‹ Notice historique sur M. BayleChapitre 1 sur 1 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

A. BELtS, IMPItIMEüR Dü JARDIN DD ROÎj

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Médecin de l’hospice de la Charité, Médecin par quartiei^ de la Maison du Roi ^ etc.

Oaspard-LaUrent Bayle naquit le i 8 août 17^4 s dans un petit village des montagnes de Provence { département des Basses-Alpés ), nommé lé Vernetr^ C’est un pays isolé dont les habitans n’ont presque aucune communication avec les villes pendant l’hU ver : mais aussi ils ont dès mceurs pures, et la ré-^ volution n’a pu les corrompre. Les parens de M* Bayle étoient les plus ricbes propriétaires du canton: ils s’occupèrent à former de bonne heure son cœur et son esprit par des principes de religion et de morale; ils lui enseignèrent les élémens de la langue latine, et ce ne fut qu’à l’âge de douze ans qu’ils l’envoyèrent au collège d’Embrun, Le père Rossignol, principal de ce collège, homme d’esprit, connu par plusieurs ouvrages, et surtout par une réfutation de la Théorie de la Terre de Buffon, lui donna des soins particuliers et lui enseigna les mathématiques. Ses talens et sa piété paroissant l’appeler à l’état ecclésiastique, il entra en 179a au séminaire où il fit sa philosophie et sa première année de théologie ; ensuite le séminaire ayant été

transféré à Digne, il se rendit dans cette ville pour y terminer ses études et se préparer à recevoir les ordres sacrés. Mais bientôt, réfléchissant sur les devoirs que TEglise impose aux ministres des autels, sur le dévouement qu’elle exige d’eux, sur les qualités qu’elle leur suppose, il craignit de n’être jamais assez parfait pour une telle destinée, et renonçant à ses projets par scrupule de conscience, il -alla chez ses parens pour se concerter avec eux sur le choix d’un état. Il se décida pour celui d’avocat et revint à Digne étudier chez un procureur.

G^mme il avoit lu tous les livres destinés à enseigner la Religion, il voulut lire ceux qui éfoient dirigés contre elle : il ne prévoyoit pas quîils pussent changer sa manière de voir : mais le style de queh quesruns des philosophes de l’école de Diderot et d.e Voltaire le séduisit insensiblement, et il finit par s’accoutraner à leur doctrine. Heureusement les principes qu’il avoit reçus dès son enfance lui avoient donne des habitudes qui conservèrent la pureté de ses moeurs.

Quoique M, Bayle n’eut encore que di^ç - neuf ans , -il jouissoit déjà de l’estime et de la confiance de ses concitoyens, et il fut nommé membre du conseil du Département. On étoit alors dans le temps le plus orageux de la révolution. Barras et Fréron ' avoient été envoyés par la O^nvention dans les provinces du midi. Lorsqu’ils arrivèrent aux portes delà ville, le département et le district désignèrent M.-Bayle et un de ses amis (M. Thomas ) pour les recevoir et les haranguer au nom de la ville. Ces

deux jeunes gens acceptèrent cette commission, à condition qu’ils rédigeroient eux-mêmes l’adresse. M. Bayle porta la parole, et il dit que les représentans envoyés en Provence avoient sans doute reçu la mission de mettre un terme aux crimes qui dévastoient cette malheureuse contrée, et de rétablir l’ordre et la justice dans les campagnes. Il ajouta que les éloges, les félicitations et les remercîmens devant être le prix des services rendus, on attendroit pour en décerner aux représèntans du peuple qu’ils eussent fait ce dont oii devoit les croire chargés.

Le soir, M. Bayle se rendit à la société populaire et là, en présence des mandataires de la Convention, il fit un tableau effrayant des malheurs sous lesquels on gémissoit et de ceux dont on étoit menace : iî exposa les devoirs des représentant, il montra combien ils s’en écartoient, et il fit prendre par la société l’arrêté le plus vigoureux pour s’opposer à leurs vexations. Fréron et Barras furent obligés de partir le lendemain. Le père et le frère de M. Bayle étoient présens à la séance : ils furent étonnés de son courage, effort alarmés du danger auquel il s’étoit exposé, et ils le firent à Finstant partir pour Montpellier, en lui conseillant de se livrer à l’étude de la médecine. Cette fuite précipitée étoit bien nécessaire : car on voulut le faire arrêter dans la nuit.

Ce fut donc le hasard qui détermina M. Bayle à se dévoiler à l’étude de la médecine : son talent pour Tobservatiori l’y rend oit très-propre : il étoit préparé par des connoissaucés variées en littérature ;

jl savoit fort bien le latin, un peu de grec, et la langue italienne, et il avoit lu avec soin tous les bons auteurs. Mais l’attrait des études auxquelles il s’étoit livré jusqu’alors pouvoit le détourner de ses nouvelles occupations, c’étoit un obstacle qu’il falîoit surmonter. A peine avoit-il commencé sa rhétorique , qu’il avoit pris pour la poésie un goût ex cessif : la .nuit il composoit des vers, il les écrivoit dans la journée, il les corrigeoit sans cesse; il ne revoit qu’à cela dans les intervalles que lui laissoient des occupations ipdispensables.,11 avoit composé des poésies de tout genre et deux tragédies. J’ignore si ces' tragédies étoient bonnes ou mauvaises : luimême n’en parloit que comme d’ouvragés faits dans un temps d’ivresse et dont il avoit perdu le souvenir. Cette passion pour la poésie ne pouvoit s’accorder avec le projet de se livrer à la pratique de la médecine ; des études plus sérieuses dévoient absorber tout son, temps. Il prit la résolution de ne plus rien composer, mais il ne pouvoit se refuser au plaisir de revoir ses manuscrits, de les corriger; et de nouveaux plans de tragédies ou autres poèmes se présentoient sans cesse à sou imagination. Une nuit que l’exaltation de sa verve l’avoit émpêché de dor-r mir, il se dit à lui-même qu’il falloit prendre un parti, et mettre une barrière devant la route pé-r . rilleuse dans laquelle lé démon de la poésie l’entraî- I noit sans çêsse. Il conçut que ^ tant qu’il lui resteroit quelques-ens dÇi ses ouvrages, il ne pourroit se refuser è l’àttrait qu’ils lui inspiroient, et que le seul moyen de s’en détacher étoit de s’en séparer irré^

Tocablemenf. H prend sa résoïutiou ; il se lève5 il allume du feu, et brûle tous ses manuscrits.. Depuis ce moment décisif il n’a pas fait un seul vers, et comme il ne pouvoit penser sans dotiléur à ce qu’il avoit sacrifié, il en cbassoit le souvenir tellement qu’au bout de quelques mois, il né se rappeloit plus rien des vers qu’il avoit composés.

Voilà donc M. Bayle , portant dans l’étude de l’anatomie, de l’histoire naturelle et de la physiologie toute l’activité de son ésprit, toute l’ardeur de son caractère. Cependant la lecture des ouvrages de philosophie occupoit ses loisirs* Les écrits attrL bués àFréret, ceux de Voltaire, ceux d’Helvétius lui avoient fait une impression profonde. Il étoit devenu complètement incrédule. Comine il étoit accoutumé à se rendre compte de la série de ses idées, il remarqua dans les philosophes dont il avoit lu les ouvrages les mêmes principes pour détruire ,. mais une étonnante diversité sur lés moyens d’établir : cela l’embarrassa ; et il se dit à lui-mêmé que les opinions qu’il adoptoit étoient peu d’àceord les unes avec les autres, etqu’ellés étoient diamétralement opposées à celles dont il étoit imbu quelques années auparavant. Persuadé qu’il y avoit dans l’un et l’autre parti des hommes éclairés, il voulut soumettre ses opinions à un nouvel examen avant de s’y arrêter pour la vie. II pensa qu’une question si importante méritoit d’être discutée à fond et il lut quelques-unes des réfutations des ouvrages qui l’a voient séduit ou entraîné : elles lui parurent appuyées sur des raisonnemens et dfô

autorités qui lui firent naîtrp le désir de remonter aux sources. Les écrits de Rousseau lui avoient : offert la démonstration de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme, mais ils le laissoient ensuite dans un doute insupportable^: l’Evangile n’avoit jamais cessé de toucher son coeur, mais il vouloit que sa raison fût convaincue. Résolu d’examiner si la révélation étoit prouvée par des faits positifs , il se mit à étudier l’histoire des premiers siècles du Christianisme, et les principaux ouvrages des Pères, de l’Eglise : il lut la Bible avec attention , en s’aidant des recherches des plus célèbres commentateurs. Le résultat de ce travail, qui dura deux; ans,-fut de le rappeler à la religion, et de le mettre, à même de déterminer successivement les vérités; fondamentales sur lesquelles il ne devoit plus revenir; et comme il étoit convaincu que la balance penchoit pour le parti auquel il s’étoit arrêté , il crut devoir se conduire en conséquence. De ce , moment il remplit tous les devoirs de la religion avec une exactitude rigoureuse : il considéra la profession de la médecine à laquelle il s’étoit consacré comme devant l’occuper exclusivement, et tout ce qu’elle a de pénible devint un mérite à ses yeux parce qu’il regaxdoit comme un devoir religieux de la bien remplir. Ce qu’il y eut de plus re-, marquabJe dans sa conduite, ce fut l’association d’une persuasion intime de tous les dogmes de la religion, avec une tolérance sans bornes pour ceux qui étoient d’une opinion différente. J’ai été moimême dans l’erreur, disoit-il, et je sais combien de

gens y sont de bonne foi. Ma croyance ne peut être ébranlée, parce que je ine suis décidé avec connoissance de cause : je ne puis blâmer ceux qui voient autrement que moi; je dois seulement les inviter à peser, à examiner comme je l’ài fait. Je dois surtout les plaindre, parce qu’il m’est démon- > Iré qu’il n’y a de bonheur et de tranquillité que dans la carrière où je suis entré. Je suis parfaitement heureux depuis que j’y marche avec assurance.

M. Bayle ayant terminé ses études à Montpellier, il fut envoyé aux armées : là il s’instruisit et il conserva toujours ses principes. Il vint à Paris en novembre 1798 : il y suivit plusieurs cours, il fut admis à l’école, il eût un prix et obtint la place d’aide d’anatomie. Enfin en 1801 il fut reçu docteur en médecine. La thèse qü’il soutint (i) fit une trèsgrande sensation, et par l’importance du sujet, et par les conséquences générales qu’il avoit tirées de plusieurs observations nouvelles, et par la manière dont il répondit aux objections qui lui furent adressées par divers professeurs. On présagea dès-lors qu’il seroit un homme extraordinaire. La place d’élève interne à la Charité sé trouvant vacante, il l’obtint au concours. Une fois attaché à Cet hôpital, particulièrement consacré à la clinique, et où l’on réunit par cette raison les malades qui offrent le

(i) Considérations sur la Nosologie, Ta Médecine d’observation , et la Médecine pratique, suivies de l’iilstoire d’une maladie gangréneuse , non décrite jusqu’à ce jour, ire-8". Paris, 1802.

plus d’observations à faire, il entreprit un travail ejSrayant; celui d’écrire l’histoire de toutes les maladies qui se présentoient, d’en indiquer l’issue,, d’annoncer, pour celles qui paroissoient incurables, les altérations organiques qu’on devoit trouver après la mort, et de comparer dans tous les cas ses pronostics avec leis événemens. C’est par ce travail continué sans relâche pendant plusieurs années, qu’il acquit ce tact délicat et sur. qui le fit bientôt distinguer par ses confrères, et qu’il se mit en état de publier son ouvrage sur la phthisie pulmonaire, qu’on a regardé non-seulement en France, mais dans les. pays étraugers et même en Amérique , comme le recueil d’observations le plus complet qui existe sur aucune maladie (j). C’est à ce même tra-^ vail que sont dus aussi plusieurs articles très-savans qu’il a insérés dans les Recueils périodiques sur la Médecine (2);, et son Traité des Maladies caiicê* reuses, dont le manuscrit est terminé et sera publié dans peu de temps.

(t) BechéEcbessHF la Phthisie pultnonairé, i vol. iri-8'’. Paris, 1810.

(2) Remarques sur les corps fibreux qui se développent dans les, parois, cie la matrice. Journal de Médecine de MM. Covisart et Le- Ronx, tome 5,

Remarques sur la Structure de Pestomac afeclé de squirrhe simple eu ulcéré, Ibid.

Remarques sur les Ulcères de la matrice ( en 7 articles ). Ibid.

Notice sur, les, maladies qui régnent à Paris depuis le mois de jan^^ ■vier, ïbid.

Remarques sur le^ Tubercules ( en 5 articles ) , ïbid., tome 6.

Remarques sur l’Induration blanche des Organes ( 3 articles},; ihid,^ tome.9.

Je laisse atiX hoiiinles de l’art à donner Tanalysé de ces ouvrages. Je me borne à diré qu’on est généralement d’accord sur leur mérite, èt qu’il n’y en a pas un seul qui ne contienne des observations nouvelles.

En 1807, M. Bayle obtint à la Charité la place de médecin adjoint; l’année suivante il fut à sort insu, nommé médecin de quartier de la maison dè l’empereur et reçut l’ordre d’aller en Espagne. Ce voyage lui donna roccasion d’étudier l’esprit, les mœurs, les opinions et le caractère du pèuplé espagnol : mais il eut beaucoup à souffrir de l’obligation où il étoit de renfermer dans son cœur le chagrin que lui causoit la guerre injuste dont il étoit témoin. Tous ses amis savent qu’il n’a jamais cessé de soupirer après le rétablissement de l’ordre, de la Religion et du gouvernement légitime. Aussi le retour du Roi, en 1814, l’époque la plus heureuse de sa vie. Sa santé avoit été long-temps altérée, et il avoit été obligé de faire un voyage dans son pays pour respirer l’air natal. Ce fut le retour du Roi qui parut lui rendre des forces et l’apparence d’une bonne santé : elle se aeroit probablement affermie s’il n’eût éprouvé de nouvelles

Remarqués sur la degéüérescêîicé tuberculeuse uoii éntistée du tissu des Organes , zSid. tome io '( 3 article's ),

Observations sur une Fièvre intermittente, d’abord irrégulière, puis quarte adynamique, ihid ., tome lï. .

Mémoire sur l’Angine œdémateuse , ou œdemè de la glotte, faisant partie de ceux de la société delà Faculté de Médecine, qui sont imprimés, mais non encore publiés.

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secousses : mais les chagrins auxquels il sé soumettoif avec résignation altéroient sa constitution physique. La rentrée de l’usurpateur en France, le renversement de ses espérances, et la crainte de ne pouvoir faire élever ses enfans comme il le désiroit, le plongèrent dans une douleur qui développa les symptômes d’une maladie très-dangereuse.

Il crut devoir aller dans son pays avec sa femme et ses enfaiis j-mais le'coup étoit porté, et lorsqu’il put se livrer à l’espérance de voir réparer les ravages causés par une tempête passagère, son mal avoit fait beaucoup de progrès. Il revint à Paris dans un état très-alarinant : il ne sortit plus de chez hii. Il continüoit à doriiièr des consultations; car les facultés de sou esprit sembloîeht avoir ac^is une nouvelle force; Il jugeoîf soii état avec beaucoup de sagacité, il sembloit prévoir toutes les crises de sa maladie, et il annonçoit avec un sangfroid surprenant le terme fatal vers lequel il s’avan- Çoit. Il disoit qu’après avoir été préparé à ce passage par une maladie fort longue, ce seroit avec peine qu’il se verroit obligé de recommencer une carrière laborieuse.- Sa confiance en la Providence égaloitsa soumission , et s’il prenoit toutes les précautions possibles pour rétablir sa santé, c’étoit plutôt parce qu’il regardoit cela comme un devoir que parce qu’il tenoit à la vie. Elle lui paroissoit peu de chose, quoiqu’il fut heureux par sa femme, par ses enfans, et par la considération dont il jouissûit. 11 s’éioit marié en i 8 o 5 , avec Mlle. Moutard- Martin, d’après l’opinion qU’il avoit prise de son ca-

ractère et de ses vertus, en la voyant tous les jours dans une maison dont il étoit le médecin. Il n’avoit point été trompé dans ses espérances : elle partageoit ses sentimens, elle étoit la confidente de ses pensées, elle le secondoit dans ses goûts de bienfaisance , et jamais il n’y eut d’exemple de deux êtres plus parfeitement unis. Il l’a quittée comme allant faire un voyage, et dans l’espoir de se réunir à elle pour toujours dans une nouvelle patrie.

Les travaux de M. Bayle, soit à l’École de Médecine , soit comme médecin de la Charité , soif comme médecin des dispensaires , les observations qu’il avoit publiées, les témoignages que lui rendoient ceux qui avoient eu recours à lui, et l’éloge que les plus distingués de ses confrères faisbienf de ses talens, lui donnèrent bientôt une réputation qui le fit rechercher par les personnes les plus richeis. Il étoit souvent obligé de se refuser aux invitations qui lui étoient adressées, et l’on ne pouvoit, excepté dans les caspressans, l’avoir quand on le désiroit mais il trouvoit toujours le loisir de faire la médecine pour les pauvres, et il ne se refusa jamais à aller voir chez eux les malades qui lui étoient recommandés et auxquels il croyoit pouvoir être utile. Ceux que cela me force de négliger, disoit-il, trouveront aisément un autre médecin, ceux-ci ne savent peut-être à qui s’adresser. Sa nombreuse pratique lui ayant procuré un revenu considérable, il ne changea rien en apparence à sa manière de;vivre ; mais il augmenta sa dépense en employant en .bonnes œuvres une portion considé-

Irable de ce qu’il recévoit. Je n’ai jamais eu recours à lui pour des malheureux sans en. avoir obtenu plus que je n’aurpis osé demander. Ses aumônes éfoient secrètes ; il y mettoit autant de prudence que de générosité.; il ne donnoit qu’après s’être informé des besoins de ceux qu’il vouloit soulager; mais alors il donnoit tout ce qui paroissoit nécessaire; L’état qu’il exerçpit le mettant à même dé connoître bien des choses qu’on ignore dans le monde, il profitoit de cette circpnstance pour rendre des services dont le résultat étpit également utile à la société et aux infortunés qui étoient devenns l’objet de sa sollicitude. S’il apprenoit que l’excès’ de la misère alloit précipiter une jeune fille dans le désordre, il la faisoit placer en apprentis-^ sage chez des ouvrières dont il étpit bi^ sûr,; et il cohservoit ainsi ses moeurs et son existence. Quel-? quefbis même il venpit au secpurs du repentir qui suit une première faute, et se trou voit heureux de ramener au bien des cœurs qui n’étpient pas en.cpre çorrompus. Ce n’est pas par lui qu’pnapu s^avpir ces détails, mais il s’est trouvé des êtres assez reconiiaissans pour ne pas laisser ignorer qu’ifs lui de* voient bien plus que la vie.,

.Une des plus grandes jouissances pour M. Bayle, étoit de s’entretenir avec des hontes, ip.struits. Ses conversations rouloient sur l’histoire, la philo-: spphie et les éyénemens politiques. Il y déployoit une érudition surprenante. Il avoit conservé une tournure simple,et cependant il avoit une pénétration extraordinaire et la plus profonde conuoissance des.

hommes. Personne ne savoit mieux se meffré à laplace des autres, n’écoufoit avec plus d’attention, et n’éfoit plus capable dé donner un conseil dans les circonstances difficiles. Il étoit recherché dans la société, mais on l’y voyoit peu, parce qu’il falloif aller chez les malades, et qu’une correspondance étendue et le soin de rédiger ses observations lui prenoient une partie des nuits.

M. Bayle paroissoit être du caracfèré le plus calme , rien n’altéroitia droiture de son Jugement, et ce qu’il eroyoit bien déterminoit toutes ses'dé^ marches. Franchement attaché à sa famille et à ses amis, il aurait fout sacrifié pour eux ; mais il n’avoit point ces élans et cette expansion de sensibilité qui Souvent ne sont pâsdelongne durée. Il avoît com-^ primé, chez lui cette disposition pour cdffigef un défait auquel elle âuroit pu s’alliér. Il étoit né avec le caractère le plus violent ëf lès" passions lés plus vives ; il en sentit le danger et résolut de donner à sa raison l’empire sur- toutés ses ' affections. Les principes religieux dont il étoit pénétré lui fournirent un appui et Gonfrèbalaneêfent chez lui tout autre sentiment Dès-lors pas un écart.”Il étoit maître de lui-même, également inflexible dans ses principes et modéré dans son langage, et je ne crois pas que depuis que je l’ai connu il ait eu un reproche à se faire. Étonnant exemple de ce que peuvent une volonté forte, et une résolution qu’on ne perd jamais de vue.

Sa maladie a été longue et douloureuse, et il a offert un modèle de patience et de résignation qui

sera peu imité. Au milieu de ses souffrances il rie lui est jamais échappé la moindre plainte ; il n’étoit occupé que de la peine jue prenoient auprès de lui ceux qui lui donnoient des soins. Il dictoit^ pour ceux de ses malades dont il connoissoit le tempérament, des avis qui pussent leur être utiles lorsqu’il ne seroit plus. Il consoloit sa femme en l’invi^ tant à se soumettre à la Providence, en l’engageant à s’occuper de ses eufans, et en l’assurant que lorsqu’elle seroit appelée à le rejoindre , le lien qui les unissoit Tun à l’autre seroit renoué pour l’éternité.

M. Bayle a terminé sa carrière le ii mai r8i6 j à l’âge de-quarante-deux ans. Sa mort a causé la plus vive douleur à ses amis, à ceux à qui ses soins avoient rendu la santé , à s,es confrères dont il étoit également estimé et chéri, à toutes les personnes qui le connoissoient. Ses ouvrages laissent des leçons im^ portantes pour les; médecins * et l’exemplé qu’il a donné de ce qu’on peut faire avec Tamour du bien j avec uue volonté énergique, ne, doit pas être oublié; Sa vie a malheureusenient été bien courte par le nombre des années : elle sembleroit avoir été d’une étendue extraordinaire ,si l’ou leu ju^eoit par les travaux et les bonnes œuvres qui. l’ont remplie.

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