Notice sur Anacréon
C'est sous le climat enchanteur de l'Ionie, c'est dans ces îles fortuirées placées entre l'Asie et la Grèce, où de nos jours encore la brise embaumée porte au loin sur les mers le parfum des orangers, que naquit la poésie lyrique. Mais, soumises aux mêmes lois de la fatalité que les chefsd'œuvre de l'esprit humain , ces îles que de loin je croyais voir s'élever du sein des flots comme des corbeilles de fleurs, ne m'ont offert quand je les ai visitées que des rivages devenus stériles sous la triste domination musulmane : les chants d'Archiloque, d'Alcée, de Sapho, de Simonide, ces poëtes lyriques que l'antiquité plaçait à côté d'Homère, ne s'y font plus entendre; à peine en restet-il un faible écho dans des fragments épars et mutilés.
Quelques siècles auparavant, alors que dans laThrace Orphée et Musée civilisaient par leurs chants, dont la lyre à quatre cordes soutenait l'enthousiasme, des populations encore sauvages, Olympus en Phrygie et Olen en Lydie faisaient entendre sur les modes phrygien et lydien des accents qu'une lyre à sept cordes rendait plus mélodieux.
C'est à Lesbos que naquirent Terpandre, Sapho, Alcée et
Lesboiiax ; c'est à Chios qu'Homère est né, à Paros Archiloque, à Géos Simonide et Bacchylide, à Samos les poètes épiques Chœrilus, Panyasis, et le chef de cette pléiade de poètes pythagoriciens qui ont rapproché l'homme de la divinité dans leurs vers inspirés par la morale et la religion; c'est à Téos, dans la presqu'île de Clazomène^ que naquit Anacréon, l'an 572 avant Jésus-Christ (i).
Placées entre ces deux échos de l'Europe et de l'Asie, ces îles de la Grèce, par l'union de deux peuples doués d'imagination et du sentiment du beau, produisirent ces merveilles qui nous étonnent encore, et près d'elles Athènes, tournée aussi vers l'Orient, est le foyer lumineux d'oti a rayonné pour éclairer le monde tout ce que l'esprit humain a de plus sublime.
Depuis la Thrace et la Béotie, où naquirent les poëtes lyriques Linus, Pindare et Corinne, jusqu'à Sparte, qui eut aussi des poëtes, des artistes, des sages, et que les chants de l'Athénien Tyrtée conduisirent à la victoire, toute la partie orientale de la Grèce est fertile en noms chers aux arts et à la poésie (2); tandis que l'autre partie, tournée vers l'Occident, depuis Messène jusqu'à l'Acarnanie et l'Épire, semble frappée d'une stérilité qui s'étend même aux belles îles Ioniennes (3), Gorcyre, Leucade, Céphalonie, Zante, qui porte encore aujourd'hui le nom de Fior di Levante. ^
(i) Voyez les Observations placées à la fin de cette Notice.
(2) C'est à Sparte que les poésies d'Homère recueillies par Lycurgue apparurent pour la première fois. Chilon , Gitiadas , à la fois artiste et poète lyrique, et d'autres étaient Spartiates ; le grand poète Alcman que Suidas appelle le Laconien de Messoa, vécut dès son enfance à Sparte, où il composa tous ses chefs-d'œuvre poétiques. On croit qu'il fut inscrit à Messoa en Laconie parmi ses citoyens, après son affranchissement.
(3) Nom que cette mer et ces îles ont reçu, a dit Eschyle dans son Prométhée enchaîné, v. 840, en mémoire des aventures d'Io et de Jupiter àç o"j... TTÔvTio; (J.UXÔ;... 'lovioç xexXriaeTat.
Les habitants de ces îles situées dans T'Ioviov TtéXayo; ne sont donc pas de race ionienne comme la ressemblance de ce nom avec celui de 'Itoveç pourrait le faire présumer. Denys le Périégète désigne ainsi cette partie de la mer Adriatique ocXjxyiv 'Joviyiv,
Quand la domination macédonienne eut détruit la liberté dans Athènes, les Muses exilées vinrent encore se réfugier aux confins de l'Asie; Alexandrie succède à Athènes, et la cour des Ptolémées vil briller de son dernier éclat la poésie lyrique, qui vint enfin expirer en Sicile, à Syracuse, son dernier refuge. A trois siècles de distance , Anacréon et Théocrite sont les modèles les plus parfaits de cette poésie inspirée par les Grâces et les Amours.
Désormais c'est dans les hymnes chrétiennes de Synésius, de Grégoire de Nazianze, de Sophronius, de Margunius qu'on retrouvera, refroidi mais purifié par l'amour divin, un reflet de ces chants profanes de l'antiquité.
Aujourd'hui, plus heureux que nos devanciers, nous pouvons mieux juger la poésie d'Anacréon par ses odes , découvertes au seizième siècle. Les images gracieuses qu'elles nous offrent brillent encore de la douce lumière d'Ionie, quoique voilée par des nuages que la critique s'efforce de dissiper.
Par les fragments qui nous restent d'Archiloque et d'Alcée, on voit que leurs chants d'amour se ressentaient de la violence des passions qui inspiraient leur muse politique et satirique. Dans les odes de Sapho, Vénus nous apparaît comme une divinité fatale ; chez Anacréon c'est toujours une aimable déesse accompagnée de Bacchus et des Amours (i).
Dès les premiers temps de l'antiquité, le nom d'Anacréon, rappelle ce que la poésie a de plus gracieux. « La poésie d'Anacréon est consacrée tout entière à l'amour», a dit Cicéron (2); et le nom d'anacréontique s'attachera toujours à ce genre aimable, cher surtout aux Français, peuple heureux, vivant sous un climat tempéré, où la vigne pros-
(i) Ovide a dit • " Si ma passion pour ma maîtresse s'accroît en lisant les poésies de Sapho, c'est la muse du poëtc de Téos qui a adouci mes mœurs. »
(1) Anacreontis quidem tota poesis est amatoria.
(CiCER., TnscuL, iv, 33.)
père, et qui, comme le peuple d'Athènes, par l'enjouement, la facilité et les grâces de l'esprit,
A le don d'agréer infus avec la vie.
Tout en consacrant sa muse à des poésies légères, Anacréon sut quelquefois s'élever jusqu'à des accents que n'aurait pas désavoués Pindare; mais si le poëte de Dircé, nourri dans la ville dorienne de Thèbes, inspiré par une muse plus chaste, s'éleva, sous l'invocation de Jupiter Olympien, de Diane et de Gérés, divinités dont il semble le prophète (i), à de plus hautes pensées, ne nous étonnons pas qu'Anacréon, né sous le climat de la voluptueuse lonie, passant des jours heureux à Samos à la cour d'un ami des lettres, des plaisirs et des beaux-arts, ait laissé sa muse se complaire dans des chants moins sévères. Cette cour, où l'on voit Anacréon succéder à Pythagore , nous offre , par un singulier rapprochement, le contraste des entraînements qui charment et troublent la vie : les hautes spéculations de l'esprit et la séduction des sens.
Mais partout dans les poésies d'Anacréon, même les plus légères, se glissent les préceptes d'une sage philosophie; il nous reste des fragments de ses hymnes , de ses élégies, et quelques petites pièces conservées dans l'Anthologie, qui, sortant du cadre de la poésie légère, justifient les noms que lui a donnés l'antiquité : de sage, d'éloquent, de doux, de séduisant, d'agréable, de doux comme le miel, d'excellent poëte, de poëte de l'Ionie, de gloire de l'ïonie (2).
La musique en ajoutant un nouvel attrait à ces poésies légères les gravait encore mieux dans la mémoire des hommes, et contribuait à les répandre dans toute la Grèce
(i) MavTeOeo, Moîffa, TipoçTixeuffO) S'è-yto.
(PiND., Frag.)
(a) Soçôç, ffoç toxaTOç, oo^taTriç, T?i6ùî, fj6i(7Toç, ôx«piei;, à [xeÀtypô:, ô xa- Xoç 7roir)Tyiç, ô 'Itovwv TioiriTiPi;, eu/oç 'lœvojv. Selon Suidas, Socrate appelait Anacréon àvSpwv àTxctvrwv ffoçtôra-co;.
OÙ elles assuraient l'immortalité à son nom, qui, selon l'expression d'Athénée, était dans toutes les bouches (i).
Privées de leur chant les odes anacréontiques de Béranger s'effaceraient déjà de la mémoire des peuples; mais ces refrains, répétés par l'artisan dans l'atelier, par le matelot sur les mers, par le laboureur à la charrue, leur promettent une durée peut-être égale à celles d'Anacréon qu'elles surpassent quelquefois par l'élévation du sujet et de la pensée, sans en avoir le charmant abandon ni la simplicité. Comme elles, les odes d'Anacréon se chantaient souvent à table. Aristophane , dans l'une de ses comédies , fait dire à un convive :
« Chante-nous donc quelques-unes des chansons d'Ana- « créon ou d'Alcée (2). »
Il en est aussi parlé dans les Symposiaques de Plutarque, où un poëte dit qu'en entendant réciter celles d'Anacréon ou de Sapho il s'est cru obligé de déposer la coupe, en rougissant de son infériorité (3).
Une de ces odes nous a même été conservée en entier par Aulu-Gelle dans le récit d'un festin littéraire auquel il assistait, et où elle fut chantée par de jeunes garçons et de jeunes filles s'accompagnant de la lyre (A). A la suite de la discussion qui s'éleva entre les convives, les odes d'Anacréon furent préférées à celles de Catulle et de Calvus, auxquelles on voulut bien accorder du mérite, et déclarées supérieures à celles de tous les autres poètes latins. Au jugement de plusieurs Grecs qui assistaient à ce festin, Lœvius fut trouvé sans agrément , Cinna sans grâce, Memmius dur (5).
(ij^Ov ['Epwxa] ô CTOÇÔ; noie Oavàiv 'Avaxpstov, Tràçiv ècrti ôià dTÔjxaTo:. (2) ^Atov oii [J.0'. axôXtovTi Àaêwv 'AXxatou xàvaxpéovToç. Daitalcnses, fragra.
(3) "Ote xal laTTBoO; àvaXsYoaévY];, xal Tôiv 'Avaxpéovxoç, èyo) aoi ôoxtô xaTa6éa8ai 16 iroTTQpiov aîSoujxevoç. VII, 8, 3. (Bibl. gr. Didol.)
(4) Aulu-Gelle, Aoct. AU., XIX, 9. C'est la dix-septième ode, T6v àpvupov Topeucjaç.
(5) At postquam introdueti pueri puelkcque sunt, jucundum in modum AvaxpsôvTeia pleraque, et sapphica et poetamm quoque recentium èXtyeïa
1 0 xNOTICE
On aime à voir dans les festins des anciens se mêler aux discussions philosophiques et littéraires de joyeuses chansons : c'était l'usage de nos pères , alors que la gaieté du bon temps, la gaieté gauloise^ les charmait par sa naïveté. Chaque jour je la vois disparaître :
Le raisonner tristement s'accrédite,
et l'aimable société lyrique du Caveau^ qui a compté tant de noms chers aux lettres, ne sera plus bientôt qu'un souvenir (i).
Ce sont cependant des sociétés de ce geni^e , fort multipliées en Grèce sous le nom à.' Iiétairies (2), qui , par une transmission orale assez semblable à celle des rhapsodes,
quaedam spwTixà dulcia et venusta ceciiierunt. Oblectati autem sumus,
praeter multa alia, versiculis lepidissimis Anacreontis senis Saepeque
percontabantur, quid de Anacreonte, ceeterisque id genus poetis, sentiret? et ecquis nostrorum poetarum tam fluentes carminum delicias fecisset...,etc. {JSoct. Âtt.,\\\, 9.)
(i) Avant que Béranger se fût fait connaître, l'un de nos meilleurs critiques, Hoffmann, disait : « Nous sommes trop savants, nous s ;mmes trop sérieux, nous avons trop bon ton pour nous occuper des chansons. D'ailleurs on ne chante plus à table ; ce plaisir si cher à nos bons aïeux est maintenant abandonné aux dernières classes de la bourgeoisie. On chante dans nos salons ; mais on y chante des ariettes : les sons y sont tout, l'esprit n'y est pour rien. Les vers plats, sans poésie, sans grâce , sont exclusivement réservés pour la bonne compagnie, tandis que les couplets fins , spirituels et agréables sont le partage des couturières et des servantes.
« L'ode, pour qui nous avons tant de respect, n'est autre chose qu'une chansnn. Les anciens ne distinguaient pas ces deux genres, ils les confondaient souvent dans la même pièce de vers. Anacréon s'est immortalisé par des chansons. Horace n'offre que des chansons dans un grand nombre de ses odes; les idées les plu-s sublimes, les images les plus imposantes y sont mêlées aux élans bachiques et aux soupirs de l'amour. L'ode où ce grand lyrique chante d'une manière si pompeuse la mort de Cléopâtre commence par une strophe qui dit littéralement -. C'est maintenant qu'il faut boire , c'est maintenant qu'il faut danser et charger les tables des mets les plus exquis, etc. » {De la chanson. Œuvres d'Hoffmann, t. HI, p. 387, 388.)
(2) M. Léo Joubert, dans une très-remarquable dissertation sur la poésie lyrique, parle de ces hétairies. Voy Essais de critique et d'histoire; Paris, 1863, in-18, p. 166.
nous ont conservé les chants lyriques plus sûrement que n'auraient pu le faire aux temps d'Archiloque et d'Alcée , et même dAnacréon, de fragiles écorces d'arbre ou des tablettes de bois (i), puisque le marbre lui-même ne nous a conservé que quelques fragments mutilés des chefs-d'œuvre de Phidias et de Praxitèle, et qu'il ne reste rien des peintures d'Apelle, de Zeuxis, de Timanthe et d'Euphranor.
Jusqu'à quel point Anacréon, en faisant l'éloge de l'ivresse, s'y est-il livré lui-même? D'après de nombreux témoignages, le Dieu du Vin n'était pour Anacréon comme pour Horace, qu'un symbole, comme il le fut pour Ronsard, pour Béranger, et comme il l'est encore pour nos chansonniers ; on ne doit donc voir dans leurs chants qu'une allusion à cette douce influence qui donne à la conversation plus de franchise et d'abandon , qui remplace par les rêves si doux de l'espérance la réalité des soucis et des peines, ce qu'Horace dépeint avec autant de vérité que de charme :
Quid non ebrietas désignât? Opertu recludit, Spes jubet esse ratas, in prœlia ducit inertem; Sollicitis animis onus eximit , addocet artes ; Fœcundi calices quem non fecere disertum ? Contracta quem non in paupertate solutum ?
Pour Anacréon et ses contemporains Bacchus était, bien plus encore que pour Horace et les Romains, un dieu jeune , beau, ami de la lyre, vainqueur, le conquérant des Indes et l'aimable compagnon de Vénus et des Amours. Anacréon lui donne pour filles l'Ivresse et les Grâces (ode XLI); couronné des pampres de la vigne et de ses raisins, il présidait aux chants bachiques et aux enthousiasmes de la poésie lyrique. En vain Ronsard et sa pléiade, inspirés par l'amour de l'antiquité, tentèrent de ranimer chez nous ces souvenirs; leur enthousiasme, auquel ils donnaient aussi le nom d'ivresse, fut bientôt glacé, ainsi qu'on en peut juger
(i) En Grèce on ne commença à se servir du papyrus qu'au temps d'Alcée.
par l'invocation de Boileau dans son ode pour la ^mse de ISamur :
Quelle docte et sainte hresse Aujourd'hui méfait la loi?
et celle de Lamotte dans son ode au Temple de Mémoire :
Docte fureur, divine îtresse,
En quels lieux m'as-tu transporté (r)?
Mais ces expressions figurées, ces transports poétiques qui, sous l'influence de la religion, des beaux-arts et du climat, n'offraient en Grèce et à Rome que des idées nobles et gracieuses, n'ont plus chez nous ce caractère et ne nous présentent que l'image d'une grossière ivresse, reléguée par Anacréon et par Horace chez les Scythes et les peuples barbares (2). Jamais dans la Grèce et l'Italie, que j'ai plusieurs fois parcourues, l'ivresse ne m'est apparue sous ce hideux aspect, même dans la plus basse classe. Cependant aux fêtes de Pâques, après le rigoureux carême des Grecs, j'ai assisté dans les places publiques de Cydonie, en Asie Mineure, à des repas qui duraient des journées entières, et où de nombreuses amphores, vidées par les buveurs, auraient produit dans d'autres climats les querelles et l'abrutissement.
Sous l'inspiration de la lyre et des Muses le vin et l'amour n'étaient pour Anacréon que l'emblème d'une vie paisible et fortunée dont il faisait apprécier le charme aux habitants de ces heureuses contrées. Si pourtant la muse d 'Anacréon se montra trop complaisante pour les mœurs
(i) En parcourant les poésies lyriques de Lamotte , si froides, et ses pâles imitations des anciens poètes lyriques , on sourit lorsqu'il s'écrie, dans ce qu'il appelle ses transports :
Homère m*a laissé sa Muse, Et, si mon orgueil ne m'abuse.
Je vais faire ce qu'il eût fait.
(.) 'Ave, SÛTS, fx^xéO' oOxo) ^^^^^ ^^ ^^^^ j^^.^.^ ^^^^^^^^
L"uTI\'u6Tt!tr''^oïvw P"g"are,Thracumest: iolUtebarharum Y.V txY]v 7ro(7iv Tcap oivtp Morem, verecundumque Bacchum
,^ , ' , „ Sangmneis prohibete rixis.
iTCOTiivovTe; ev ufxvoK;.
du temps, reproche qu'on peut également adresser à tant d'autres poètes, à Horace et même à Virgile, rien dans sa vie ne prouve qu'il ait cédé aux exemples de la cour où il vécut, et qu'il n'ait pas mérité le nom de sage qui lui fut donné môme par Platon (i).
Athénée, tout en reprochant aux poésies d'Anacréon trop d'indulgence, déclare que, quand ce poëte « a fait préce sider l'ivresse à ses chants, il s'y calomnie à plaisir, se « donnant comme ami des voluptés et de la mollesse, tance dis qu'on devrait savoir qu'il était à jeun quand il les « composait, et qu'étant vertueux, c'est sans raison qu'il « feint d'être tel qu'il se représente (2). »
Dans l'éloge que Maxime de Tyr fait de l'art, des mœurs et des habitudes d'Anacréon, il attribue uniquement à sa passion pour le beau la description qu'il en donne partout où il le rencontre, et à des sentiments désintéressés les louanges qu'il accorde à la chevelure de Smerdis, aux yeux de Cléobule et au bel âge de Bathylle (3) ; et ailleurs, au sujet de l'amour de Polycrate pour Smerdis, il dit que ce beau jeune homme reçut de l'or, de l'argent et tout ce qu'un tyran amoureux peut donner, mais que Smerdis ne reçut d'Anacréon que des odes, des éloges, et ce que peut offrir un poëte aimable en qui la sagesse s'unissait à l'amour du beau (4).
(i) ÀfjXov 5' 8x1 Tivôv àxTHXoa 7\ ttou lauçoO; Tf5; xaX^ç ?, 'AvaxpsovTO; ToO (ToçoO. (Platon, Phxdr,, XI, 1.8, Bibl. gr. Didot.) Cette expression est répétée par Maxime de Tyr d'après ce passage. Athénée donne aussi à Anacréon le nom de sage. (XV, 10, p. 671.)
(a) Athénée, X, 7, p. 429, B.
(3) Max. de Tyr, Dissert., XXIV, 9 : IlàvTtov èp^ tcùv xaXôv xai ÈTcatveT itàvra;* [LZGià ôè aOroO ta qî(T(xaTa tïj; SuépSio; xôtiri; xai tûv KXeoôouXou ôç6a).[JL(ôv xai xfj; Ba6ûX)>ou ûpaç, àXXà xàv toOtoi; Trjv otoçpoffuvYîv Ôpa*
'Epa[jLaÎT0i(yuvyi6âv yjxgiev yàç ëxeiC ^60;. Kai auôiç « xaXov eivai Tc^i épwTi xà Ôt'xaia » çrjatv , il\8r\ 8é itou xai t9)v xéyyfi'i à7iexaXû4'aTO-
'E(X£ yàp Xoywv eîvexa natôeç àv çiXoïev , Xapievxa [xàv yàp (jcSto, xapievxa ô'oTôa Xé^ai.
(4) Max. de Tyr, Dissert. XXVI, 1, p. 103. (Bibl. gr. Didot.)
Quand nous lisons les anciens, surtout les Grecs , n'oublions jamais qu'en eux le premier sentiment est l'amour du beau , passion qui sous toutes ses formes , au physique comme au moral, fît naître dans la Grèce tant de chefsd'œuvre en tous genres et tant de grandes actions. Cette passion, aussi vive peut-être de nos jours et mieux guidée par la morale chrétienne, est aussi la vie de la France, où l'amour passionné des lettres et des arts s'unit avec l'amour de la patrie et de la gloire.
Aristophane, dans une de ses comédies où il est parlé d'Anacréon, nous fait connaître l'idée qu'on avait généralement du beau dans ses rapports avec la nature :