RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE D'EGYPTE
Les annales égyptiennes commençaient, comme celles des autres peuples, par des légendes se rapportant à des dieux, des demi-dieux et des h^ros fabuleux. Mènes était indiqué comme le premier des rois humains qui eût réuni sous un même s«'eptre toute la monarchie égyptienne. Les monuments confirment cette tradition. On trouve le cartouche de Menés à la tête de ceux des rois historiques, et nous conna'ssons quelques traces d'un culte commémoratif qui lui fut rendu à Memphis. L'histoire lui attribuait la construction de la grande digue qui détourna le cours du Nil pour obtenir l'emplacement de cette capitale de la basse Egypte. Nous ne voyons pas de raison sérieuse pour douter de la réalité de ce fait^ quoique nous ne connaissions aucun monument contemporain de ce roi. Hanéthou, l'historien nation il, a divisé la série des rois successeurs de Menés en dynasties, et nous nous servirons de ce terme pour classer les fai s dans la série des âges; le vague même que laisse dans Tesprit l'expression de dynastie convient à merveille à l'iu' eriitude absolue dans laquelle nous la'ssentles divers systè-ues quant à la chronologie de ces premières époques.
(1) Cette légende a été publiée dans VAthenœum françait, en 1852, sons le nom de Y Histoire des deux frtret.
Nous ne savons ri n de précis sur les deux premières dynasties; le preirât^r monument auquel nous puissions assigner un rang certain se place vers la fin de la troisième : c'est un bas-reli«»r sculpté a Ouadi-Magara ; il représente le ro* Snéwrou faisant la conquête de la presqu'île du Sinaï. Ce roi, souvent cit*^ depuis, fonda, le premier, un étab'issement égyptien pour exploiter les mines de cuivre de cette localité (1).
Sf-s successeurs furent célèbres dans le monde antique ; Hérodote a conservé leur mémoire: ce sont les auteurs des pyramides de Gizeh. C'est au groupe de la quatrième dynastie qu'appartiennent les rois Khouwou {Chéoi^s^, Khawr a (ChepWen)et Mmkéiès 'Mycéiinus). Ainsi, dèslaquairième dynastie, les rois d'Egypte avaient la puissance ^X la richesse nécessaires pour se livrer à ces colossales entreprises dont la gran <eur n'a jamais é'é surpassée Ces rois possédaient probablement la Thébaïde en même temps que la basse Egypte. Ce qui est certain, c'est qu'ils sont cités sur les monuments de Thébes parmi le^^ ancêtres royaux des souverains thébîiins. Les bas-reliefs sculptés à Ouadi-Mag<>ra sont les seuls de cette époque qui nous rappellent des expéditions militaires; mais les temples et les palais sont écroulés, les tombeaux s uls ont survécu.
Ces mêmes tombeaux nous conduisent, à travers une périi'de où Tempire paraît avoir été divisé, jusqu'à une famille qui a laii^sé plus de trace dans les mouumen^s. Le personrtage le plus remarquable des successeurs de Menkérès >emble avoir éié le roi Pépi-meri-ra. Il régnait sur la haute Egypte et sur l'Egypte moyenne ; il était également maître dus éiabli-semeuts égyptiens du Sinaï. Peut-être môme réunissait-il tout l'empi e sous son sceptre; lesmo-
(1) L'identification avec le cuivre du métal ou minéral exploité par les Égypiiens au Sinaï, et qu'ils nommaient Mawek, est aujourd'hui trèscontestée* (P. P.)
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numents de son régne sont assez nombreax, et Ton conjecture, avec vraiseroblenee, quil esi le môrae que le roi Phiops, placé parManéihon dans la sixième dynastie, avec un règne de prés de cent ans.
La première dynastie thébaine est la onz'éme dans Tordre de Mauéthon ; il paraît cet tain qu'elle se compo^<a de souverains partiels : le uom dominant dans cette famille se lit Ant w. On a trouvé à Thébf'S le tombeau de ces princes^ et n> tre musée possède deux cercueils qui en provienneut.
La seconde époque de grandeur pour la monarchie égyptienne, réunie alors sous un seul sceptre, commença avec la donzième dynastie.
Manéihon nomme le premier roi Araénèmès ( Aw^nemfta, des monuments). Ici les inscriptions, plus nombreuses, permetient déjà d'apprécier p'us complètement l'état de l'Egypte sous c<-tte puissante famille. Au nord, ses rois possédaient la presqu'île duSinaï, ft ils se vantent de leurs continuelles victoires sur les peuples voisins. Au midi, la douzième dynastie' étendit au loin sa domination Ousourtasen I" avait reculé ses frontières jusqu'à Ibsamboul; ses successeurs les perlèrent jusqu'à Semneh et assurèrent à TÉgypte la possession de toute la Nubie. La vallée du Nil se couvrit de temples; la province du Fayoum vit s'élever le Labyrinilie, autre merveille du mowde antique, et de nouvelles pyramides continnèretit la rangée majestueuse des tombes royales >urla limite du désert.
Les peinture^ des tombeaux conservés à Beni-H^ssan font voir que les Égyptiens connaissaient dès lors les diverses variétés de la race humaine, et que le commerce ou la guerre les avait déjà mis en rapport avec les nations asiatiques.
La (in de cette dynastie, où nous trouvons une reine nommée Sebi'knowréou, semble avoir amené des divisions. Quelques
savants pensent que, dès le commencement de la treizième dynastie, arrivèrent les invasions des peuples nomades de TAsie, que Thistoiro nous désigne sous le nom de pasteurs. Il faut néanmoins remarquer que les rois nommés Sebekhotep ei Nowrehotep, qui appartiennent à cette dynastie, étaient encore de puissants princes. Nous avons une grande statue de granit rose représentant Sebekhotep III, qui fut trouvée, dit-on, dans la basse Egypte. Un de ses successeurs faisait élever d'immenses colosses dans Tîle d'Argo, au fond de TÉthiopie. Tous ces travaux semblent indiquer encore une souveraineté paisible. On poi-sède une très-longue liste des rois qui suivirent les Sebekhotep ; ils constituent les quatorzième, quinzième, seizième et dix- septième dynasties, sous lesquelles Manéthon place Tinvasion des pasteurs.
Ce grand désastre et la longue oppression qui en fut la suite sont attestés par tous les souvenirs historiques. L'interruption violente de la série monumentale en est aussi la preuve la plus directe. On peut croire que tous les temples furent renversés; car il y eut une guerre religieuse, iodépendammentde la soif du pillage qui préside à toutes les incursions des peuples nomades. L'emplacement des temples antiques se reconnaît par les arasements et les anciennes fondations, sur lesquels on reconstruisit les nouveaux sanctuaires, après la restauration de l'empire égyptien par la dix-huitième dynastie (1).
Rien n'est concordant dans les récits divers que les auteurs nous ont transmis de cette époque de servitude, et naturellement les monuments y font défaut. Nous ne pouvons donc pas savoir au juste s'il faut placer linvasion, comme
(1) On a exagéré, sur la foi de Manéthon, la barbarie des pasteurs; leurs noms, retrouvés sur des statues de rois égyptiens ainsi que les monuments de Tanis dûs à leur initiative, protestent en leur faveur.
semble Tind'quer Manëthon, à la quinziôme dynastie; mais il est certain qu'elle fiait soas Amosis, avec la dix-septième. Un récit égyptien, conservé dans un papyrus |i), nous montre quel était Tétat du pays vers la fin de cette période. Un roi ennemi^ nommé Apapi, régnait dans Avaris, place forte du Delta. Il exigeait le tribut de toute r Egypte; il était ennemi de la religion du pays. Ses exactions ayant amené une guerre qui fut longue et sanglante, le prince de la Thébaïde, nommé RasTcenen-Taaàken, finit par réunir les autres princes d'Egypte et obtint des succès contre les pasteurs ; mais la gloire d'expulser ces étrangers fut réservée à l'un de ses successeurs, Amosis.
Ici les textes égyptiens viennent encore au secours des historiens, peu d'accord entre eux sur l'époque du fait. Une inscription contemporaine montre qu'Amosis, après plusieurs batailles, s'empara d'Avaris et se débarrassa définitivement des pt-teurs vers la sixième année de son règne (2). Il put aussitôt tourner ses armes contre les Nu* biens révoltés. A la fin de son régne, nous le voyons occupé à rouvrir paisiblement les carrières de Tourah pour en extraire les blocs destinés à relever partout les temples des dieux.
A partir de ce moment, décisif pour la puissance de l'Egypte, commence la série des triomphes qui rendirent ce pays l'arbitre du monde pendant plusieurs siècles. Aménophis P' affermit les conquêtes faites sur les frontières ati nord et au midi. Toutmès V conduit ses armées en Asie, et porte le premier le cimeterre royal jusqu'en Mésopotamie. Sa fille, pendant une longue régence, semble s'ôtre spécialement préoccupée d'embellir les temples; Toutmès U, son frère, fit des campagnes heureuses en Ethiopie et en Palestine. La régente paraît avoir ressaisi l'autorité après sa
(1) Papyrus Sallier, no 1.
(S) Inscription "flu tombeau d'JAméi, chef des nautonnlers.
mort; mais à peine Toutmès III, son second frère, fot-il en possession du pouvoir souverain, qu'il entreprit une série d'expéditions d(nt le récit couvre les murailles de Karnak. Il fit passer sous son joug les peuples de l'Asie centrale, et nous voyons figurer parmi ses vassaux Babel, Ninive et Sennaar, au milieu de peuples plus importants alors, mais dont les noms se sont obscurcis dans la suite des temps.
L'Egypte soutient toute sa grandeur jusqu'au règne d'Aménophis III, qui fut aussi un prince guerrier ; c'est celui que les Grecs nommèrent Memnon et dont le colosse br.sé résonnait, dans la pb ne de Thèbes, au lever du soleil; mai.i^ la fin de la dix-buitième dynastie fat troublée par des usurpations et par une révolution religieuse. AménophisIV ne voulut pas souffrir d'autre culte que celui du Soleil, représenté sous la forme d'un disque rayonnant. Des mains sortant de chaque rayon apportaient aui^ dévots mortels le signe de la vie. Ce rui fit effacer le nom du dieu Ammon sur les monuments, et nous devons à son fanatisme une quantité de mutilations les plus regrettables.
Ces révolutions intérit^ures avaient porté leurs fruits ordinnires. L'empire de l'Asie paraît avoir échappé à des mnins débiles et à un peuple divisé, lorsque la dix-neuvième dynastie amena sur le trône deux grands hommes qui restaurèrent le pouvoir et étendirent encore les conquêtes de l'Fgypte. Séti P' (que Manéthon nomme Sélhos) trouva la révolte arrivée jusqu'aux portes de l'Egypte ; il soumit de nouveau l'Asie centrale, qu'avaient dominée les Toutmès et les Aménophis. Les grands travaux qu'il ût exécuter à Thèbes prouvent que ses expéditions lui avaient assuré pour quelque temps une domination tranquille.
Le fils et successeur de Séti P' est le plus grand conquérant des temps antiques, celui que les prêtres nommaient Rarrsès, autémoig» âge de Tacite, lorsqu'ils montraient ses exploits sculptés sur les murs de Thèbes. Hérodote le
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nomme Sésostris, et Diodore Sésaosis, d'après un nom populaire (i). Son nom propre, sur les monuments, se lit RamsèS'Metamoun ; c'est exactement la forme conservée par Josèphe. Quelque exagération que Ton puisse supposer dans les récits officiels de ses exploits, Rarnsès-Meiamôun, qui parvint à la couronne dès son enfance, paraît avoir été réellement un grand homme de guerre. Sa première cam • pagne le conduisit en Ethiopie; dans les inscriptions qui la mentionnent, on donne déjà les éloges les plus outrés à la bravoure du jeune monarque. Les peuples de TAsie centrale s'étant révoltés, Ramsês courut, dans la cinquième année de son règne, au-devant de la confédération des rebelles. Le prince des Khétas. qui en avait le commandement, ayant trompé par de faux rapports les généraux de Ramsès, le roi se trouva un instant séparé de son armée, et ne dut son salut qu'à des prodiges de valeur. Cet exploit fut le sujet d'un poëme qui devait jouir d'une grande vogue, puisqu'il eut Thonneur d'être gravé en entier sur une des murailles du temple de Karnak; un des papyrus de la collection Snllier nous a conservé une partie de ce poëme : la composition en est souvent remarquable, comme pensée et comme expression poétique. Ramsès triompha de la révolte, et d'autres expéditions étendirent encore ses conquêtes. On manque malheureusement de points de comparaison pour identiQi r d'une manière précise la plupart des places conquises par les Égyptiens dans ces temps si reculés. Déconcertés par leurs défaites successives, les chefs des Khéias vinrent enfin demander la paix. Dans la vingt et unième année de son règne^ Ramsès leur accorda des conditions honorables dont l'exécution fut mise sous la garantie des divinités des deux nations. L'acte en fut gravé sur une muraille de Thèbes qui nous en a conservé des fragments
(1) Les monuments nous apprennent que les Egyptiens lui donnaient quelquefois le nom populaire de Set€u ou Setoura,
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importants. Il est à croire qu'une tranquillité durable suivil ces longues guerres, car Ramsès-Meïamoun put, pendant un règne de soixante-sept ans, couvrir l'Egypte de ses monuments. Il employa pour les construire les nombreux esclaves qu*il avait ramenés de ses conquêtes, et ce fait nous conduit naturellement à dire quelques mots de Moïse et da séjour des Hébreux en Egypte.
La chronologie présente trop d'incertitudes, tant dans l'histoire égyptienne que dans la Bible, et spécialement quand il s'agit de mesurer la période des Jluges, pour que Ton puisse, a priori, et par un simple rapprochement de dates, définir sous quel roi eut lieu la sortie d'Egypte. La difficulté est encore plus grande quand il s'agit du patriarche Joseph, puisque la longueur du temps de la servitude en Egypte est elle-même l'objet de nombreuses controverses. Moïse ne se sert jamais que du mot générique Pharaon., qui veut dire le roi. Mais en recueillant soigneusement les particularités éparses dans le récit biblique, on y trouve d'abord un roi qui forçait ses esclaves à bâtir la ville de Ramsès dans la basse Egypte. Ensuite, lorsqu'on veut calculer le temps que Moïse dut passer chez Jéthro pour fuir la colère du roi, si l'on réfléchit que Moïse tua l'Égyptien dès qu'il fut parvenu à la virilité et que le livre saint lui donne quatre-vingts ans à l'époque de la sortie d'Egypte, on voit que le règne indiqué fut excessivement long. La Bible dit, en effet : « Après un long temps le roi mourut. » Un seul Ramsès convient à toutes ces circonstances, c'est Ramsès II, qui régna soixantesept ans, et qui fit en effet construire dans la basse Egypte une ville à laquelle il donna son nom (1). Moïse revint d'Arabie aussitôt qu'il apprit la mort du souverain qu'il avait irrité. Le récit des pi aies de l'Egypte et de la terrible
(1) La place de la tjt7/e de Ramsèf paraît déterminée par les ruines situées au lieu nommé Abou-Kéïch€d ; un bloc y porte en effet la mention de la viiie de Ramsè
catastrophe qui accompagna la sortie des Israélites, ne paraît compatible qu'avec un petit nombre d'années. Menéphtbah, fils de Ramsès II, est sans doute le Pharaon de la mer Rouge; mais lé récit de Moïse autorise à penser que le roi ne fut pas personnellement victime de ce désastre. Il paraît, en effet, avoir régné dix-neuf ans, et peut-èire ne s'est'il pas écoulé un temps au^si long eptre le retour de Moïse et le passage de la mer R »uge. On n'a pas retrouve, sur les monuments, la trace de ces premières relations des Israélites avec TÉgypte, et il serait bien extraordinaire qu'i s eussent enregistré ce désastre ailleurs que dans les annales* les sculptures des temples ne rappellent jamais que des victoires.
La puissance des Égyptiens et leur domination en Asie se soutinrent, malgré une succession de révoltes (1), pendant toute la dix-neuvième dynastie et pendant une partie de la vingtième,qui se compose exclusivementderoisnommés Ramsès comme leur aîeuL Ramsès III paraît aussi avoir fait de grandes conquêtes en Asie, et ses monuments présentent la eirconstance remarquable d'une bataille navale. Les expéditions, pacifiques ou belliqueuses, qui s'étaient multipliées, avaient amené des rapports intimes entre les Égyptiens et les nations asiatiques. Les uns faisaient des voyages en Mésopotamie; c'étaient des officiers envoyés par le prince pour gouverner les provinces, surveiller les stations établies et commander les garnisons mises dans les places fortes. Les autres venaient jusqu'en Egypte, soit pour faire le commerce, soit pour consulter les médecins égyptiens, dont le savoir était déjà renommé, probablement les magiciens qui luttèrent avec Moïse. Un monument trouvé à Tbèbes nous montre un prince de la Mésopotamie qui envoie solennelle-
(1) Une formidable invasion de Libyens et de peuples de la Méditerranée, heureusement repoussée par Uenephtah, avait mis en p^ril existence de TÊgypte. (P* P.)
ment chercher un diea thébdin pour venir aa secours de sa fille, possédée d'un esprit œallo. Le roi d'Egypte avait épousé la sœur de cette princesse. Ramsès-Meîamoun, le grand conquérant, avait lui-môme épousé ta fille du prince des Rhétas, son plus vaillant ennemi.
A la suite de ces alliances, quelques divinités asiatiques avaient été admises dans le Panthéon, et la Vénus des bord^ de TEuphrate eut à Thèbes un temple et des prêires qui riovoqua^ent sous les noms de Qiidescheld'Anata. Baal et Astarté avaient aussi des auteh officiels dans la ville de Rarnsès, Cette domination de plus de cinq siècles que rÉg:ypte exerça sur TAsie centrale est un fait historique des plus importants ; c'est de là que dérivent une foule de rap* ports entre les populations de TÉgypte, de PAssyrie et de la Phënîcie.
Vers la fin de la vingtième dynastie, les grands prêtres d'Ainmon s'emparèrent petit à petit de Pautorité et finirent par succéder à la famille des Ramsès. Moins belliqueux peut-être, ils ne surent pas conserver la suprématie de leur nation. Les grands empires d'Asie prenaient plus de force et de développement ; l'Egypte fut réduite à ses limites naturelles. La vingt-deuxième dynastie amena pourtant sur le trône un conquérant : le roi Scheschonk (le Schischak de la Bible) recouvra une partie de la Syrie. Les trésors rassemblés par David et Salomon lui apprirent le chemin de Jérusalem, et Pon voit figurer parmi ses captifs le malheureux Roboam, les mains liées derrière le dos, avec cette inscription : Juda roi (1). Néanmoins, Peropire des Assyriens devint alors trop puissant pour que les Égyptiens pussent désormais régner d'une manière durable en Asie, et leurs expéditions les plus heureuses se terminèrent par de stériles victoires ou par Passervissement de quelques parties de la Palestine et de la Syrie.
(1) M. Bnigsch (tieog. II, 63) considère le groupe Jud-k-melek comme la simple désignaiion d'une localité de la Palestine. (P. P.)
c L'établissement des rois de race éthiopienne sur le t trône des Pharaons résulta de leurs victoires, ren- X dues {)lus faciles par les divisions des divers partis X égyptiens: mais la faveur marquée qui salua leur iotro> X nisation dans la Haute-Egypte fut la conséquence d'an- ^ ciennes alliances qui liaient cette famille avec les grandsot prêtres d'Am< n, autrefois souverains de la Ttiébaîtie. En X effet, la dynastie de Sa bacon nous apparaît maintenant, a dans ses origines, comme la descendance d'un rameau « thébain, détaché du tronc à la suite de quelque révolution « que nous ne pouvons pas encore préciser et qui avait im- « planté au fond de la Nubie la langue, les mœurs et h re- <c ligion de la mère-patrie. Tel est le résultat évident des a monuments découverts en Ethiopie. Peu de temps avant « Sabacon, suivant nos calculs, un roi puissant, nommé « Piariîchi-Meriamouny et résidant à Napata, apparaît déjà Qc comme po^sédant la Thëbaïde en toute tranquillité et c comme réduisant par la force, à Tétat de va^saux, une (c vingtaine de personnages qui se partageaient la souverai- « neté dans tout le reste de TËgypte.
c Sabacon doit avoir trouvé le pays à peu près dans le a même état; rien n'indique qu'U ait eu quelque combat à (f soutenir contre les Thébains pour monter sur le trône, a mais rhistoire nous apprend qu'il emporta de haute « lutte la souveraineté de Memphis jet qu'il ût mourir a Bokkoris, après l'avoir vaincu. Il ne faudrait pas cependant ce conclure de cette vengeance que les Éthiopiens eussent (C des mœurs féroces ou fussent alors moins civilisés que « leurs nouveaux sujets. Tous les ^détails de leurs monu- « ments prouvent, au contraire, qu'ils voulurent justifier, « aux yeux des peuples, leur prétention hautement proclaff mée de représenter le sacerdoce d'Amon. On vante parc tout, dans leurs inscriptions, la sagesse et la douceur de a leur gouvernement, ainsi que le r spect des rites sacrés a et des droits des temples^ auxquels ils consacrent de nou-
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te velles offrandes. PianUki-Meriamoun consigne ces faits à «c chacon des pas de sa marche victorieuse jusqu'aux extréa mités de PÉgypte. » (De Roucé, De qudques monumevUs du règne de Tahroka.)
Sabaoon a laissé à son tour de nombrcus^^s preuves de son zèle pour h religion (1). On sait peu de choses de son successeur Schabatak, mais il eut aussi le soin de laisser à Karnak des preuves de sa fidélilé au culte d'Amon.
Le règne de Tahroka, qui occupe le troisième rang dans cette dynastie, débuta par des victoires sur les Libyens et le? Assyriens, qui prirent sur lui, Tan 23 de son régne, une terrible revanche, sous le commandement d'Assarhaddon. Ce roi d'Assyrie conquit le pays entier et le partagea entre vingt gouverneurs, mais Tahraka réorganisa ses forces en Ethiopie et parvint à se rétablir deux fois à Memphis. A sa mort une seconde invasion assyricnne,dirigée par Assurbanipal, eut pour résultat un pillage complet de TËgypte.
Psammëtik P', fils de Pun de ces gouverneurs imposés à l'Egypte par les Assyriens, inaugura la vingt-sixième dynastie parunrègnelongetglorieux.Apartirdecette époque les Grecs commencent à nous tenir au courant de Phistoire égyptienne. Les relations établies par les soldats auxiliaires que les ruis saîtes prirent à leur service, ne s'interrompirent plus, et les événements de la vallée du Nil sont désormais enregistrés dans Phistoire ancienne avec les récits des autres nations. Nous insisterons ici seulement sur quelques points que les monuments nous ont fait mieux connaître.
La civilisation égyptienne s'imposa constamment à ses vainqueurs successifs. Çambyse, avant les fureurs qui s'emparèrent de lui à son retour d'Ethiopie, s'était fait recon-
(1) SMl est exact queBokkoris {Bak-en-ran'-w, Tonique roi de la vingtquatrième dynastie) ait payé sa résistance par un supplice terrible, c'est que 90D père, Tafnekht, avait déjà été reçu à merci par Piankhi; en sorte qu'il aurait éié traité comme un rebelle obstiné.
naître régulièrement comme roi légitime de TËgypte; il avait accompli tous les rites religieux et subi TinitiatioD dans le temple de Sms. De nombreux monuments attestent que Darius suivit ces errements avec persévéraDce ; aussi son autorité fut-elle acceptée facilement par les Égyptiens. Mais Ochus, par une conduite opposée, souleva tous les esprits contre lui.
Alexandre, en grand politique qu'il était, comprit que le plus sûr moyen d'établir sa domination dans Tesprit de ces peuples, était d'employer à son usage des préjugés qui avaient pour eux la force des siècles. C'est dans ce but qu'il fit son voyage à l'oasis d'Ammon. L'oracle le proclama fils du Soleil, en sorte qu'il représenta désormais, aux yeux des peuples d'Egypte, l'incarnation de la race du Soleil, à laquelle était due Tobéissance des humains. Il faut bien connaître les idées des Égypîiens sur la royauté pour pénétrer toute la portée politique de cet acte d'Alexandre. Les Ptolémées, ses succès* seurs, suivirent constamment son exemple. Les serviteurs de Jupiter continuèrent à être pour l'Egypte les dieux, fiU du soleil, car en aucune région l'adoration de l'homme couronné ne prit un caractère d'idolâtrie plus complet et plus persistant que dans ce pays. Toutes les coutumes y avaient le même caractère de persistance; aussi rarchéologie doit-elle suivre TÉgypte tant que ses monumenis restent réellement égyptiens, et ils conservent ce caractère pendant de longues années encore sous la domination des empereurs romains.