‹ Notice sur divers Lépidoptères du Musée de GenèveChapitre 4 sur 92 · Papilio Damocrates, Guen. (fig · texte numérisé non relu

Papilio Damocrates, Guen. (fig

JEneo-niger ; fimbriis albis continuis : nlœ postieœ déniâtes, couda spaitdiformi, lunidis subtermhmlibus rubris nigro-infuscatis. Subtus pallidior, maculis ntbris subterminalibus integris, vividiorïbus.

C'est un des plus petits du XIXme groupe et il ne dépasse guère la taille du Promus. Les quatre ailes sont, en-dessus, d'un noir bronzé, assez terne, avec la frange entièrement blanche, bien continue et par conséquent ne formant pas d'échancrures. Les supérieures sont triangulaires et à bord droit, les inférieures à dents profondes, avec une queue un peu spatulée, moyenne et un repli abdominal bien marqué et rempli de duvet cotonneux comme Promus. Ces dernières ailes sont marquées, au-dessus de chaque dent, d'une tache linéaire rouge, sablée de noir et tendant à se diviser par le milieu, sauf celle de l'angle anal. Autour de ces taches le fond devient d'un noir mat et se fond dans la couleur bronzée. Le dessous est plus pâle avec les taches rouges plus vives, entières, la dernière formant une sorte de V couché.

La base des palpes et des cuisses, les côtés de la poitrine, le rebord des anneaux de l'abdomen et le tour de l'anus sont d'un beau rouge carmin.

Un beau çf de Buénos-Ayres.

Du groupe représenté par le PAPILIO CORETHUUS, Bdv. et Voisins.

Ce curieux Papilio composait à lui tout seul le groupe XXlme du species de M. Boisduval qui, avec sa sagacité ordinaire, et bien que n'ayant vu que le mâle, observe que son faciès ne se rapporte à aucune espèce connue et devine sa véritable patrie.

Depuis la publication du Species, M. Westwood apprit vaguement que la femelle présentait deux pièces cornées à l'abdomen et le fit savoir par une note au bas de la page 21 du grand et bel ouvrage qu'il a publié avec M. Doubleday, the Gênera of Diurnal Lepidoplera.

Enfin MM. Felder, dans un travail sur les Papilionides ', réunirent avec raison au Corethrus le Pap. Duponchelii et crurent devoir en faire un genre séparé sous le nom A'Euryades, sans pourtant avoir vu les femelles qui les auraient, à coup sûr, affermis dans leur dessein.

C'est donc avec une grande satisfaction qu'en réunissant les Papilio exotiques du Musée de Genève, je trouvai, dans un petit envoi expédié de Bahia-blanca (république Argentine) par M. G. Claraz, un certain nombre de Pap. Corethrus et Duponchelii avec leurs femelles. C'était une vraie découverte, l'une étant complètement inconnue et l'autre étant à peine indiquée par la courte note de M. Westwood.

Il faut que j'observe à ce sujet que M. Lucas crut dernièrement avoir fait la découverte des deux sexes de son P. Duponchelii (Ann. delà Société enlomolog. de France, 1868, Bulletin, p. v), mais cet entomologiste est tombé dans une double erreur. D'abord l'individu qu'il décrivit en 1839 (1. c, p. 95, pi. 8) et qui fut figuré de nouveau dans les plancbes du dictionnaire de d'Orbigny, n'était point, comme il le croit, une femelle, mais bien un mâle ordinaire. Ensuite, celui dont il nous parle

1 Species Lepidopterorum hucusque descriptœ in seriem systematicam digestte a C. et R. Felder, 1864,

in -8°, ouvrage qui n'a point été continué, et dont le 1er fascicule seul, contenant la famille des Papilionides, a paru. — Une faute d'impression du chiffre de renvoi de la page 376 (291 au lieu de 292) peut occasionner des erreurs en ce qui concerne notre groupe.

dans les Annales de 1868 n'est point, comme il le dit, le sexe opposé, mais simplement un autre mâle, plus petit et plus foncé. Cette double erreur va résulter clairement de la description que je vais donner de la vraie femelle que M. Lucas, s'il l'avait connue, n'aurait pu confondre avec l'autre sexe.

Ces femelles sont tellement singulières qu'au premier abord je fus porté à faire un genre séparé, car je n'avais pas alors à ma disposition ma bibliothèque renfermant les deux ouvrages précités. Toutefois, en étudiant de près et en reconnaissant chez les mâles tous les caractères du genre Papilio, je renonçai à ce projet et je trouve encore aujourd'hui que le genre Euryades n'est pas indispensable et la logique de MM. Felder qui veulent, ou qu'on retranche nos deux espèces du genre Papilio, ou qu'on y ajoute le genre Eurycus, me semble un peu rigoureuse. Mais, quelque parti que l'on prenne cà cet égard, le genre (ou le groupe) que composent ces deux beaux insectes n'en est pas moins des plus intéressants. Il relie le gros du genre Papilio aux Thaïs parles couleurs et aux Eurycus, Dorilis et Parnassius par la demi-transparence des ailes et les appendices abdominaux. Quant aux premiers étals qui sont malheureusement encore inconnus, je suis convaincu que c'est des Thaïs qu'ils se rapprochent. Il parait habiter exclusivement la Piépublique Argentine où il est peut-être encore représenté par d'autres espèces analogues. Celles-ci ne semblent pas y être rares, à en juger par le nombre d'exemplaires que contenait l'envoi.

Je donnerai tout à l'heure la description complète des deux espèces, mais avant tout, je dois faire connaître en détail les singuliers appendices que présentent les femelles.

Ce sont des dépendances du lms anneau abdominal. Ils consistent en deux larges lames cornées, soudées à cet anneau dont elles forment pour ainsi dire la prolongation. L'anneau lui-même participe de leur nature, c'est-à-dire qu'il est corné et dénudé presque en totalité et ne porte qu'un léger écusson dorsal pourvu d'écaillés comme les autres segments. Toute la partie latérale en est absolument privée et son bord

inférieur, légèrement relevé en bourrelet, recouvre l'appendice en question. Les deux lames foliacées qui le composent et qui sont presque aussi longues que l'abdomen lui-même doivent être flexibles du vivant de l'insecte et ce n'est probablement qu'en se desséchant qu'elles se durcissent et se recroquevillent en s'écarlant l'une de l'autre. Libres à leur partie postérieure, elles sont soudées par leur base où elles forment une sorte de cuvette.

Les deux espèces sont munies de celte pièce singulière, mais il y a entre elles celte différence que chez le Corethrus le fond de la cuvette est uni et déprimé, tandis qu'il présente chez le Duponchelii une élévation un peu rugueuse. De plus, chez ce dernier, la partie dorsale du 7me anneau esl lisse et simplement garnie d'un léger rebord, l'anneau suivant étant uniforme, tandis que chez le Corethrus toutes ces parties sont munies d'une forte élévation rugueuse qui, en se contournant, va rejoindre la naissance de la lame cà sa partie postérieure.

Examinons maintenant quels sont les points de différence et de ressemblance entre ces appendices et la poche cornée qui garnit l'abdomen des Parnassiens et des Eurycus. Cbez les premiers la pièce appendiculaire est soudée aussi cà un anneau dépourvu d'écaillés, mais cet anneau est le 8me ' — l'appendice est en forme de sac ellipsoïde ouvert en arrière et sur lequel se rabat une sorte de couvercle — chez les Eurycus la pièce est aussi une dépendance du 8me anneau qui est également dénudé, mais elle est tellement ramenée en avant qu'elle parait provenir des 6me et 7me. Elle consiste en une membrane foliacée, étalée, séparée en trois lobes dont l'intermédiaire bifide et dont l'intérieur est muni au milieu d'une carène très-saillante. — Ici ce sont deux longues lanières qui n'ont point de forme précise, la dessication ayant amené irrégulièrement leur contorsion. Mais leur direction est la même que celle des

1 Je n'ai plus en ce moment, où je mets cette notice au net, les objets du musée sous les yeux, ce qui ne me permet pas de vérifier cette différence si importante; il faudrait voir si elle ne serait pas purement apparente comme chez les Eurycus, et si toutes ces pièces ne partiraient pas du même anneau, ce qui me paraît plus logique.

Eurycus, c'est-à-dire en avant; tandis que celle des Parnassius est en arrière. J'observe que je ne puis considérer ici que la forme extérieure et superficielle de ces organes, ne pouvant disséquer les femelles appartenant au Musée et n'ayant plus pour étudier les Eurycus et les Parnassius de ma collection que j'aurais volontiers sacrifiés, ni mon microscope, ni mes autres instruments d'optique que l'invasion allemande m'a enlevés.

Maintenant quel est l'usage du singulier organe que je viens de décrire et qui n'a certainement pas été créé sans but? La première supposition qui vient à l'esprit, c'est qu'il est une dépendance soit de l'appareil générateur, soit de l'ovaire; dans le premier cas on peut penser que ces deux longues lanières font l'office de pinces pour retenir l'abdomen du mâle pendant la copulation, mais cette supposition, justifiée par quelques exemples cbez d'autres insectes, a l'inconvénient de ne pouvoir s'appliquer aux Eurycus et aux Parnassius.

Dans le second cas on peut supposer que ces deux valves s'appliquent, du vivant de l'animal, l'une contre l'autre et forment ainsi une sorte de réservoir, soit pour favoriser l'incubation des œufs, soit pour les conduire dans le milieu destiné à l'éclosion et à la vie future des jeunes chenilles. Mais on ne peut se dissimuler non plus les objections que soulèvent ces deux suppositions. En effet, s'il s'agit d'une étuve destinée à la maturation des œufs, pourquoi ces espèces en ont-elles plus besoin que les autres Diurnes, et à quoi servent alors les poches des Parnassius et des Eurycus qui ne sont pas fermées? — Si l'organe fait le simple office d'un oviducle, il est construit d'une manière toute exceptionnelle, car tous ceux que nous connaissons dans l'ordre des Lépidoptères sont invariablement composés de tubes rétractiles que l'insecte darde au fond des corolles ou sous les couches ligneuses où l'œuf a besoin d'être conduit pour mettre la jeune chenille à portée de sa première nourriture. Toutefois c'est là la supposition la moins forcée et elle se justifie un peu par la découverte que j'ai récemment publiée, dans les Annales de la Société Entomologique, de YOEcocecis Guyonella dont la femelle est pourvue d'un oviducte en forme de lame ou d'écussonnoir.

Quoi qu'il en soit, et laissant le champ libre à l'imagination de tous ceux qui s'obstineront comme moi à ne pas considérer cet organe singulier comme un vain ornement, j'aborde sans plus tarder la description de nos deux Papilio.

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