Catagr. Peristera, Hewits
Hewits. 15,16,17.
Base et disque de toutes les ailes cramoisis, glacés de violet. Dessous des inférieures jaune d'ocre avec deux lignes noires courbes liées par en bas, deux taches centrales isolées à une et deux pupilles bleues, une bandefelte noire s'amincissant par en haut et portant une ligne bleue puis un point bleu sur la lre tache centrale et enfin le bord terminal finement noir.
Amazone, Bolivie.
Ne l'ayant pas vue, je ne sais si elle est bien ici à sa véritable place.
M. Hevvitson figure aussi deux types, sans doute de deux provenances différentes, et qui n'ont ni la même taille, ni la même coupe, ni le même dessin.
III Note sur un cas extraordinaire d'Hermaphrodisme chez un Lépidoptère conservé au Musée de Genève.
(Fig. 8).
Sans êlre très-communs, les cas d'hermaphrodisme ne sont pas rares chez les Lépidoptères; ils ont été signalés dans plusieurs familles et principalement dans celle des Bombycides: on peut même dire que toutes les grandes collections en renferment quelques sujets. Le Musée de Genève lui-même possède un Bombyx Quercûs qui rentre dans les conditions observées jusqu'ici, c'est-à-dire qui présente les organes mâles d'un côté et les organes femelles de l'autre. Les annales de diverses sociétés savantes citent toutes des cas analogues et c'est un des faits téralologiques les mieux constatés.
Mais le sujet que je viens de rencontrer dans la collection du Musée est dans des conditions toutes différentes et présente un bien autre intérêt.
Il ne s'agit plus ici d'une de ces monstruosités où les deux sexes ont été pour ainsi dire soudés l'un à l'autre, ce qu'on peut expliquer par la réunion dans la même coque de deux chenilles différentes que le hasard a réunies en une seule chrysalide et qui, greffées pour ainsi dire par approche, ont gardé, l'une à droite, l'autre à gauche, leur individualité propre. Ici, les deux sexes se trouvent tellement amalgamés, mélangés si intimement, que le point de départ ne peut plus être retrouvé et que la nature semble avoir pris à lâche de confondre, comme dans un mortier, jusqu'aux dernières particules de deux êtres pour en obtenir un composé uniforme.
Procédons par ordre dans l'examen de celle bizarre créature, et, quoique les ailes ne soient pas, en pareil cas, les organes les plus essentiels, commençons par là, parce qu'elles nous offriront les preuves les
plus détaillées et peut-être les plus concluantes de ce bizarre amalgame.
Nous voyons d'abord que le côté droit de l'insecte est lui-même un mélange intime des deux sexes. Sans doute la forme femelle y domine, et un observateur superficiel n'y verrait qu'une simple variété de ce sexe. Mais la taille, la coupe, les couleurs et les dessins du mâle y sont évidemmenl associés : la taille, car elle est au-dessous de celle des plus petites femelles — la coupe d'ailes, car elle est notablement raccourcie el les inférieures sont moins développées — la couleur, car, même cbez les individus les plus foncés de la variété teslacée, on ne trouve jamais le disque des secondes ailes d'un roux-marron, comme ici. Aux premières ailes c'est encore plus évident, la couleur carmélite, apanage exclusif du mâle, perçant entre les nervures sur les bords de la ligne transversale. Enfin, le mélange s'accuse également sur la frange dont l'extrémité est teintée du même brun, ce qui ne se rencontre jamais cbez les femelles où celte frange est toujours concolore au fond. Les dessins, car la tache cellulaire est tout à fait celle du mâle, large, arrondie, d'un blanc vif, composée d'écaillés placées en relief, fortement cernée de brun brûlé, et non point, comme cbez les femelles, formée par quelques poils agglomérés et vaguement entourés de roux clair.
Le dessous des ailes accuse des différences analogues.
On peut donc dire que ce côté droit prouve complètement le mélange intime des deux sexes dont je viens de parler et tout lépidoplériste habitué à l'observation saisira facilement ma démonstration.
Mais le côté gauche, tout en corroborant celle preuve, nous en apporte une autre bien plus digne encore de méditation, car il nous fait assister pour ainsi dire à l'opération de la nature en nous montrant un défaut de réussite dans l'amalgame. Ici, le creuset a comme débordé, laissant en dehors de la fusion une partie des matériaux, qui a ainsi échappé à l'alliage des deux sexes.
Si l'on examine, en effet, toute la partie supérieure de la première aile, depuis la côte jusqu'à la première nervule de la médiane, il n'est
pas difficile de constater que toute celle portion de l'aile appartient nettement et exclusivement au sexe féminin ordinaire. Non-seulement cette partie est d'un jaune d'ocre pnle complètement semblable à toutes les femelles du type jaune habituel du Qaercâs — non-seulement la frange est absolument concolore — non-seulement la ligne transverse est à peine indiquée — tous caractères ordinaires du type femelle — mais encore les dimensions de cette partie inaltérée ne sont plus les mêmes que celles du reste de l'animal; elles reprennent l'étendue normale des femelles; les nervures y sont plus largement espacées et le bord terminal saillit si fortement qu'il déforme complètement les contours extérieurs. Puis,au-dessous, l'aile reprend ses caractères hybrides et la frange surtout change subitement de couleur.
L'aile inférieure a bien aussi, dans son milieu, une solution de continuité où elle est restée exclusivement femelle, mais ce défaut d'alliage est moins curieux quoiqu'aussi frappant, au fond, que celui de l'aile supérieure.
Il en est de même du dessous où cette interruption d'Hermaphrodisme se fait jour en plusieurs endroits. Remarquons toutefois que, partout où elle se produit, le changement de couleur est accompagné d'une extension de tissu. Ainsi, à l'aile supérieure droite, la partie féminisée étant proportionnellement plus grande, l'espace inlernervural qu'elle occupe subit une véritable dilatation, devient canaliculée et forme, en se prolongeant au bord terminal, une espèce de dent qui saillit sur le contour de l'aile et que j'ai indiquée dans mon dessin.
J'ai dit pourquoi j'ai cru devoir appuyer si longuement sur les caractères tirés des ailes : parlons maintenant des autres organes. Les antennes sont certainement un des principaux et ceux qui attirent l'attention en pareil cas.
Dans les androgynes ordinaires, c'est-à-dire ceux qui portent de chaque côté les ailes d'un sexe différent, chacune des antennes appartient, clans son entier, au sexe accusé par les ailes. Ainsi, dans le Quercûs hermaphrodite du Musée, l'antenne du côté droit devrait être
simplement garnie d'un double rang de dents courtes et nues (fîg. c,c'), tandis que celle du côté gauche devrait être fortement bipectinée, c'està-dire munie de lames longues, compassées et garnies elles-mêmes de cils parfaitement visibles avec une simple loupe (fig. a, a'), comme chez tous les mâles du Bombyx de celte section (Quercâ, Trifolii, Codes), forme que Réaumur a si bien étudiée.
Mais ici, la fusion des deux sexes a lieu dans les deux antennes, qui ne sont, Tune et l'autre, ni mâles, ni femelles. Ce ne sont plus de simples dents munies d'un crin à l'extrémité, mais de véritables lames, garnies de cils; seulement ces lames sont infiniment plus courtes que celles des mâles ordinaires et leur filiation, pour être aperçue, exige un fort grossissement (fig.6,6'). C'est le premier exemple qui se soit présenté à moi d'un équilibre si complet entre les sexes et je ne connais aucun auteur qui en ail mentionné un semblable.
Il ne me reste plus à parler maintenant que des organes sexuels euxmêmes (car les pattes qui auraient pu nous fournir quelques observations intéressantes manquent complètement dans l'exemplaire du Musée); mais ces organes, qui paraîtraient au premier abord devoir être la partie capitale de cette élude, ne justifient pas cette importance.
Je dirai d'abord que l'abdomen, par sa forme, son volume et sa couleur, appartient complètement au sexe féminin. Il contient même des œufs, mais dont la transparence et la dépression me paraissent démontrer l'infécondité. Il ne faut pas s'étonner de celte rupture d'équilibre dans notre androgyne. Tous ou presque tous ceux dont les auteurs ont fait mention sont dans le même cas. L'abdomen des Bombycides femelles a un volume si prodigieusement supérieur à celui des mâles qu'il entraîne toujours la balance du côté féminin. L'Hermaphrodite ordinaire du Musée est dans le même cas.
Ceci posé, on trouvera tout naturel que les organes reproducteurs suivent la même influence : aussi remarquons-nous ici l'absence des valves anales si prononcées chez le mâle du Quercûs et celle du pénis et de son double crochet. Mais d'autre part, l'ouverture anale offre une
forme très-différente de celle de la femelle normale. Elle a une échancrure latérale Irès-prononcée et bordée par un bourrelet sinué en col de cygne. Enfin elle est surmontée d'une pièce cornée fortement carénée sur la partie tranchante de laquelle est implanté un gros boulon très-solide, noir, sphérique et terminé par un petit mamelon. Ce bouton estil une pièce avortée et représente-l-il, comme je suis porté à le croire, la caroncule conique qui, chez le mâle ordinaire, émerge de dessous la dernière lame abdominale? Je ne veux point l'affirmer, d'autant plus que je n'ai pu pousser très-loin la dénudalion du seul et précieux sujet du Musée, dans la crainte de l'endommager. La même raison m'empêche de parler de la nervulalion qui m'aurait peut-être offert quelque sujet curieux de comparaison, mais devant laquelle j'ai dû reculer par les mêmes motifs.