‹ Notice historique sur Antoine ParmentierChapitre 1 sur 1 · SCR · texte numérisé non relu

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AXTOIXE P.1RM1KTIER.

Ce n’est pas pour ajouter un nouveau fleuron à la couronne de cet homme illustre que nous essayons de tracer ces lignes hasardées, c’est seulement, et nous aimons à le dire, pour céder au besoin d’une profonde reconnaissance, et peut-être plus encore avec le désir bien sincère de chercher dans cette persévérance qui sut triompher de tant d’obstacles, de tant d’amères déceptions, une leçon appropriée aux ridicules travers de notre époque. « Aujourd’hui, a dit un observateur judicieux, la soif du succès en tout genre est tellement déréglée, qu’elle demande à être satisfaite dans le plus bref délai, sans même se donner le temps de s’assouvir. On n’a pas plutôt jeté le gland dans les entrailles de la terre, qu’on veut, en se relevant, aller heurter son front contre un chêne au large feuillage, subitement épanoui. »

Telles ne furent pas les prétentions d’Antoine Parmentier. Aussi constant que bien inspiré dans la poursuite de ses recherches , il ne se laissa jamais entraîner sur une pente trop rapide, et ne fut, en aucune circonstance, ébranlé par les difficultés sans nombre que lai suscita la malveillance et l’esprit de préven -

tion. Toujours infatigable, il marchait droit à son but avcccette puissante énergie qu’inspire nn plan bien arrêté, avec cette ardente foi qui naît de l’inspiration du génie et de l’irrésistible désir de résoudre quelques-ons des grands problèmes dont la solution doit être un immense bienfait social.

Parmentier (Antoine-Auguste) naquit le 19 août 1737 , à Montdidier, petite ville du département de la Somme, dans la Picardie. Privé, dès ses plus jeunes ans, de l’appui paternel, par suite de la mort prématurée de son père, le jeune picard dut s’en remettre au génie tutélaire de la Providence, aussi bien qu’à la tendre sollicitude de sa mère, du soin de son avenir, que la position précaire de sa famille devait nécessairement rendre aussi problématique que difficile. Heureusement pour Parmentier, il sut trouver dans ce double appui les germes de cette fécondité qui, tout en rendant sa carrière illustre, devait avoir de si beaux résultats pour l’humanité. Sa digne mère, femme d’un grand sens et de beaucoup d’instruction, pourrait, à bon droit, revendiquer pour elle une part de cette gloire qui rend européenne la renommée de Parmentier. Institutrice habile et heureuse, elle eut le don d’imprimer à cette belle âme cette impulsion hardie qui prélude aux grandes destinées, lorsqu’elle s’adresse aux intelligences d’élite. Un ecclésiastique dévoué prêta son concours et ajouta quelques éléments aux premiers rudiments appris. C’était peu sans doute pour une intelligence vulgaire; mais pour le jeune écolier, il y avait là des garanties suffisantes de succès. Il en avait appris assez , d’ailleurs, pour pouvoir apprécier les beautés de Virgile et de Cicéron, et il dut à la modestie de sa condition de se tenir en garde contre ce dédain aristocratique, contre ce pédantisme boursoufflé que la plupart des jeunes gens de son âge, élevés dans le culte exclusif des lettres, conçoivent pour les arts utiles et pour les professions qui, pour être modestes , n’en sont pas moins dignes de l’estime et de la vénération des hommes.

Parmentier, destiné de honne heure à la pharmacie, arrive à Paris plein de cette noble ardeur qui révèle chez un jeune homme une résolution bien arrêtée, le désir bien sincère de s’élever audessus du vulgaire. C’est avec ces heureuses dispositions qu’il sc

présente, âgé de 17 ans,.à son parent, M. Simonet, honorable pharmacien (l). Aussi aucun des pénibles travaux de la profession ne peut lui inspirer ce dégoût qui s’empare d’une foule de jeunes adeptes, dès les abords delà carrière»

Poussé autant par instinct que par nécessité dans une route nouvelle,Parmentier dût renoncer à l’existence paisible du laboratoire officinal pour sejeter dans la vie aventureuse et agitée des camps. Jetant le froc aux orties , pour me servir d’une expression bien significative dont je fausse l’application, il ceignit l’épée inoffensive d’officier de santé pharmacien, et partit, en 1757, pour prendre une part active à la guerre du Hanovre. Il paya cher sans doute une telle détermination; mais il sut en accepter toutes les chances avec sette même résignation qui l’avait rendu si docile aux exigences de ses premières études classiqaes et de ses premiers travaux pharmaceutiques. Il sut même faire tourner au profit de son caractère et de son esprit les cruelles épreuves qu’il eut à subir, au milieu du dénûment absolu inséparable de la condition d’un prisonnier de guerre, plongé jusqu’à cinq fois dans la plus rude captivité , et cinq fois dépouillé par les hussards prussiens, qu’il considérait, disait-il, comme de très-habiles valets de chambre. L’heureux naturel dont il était doué ne se démentit jamais. Il eut touj ours le bon esprit de tempérer l’amertumo de sa position par une franche gaîté, tout en soutenant son courage par son enthousiasme toujours croissant pour les études scientifiques. Ainsi, dans les cachots comme en liberté au milieu de Paris, il ne donna jamais prise aux fâcheuses influences du découragement et delà séduction. L’étude , toujours l’étude, tel était, je le répète, le secret de Parmentier pour se défendre des atteintes de l’ennui et de toutes les choses mauvaises qui peuvent entraîner l’homme dans une fausse voie. Il savait pertinemment que le travail est le plus puissant diverticulum de la douleur morale, de tous les penchants vicieux, et il le mettait amplement et noblement à profit, pour remédier à cette éternelle opposition antinomique

(1) Il avait déjà fait un stage d’une année dans une officine de Mont didier.

qui subsiste entre la raison et une sensibilité extrême et déréglée.

Après avoir payé largement et dignement sa dette dans les ambulances, dans les hôpitaux et jusques sur les champs de bataille, par une complète abnégation de lui-même, soit durant l'affreuse épidémie qui moissonna tant de braves, soit sous le feu de l’ennemi; après avoir lutté courageusement contre toutes les privations des camps et des prisons, Parmentier rentra dans la capitale riche de ses propres observations et des connaissances acquises dans ses fréquentes relations avec les savants dont il avait recherché avec empressement les liaisons oa le contact, notamment avec le célèbre Bayen, son protecteur et son ami, avec Meyer, pharmacien justement célèbre de Francfortsur-le-Mein. Suivant avec entraînement l’impulsion imprimée aux sciences, il eut le bonheur de concourir pour une bonne part aux progrès scientifiques de l’époque. Ainsi, après avoir noblement conquis ses premiers grades en pays étranger, il sut d’abord se rendre digne en France du poste honorable de pharmacien major de l’Hôtel-des-Invalides, qui lui fat confié par l’infortuné Louis XVI, mais que de prétendus droits acquis lui firent bientôt perdre.

Louis XYI, rendant hommage an mérite éminent de Parmentier , crut devoir lui offrir, en compensation de l’injuste disgrâce dont il était frappé, un traitement de 1,200 francs y et, avec lui, un logement qu’il occupait déjà.

Loin de se laisser abattre par ce revers inopiné, notre illustre confrère trouva dans sa nouvelle position un moyen plus facile de satisfaire ses goûts de prédilection. Il se livra avec un nouvel enthousiasme à l’étude approfondie des sciences, et ne laissa échapper aucune occasion de s’instruire, de se distinguer. Les cours des frères Rouelle, de l’abbé Nollet, de Bernard de Jussieu, qu’il suivait avec une exactitude exemplaire, accrurent encore ses connaissances déjà si étendues et si variées. Son esprit positif, loin de ne poursuivre que de vaines chimères, que des spéculations abstraites, plus brillantes que profitables, s’attachait sans relâche à la recherche de vérités modestes en apparence, mais portant toutes un cachet d’utilité pu-

bliqae. II admirait un moment comme de brillants météores les sublimes inspirations, les séduisantes théories de Buffon; mais il attachait plus de prix à une découverte facilement applicable aux premiers besoins de la vie qu’à ces splendides et ingénieuses combinaisons méthaphysiques qui nous ont révélé tant et de si belles choses inconnues jusqu’alors. Interrogeant la nature dans ses secrets les plus utiles, il eut le rare bonheur de la trouver souvent docile à ses investigations, et de faire tourner ses découvertes au profit des classes indigentes. «L’utilité publique ne recherche pas pour lui-même l’éclat des conceptions extraordinaires, a dit tout récemment le premier magistrat de notre département, elle s’inquiète peu de séduire les imaginations , pourvu que le bien se fasse, et, quand il s’agit de la servir, il n’est point de routes vulgaires. » C’est ainsi que raisonnait Parmentier, et c’est ainsi qu’il s’efforcait sans cesse de mettre l’exemple à côté du précepte, sans penser à autre chose qu’au bien qu’il pouvait faire.

Il n’est sans doute pas tout-à-fait conforme à la vérité de dire que les circonstances font les grand hommes ; cependant il faut reconnaître qu’elle peut déterminer le sort de certains esprits supérieurs, en leur servant de point d’appui ou de point de départ.C’est ainsi que Parmentier, trouvant l’occasion de se distinguer dans la solution d’un problème important proposé par l'Académie de Besançon révéla au monde savant son aptitude et son goût pour certaines questions d’intérêt social.C’étaitenl771. L’aréopage proposa pour sujet de prix une question qui soulevait le voile des misères publiques de l’époque. Il s’agissait de se livrer à la recherche des plantes alimentaires les plus convenables en temps de disette. Parmentier, prenant la question au sérieux, entra en lice avec la ferme résolution de la traiter dignement; mais il en explora le domaine en homme de science et non en profond politique ; aussi ne vit-il dans le programma de l’Académie qu’un énoncé purement scientifique, bien qu’il renfermât l’importante question sociale de l’avenir.

Ce premier succès obtenu , Parmentier sentit qu’il ne devait pas s’arrêter en si beau chemin, et dès-lors il s’évertua à parcourir le vaste champ que les dispositions naturelles de son es-

prit offraient à son jmagination. Un travail d’une grande portée et d’un puissant intérêt sur les maladies du froment, les grains en général, les farines des céréales et autres ne se fit pas long-temps attendre. Puis il traita avec non moins de succès de la mouture économique, du perfectionnement de la meûnerie. Ses persévérantes recherches le portent à la découverte de nouveaux moyens de conservation pour les grains, au perfectionnement du chaulage. Il parvient de plus à préserver le froment de plusieurs maladies, telles que la moucheture, la carie, le noir. Le paradoxal Lingaet trouve en lui un rude adversaire dans la question du gluten , dont la solution est tout à l’avantage du célèbre économiste. L’innocuité du gluten dans le pain est mise dans tout son jour, en dépit do l’opinion contraire et des chaleureuses déclamations du fougueux avocat.

Non content de ces nombreux succès, Parmentier rend d’immenses services à la boulangerie en publiant son Parfait Boulanger, et en établissant une école pratique sous les auspices et sous le patronage du gouvernement.il s’attache surtout à répandre parmi les Bretons, alors fortement imbus de faux principes sur la panification, des idées rationnelles tout-à-fait en harmonie avec le but qu’il se proposait. Le Languedoc le trouve aussi empressé que la Bretagne dans ses vues incessantes de perfectionnement , et l’emploi qu’il fait des matières premières , dont la supériorité est reconnue alors , sous l’influence de ses bons conseils, de son patronage éclairé, devient et mieux entendu et plus avantageux.

D’honorables récompenses, décernées de part et d’autres, viennent dignement couronner ces immenses services, qui profitent surtout si bien à la boulangerie parisienne , et dont la source ne sera tarie qu’alors que l’homme de bien, dont nous aimons tant à redire les beaux faits, aura payé sa dernière dette à la nature. Aussi nous le trouvons encore attaché avec la même ardeur à l’étude des eaux communes, appliquées à l’usage journalier, comme boisson et comme agent propre à la fermen tation panaire; à l’analyse de certaines eaux minérales, à la rédaction d’un excellent traité sur la châtaigne, etc., etc.Puis, répondant à l’appel de Napoléon , nous le voyons chercher dans le

raisin un sucre cristallisable, propre à remplacer jusqu'à un certain point le sucre de canne, devenu si cher par l’effet du fameux blocus continental ; mais c’est en vain qu’il s’évertue à résoudre complètement le problème , il ne trouve dans la précieuse baie qu’un sucre granulé, dont l’abondance et la nature peuvent du reste dédommager de la disette du sucre de Yarundo. Par suite de ses travaux, auxquels s’associe Chaptal, de nombreuses fabriques de sirop de raisin sont établies dans diverses contrées du midi de la France, et répandent dans tout l’empire d’abondantes quantités de ce produit, dont les classes peu fortunées ou pauvres font une grande consommation ; mais que la découverte du sucre de betteraves doit frapper de discrédit, avant la cessation des causes qui nuisent à la consommation du sucre de canne.

On comprendra sans doute que ce n’est pas sans intention que nous avons gardé le silence jusqu’ici sur le plus beau titre de gloire de Parmentier. Le résultat de ses travaux, de ses luttes et de son invincible persévérance en faveur du tubercule auquel la science a voulu attacher son nom, est plus précieux à un peuple que les merveilleuses conquêtes des plus grands capitaines.

Notre infatigable picard dût éprouver sans doute plus d’un déboire et plus d’un dégoût, en regardant au fond de l’alambic ou du creuset, et surtout en iuttant contre la prévention, l’ignorance ou la mauvaise foi de ses détracteurs; mais l’espérance était au fond de son cœur, qui le vengeait agréablement des accusations calomnieuses lancées contre lui.Comme Tobie, fort de la bonté de sa cause, il resta toujours fidèle à son culte. Encore quelques efforts et il donnera un démenti formel aux fausses accusations dont il est l’objet et dont les conséquences auraient été infailliblement funestes à une âme vulgaire. Un tubercule grossier, qui nuisait, disait-on, à la fertilité du sol, qu’on eût craint de jeter aux pourceaux et que l’on croyait plus propre à donner la fièvre, la peste ou la lèpre, qu’à préserver les classes indigentes des atteintes delà faim; ce honteux tubercule lui fournira l’occasion d’imposer silence aux plus acharnés de ses ennemis, et de leur prouver que le lon-homme (car c’est ainsi

qu’ils l’appelaient) avait mille fois raison de mettre de la ténacité dans ce qu’ils taxaient de pure folie.La protection toute-puissante d’un monarque aussi sage qu’éclairé lui fournira les moyens de préparer un si beau triomphe. — Trente hectares de la plaine des Sablons sont le lieu d’élection destiné à la culture de la précieuse solanée, sous la garde de gendarmes vigilants, placés là non-seulement pour soustraire la pomme de terre au vandalisme d’un peuple ignorant et grossier, mais encore dans l’intention de piquer la curiosité et d’exciter l’envie; puisqu’il n’est que trop vrai que, depuis la création jusqu’à nous, le fruit défendu est celui que l’homme a toujours le plus aimé. Il y a dans l’humaine espèce un sentiment inné, un penchant irrésistible qui la portera toujours à désirer certaines choses avec plus d’ardeur, qu’il lui sera plus difficile de les réaliser. L’empressement avec lequel on commençait à rechercher le tubercule, naguère méprisé et foulé au pieds, prouve clairement à Parmentier qu’il a usé d’un moyen infallible. Il sent pourtant qu’un nouveau stratagème ne serait pas superflu; et, comptant toujours sur la bienveillante protection du chef de l’état, il supplie sa majesté de parer humblement sa boutonnière dans une solennité publique, des premières fleurs épanouies. Pour le coup l’épreuve est décisiveLa mode ne tarda pas, en effet, à entourer de ses fugitives faveurs la modeste fleur du solanum tuberosum ,, et dès-lors la seule difficulté à vaincre ne gissait plus que dans la propagation du tubercule, dans le plus grand intérêt des masses, dont les classes manouvrières et pauvres excitaient surtout la sollicitude toute pateruelledubon, de l’excellent picard. La pomme de terre ne demandait que des agriculteurs plus zélés qu’intelligents pour devenir ce que Parmentier voulait qu’elle fût; or, nous savons tous que les résultats ont dépassé, au-delà de leur limite, les espérances et les prévisions de notre digne compatriote. Aujourd’hui, la parmentière a acquis tant de droits à notre reconnaissance, à nos éloges et à notre vénération, que nous n’avons qu’à laisser parler les faits pour rendre populaire et vénéré le nom à jamais illustre de Parmentier.

Et pourtant voilà l’homme que l’opinion publique jugeait tout au plus digne delà flétrissure des sots et du séjour de Charen-

ton ! Voilà l’homme que les fureurs démagogiques de quatre vingt-treize dépossédèrent impitoyablement des places qu’il occupait et qu’il avait si bien méritées ! Voilà l’homme enfin à qui l’on eut l’indignité de reprocher un moment le bienfait dont il avait si généréusement doté son pays ! Car c’est toujours ainsi que procèdent les hommes qui se laissent dominer par la passion et l’esprit de parti, par l’intérêt personnel et toutes les mauvaises pensées qui surgissent du chaos des révolutions !... Parmentier eut, comme tant d’autres, à déplorer amèrement ces égarements de la multitude, ces fureurs frénétiques qui firent tomber si impitoyablement la tête de l’immortel Lavoisier avec celles dé 28 de ses collègues, lorsqu’il ne demandait à vivre quelques jours de plus que pour terminer ses belles expériences sur la transpiration et la respiration. Mais, la justice reprenant ses droits, dès que les orages politiques se furent dissipés, la position de notre honorable confrère fut assise sur de nouvelles bases et grandit même de toute la portée du mérite du grand homme. Ses premières sollicitudes, ses premières sympathies, lorsqu’il fut sorti de l’exil qui avait seul préservé sa tête de la hache révolutionnaire, fut encore pour ce peuple ingrat qui avait si indignement méconnu ses services. Elles eurent pour résultat immédiat la cessation de la disette,l’amélioration du pain du soldat et une bonne administration du service des ambulances militaires. Ce fut alors une nouvelle ère de prospérité pour lui. Comblé d’honnëurs, il sut profiter d6 la belle position qu’il s’était faite pour enrichir la science et doter l’humanité de nouvelles découvertes. Ses recherches sur le sirop de raisin datent presque des dernières années de son existence, et ferment à peu près la longue série de ses travaux.

Les droits que Parmentier s’était acquis aux honneurs académiques lui ouvraient les portes de l’Institut et d’une^oule de sociétés savantes, nationales et étrangères. Il fut nommé successivement président du conseil de santé, inspecteur général du service de santé des armées, administrateur des hospices, etc. Partout où son mérite l’avait placé, il donna des preuves non équivoques d’une grande capacité, d’un profond savoir et d’un dévouement absolu au bien public.

Une existence si pleine, si honorable, méritait encore plus sans doute que des titres académiques, des immunités et des places ; aussi l’estime publique dont il était entouré au déclin de ces jours fut-elle le complément de tout ce que l’homme de bien, le véritable philanthrope qui a voué sa vie entière au service de son pays,avec un noble désintéressement,peut ambitionner ici-bas. Parmentier n’avait donc plus qu’à désirer de vivre encore pour accroître la somme des services qu’il avait rendus à l’humanité ; mais la nature avait assez fait pour lui, et le moment était venu de régler avec elle.

Parmentier avait atteint sa soixante-dixième année lorsqu’il rendit son âme à Dieu. C’était en l’année 1813, alors que l’étoile de Napoléon brillait de son dernier éclat. Plus heureux' que ce grand monarque, il s’endormit dans le sein de l’éternité sans avoir eu à déplorer aucun de ces affreux revers qui déjouent toutes les combinaisons du génie et laissent les grandes conquêtes infructueuses. C'est, comme l’a judicieusement fait observer l’honorable M. Oltavi, que loin d’avoir agité stérilement un flambeau qui éblouit, il a répandu une lumière qui vivifie et qui féconde.

Parmentier est resté dans la condition du célibat jusqu’à la fin de ses jours ; mais il n’en a pas moins augmenté la population en accroissant les moyens d’alimentation générale , et en contribuant puissamment au développement de la richesse publique, tout en méprisant la fortune pour lui-même. Il se préoccupait trop du bonheur d’autrui pour penser à ses propres intérêts. Aussi, s’il n’eût pas à goûter les douceurs des liens conjugaux et delà paternité, il dut trouver une bien grande compensation à la privation de ces biens domestiques, si nécessaires au bonheur de l’homme, dans l’accomplissement des vues philantropiques et désintéressées qui le guidèrent si heureusement dans sa laborieuse et féconde carrière.

La possession d’une sœur chérie, digne à tant d’égards de la tendresse de cet excellent homme, permit du reste à Parmentier de puiser des consolations, d’épancher dans le sein d’une amie dévouée tout ce qu’il y a de doux et d’amer dans les diverses péripéties de sa vie. C’était pour Parmentier un centre de fa-

mille d’autant plus cher, d’autant plus précieux , qu’il était enrichi de la présence de deux neveux, dont l’affection toute filiale trouva en retour, dans le cœur aimant de l’illustre picard, tout ce qu’il y a d’affectueux , de sublime et d’infini à la fois dans les sentiments d’un bon père pour ses propres enfants. On sait d’ailleurs que l’amour de la patrie le dominait tellement, qu’il avait su lui sacrifier, sans peine comme sans regrets, une alliance très-honorable en pays étranger, et, avec elle, les faveurs toutes pleines de bienveillance du grand Frédéric, lorsqu’il n’avait pas même un simple désir à exprimer, pour suecéder au célèbre chimiste prussien Margraff.

Honneur, mille fois honneur à un tel homme! la patrie reconnaissante lui doit un souvenir aussi durable que les services qu’elle en a reçus. Il serait donc aussi digne d’elle que du grand homme dont elle se glorifie d’honorer un si beau nom par l’érection monumentale d’une statue, sur la place publique de la ville même ouParmentier reçut le jour, statue au bas de laquelle il faudrait inscrire cette belle et noble pensée : son passage sur cette terre fut un bienfait de la divinité (1) !

(1) On trouve, dans la Bibliographie agronomique de Musset-Patkay, une liste à peu près complète des nombreux écrits de Parmentier, dont une grande partie est consignée dans les Annales de chimie, dans le Dictionnaire d'Histoire naturelle et dans le Bulletin de pharmacie. Parmi ces travaux scientifiques, on remarque son édition de la Chimie hydraulique de Lagrange , les Récréations physiques de Model , ses précieuses notes sur les ouvrages d’Olivier de Serres , son Mémoire sur la nature et la manière dagir des engrais , sa Dissertation sur les eaux de la Seine , les deux Mémoires qu’il a publié, de concert avec Deyeux, sur la nature du lait et sur les principes du sang , son Examen chimique des végétaux mûrissants , sa Méthode dite économique sur les farines , son Mémoire sur le chaulage, son Traité sur la châtaigne , etc.

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