Notice nécrologique sur M. Valleix
Lorsque naguère j’abandonnais à des mains plus jeunes et plus fermes les Archives de médecine et leurs destinées, j’étais loin de penser qu’un devoir douloureux m’y ramènerait sitôt pour déplorer la mort d’un ancien et cher compagnon de mes travaux, d’un ami bien moins avancé que moi dans la vie. M. Valleix, qui fut longtemps connu et estimé des lecteurs de ce journal, a succombé le 12 de mois, foudroyé par une de ces angines malignes qui épargnent rarement ceux qu’elles frappent , et dont il avait puisé le germe auprès d’un enfant atteint de croup : c’est presque au même moment que nous avons appris avec terreur sa maladie et sa mort. M. Valleix, par l’aménité de son caractère, par ses manières loyales et bienveillantes, par la distinction de son esprit, s’était concilié la sympathie de tous ses confrères ; il commençait à recueillir le fruit de veilles sans nombre et d’un travail incessant. C’est au moment de jouir de la considération attachée à une intelligence élevée et â l’habileté pratique, que dans toute la maturité de l’âge, avec line constitution qui semblait promettre de longs jours, il a été enlevé à tous les succès de ce monde. Aussi sa mort a-t-elle excité un intérêt et une pitié universelle, et son cercueil a été entouré des hommages les plus vifs et les plus touchants. Mais quel plus grand éloge pourrais-je faire de M. Valleix, qu’en rapportant le profond témoignage d’affection que lui a rendu M. Louis dans cet instant suprême? M. Louis, cet homme éminent par le caractère et illustre dans la science, pour qui la mort de M. Valleix a été le renouvellement d’une immense el inconsolable douleur, menait encore lui-même ce nouveau deuil, et il a voulu, comme on l’a dit avec un juste sentiment, que les restes de
son ami fussent rapprochés de la tombe de son fils bien-aimé, pour venir pleurer sur tous les deux à la fois. — Quelques jours se sont écoulés depuis ce fatal événement, et laissent l'esprit un peu plus libre. Qu’il me soit permis, dans ce journal que M. Valleix a longtemps soutenu de son active collaboration, de jeter un dernier regard sur celte carrière qui ne fut pas sans éclat et qui a été si misérablement interrompue. J’ose croire que mon amitié, pour s'y porter avec chaleur, n’en sera pas moins impartiale.
M. Valleix, né à Toulouse en 1807, commençait, quelque temps avant 1830, ses éludes médicales à Paris, et les terminait avec l’année 1834 (1}. Cette époque r quoique encore indécise et traversée par les derniers efforts de l’école de Broussais, était heureuse. La réaction contre le système physiologique, déjà préparée par-de bons esprits et de bons observateurs, était achevée par M. Louis, et ne devait pas larder à triompher de toutes parts. M. Louis, par ses divers mémoires et surtout par son ouvrage sur la phthisie (1825), avait intronisé en médecine la méthode expérimentale dans toute sa rigueur. Par son ouvrage sur la fièvre typhoïde (1829), il avait fait plus : il avait montré la puissance de celte méthode qui, seul moyen de démonstration des phénomènes constitutifs des maladies, était devenue dans ses mains l’instrument d’une grande découverte. Mï; Valleix n’hésita pas dans la voie qui était alors ouverte. Son goût pour lés belles-lettres et pour les arts d’imagination s’élait révélé par les succès de ses études humanitaires, et le suivit dans la carrière plus sévère de la médecine qu’il avait embrassée; mais, doué à la f ois d’un véritable esprit scientifique, il ne confondit pas ce que le génie de l’homme peut créer par lui-même avec ce que seules peuvent faire l’observation, l’analyse et l’induction. Il se porta donc tout entier vers l’école numérique, et en fut toute sa vie l’un des plus ardents ètdes plus convaincus sectateurs, ne laissant céder, s'il est possible, son attachement aux doctrines de SI. Louis que devant celui qu’il portait à.la personne vénérée de son maître. De là vint entre M. Louis et son disciple celte inaltérable amitié, ce dévouement mutuel de tous les temps, de toutes les occasions ^ qui les honorent également.
Interne des hôpitaux, M. Valleix avait mis particulièrement à profit son séjour à l’hospice des Enfants Trouvés. C’est là qu’il recueillit les sujets de ses premiers travaux, de ceux qui peut-être portent le plus le cachet d’une observation personnelle (2). Il y puisa la matière d’un
(t) De l’asphyxie lente chez les nouveau-nés, et principalement de celle qui produit la maladie connue sous les noms d’endurcissement œdémateux du tissu cellulaire, du sclérème etc.^ thèse soutenue le 2 janvier 1835. Paris, in-4°, pp. 71.
(2) Dissertation inaugurale déjà citée. —Des ffphalœmaXomes du crâne chez les nouveau-nés ; dans Journal hebdomadaire du progrès des sciences me-
\ ivre qui donna une heureuse impulsion à la pathologie des enfants nouveau-nés (1). Traitée avec intérêt par Billard, mais presque entièrement sous le point de vue de l’anatomie pathologique, M. Valleix l’étudia surtout au point de vue clinique, et avança beaucoup la symptomatologie des maladies de cet âge, qui avait été fort négligée ou qui du moins n’était pas en rapport avec la science actuelle.
Dans l’intervalle qui s’étend de celle première époque de sa vie aux dix années à peu près qui précédèrent sa mort, M. Valleix, qui alors-recherchait peu la clientèle, se livra presque tout entier à la critique médicale et à la composition de deux importants ouvrages. Les mémoires, revues critiques, analyses d’ouvrages, articles de polémique, qu’il publia pendant cette période de temps, particulièrement dans les Archives générales de médecine, et après encore, alors que la pratique l’occupait davantage, dans ce même journal et dans d’autres recueils, sont fort nombreux (2). Partout il y porte un esprit sévère et vraiment philoso-
dicales, 1835, t. IV. — Observ. et réflex. sur un décollement de plusieurs êpiphyses des os longs ; dans Bulletin de la Société anatomique , 1831.— Du Développement des os du crâne après la naissance ; ibid., 1835. — Observât■ de transposition irrégulière des organes, etc. ; ibid.
(1) Clinique des maladies des enfants nouveau-nés; Paris, 1838, ïn-8° ; pp. 700. Outre les mémoires sur les céphalœmatomes et sur l’œdème des nouveaunés , reproduits nécessairement et complétés dans ce traité, on y trouve une histoire toute nouvelle du muguet, de la pneumonie des nouveau-nés, etc.
(2) Je ne puis indiquer ici-tous les articles de M. Valleix publiés dans les divers recueils, et dont beaucoup né portent pas de signature; je mentionnerai cependant les plus importants , et surtout, parmi les articles de critique, ceux oir H a plus particulièrement appliqué ses principes de méthode.
Dans le Journal ffebdom. des progrès des sciences médicales, outre les mémoires déjà cités, Analyses de l’ouvrage de Lallemand sur la spermatorrhée, 1838,1.1, p. 287 ; — de l’ouvrage de M- Lé!ut, Qu’est-ce que la phrénologie P ïd., 1.11, p. 261; — de l’ouvrage de Parent-Duchâtelet, de la Prostitution dans ta ville de Paris, id., t. IV, p. 33 et 129.
Dans les Archives gên. de méd.j 2 e série : Du Rôle des fosses nasales dans Pacte de la phonation, t. VIII; 1835. — 3 e série : De la Méningite tuberculeuse chez l’adultej 1. 1; 1838. — Examen de l’ouvrage de M. Woiilez, Recherches sur Vinspection et la mensuration de la poitrine , etc., 1.111, p. 73. — Examen de l’ouvrage de MM. Trousseau et Belloc, Traité de la phthisie laryngée, etc., ibid., p. 293. — De la Revaccination, ibid., p. 372 et 489. — Considêr. sur la fièvre typhoïde, etc., t. IV, p. 69, 200. — Anal, du Traité philosophique de médecine pratique de M. Gendrin, t. IV, p. 514, t. VI, p. 255, èt t. VIII, p. 515. — Réflexions sur la pleurésie et Uempyème, t. V, p. 75. — Recrudescence de l'ontologie médicale, ibid., p. 252. — Sur l’hémorrhagie des méninges, ibid-, p. 261. — Du Typhus fever et de la fièvre typhoïde d'An g [et erre, t. VI. p. 129, 265. — Sur Vêlage de Broussais par M- Bérard, ibid.,
ph'iqûé, lucidité d’exposition et de raisonnement, sûreté de jugement pratique, connaissance des travaux contemporains, et surtout cette bonne foi et cette impartialité qui sont les plus belles qualités de là critique. Il y joint une vertu qui s’y associe plus rarement, l’indulgence envers ses adversaires et la plus grande abnégation personnelle dans les discussions. Cette facilité d’humeur, celte Sérénité dé caractère, ne pouvaient être altérées par les attaques les plus violentes et les plus injustes, el^ je l’avoue à ma honte, dans celles que lui suscita quelquefois sa collaboration aux Archives générales de médecine, ai-je senti et repoussé plus vivement qu’il ne le faisait les atteintes portées à nos opinions communes et à son mérite.
Ce fut en faisant temporairement, en 1838, un des services médicaux de l’hôpital de la Pitié, que SI. Valleix eut occasion de connaître les observations de M. Bassereau, qui y était attaché comme interné, sur la
p, 510. — Sur le traité des maladies du cœur de M. Pigeaux, ibid., p. 516. — De la Névralgie dorsale ou intercostale, t. VII, p. 1,188, 319. — De U Application de la statistique à la médecine; examen de l’ouvrage de M. Gavarret : Principes généraux de la statistique méd., t. VIII , p. 5, 503. — Sur les lésions anatomiques et sur la curabilité de la phthisie pulmonaire, t. X, p. 133,279. —Sur la 2 e édit, des recherhes de M. Louis sur la fièvre typhoïde, t. XI, p. 375. — Sur le traité de la pneumonie de M. Grisolle, t. X1L, p. 397.— Du Traitement des névralgies par les vésicatoires volants ,t. XIII, p. 336. — Anaiyse des travaux sur les maladies des reins et les altérations de la sécrétion urinaire j t. XV, p. 59. — Cas remarquables de névralgie trifaciale, ibid., p. 472. — 4 e série : Revus des derniers travaux sur les maladies syphilitiques, t. II, p. 186; 1843. — Névralgie trifaciale causée parla carie d’une déni molaire, ibid., p. 209. — De l’Hydrothérapie, t. 111, p. 315, 434. — Revue des recherches modernes sur les maladies du cœur, t. V, p* 321, et t. VI, p. 42. — Sur la trachéotomie dans le traitement du croup, t. VI, p. 256. — Sur divers traités relatifs à la méningite cérébro-spinale , t. Vill, p. 246. — Sur les traités de la pellagre de M. Roussel, t. XI, p. 374 ; — de la vaccine de M. Steinbrenner, t. XII, p. 240 ; — de l’hypochondrie de M. Michéa, t. XIII, p. 152; — du choléra de MM. Briquet etSlignot, t. XXU, p. 376; etc. etc.
Dans les Mémoires de la Société médicale d'observation : Recherches sur la fréquence du pouls chez les enfants nouveau-nés et chez les enfants âgés de sept mois à six ans, t. II, p. 300-380; 1854. — De la Coïncidence du- rhumatisme articulaire et des maladies du cœur, mémoire inédit, imprimé en 1853, et qui doit paraître prochainement dans le tome III de ce recueil.
Dans le Bulletin général de thérapeutique,de 1843 à 1851 : Sur le diagnostic et le traitement du croupit du pseudo-croup, t. XXV.— De l’Abus des vésicatoires et des sinapismes dans les maladies aiQuës.— Sur l’étiologie, le 'diagnostic et le traitement de la gastrite aiguë, de la gastrite chronique, et de la gastralgie, t. XX VII. — Sur la maladie désignée sous le nom d’asthme
névralgie inlercoslaie. Il continua celte élude (1), et, étendant ses ré-? cherches à toutes les autres névralgies, il publia bientôt un traité complet de ces affections (2). Au mérite des recherches et de l’observation, il ajouta celui d’avoir généralisé un trait important de la névralgie intercostale : il montra que dans les autres névralgies, comme dans cellelà, il y a un rapport entre la distribution des nerfs et la dissémination des points douloureux, ce qui lui donna le moyen de mettre une plus grande précision qu’on ne l’avait fait dans l’histoire de cés maladies. Peu de temps après, il faisait paraître successivement les diverses livraisons qui formèrent son Traité de médecine pratique (3). Ce traité, composé, au milieu d’autres occupations, avec une rapidité extraordinaire qui n’ôte rien à l’étendue des recherches, à la méthode et à la clarté,
chronique. — Sur les causes et le traitement de l’œdème de la glotte. — Sur un cas d’œdème des nouveau-nés, traité et guéri par les émissions sanguines> etc., t. XXVIII. — Sur les causes, le diagnostic et le traitement de la glucosurie ou diabète sucré. — Des Perles séminales involontaires. — Sur la péritonite chronique et son traitement, t. XXX. — Sur une forme de névralgie lombo-abdominale simulant une maladie de l’utérus t t. XXXII. — Nouvelles considérations sur la gastralgie chronique et son traitement, t. XXXIII. — De la Névralgie générale, affection qui simule des ma'adies graves des centres nerveux, t. XXXIV. — Sur l’hydrothérapie et sa valeur thérapeutique, t. XXXV. — Sur la pneumonie des enfants, t. XXXVI. — Sur le traitement de l’œdème de la glotte par la scarification des bourrelets œdémateux, t. XXXIX. — Modifications apportées au pessaire intra-utérin, et considérations sur la cure radicale des diverses déviations de l’utérus, 1851, t. XL. — Note sur le redresseur intra-utérin et sur son emploi dans le traitement radical des déplacements de la matrice, t. XL1 ; etc. etc.
Dans l’Union médicale : Action immédiate du sulfate de quinine sur le gonflement de la rate, et rapport de ce gonflement avec les accès de fièvre intermittente, 1847; p. 386. — Études statistiques propres à éclairer ces questions : La fréquence proportionnelle, la nature, les principaux caractères des maladies, ont-ils subi, dans le cours des siècles, d’aussi grandes modifications qu’on le prétend? 1848. — Sur la fièvre intermittente chez tes jeunes enfants, ibid. — Discours d’ouverture du coùrs clinique fait à l’hôpital de la Pitié, 1852. —Leçons sur les déviations de l’utérus, ibid. -t De VInflammation du tissu cellulaire pêri-utérin, et en particulier du phlegmon rétro-utérin, 1853. — Relation de l’épidémie de fièvre typhoïde actuelle, et résultats comparatifs du traitement parla saignée initiale et l’eau froide intus et extus, ibid. ; etc. etc.
(1) Mémoire cité, dans les Archives gén. de méd., 1840.
(2) Traité des névralgies ou affections douloureuses des nerfs; Paris, 184! ; in-8°, pp. 720.
(3; Guide du médecin praticien, ou Résumé-général de pathologie interne
témoigne de la prodigieuse facilité de travail que possédait M. Valleix. Le succès qu’a eu cet ouvrage volumineux, parvenu en peu de temps à une troisième édition, prouve que l’auteur avait répondu aux besoins de la science et de la pratique : il a en effet rendu à l’une et à l’autre un éminent service, en en présentant un tableau complet en même temps qu’une exposition critique, en appréciant avec justesse les conquêtes réelles qui y avaient été faites, et les trop nombreuses défectuosités et lacunes qui y existent.
Mais le temps approchait où M. Valleix allait s’adonner plus particulièrement à ia pratique de la médecine. Médecin des hôpitaux depuis longtemps ( il avait été nommé, dès 1835, au Bureau centrai d’admission, et de là était passé, quelques années après, au Bureau de direction des nourrices, où il avait continué ses observations sur les nouveau-nés , puis à l’Hôlel-Dieu annexe, à Beaujon, enfin à l’hôpital de la Pitié), il avait commencé un enseignement clinique qui, dans les dispositions qu’il y apportait, avec son esprit d’observation sévère et son savoir étendu, ne pouvait manquer d’attirer de nombreux élèves. Déjà , dès 1851, il avait fait connaître sommairement les résultats de ses observations sur certaines maladies de l’utérus et sur ses procédés de traitement, dans le déplacements de cet organe, par un instrument qui était une ingénieuse modification du pessaire intra-utérin de M. Simpson (I). C’est dans ses conférences cliniques, à l’hôpital de la Pitié, qu’il exposa plus amplement ses recherches et ses procédés, qui lui valurent tant d’attaques et d’ennuis (2). Les échos de la salle de l’Académie impériale de médecine retentissent encore du long rapport qui fut dressé contre la doctrine et les procédés de M. Valleix et de la discussion qui s’ensuivit. Incompétent que je suis en semblable matière, je ne hasarderai pas un jugement sur les contradictions quelque peu passionnées qui furent opposées à notre confrère; mais, s’il est possible de se former une opinion dans ce conflit, il me semble, en m’appuyant surtout sur l’autorité imposante du professeur Velpeau, que les déviations utérines, point de mire du traitement de M. Valleix, ne sont pas aussi étrangères qu’on l’a soutenu dans le Rapport aux symptômes à combattre, et qu’il n’a pas été prouvé que le redresseur intra-utérin, tout en pouvant être la cause d’accidents graves, par une application maladroite ou imprudente, ne devait pas être utile dans certains cas. Du reste, il ne faut que lire la réponse, pleine de modération et de sens,
et de thérapeutique appliquée ; Paris, 1842-1848; in-8°, 10 vol.— 2 e édit, corrigée et augmentée, ibid 1850-1851 ; in-8°, 5 vol. — 3 e édit., 1853 ; in-8°, 5 vol.
(1) Bulletin général de thérapeutique ,1851, t. XL et XLI.
(2) Des Déviations utérines, Leçons cliniques faites à l’hôpital de la Pitié, par M. Valleix, recueillies et rédigées par T. Galtard, interne des hôpiiaux de Paris (exîrait de l’Union médicale, mai, juin et juillet 1852'. Paris, 1852; in ; 8 n , pp. 179.
que M. Valleix fit au rapport lu à l’Académie (1), pour être convaincu que si sa doctrine et ses procédés curatifs n’étaient pas sans exagération et sans inconvénients, il y avait plus d’erreur encore et d’injuste attaque du côté de son contradicteur. M. Valleix recueillait avec soin les observations nombreuses qui se présentaient à lui et qui auraient pu résoudre cette question de pathologie et de thérapeutique ; le sort n’a pas voulu qu’il décidât lui-même ce qu’il aurait eu à rétracter, ce qu’il devait confirmer dans ses opinions et sa pratique.
Tel est le médecin qu’une mort prématurée vient d’enlever à ses travaux. Doué d’une grande activité servie par une facilité de conception peu commune, ses occupations, qui croissaient de jour en jour, ne l’etmpêchaient pas de réunir des matériaux sur divers sujets et d’en préparer la publication. Il travaillait, lorsque la maladie l’a surpris, à un mémoire sur la coïncidence de la bronchite avec l’emphysème et les maladies du cœur, et il cherchait à remplacer des observations égarées par de nouvelles, pour un autre mémoire très-intéressant sur les résultats de la percussion dans la pleurésie, et dont les points principaux ont été plusieurs fois commentés dans ses leçons orales à l’hôpital de la Pitié.
M. Valleix fut sans contredit un des esprits les plus distingués de notre époque, et cependant il échoua deux fois au concours d'agrégation de la Faculté (2). Il n’était point de l’Académie de médecine : il brillait dans les seules sociétés où il ne faut que du talent et l’amour de la science. M. Valleix a succombé avant le temps sur un champ de bataille qui compte, comme on l’a dit, plus d’une victime, et où l’on ne mesure pas l’honneur au dévouement et au danger. Il quittait ici-bas de grandes, affections et de belles espérances, et jusqu’au dernier soupir, plein de reconnaissance pour les soins affectueux qui l’entouraient, il a compté avec calme et résignation les courts moments qui lui restaient à vivre , il en a soutenu avec un courage admirable les affreuses angoisses.
M. Valleix ne laissera pas dans la science de ces traees lumineuses qui brillent au loin ; il n’a pas marqué par de vastes vues , par de grandes découvertes : le génie est départi à bien peu dans chaque pays et à chaque époque. Mais il eut un talent incontestable et surtout une droite raison qui l’empêcha de se fourvoyer au milieu des impuissantes prétentions de synthèse et des doctrines abstruses dans lesquelles se débat encore la médecine. 11 eut le mérite de s’attacher à la méthode analytique et numérique de M. Louis, dès qu’elle apparut à son esprit, mé-
(1) Nouvelle note sur les déviations utérines, à propos du rapport de M. Depaul à VAcadémie de médecine , dans V Union médicale , 1854, p. 263.
(2) Les dissertations qu’il présenta pour ces concours ont pour titre : La fièvre ou affection typhoïde, et Vinflammation de la fin de l'iléon, sont-elles deux maladies différentesP Paris, 1838; in-4°, pp. 24. — Des Indications et des contre-indications en médecine pratique ; ibid., 1844 ; in-4°,PP 19.
(hotte indispensable à tout l’ordre des faits pathologiques et thérapeutiques qui se soustraient à l’induction directe, méthode qui ne donne pas le talent de l’observation, mais qui la facilite et la dirige, qui ne donne pas la sagacité, le génie des rapprochements et des rapports, mais sans laquelle errent, dans leurs inductions générales, les esprits les plus sévères et les plus sagaces. M. Valleix fut certainement un des disciples les plus intelligents de M. Louis, celui qui servit le mieux les doctrines de ce maître célèbre, alors que celui-ci, absorbé par la pratique, ne les soutenait plus de ses travaux. Il montra, par ses ouvrages et dans sa critique, combien étaient mal fondées les préventions qui y étaient opposées, et qui viennent surtout de l’impatience des résultats- Sans tomber dans les exagérations qui compromettent les meilleures causes, il soutint avec fermeté les pr incipes de la seule philosophie à laquelle soientattachés les progrès de la médecine, et il distingua parfaitement ce que confondent à plaisir tant de gens, la constitution difficile et lente de la science médicale, et les exigences de la pratique, à laquelle manque trop souvent l’appui de données scientifiques. M. Valleix continua en un mot M. Louis : là fut son œuvre principale et sera sa principale gloire.
Rasge-Delorme*
^arîSi —RIGNOÜX, Imprimeur de la Faculté de Médecine, rue Mon$ieur-!e*PritJce, tL