurs restants, » c’est-à-dire Millé, Dansaert et Van Wel, ont pré- )) senté par un écrit signé d’eux, la personne de

» J. -B. De Yits, non seulement aux deux jprotecteurs )) nés de l’Académie, mais à toute l’assemblée des )) magistrats, dont ils ont demandé et obtenu l’aggréa- )) tion le i5 novembre 17 5g.

» Comme cette pièce fait preuve de la légèreté et de )) la mauvaise foi avec laquelle les suppliants osent )) blâmer le Magistrat dans le choix de ce directeur, » nous avons cru devoir la j oindre en copie authentique .

» D’ailleurs, quoique le nommé De Vits ne soit pas )) un artiste de la première classe, il entend cependant )) dans un degré très recommandable les règles de la )) sculpture; son zèle pour relever cette école des arts » lui avait acquis la confiance, et sans être le j^lus )) habile d’entre les directeurs dans la connaissance de )) son art, il n’était pas le moins utile pour la conduite )) de l’Académie et pour répandre l’émulation parmi )) les écoliers.

)) C’est principalement à ses soins et à sa sollicita- )> tion faite au nom de tous les directeurs que Votre » Altesse Royale a daigné accorder, par un effet de » sa générosité, la gratification de quelques médailles » en forme de prix.

)• Enfin le choix du même directeur a été suivi de la )) satisfaction de ses confrères et de tous les élèves et » d’une j)arfaite harmonie entre les uns et les autres. Ce ):> n’est pas là le véritable motif de mécontentement. »

La célébration du jubilé de vingt-cinq années d’existence était la cause de tout. La ville ayant donné une gratification de 5o florins, plus la somme qui restait du budget de l’Académie, ils avaient fait célébrer une messe solennelle en musique à la chapelle de î^'otre- Dame de Bon-Secours, et ils avaient fait composer et imprimer un poème à l’éloge des arts.

Tout le monde était d’aecord à ce sujet, mais les directeurs ayant ajouté un repas, et ayant manqué de prudence dans le clioix des convives la discorde éclata. Ils avaient invité à ce régal quelques académiciens en en négligeant d’autres.

Voilà le véritable motif de la discorde qui s’était jetée entre les élèves. Pour réparer cette injustice, les directeurs avaient donné à boire dans le local même de l’école, ce qui avait aigri davantage, cette politesse venant ai^rès coup. Or, comme le conseiller Yits était le principal organisateur de la fête, c’est à 'lui qu’on adressa les reproches. Toutes sortes de méfaits s.e produisirent, et c’est alors que le directeur De Vits eut recours à l’ancien trésorier de cette ville, M. Van der Dilft, pour mettre fin au désordre, mais comme nous l’avons vu, il n’y réussit pas, les élèves quittant presque tous l’Académie.

(( Ce fut (dit le rapport) dans cette situation des )) choses que les suppliants nous présentèrent la 0) requête ; ils y traitèrent les directeurs choisis selon la » forme du règlement, de directeurs soi-disants tels, à » l’exception du nommé Millé, ayant signé à leur tête.

)) Il ne se pouvait rien de plus irrégulier, ni de plus )) déplacé que cette conclusion.

» Nous ne fîmes aucune réj)onse à cette requête des )) suxqDÜants ; nous n’eussions pu y disposer qu’en )) termes qui leur fissent sentir l’indiscrétion de leur » demande. D’ailleurs, comme la fréquentation de )) cette école est un acte purement volontaire, nous » prévîmes bien que notre disposition, au lieu de les » ramener à leur devoir, aurait dissout j)our jamais )) l’Académie. Dans ces circonstances, comme le temps )) de la vacation de l’Académie approchait, nous prîmes 3) le parti de fermer l’école.

)) Nous avons été très surpris de voir à la tête de la )) requête M. Millé, qui fut en quelque façon un des )) instituteurs de l’Académie, qui aida à projeter et à )) solliciter les deux règlements de 1737 et 1742, qui » fut un des premiers directeurs, qui proposa en 1759 » le nommé De Vits à la place de Bergé, et notre )) surprise a été d’autant plus grande, que la douceur )) de son esprit ne lui fait pas moins d’iionneur dans » le commerce de la vie, que son génie et ses talents )) ne lui en font dans la classe des artistes. )>

Ensuite, après avoir émis plusieurs considérations par rapport à la conduite de Millé, vu les résultats au point de vue de la discipline et le progrès et l’avenir de l’école, le rapport termine ainsi :

(( Cependant comme la destitution des nommés » Van Wel, Dansaert et De Vits, directeurs actuels )) avec le peintre Millé, répandrait sur eux une espèce )) d’iiumüiation et de flétrissure, qui pourrait nuire à )) la fortune de ces lionnêtes bourgeois, nous croyons )) que Votre Altesse Boyale, en se déterminant favo- )) rablement sur la demande des suppliants, pourrait )) assigner aux dits employés une place, soit parmi )) les nouveaux directeurs, soit parmi les professeurs )) qu’Elle daignera nommer Elle-même ou faire élire )) par d’autres, afin de garantir leur réputation du )) mépris ou de la raillerie du public.

)) Nous sommes, avec le plus profond respect, » Monseigneur,

)) De Votre Altesse Boyale,

)) Les très humbles et très obéissants serviteurs,

)) Les Bourgmestre, Eclievins, Trésoriers, Receveurs )) et Conseil de la ville de Bruxelles.

)) Bruxelles, le 22 octobre 1762. )>

Les détails qui précèdent expliquent la cause du mécontentement qui se manifesta alors parmi les élèves de l’Académie et qui entraîna sa fermeture temporaire. Outre des questions de j)ersonnes, une autre cause agita les esprits. Les directeurs ou professeurs de l’Académie avaient demandé au prince Charles de Lorraine de se déclarer j)rotecteur de cette institution. Peu à peu on voulut transformer en école patronnée par le gouvernement une école qui devait son origine à la commune et substituer l’influence de la Cour à celle du Magistrat. La lettre de S. A. E. Charles de Lorraine, en réponse à une demande des directeurs de se déclarer protecteur de l’Académie en accordant quatre médailles pour servir de prix, et que nous faisons suivre, montre comment furent accueillies ces premières démarches :

(c Nous sommes disposés à nous prêter aux vues des )) suppliants, mais comme pour donner à cet établisse- » ment la consistance nécessaire pour le rendre utile » et avantageux au public, il serait à propos de faire » certains arrangements, nous vous ordonnons de » charger votre pensionnaire d’approcher le conseiller )) du conseil privé de Wavrans, à l’effet d’entendre ce )) que celui-ci aura à lui proposer de notre part relati- » vement à cet objet, et en conférer ensemble. »

Le Magistrat n’ayant pas répondu à cette dépêche • le gouvernement revint à la charge, par une nouvelle missive transmise à l’administration de la capitale le 4 avril 1763.

Il y est dit notamment : « Comme néanmoins les » arts méritent toujours de rencouragement, que l’Aca- )) démie dont il s’agit serait digne d’une attention favo-

» rable de notre part, si elle était mise sur un bon pied » et portée à un certain degré de consistance, et qu’en » ce cas nous concourrerions volontiers à son affer- )) missement en nous en déclarant protecteur, c’est )) notre intention que vous rédigiez et présentiez un » mémoire pour notre information, avec les anciens )) règlements, mémoire dans lequel vous tracerez le )) projet d’un règlement stable et permanent, et vous )) vous expliquerez sur les moyens que vous croyez » propres à donner de la solidité à cet établissement, w

Voici les points les plus saillants de ce mémoire, que le Magistrat envoya comme réponse.

« Monseigneur,

)) Les directeurs de l’Académie ayant présenté une )) requête à Votre Altesse Loyale et en suite de la » dépêche du 4 avril, nous chargeâmes notre pen- » sionnaire de se rendre chez le conseiller de Wa- » vrans, qui l’informa avec plus de détails des inten- » tions de Son Altesse Loyale, entre autres qu’il était » nécessaire d’enseigner la connaissance de l’histoire » et de la Fable, et d’exciter le goût de l’architecture » civile. Que dans ce cas Son Altesse voudrait bien » faire distribuer tous les ans quatre médailles d’ar- » gent pour servir de prix. Cependant il le prévint, )) conformément aux intentions de Son Altesse Loyale, » qu’avant tout il fallait travailler à un règlement con- » cernant l’ordre, la police et la fréquentation de )) l’école. Notre pensionnaire nous rendit compte de » son entrevue, afin de nous mettre en état de déli- )) bérer avec plus de connaissance sur cette matière, il » fut chargé de se pourvoir des règlements des autres » Académies, tant de ce pays que de la France, et

» d’en tirer les articles qui pourraient le mieux con- » venir au plan de l’école qu’il s’agissait d’établir ou )) de i)erfectionner.

» Pendant le temps qui s’écoula entre le décret et )) tandis qu’on travaillait à la reclierclie des instruc- » tions nécessaires, il survint une fermentation parmi » les élèves de l’Académie qui, après avoir été éteinte )) et rallumée quelques fois, donna lieu à la requête » présentée à Son Altesse Poyale demandant la des- » titution de quelques-uns de leurs directeurs.

)) Son Altesse Royale s’étant fait rendre compte de )) la cause, ayant reconnu l’esprit d’indiscipline et d’in- » discrétion, déclara j>ar son décret du 4 avril 1768 » qu’Elle jugerait par la soumission des suppliants )) envers leurs supérieurs. Cependant, Elle daigna w nous déclarer que comme néanmoins les arts » méritent toujours de l’encouragement. Elle con- )) courrait volontiers à son affermissement en s’en » déclarant protecteur ; c’était son intention que nous )) rédigeassions et présentassions à Votre Excellence » pour son information, avec les anciens règlements, » un mémoire dans lequel nous traçassions un projet » de règlement stable et permanent.

)) Xous avons rendu compte de notre avis sus » réclamé des règlements qui furent émanés ]3ar nos )) prédécesseurs en 1787 et 1742. Nous y observâmes )) que ces règlements nous paraissaient assez étendus, )) en attendant que l’accroissement de l’école exigeât )) des arrangements ultérieurs. Nous avons fait exa- )) miner depuis, les règlements des autres Académies » du paj^s, qui sont à peu près dirigées et policées )) comme la nôtre. Les ordonnances pour celle de

Paris sont moulées sur un objet trop vaste j)Our » qu’elles puissent convenir à une école qui est pour )) ainsi dire encore dans son berceau.

)) Pour satisfaire donc aux ordres de Son Altesse )) Royale et nous conformer à la direction que Votre )) Excellence nous a fait donner de vive voix sur cet » objet, nous avons l’iionneur de présenter à Son )) approbation ou à Sa censure le projet de règlement » que nous prenons la liberté de joindre, conçu en )) langue française, mais que nous ferons traduire )) si Votre Excellence approuve que nous le fassions )) publier.

)) Les intentions de Son Altesse Royale étant qu’on » s’applique à l’arcliitecture civile, nous avons mis )) deux jours par semaine pour l’étude de cet art.

» Quant à l’bistoire, nous avons trouvé trop d’in- )) convénients à la faire enseigner, ce cours nécessi- » tant la création d’une bibliothèque.

)) Il ne convient pas d’établir un trop grand nombre )) de régents dans une école qui ne vient pour ainsi )) dire que de naître. Parmi ces régents il doit se )) trouver un architecte, on en trouvera rarement qui

soit en même temps entendu au dessin ; on trouvera » aussi rarement des peintres et des sculpteurs qui sè )) soient appliqués à l’architecture. Par conséquent, » il n’arrivera presque jamais que les cinq régents » soient pourvus de talents nécessaires pour juger en )) même temps et sur l’art de la peinture et sculpture, )) et sur celui de l’architecture civile.

)) Revenant à l’histoire, l’attention consistera à bien )) choisir les sujets et à ne former les questions que )) relativement aux arts de la peinture et de la sculp- )) ture, qui est la sphère à laquelle l’étude des « aca- )) démistes w est bornée en cette partie.

» Ce sont là. Monseigneur, tous les arrangements » que nous avons osé hasarder relativement à cet )) établissement, nous avons suivi le plus exactement » qu’il nous a été possible les intentions de Son

)) Altesse K ovale, nous j)ourrions accorder à l’ancien » des régents, peintre ou sculpteur, et à l’ancien )) régent architecte l’exemption des gardes bourgeoises )) et la franchise des droits de ville sur 12 aimes de » double ou 24 aimes de petite bière, w

A cette requête était joint le projet de règlement suivant :

L’Académie de j)einture et de sculpture se tiendra à l’avenir dans la salle de l’Hôtel de ville que MM. du Magistrat ont destinée pour cette fin, depuis le octobre de chaque année jusqu’au samedi de la semaine de la Passion inclusivement, depuis 6 heures jusqu’à 8 heures du soir, excepté les. dimanches et fêtes, le jour des Ames et celui de saint Luc, patron des peintres.

MM. du Magistrat fourniront et entretiendront les tables, les bancs et autres semblables nécessités de l’école, la pourvoiront de chauffage et de lumière et donneront par-dessus une gratification annuelle de 10 j)istoles aux régents, pour salarier le modèle et pour les menus besoins.

Son Altesse Loyale ayant bien voulu faire espérer à l’Académie qu’Elle daignerait s’en déclarer le protecteur, elle sera régie désormais par le bourgmestre des lignages et de l’ancien trésorier en service, à titre de chefs-directeurs perpétuels, et par cinq régents internes, dont quatre se trouvent déjà en fonctions. L’ancien régent, ou en son absence celui qui le suit en rang, aura la faculté de convoquer les directeurs et régents à la place où se tient l’Académie et d’y proposer les arrangements que les circonstances pourraient requérir relativement au bien-être de l’école, le tout après permission préalable de M. le bourgmestre, ou, en son absence, de l’ancien trésorier.

Les exercices des écoliers ou élèves qui fréquenteront l’école seront distribués de la manière suivante :

Les quatre premiers jours de cliaque semaine, les régents placeront le modèle dans l’attitude qu’ils jugeront à propos et les académistes s’exerceront au dessin ou à modeler en plâtre.

Le cinquième et le sixième jour seront destinés à l’étude de l’arcliitecture civile et les écoliers s’occuperont pendant les heures de l’école à apprendre les principes de cet art et à lever les plans ou profils qui leur seront prescrits par les régents ou professeurs chargés de cette partie.

On distribuera à chacun des académistes une carte pour leur servir de billet d’entrée.

Ils ne pourront se présenter à l’exercice ni en épée ni avec des cannes, mais seront tenus de les déposer dans un coin de la salle, que les régents désigneront pour cet effet, jusqu’à la fin de l’école.

I^ul écolier ne pourra placer le modèle en action sous prétexte qu’il aurait besoin de telle ou telle attitude pour son instruction ; cependant il sera permis en ces cas d’en requérir les régents, qui seront les maîtres d’y déférer ou non.

Il ne sera pas permis aux académistes, pendant que le modèle sera en action, ni de même pendant la leçon d’architecture civile, de troubler l’exercice par garrulité ou de x>erdre leur temps à se chauffer, mais ils seront obligés de s’appliquer attentivement au travail et aux instructions qui font l’objet de leur fréquentation. Défendant de même très sévèrement à ceux qui fréquentent l’école de s’injurier les uns les autres de paroles, de gestes ou de faits, comme aussi de se provoquer ou de s’attendre après la fin de l’Académie j)Our se battre.

Ceux d’entre les écoliers qui transgresseront les

susdits points de discipline encourront une amende de 3 florins au profit de l’Académie. Donnant au surplus aux cliefs-directeurs et régents la faculté d’interdire l’école pour un temps ou même pour toujours, selon l’exigence du cas.

Son Altesse Royale ayant fait espérer la distribution annuelle de quatre médailles en forme de prix, pour en gratifier celui qui se distinguerait le plus dans chacun des quatre genres spécifiés, MM. du Magistrat ont jugé à propos d’indiquer par les articles suivants Tordre et la manière qui seront observés dans ces concertations.

Tous les académistes seront admis à concourir pour les prix, en quelque genre que ce soit, bien entendu cependant que comme le concours pour ceux qui dessinent et pour ceux qui modèlent se fera dans le même temps et sur la même action, ils devront se déterminer pour l’un ou pour l’autre de ces deux genres à leur choix. Le modèle sera placé en action selon le jugement de ceux des régents qui font profession de peinture ou de sculpture et restera dans la même attitude pendant le terme de six jours durant lesquels le dessin ou la figure modelée devront s’achever. Le dessin devra se crayonner sur une feuille entière de papier dit patron et en proportion de la grandeur de la feuille.

A la fin de chaque séance, les concurrents devront remettre aux régents la feuille sur laquelle ils auront travaillé, ou la figure de plâtre qu’ils auront ébauchée, et on leur restituera leur travail le jour suivant jusqu’à ce que l’ouvrage sera fini.

Le dessin et la figure de plâtre qui auront remporté le prix resteront au profit de l’Académie.

Quant au prix d’architecture, on ne prendra qu’une séance, qui durera pendant quatre heures. On proposera aux académistes la construction d’une colonnade.

l’élévation d’un frontispice, l’érection d’un arc de triomplie, la formation d’un pont, d’une écluse ou quelque autre morceau d’arcliitecture à déterminer par le régent, et les élèves seront obligés d’en lever un plan en profil, conformément aux ordres, proportions et dimensions qui seront prescrits, en justifiant leur travail au moyen d’une échelle.

La concertation pour le prix de l’iiistoire occupera telle partie d’une journée qu’il faudra pour l’examen de tous les académistes qui voudront y aspirer. On leur proposera des sujets de l’Histoire sainte ou de la Fable, et ils y répondront par écrit ou de vive voix.

L’adjudication des prix se fera par les cinq régents à pluralité de voix.

Celui qui aura remporté le prix dans l’un ou l’autre de ces quatre exercices, ne sera plus admis au concours dans le même genre, mais cela ne l’empêchera pas de se présenter à la concertation pour les autres genres.

Les MM. du Magistrat se réservent la faculté d’apporter les changements qu’ils jugeront à propos.

Le présent règlement sera affiché dans la salle de l’Académie, afin que les écoliers ne puissent pas prétexter cause d’ignorance.

Ce règlement nous est une preuve que dès cette époque l’Académie était devenue une institution entièrement officielle, de même que la composition de son administration, où nous voyons figurer en 1764, comme commissaires et protecteurs :

M. le bourgmestre ;

M. réelievin Vander Stegeii de Putte;

MM. les trésoriers.

Comme directeurs :

M. le contrôleur Fiseo, imemier professeur d’architecture;

M. Wincqz, professeur en second d’architecture;

M. Godecliarles, i)rofcsseur de sculi^tiire et de dessin d’après nature ;

]\r. Janssens, ])rot'esseiir de seulx)ture d’ai)rôs nature ;

M. Brice, ])rofesseur de peinture d’après nature ;

M. De Lederien, ])rofesseur des principes de la i^einture et receveur de la trésorerie;

M. Nus, greffier de la trésorerie, secrétaire perj^étuel de l’Académie ;

M. Luvckx, official de l’Académie.

Le 6 octobre 1764, M. Mousset demande d’adjoindre à l’Académie un cours public et payant où l’on enseignerait les principes de la géométrie.

Peu de temps après on appela à la direction le peintre Bernard Yersclioot, qui imprima à ses élèves une nouvelle impulsion.

Une nouvelle réglementation de l’Académie, datant du 26 septembre 1772, maintenait l’ancien règlement, mais prévoyait toutes sortes d’amendes.

L’article 10 dit que : « l’Académie n’est pas une » pauvre école, puisque l’élève emportant ou perdant )) son original ou cassant une pièce de i3lâtre, est con- )) damné à ]^ayer la valeur au double. Celui qui étein- )) drait une lampe sur l’escalier a une amende d’un )) es câlin, qu’il doit payer avant d’être reçu à l’Aca- » démie (ce qui a été payé par H. Grendel et Alsteen).

)) Il faudra mettre à l’amende tous les élèves qui )) courent d’une place à l’autre, tous ceux qui s’en w iront avant la fin de l’Académie ; ceux qui rient ou )) parlent liant, les « chiffleurs )*, auront i sol » d’amende.

)) Quand une chambre ce classe » fera une huée, )) chaque élève payera i sol d’amende sans distinc- » tion.

)) Ces amendes serviront à l’entretien. »

On voit qu’à cette époque on n’y allait pas de main

morte et si aujourd’hui on devait punir de la sorte tous ces méfaits, l’Académie jouirait, pendant tout un temps du moins, d’un joli revenu. Mais comme nous voyons dans la suite que peu d’élèves ont dû payer ces amendes, il faut croire que cette réglementation avait son bon côté.

Mentionnons aussi l’article du règlement concernant le modèle vivant. Il était obligé de poser deux heures consécutives, sur lesquelles on lui accorda un quart d’heure pour se reposer. Ordinairement le recteur de la semaine posait le modèle à sa volonté, le lundi et quelquefois le jeudi. (A Home on avait une attitude par semaine, à Paris deux.) L’autre professeur ne j)Ouvait changer l’attitude et les jeunes gens étaient obligés de s’y conformer sans murmurer.

Le modèle recevait « eene schelling daeghs gedurende de zes wiiiiermaenden ». Il devait allumer et entretenir les lampes.

Ce fut sous la direction Yerschoot qu’eut lieu cette grande et mémorable souscription pour le soutien de l’Académie. Le livre contenant la supplique et les signatures des donataires, repose aux archives de la ville, et est un des documents les plus marquants pour l’histoire, montrant la bienveillance qu’avaient les puissants de cette époque à l’égard de l’institution de l’Académie des Beaux-Arts.

La souscription fut organisée à la suite de la lettre du 28 octobre 1768, émanant des élèves de l’Académie et dans laquelle ils demandent de pouvoir faire cet appel public, afin de trouver les fonds nécessaires à payer toute la dépense, pour la création d’une Académie stable et digne de Son Altesse Loyale.

La demande, agréée par le gouvernement, stipule les conditions dans lesquelles doit s’organiser la souscription, laquelle sera d’une couronne autrichienne.

Le volume, d’une très grande richesse tant au point de vue de son illustration que de sa composition, })orte à sa première page une véritable œuvre d’art, donnant dans sa i^artie supérieure les armes de Lorraine et de Bar entourées de deux aigles. A gauclie, une figure représentant le temps levant un voile qui découvre la supplique à Son Altesse Loyale. Dans le bas se trouve un amour tenant un écusson sur lequel se trouve la phrase : « Le tems découvre notre bonheur )>, entouré de trophées représentant une Minerve et les attributs de la peinture, de la sculpture et de l’architecture. Cette supplique était ainsi formulée :

« A Son Altesse Royale et à Monseigneur,

» L’Académie de peinture, sculpture et architecture » de Bruxelles, établie sotis l’auguste protection de )) Votre Altesse Loyale, ose compter sur un brillant » succès et se promettre de relever un jour l’ancienne » gloire de l’école flamande. Pourrait-elle n’avoir pas » cette espérance, cette ambition sous des auspices » aussi heureux que la bienveillance de Votre Altesse » Loyale et son amour pour les arts? Daignez, Mon- )) seigneur, mettre le sceau de vos bontés en plaçant » vous-même votre nom à la tête du livre destiné à » perpétuer dans l’Académie le souvenir de ses pre- » miers bienfaiteurs. Ce nom immortel, si cher à la )) nation et respecté de tous les peuples, assurera à » l’Académie la même immortalité qu’elle ne désire )) que pour honorer à jamais le plus sage et le plus » grand des princes. ))

Au bas, en guise d’adhésion, la signature de Charles de Lorraine.

Les pages suivantes portent également la signature

et les armoiries des souscripteurs ; viennent ensuite les souscriptions des magistrats de Bruxelles, puis celles des nobles nationaux et étrangers.

Afin d’iionorer la mémoire de ceux qui, par leurs dons, ont aidé à établir notre Académie, nous tenons à reproduire ici les souscriptions et les noms de ces hommes qui portaient un si grand intérêt à l’art. N'eus faisons précéder cette liste fin texte de la première page du livre.

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