Notice sur Engelbert II, comte de Nassau, lieutenantgénéral de Maximilien et de Philippele Beau aux PaysBas
Ce travail n'est qu'un essai destiné à être inséré plus tard dans un ouvrage historique plus étendu sur la Maison de Nassau aux Pays-Pas, avant Guillaumele-Taciturne.
Quoiqu'Engelbert II de Nassau ait joué un rôle très-important dans nos annales, jusqu'ici aucun de nos savants ne lui a consacré une monographie. En Allemagne, Arnoldi, dans l'ouvrage intitulé Geschichte der Oranien Nassauische Lamder (») a publié sur ce
(i) Hadamar, t. 1-1V, 1797-1816.
grand homme d'état des renseignements nombreux, mais comme ils sont donnés en partie dans les notes du supplément, ils ne forment pas un tout complet. Un autre auteur allemand, M. Mûncht 1 ) traita d'Engclbert d'une manière assez longue, mais au fond ajouta bien peu aux recherches d'Arnoldi. En Hollande on n'a imprimé sur le célèbre lieutenant de Maximilien qu'une seule notice de quelqu'étendue. Elle se trouve à la suite de Y Histoire de Breda, de Van der Aa, et est bien loin d'être complète.
Les quelques pages que nous consacrons à Engclbert de Nassau auront donc, pensons nous, quelqu'intérèt. En effet elles attirent dès à présent l'attention sur un point intéressant, mais fort négligé de notre histoire, l'importance de la Maison de Nassau dans notre pays avant le célèbre Guillaume de Nassau, prince d'Orange. En attendant que nous comblions entièrement cette lacune, tout renseignement inconnu qu'on voudra bien nous indiquer à cet égard, nous sera extrêmement agréable.
(i) Geschkhte des Hanses Nassau-Oranim. Aachen und Leipzig, 1843, III.
En 1403 la riche héritière de Jean de Polanen, seigneur de La Leck et de Breda, épousa Engelbert, comte de Nassau. Jeanne de Polanen était issue d'une branche cadette de l'antique maison hollandaise des Wassenaer. Celte alliance, qui fesait passer l'importante seigneurie de Breda aux Nassau, fut leur naturalisation dans notre patrie. Dès lors la destinée de leur maison fut intimement liée à celle des Pays-Bas.
Engelbert I de Nassau, baron ou seigneur banneret de Breda mourut le 3 mai 1442 ; sa femme Jeanne de La Leck le 15 mai 1445. Leur fils Jean leur succéda comme comte de Nassau et sire de Breda. II mourut le 8 février 1475,
laissant de Mario, fille du comte de Heinsberg : Kngelberl II (qui fait l'objet de celle notice) et Jean.
Engelbert II de Nassau naquit le 17 mai 1451 à fireda. Dès sa première jeunesse son père le mena à la Cour do Bourgogne. À la mort de Philippe- le- Bon il avait seize ans à peine. Un prince au caractère ambitieux et bouillant, montait sur le trône, Charles-le-Téméraire, qui devait porter si haut sa renommée pour périr ensuite d'une manière misérable. Engelbert de Nassau voyait s'ouvrir devant lui un vaste horizon de gloire militaire.
Il fit sa première campagne contre les Liégeois. Le duc Charles était allé au secours de son parent, Louis de Bourbon, évêque de Liège que ses sujets insurgés assiégeaient dans St-Trond. La bataille de Bruslheim, livrée le 28 octobre 1467, fut fatale aux révoltés. Le duc de Bourgogne remporta une victoire complète. Nous le voyons après celte journée adresser des éloges aux principaux de ses capitaines, et parmi ceux-ci figure déjà malgré son jeune âge, Engelbert de Nassau ('). Liège ouvrit ses portes à l'armée victorieuse du duc» qui y fit son entrée solennelle le 7 novembre.
L'année suivante Engelbert assistait aux fétcs qui se donnèrent à Bruges lors du mariage de Charles-le-Téméraire, avec la sœur du roi d'Angleterre, Marguerite de Yorck. Il faisait partie du magnifique cortège de seigneurs, qui vint chercher la duchesse à Damme, où le mariage s'était accompli (le 26 juin 1468) (*).
(«) Despars, Cronyckc van Vlaenderm. Brugge, 1840, IV, p. 11.
(«) Mémoires d'Olivier de La Marche. Louvain, p 520.
On le trouve cité parmi les chefs de celle armée de cent mille hommes(')» dont Louis XI s'effraya à tel point qu'il sollicita du duc de Bourgogne la célèbre entrevue dePéronne. Il se distingua dans la seconde expédition de Charles-le- Téméraire contre Liège, et après la prise de la ville, le duc de Bourgogne l'arma chevalier en présence du roi de France (30 octobre H68)(").
Engelbert de Nassau s'était fiancé en 1468(') à Limburge, fille de Charles, marquis de Bade. Le mariage fut célébré avec beaucoup de luxe, au commencement de l'année suivante à Coblence, à la cour de l'archevêque de Trêves, Jean II, son oncle ( 4 ).
Engelbert fut créé chevalier de la Toison d'Or, à ta réunion du chapitre qui se tint à Valcnciennes le 9 mai 1473. C'était une grande marque de distinction, puisque le jeune comte de Nassau n'avait encore que vingt-et-un ans. Le célèbre Guy de Brimeu, sire d'Humbercourt, fut un de ceux qui entrèrent dans l'ordre le même jour (»).
Après avoir tenu le chapitre de la Toison d'Or, Charles- le- Téméraire alla prendre possession de la Gueldre. On connaît les malheureuses dissensions entre le duc Àrnould d'Egmont et son fils Adolphe, qui aboutirent à l'exhérédation de ce dernier et à la cession de la Gueldre au duc de Bourgogne. Charlcs-le-Téméraire soumit facilement ce pays, parce qu'il retenait Adolphe d'Egmont prisonnier. Engelbert de Nassau
(i) Despars, t. IV, p. 38.
(«) Despars, t. IV, p. 45.
(s) Le samedi après la St. Denis.
(*) Brower, Annales Trevirenscs, 11, p. 297.
(s) Philippe de Commines, Mémoires, t. Il, p. 205-6. — De Reiffenberg, Histoire de l'ordre de la Toison d'Or. Bruxelles, 1830, p. 64-8(i, etc., etc.
n'accompagna pas l'armée bourguignonne dans celte expédition ; mais Charles, le nomma pour toute la durée de la campagne son lieutenant-général en Brabant et en Limbourg (>).
Après avoir soumis la Gueldre le duc de Bourgogne voulut s'en faire reconnaître la possession par l'empereur d'Allemagne. Retournant de sa nouvelle conquête par Maeslricht , Aix- la-Chapelle et Luxembourg, il se rendit à Trêves, où l'attendait Frédéric III. L'histoire nous a rapporte le faste que déploya dans celte circonstance la cour bourguignonne. Engelbert de Nassau est cité parmi les principaux seigneurs qui suivirent le duc Charles, et dont un chroniqueur allemand, ébloui par tant de luxe, disait : a non inaurati modo, sed plane aurei videbantur (*). »
Ce fut dans celte entrevue de Trêves, qui eut lieu les 6 et 7 d'octobre 1473, que fut projeté tout d'abord le mariage entre Maximilien d'Autriche et Marie de Bourgogne (•).
L'année suivante, au mois de juillet, Charles- le-Téméraire dont les vues ambitieuses se tournaient de tout côté, alla porter secours à l'archevêque de Cologne, Robert de Bavière, contre ses sujets révoltés; il s'avança contre Neuss, où s'était réfugié Herman de Hesse, que le chapitre de Cologne avait élu en place de Robert. Engelberl accompagna le duc de Bourgogne dans cette campagne (*) ; mais il fut envoyé en Brabant pour proléger ce pays et le Namurois contre toute attaque ennemie.
A la mort de son père, arrivée le 3 février 1475, Engelberl hérita des riches possessions que celui-ci avait aux Pays- Bas. La baronnie de Breda, en Brabant, la seigneurie de
0) Arnoldi, t. IV, p. 261.
(*) Brosius, Annales Clivenscs, III, p. 12. — Philippe de Commincs, t. II, p. 209. — Browcr, Annales Trcvirenses, II, p. 302. (s) Despars, IV, p. 96-97.
Vianden au duché de Luxembourg, el plusieurs seigneuries provenant de la maison de Heinsberg, dont descendait sa mère, et situées au duché de Juliers, sur la rivo gauche du Rhin, lui échurent. Son frère Jean eut les biens d'Allemagne. La part que la branche de Nassau -Dillenburg avait dans le château et le territoire de Nassau, restait indivise.
Ce partage qui avait déjà été réglé, du vivant de leur père par actes du 8 avril 1472, et du 8 mai de la même année fut ratifié el confirmé après sa mort, le 9 mars 1475 ( 1 ). Engelbert fit sa joyeuse entrée à Breda le 27 juillet 1475 et confirma tous les privilèges de la ville. (*)
Engelbert prit part aux dernières expéditions de Cbarles-le- Téméraire. Il l'aida à faire la conquête de la Lorraine, au commencement de 1476 (*). Après que le duc de Bourgogne eût perdu, contre les Suisses, les batailles de Granson et de Morat, Engelbert vint du Luxembourg le rejoindre avec des troupes nouvelles, levées à la hâte. Charles-Ic-Téméraire ayant ainsi recomposé un peu son armée voulut reconquérir la Lorraine qui s'était soulevée el avait rappelé le duc René. Au cœur de l'hiver il mit le siège devant Nancy, et contrairementaux conseils d'EngelberldeNassau, livra lecombat à René aux Suisses et aux Alsaciens, qui venaient au secours des assiégés. La célèbre bataille de Nancy, engagée le 5 janvier 1477, fut fa (aie au duc de Bourgogne. Il périt misérablement, et son cadavre, dépouillé de tout vêtement , ne fut retrouvé que quelques jours après dans un fossé. <-r^
(i) Arnoldi , t. Il, p. 200-202. — Du Monl , Corjits iïptoiwiticHs, I,p. H, p. 458. >
(«) Vau Goor, Bcschryving der sladt Breda, p. 476.
(s) Despars, IV, p. 111. — De Baraute, Histoire des ducs de Bourgogne. Bruxelles, 1856 (édition de Reiffeaberg) , t. VIII, p. 188.
La défaite de Nancy avait été une déroule complète, presqu'unc extermination de l'armée bourguignons Réduite à six mille hommes à peine, elle avait eu à lutter à la fois contre la trahison, contre les forces des assiégés, et contre des troupes fraîches plus de trois fois supérieures en nombre.
Kngelbert de Nassau avait durant la journée montré un courage qui tenait du désespoir. A la léte d'une bande de cavaliers il avait pénétré dans les rangs des Suisses, et il était resté seul debout au milieu des ennemis ('). Environné de toute part, il dut se rendre aux milices de Strasbourg, qui l'emmenèrent dans leur ville. 11 y resta pendant plus de trois mois (jusqu'à la fin d'avril) prisonnier au Pfennigthurm (*).
La femme d'Engelbert avait passé plusieurs jours dans l'incertitude sur le sort de son mari, que l'on croyait tué. Elle avait même fait vœu d'offrir à Notre-Dame d'Eberhardsclause, près do Trêves, s'il revenait, autant de cierges, qu'armé de toutes pièces il pèserait en cire('). Engelbert ne sortit de sa prison de Strasbourg qu'après avoir payé une rançon de 50,000 florins d'or.
Pendant sa captivité de graves événements s'étaient accomplis aux Pays-Bas. La jeune Marie de Bourgogne était montée sur le trône dans les circonstances les plus difficiles. Le roi de France et les communes de Flandres avaient profité de la faiblesse de la jeune héritière de tant de provinces; celles-ci pour revendiquer leurs anciens privilèges, celui-là pour séparer du duché de Bourgogne et de l'Artois et pour attirer à lui une partie de la noblesse. Le chancelier Hugonet et le sire
(<) Daniel, Histoire de France, VIII, p. 547. (i) Millier, Schwciz Getchichtc, V, p. 116.
(s) Browcr, Jntutlcs Trcvircnses, II, p. 305.
d'Humbercourt avaient porté leur téte sur léchafaud, accu ses de haute trahison.
Il fallait une main vigoureuse pour résister aux armes et aux intrigues de la France, pour tenir en respect d'une part les villes, d'autre part les grands seigneurs, restés fidèles à Marie de Bourgogne, qui élevaient des prétentions exhorbitantes pour les recompenser de leur attachement à une cause si compromise.
On songea, pour sortir de cet embarras, à réaliser le projet de mariage, qu'avait nourri le duc Charles pour sa fille unique. Le 21 avril 1477 elle fut fiancée à l'archiduc Maximilien d'Autriche, fils de l'empereur Frédéric III. Mais cette union déplaisait singulièrement au roi de France, qui tacha de l'entraver.
Quand Engelbert fut rendu à la liberté, il fit tous ses efforts pour faire réussir le mariage de l'archiduc, qui fut enfin célébré à Gand le 19 août 1477 (').
Maximilien trouvait dans le comte de Nassau un précieux soutien. Celui-ci en effet était un des plus vaillants capitaines de Charles-Ie-Téméraire et le seigneur le plus puissant du Brabant, et comme il tenait à l'Allemagne par son origine, il inspirait d'autant plus de confiance au jeune souverain.
Le reste de l'année 1477 se passa en inaugurations et en réjouissances publiques. Ce ne fut qu'au printemps qu'on songea à prendre une attitude décidée vis-à-vis du roi de France.
Suivant les conseils d'Engelbert de Nassau, Maximilien convoqua les chevaliers de la Toison d'Or à Bruges, pour y tenir chapitre les premiers jours de mai (1478). L'archiduc
(i) Despars, t. IV, p. 151.
releva l'ordre et s'en proclama souverain. C'était pour empêcher que Louis XI ne le considérât comme dévolu à la couronne de France. Le nombre des chevaliers, qui par suite de décès et défections s'était trouvé réduit à cinq, fut complété 0).
Maximilien, après avoir ainsi rallié autour de lui la haute noblesse du pays, se rendit à Mons, accompagné d'Engelbert, pour y accélérer les préparatifs de la guerre.
Bientôt on en vint aux hostilités. La campagne fut glorieuse pour l'époux de Marie de Bourgogne; tandis que les milices flamandes repoussaient les Français à l'Est, l'archiduc regagnait une à une les différentes places dont Louis XI s'était emparé sur les frontières du Hainaut. Le roi s'empressa de demander une trêve d'un an et de quarante jours, qui fut conclue le 11 juillet
Mais les Français furent les premiers à violer cette suspension d'hostilités; aussi Maximilien se rendit-il dès le 26 juillet 1479, à la tête d'une armée flamande de vingt-deux mille hommes, mettre le siège devant Térouanne.
Les milices communales se montraient pleines d'ardeur, et parmi les chevaliers qui entouraient le prince, il en étaient, dit on, plusieurs qui, à l'exemple du comte de Nassau, portaient le bras nu, afin de répondre à une bravade des Français qui les avaient menacés de leur couper le poing (*).
On ne tarda pas à apprendre qu'une armée ennemie s'avançait au secours de Térouanne. Elle était forte de vingt huit mille hommes et commandée par Philippe de Crévecœur, sire
(4) De Rciffenberg, Histoire de r ordre de la Toison d'Or, p. 89-91.
(«) Kervyn de Lettcnhovc, Histoire de Flandre. Bruxelles, 1850 première édition) , t. V, p. 505.
d'Esquerdcs, qui comblé autrefois des bienfaits de Charles-le- Téméraire, avait trahi sa fille.
La bataille s'engagea le 7 août 1479, près de Guinegale ('). Le résultat de cette journée a été diversement apprécié; mais on peut cependant avancer que la victoire resta à Maximilien. D'abord tout l'avantage fut aux Français; ils culbutèrent les archers, les arquebusiers, l'artillerie et la cavalerie de l'archiduc. Plusieurs seigneurs flamands tombèrent parmi les morts, le sire de la Gruuthuse fut fait prisonnier, Philippe de Clèves entraîné par les fuyards. Les troupes de Louis XI envahirent le camp de Maximilien et se mirent à piller sa tente et celles de ses chevaliers, leurs bagages, leurs joyaux, leurs insignes de la Toison d'Or (»). Les Français considéraient la journée comme décidée et voulaient profiter de leurs succès en faisant un riche butin. Mais la réserve de l'archiduc, composée des milices communales restait intacte. Le sire de Romont, Engelberl de Nassau et quelques autres seigneurs descendirent de cheval et se mêlèrent aux rangs épais des piétons flamands (').
L'archiduc suivit leur exemple. Une nouvelle bataille s'engagea. Les milices de Flandre tombent sur l'ennemi éparpillé, et le font fuir à son tour. Surprises, les troupes de Louis XI
(i) Voyez sur la bataille de Guinegale : Commines, 1. VI, c. 4. — Despars, t. IV, p. 192-194. — Kervyn de LcUenhove, l. V, p. 505. — Mémoires de Ut Société des Antiquaires de Morinie, 1861.
(s) Baron De Reiffenberg, Histoire de l'ordre de la Toison d'Or, p. 105.
(3) Voici comment Philippe de Commines s'exprime à cet égard : « Et estoienl de ce nombre Monseigneur de Romont, fils de la Mai- » son de Savoyc, et le comte de Nassau et plusieurs autres qui eucore » vivent. La vertu de ceux-là Gt tenir bon à ce peuple, qui lit mer- » veille, ven qu'ils voyoient fuir les gens de cheval. >»
— Ki —
abandonnent le camp do l'archiduc; le camp français avec toute l'artillerie tombe aux mains de Maximilien, qui y passa la nuit, restant ainsi maître du champ de bataille.
L'archiduc ne put poursuivre ses succès parce qu'il lui fui impossible de retenir plus longtemps les milices flamandes sous les armes; la guerre contre Louis XI continua donc cette année et l'année suivante, se bornant â quelques escarmouches sous les frontières. Une nouvelle trêve intervint le 21 août 1480 entre l'archiduc et la France, et fut encore prolongée en 1481.
Maiimilien en profita pour soumettre la Gueldre, qui s'était soulevée par suite des menées des partisans de la maison d'Egmont. Avant que de se rendre avec son armée dans cette province, il réunit pendant les premiers jours de mai 1481, l'ordre de la Toison d'Or à Bois-le-Duc. Engelbcrt de Nassau assista à celte assemblée du chapitre, et obtint un autre collier en place de celui qu'on avait enlevé de sa tente à la journée de Guinegalc.
Bientôt la Gueldre fut pacifiée et l'archiduc était venu passer avec sa cour l'hiver à Bruges, quand Marie de Bourgogne périt à la suite d'une chûle de cheval. La mort inoppinée de celle princesse, arrivée le 27 mars 1482, vint de nouveau remplir les Pays-Bas et surtout la Flandre d'agitations et de troubles, qui ne devaient cesser qu'à la majorité de Philippe-le-Beau. Maximilien convoqua les États généraux à Bruges le 8 avril (1482) et réclama la tutelle de son fils mineur; mais on ne voulut la lui reconnaître que moyennant certaines conditions que son orgueil ne lui permettait pas d'accepter. L'archiduc dissimula cependant son ressentiment, et se rendit en Hollande. A son retour il arriva accompagné d'Engelbert de Nassau, avec cent cinquante vassaux devant
l'Ecluse, croyant pouvoir s'emparer du châleau par surprise; mais il dut renoncer à celte tentative (').
Bientôt on apprit que Guillaume de la Marck, surnommé le Sanglier des Ardennes s'était emparé de Liège, après avoir fait massacrer l'évéque Louis de Bourbon. Maximilien envoya des troupes contre le sire de la Marck, et plaça Jean de Homes sur le trône épiscopal. Le Sanglier des Ardennes fut fait prisonnier et décapité à Maestricht. L'archiduc s'était rendu lui-même dans l'évéché de Liège pour pacifier le pays. Le 3 octobre H82, se trouvant devant Tongres, il nomma Engelberl de Nassau son premier chambellan avec 200 francs d'or par mois (*).
Sur ces entrefaites les frontières de Flandre avaient été sans cesse inquiétées et ravagées par les Français. Bientôt on commença à négocier, et Maximilien fut heureux de pouvoir souscrire un traité pour ne pas avoir à lutter à la fois contre l'ennemi au dehors et ses sujets à l'intérieur.
La paix fut signée par l'archiduc à Gand, le 23 décembre H82: elle portail que le dauphin épouserait la jeune Marguerite cl qu'elle recevrait pour dot les comtés d'Artois et de Bourgogne, que Louis XI occupait déjà.
Le 10 janvier 1483 Philippe, fils de Maximilien, fut inauguré à Gand, et les députés des Etals constituèrent une régence, qui devait administrer durant sa minorité; elle était composée de quatre grands seigneurs : Adolphe de Clèves, seigneur de Baveslein ; Philippe de Bourgogne, seigneur de Bevercn; Louis de Bruges, seigneur de La Gruuthuse et Adrien Vilain, seigneur de Rassenghicn.
(i) Despars, t. IV, p. 223.
(s) Araoldi, t. IV, p. 262.
Engelbcrt de Nassau accompagna l'archiduc à Hesdin ou furent célébrées le 19 mai les fiançailles de la jeune Marguerite avec le Dauphin. 11 scella, à côté des princes du sang, les lettres de sûreté, qui furent délivrées ce jour pour l'exécution du traité (•).
Jusqu'ici Maximilien avait dû se montrer d'une condescendance extrême pour ses sujets de Flandre, dont l'esprit remuant et inquiet était sans cesse travaillé par le roi de France ; mais la mort de Louis XI, arrivée le 25 août, vint bientôt changer la face des choses. Délivré d'un ennemi dangereux, Maximilien cédant probablement aux conseils d'Ëngelbert, osa montrer plus d'énergie; il réclama la tutelle de son fils, cl se fit proclamer régent. Toutes les villes de Brabant et des autres provinces reconnurent son autorité ; la Flandre seule persista à lui refuser tout pouvoir. Le reste de l'année 1483 et le commencement de 1484 se passèrent en échanges de protestation et de manifestes émanés de l'archiduc d'une part, du conseil des quatre seigneurs choisis par les États, de l'autre. Le prince invoquait le testament de son épouse; on lui répliquait par ses conventions matrimoniales, lesquelles dictées dans le temps par les grands et les villes, lui ôtaient tout droit à l'administration du pays, comme tuteur de ses enfants.
Maximilien rencontra également des difficultés an sein du chapitre de la Toison d'Or, dont quelques chevaliers lui contestaient l'exercice des prérogatives de chef et souverain. Le 8 mai et jours suivant, il y eut une assemblée des chevaliers favorables à l'archiduc, parmi lesquels Engelberl. Le 9 juin ils eurent une conférence à Termonde avec les cinq cheva-
(<) Mémoires de Philippe de Comines (édil. de Godcfroy) , l. IV, 1** partie, p. 129.
liers qui tenaient le parti des Etats de Flandre. Gomme le chapitre était investi du droit souverain d'arbitrage en tout ce qui touchait à l'honneur et au devoir de ses membres, on avait espéré, de celte manière, mettre fin aux discordes qui divisaient les chevaliers. Mais tous les efforts d'Engelbert de Nassau échouèrent devant la mauvaise volonté des chevaliers opposants (').
Maximilien , qui, quelques mois auparavant, n'avait pas réussi à se rendre maître de Bruges par un coup de main, concerté avec le comte de Nassau, recourut maintenant à la force ouverte. Il s'empara successivement de Tertnonde et d'Audenarde. Le comte de Nassau fut nommé capitaine-général de cette dernière place ainsi que d'Anvers, le 24 janvier de l'année suivante. Le 5 avril Grammont tomba aux mains de l'archiduc et deux jours après Engelbert enlevait Ninove d'assaut ('). Bientôt après celui-ci s'avança jusqu'aux portes de Gand et peu s'en fallut qu'il n'entrât dans la ville à la suite d'un combat livré en vue des remparts^).
Les Gantois découragés n'avaient plus d'espoir que dans les secours que leur avait promis le roi Charles VIII. Le sire d'Esquerdes, Philippe de Crevecœur arriva enfin à la tôle des troupes françaises, et se jeta dans Gand.
Engelbert de Nassau adopta en cette circonstance un plan des plus habiles. Laissant aux Gantois tout le temps de se brouiller avec leurs alliés, qui en effet se retirèrent bientôt, il tourna les yeux du côté de Bruges. IjCs partisans de Maximilien, longtemps contenus par la crainte, y étaient devenus
(i) De Rciffenbcrg, Histoire de l'ordre de la Toison d'Or, p. 126 et suivantes.
(«) Despars, t. IV, p. 247.
(s) Kervyn, t. V, p. 370.
dans les derniers temps de plus en plus nombreux. La paix comptait des amis jusque dans l'échevinage. Engelbert de Nassau profita de ces dispositions favorables, et plus heureux celle fois-ci que l'année précédente, il réussit le 1 juin 1485 à soumettre les Brugeois.
Ce jour tout le peuple était réuni sur la place du Bourg, pour suivre une procession destinée à appeler la protection du Ciel sur la Flandre, lorsqu'on apprit que les portes de la ville avaient été livrées au comte de Nassau. Bientôt on le vit arriver à cheval accompagné de quelques seigneurs du Brabant et de la Bourgogne et suivi d'une troupe nombreuse de reîlres allemands. Un héraut marchait devant eux et criait à la foule surprise : « Ecoule/, écoutez ! » Ils allèrent droit à l'bôtelde-viile, et là à la place où se faisaient d'habitude les publications de l'échevinage, le chancelier de Brabant prit la parole et rappelant les troubles et les guerres qui avaient désolé le pays depuis la mort de Charles-le Téméraire, il fit valoir les services rendus par Maximilien et les droits qu'il avait à la tutelle de ses enfants. « Que voulez-vous ? dit-il » en terminant, la paix ou la guerre 1 » La foule terrifiée par l'audace d'Engelberl et de sa suite répondit unanimement : « La paixl » Le chancelier de Brabant exposa alors les conditions auxquelles l'archiduc amnistiait les Brugeois et consentait à confirmer leurs privilèges. Dix personnes exclues de la paix furent immédiatement arrêtées. Parmi celles-ci se trouvait Louis de la Gruuthuse, le seigneur le plus opulent de la Flandre, qui dévoué à la France n'avait cessé de fomenter des troubles contre l'époux de Marie de Bourgogne.
Dès que Maximilien apprit ce qui s'était passé, il aborda dans le Zwyn. L'Écluse lui ouvrit ses portes, et il se rendit sans délai à Bruges, où son enlrée eut lieu avec une grande
pompe le 21 juin 1485 (')• Engelbcrl de Nassau obli ni du prince le tiers d'une amende de trois cent mille écus, prononcée contre le sire de la Gruuthuse.
A Gand depuis le départ do Philippe d'Esquerdes, on était fatigué de la résistance. Sept jours après la surprise de Bruges, un complot éclata en faveur de Maximilien. Plusieurs chefs de l'insurrection furent arrêtés et immolés à l'inconstance populaire. Les États de Flandre réunis dans la ville envoyèrent des députés à Bruges pour arrêter avec l'archiduc les conditions de la paix. Elle fut conclue le 28 juin 1485 et proclamée à l'hôtel de la ville de Bruges en présence de Maxirailien et d'Engelbert de Nassau. L'archiduc y était reconnu pour tuteur de la personne de son fils et du comté de Flandre.
Maximilien quitta Bruges le 6 juillet pour se rendre à Gand. Le sire de Ravenslein vint au-devant de lui à Mariakerke et lui amena son fils, le jeune Philippe qu'il n'avait pas vu depuis longtemps.
Le récit de la reddition de Gand et du séjour de Maximilien en cette ville se trouve relaté en détail dans les mémoires d'Olivier de La Marche (»)• Engelbert de Nassau, cette fois-ci encore, eut un rôle actif.
Maximilien avait fait annoncer aux Gantois qu'il ne prendrait avec lui que six cents hommes. Mais il traversa une partie de la ville en se dirigeant vers la Cour, du Prince, avec des forces beaucoup plus considérables. Le comte de Nassau ouvrait la marche à la tête des hommes de pied. Il portait comme les autres la pique. Plusieurs seigneurs, parmi les-
(i) Kcrvyn, t. V, p. 375-374. — Despars, i. IV, p. 252.
(«) Les Mémoires Je Messire Olivier, S* de la Marche. Louvain, 1645.
quels, le jeune Charles de Gueldrc, marchaient à ses cotés. Les lansquenets allemands étaient au nombre de deux mille, ils allaient cinq à cinq. Maximilien accompagné de son fils clôturait le cortège au milieu des gens de cheval.
Les Gantois avaient vu de mauvais œil l'entrée d'une suite si nombreuse d'hommes d'armes; mais quand ils apprirent qu'une partie de ceux-ci devait loger chez les bourgeois, leur mécontentement éclata d'une manière ouverte.
Vers le soir les métiers coururent en armes et allèrent planter leurs bannières au Marché du Vendredi. Pour éviter une collision on donna ordre aux lansquenets do se retirer vers la Cour du Prince. Là on passa la nuit dans l'anxiété. « Monsieur l'archeduc, dit de La Marche ('), se » vint loger en ma chambre, qui estoit sur la porte devant ; » et ce fit pour estre entre ses gens. Là tint-il conseil qu'il » estoit de faire et sembla pour le mieux de voir que les » Gandois feroynl pour celle nuict, cl chacun se tint sur » sa garde; mais le conte de Nassau, accompaigné des Wal- » Ions avoit gagné le pont, là on coupe les testes, qui estoit » la droite venue des Gandois pour venir contre Postel du » prince. »
Le lendemain Maximilien , à la téle des lansquenets, se dirigea vers l'hôtel-de-ville. Les métiers en armes lui barraient le passage, tandis que les écbevins venaient à sa rencontre pour le prier de ne pas recourir à des moyens extrêmes. Le comte de Nassau, dit de La Marche : « Offroit tousjours de » leur courre dessus et de les deffairc; et parce moyen estoit » le prince perpétuellement seigneur et maistre de Gand et » de toute Flandres. » Mais Philippe de Clèves fut d'un autre
avis, et Maximilien, écoulant son conseil, préféra ne pas marcher plus avant dans la ville.
Le soir les métiers vinrent du Marché au Vendredi se porter sur le petit marché qui se trouvait alors entre l'église de Sainte- Pharaïlde et l'ancien Château des Comtes. Engelbert de Nassau brûlait d'impatience en voyant le peuple venir ainsi braver le souverain jusqu'aux portes de son palais. Il proposa de faire une sortie en faisant passer les soldats par les maisons. Il voulait par ce mouvement tomber en flanc sur les Gantois; mais son avis fut inutile, car ceux-ci se retirèrent d'eux-mêmes, quelques gens sages et modérés étant parvenus à calmer l'effervescence. Le lendemain au point du jour le ma gistrat vint trouver l'archiduc pour l'exhorter à la clémence.
Maximilien fit paver cher cette émeute aux Gantois. Il ne se contenta pas d'une amende de 127,000 écus d'or, ni de la condamnation des plus coupables, il exigea une réparation solennelle. Les échevins durent le 22 juillet lui demander pu bliquement pardon et lui promettre obéissance pour l'avenir. Assis sur un trône élevé, Maximilien reçut les échevins habillés de robes noires sans ceinture.
Si Maximilien avait triomphé des Flamands, s'il avait brisé leur orgueil et effacé le souvenir de sa propre faiblesse, c'était à l'énergie du comte de Nassau qu'il devait ce brillant résultat.
L'archiduc projetait depuis longtemps un voyage en Allemagne pour s'y faire élire roi des Romains. La pacification de la Flandre lui permit enfin de quitter les Pays- fias. Par lettres patentes données à Bois-le-Duc le 27 novembre 1485 il nomma Engelbert de Nassau son lieutenant dans ses pays de par deçà (»).
(i) Anioldi, Uistorûehe Denhwurdxgkeitm, p. U(i.
La position du comte de Nassau était difficile au milieu d'un pays qui venait de sortir à peine de plusieurs années d'agitation. Engclbert y suppléa par son attitude énergique. Le 25 février 1486 il fit arrêter à Gand Philippe Wielant, un des membres les plus habiles et les plus influents du Conseil de Flandre. Le motif de celte arrestation nous est resté inconnu (>)• Toujours est-il certain que celte mesure politique déconcerta les ennemis de Maximilien.
En Brabant il rencontra aussi quelques difficultés. Une somme de 50,000 livres avait été imposée sur les quartiers de Louvain, de Bruxelles et d'Anvers au mois d'avril 1 486. Les États de Brabant ne voulurent d'abord voter qu'une somme de 30,000 livres, mais grâce à ses instances ils finirent par accorder celte aide en entier (•).
Maximilien élu roi des Romains à Francfort, le 16 février 1486, avait été couronné à Aix-la-Chapelle le 9 avril suivant. Lorsqu'il retourna aux Pays-Bas toutes les villes donnèrent des fêtes à son passage; à Breda l'épouse d'Engelberl de Nassau lui fit une réception brillante (').
Maximilien ébloui du titre pompeux qui l'associait à l'autorité impériale crut pouvoir reprendre les hostilités contre la France. 11 accusait le roi Charles VIH d'avoir violé la paix d'Arras en envoyant des secours aux Gantois. Au début de la campagne ses troupes parvinrent à surprendre Térouanne le 19 juin 1486; mais là s'arrêtèrent ses succès. II avait
(i) Wielant resta détenu pendant plusieurs mois au château d'Heusden (Brabant septentrional), qui appartenait à Engelbert. Vaderlandsch Muséum, publié par C.-P. Serrure, t. IV, p. 91-98.
(s) Gaebard, Inventaire analytique de» archives du royaume, N° 15,750.
(a) Pontus H eu ter us, chap. 9.
commencé la guerre sans tenir compte de ses forces et de celles de son adversaire. Une seule ressource leur restait en l'absence de troupes suffisantes pour résister aux Français, et cette ressource consistait dans les talents militaires du comte de Nassau.
Engelbert ne disposait en tout que de quinze mille hommes. En évitant une bataille dans laquelle il aurait été infailliblement écrasé par le nombre, en harcelant l'ennemi dans de continuelles escarmouches, il put tenir en respect le plus habile des capitaines de Charles VIII, Philippe de Crevecœur. Enfin Maximilien vint lui-même sur le théâtre de la lutte avec douze mille hommes, la plupart nouvellement levés en Allemagne. Devant ce renfort Crevecœur recula et abandonna le siège de Térouanne, que les Français avaient voulu reprendre.
L'année 1486 s'écoula donc sans échec pour Maximilien; mais la campagne suivante lui fit subir les terribles suites de son imprudence. Son armée s'était débandée en hiver, faute de solde et quand le printemps arriva, le pays se trouva presque dépourvu de toute défense, tandis qu'il était impossible de reprendre l'offensive.
Dans des circonstances aussi fâcheuses Maximilien s'était retiré, nommant par lettres patentes données à Bruges le 12 avril (1487) Engelbert son lieutenant en Flandre et gouverneur de Lille, Orchies et Térouanne. Mais le comte de Nassau ne put par son courage arrêter d'inévitables revers.
Au mois de juillet Térouanne avait passé de nouveau aux Français. Le comte de Nassau voulant réparer cette perte essaya de surprendre Bethune, avec neuf cents hommes environ; mais il tomba dans une embûche adroitement dressée et fut fait prisonnier. Voici comment nos historiens rappor-
(enl le fait. Le sire de Crevecœur encore plus exercé dans la ruse que dans l'art de la guerre, aurait réussi à persuader à Philippe de Clèves, qu'il était prêt à quitter le service de la France pour passer à celui de Maximilien. Il offrait même de livrer plusieurs villes, entre autres Bélhune. Engelbert usant celte fois- ci de plus de témérité que de prudence aurait été dupe de cette intrigue. Quoiqu'il en soit, quand la poignée d'hommes commandée par le comte Nassau arriva en vue de Béthune, elle se vit assaillie de toute part. Philippe de Clèves seul, avec une partie de la cavalerie parvint à échapper. Engelbert, qui n'avait pas voulu abandonner les siens lutta avec courage à la téte des fantassins 1 ; mais blessé grièvement il dut à la fin se rendre. Le jeune Charles d'Egmont, depuis duc de Gueldre, tomba également en cette rencontre au pouvoir de l'ennemi ( , ).
La journée de Bélhune avait privé Maximilien de son meilleur capitaine et de son plus dévoué conseiller.
Engelbert fut conduit en France. Le roi Charles VIII comprenait trop bien l'importance de celte capture pour qu'il put se décider bien vite à relâcher son prisonnier. Mais celui-ci fut traité avec beaucoup d'égards et d'honneurs, pendant toute sa captivité qui dura près de deux ans (juillet 1487juillet U89). (•).
Dans l'intervalle de graves événements se passèrent en Flandre. Le 1 février H88 Maximilien était à Bruges lorsqu'éclata dans cette ville une terrible sédition ; lui-môme fut
(i) Pontanus, p. 581.
(s) Poniamis cl d'après lui Mûnch rapportent au sujet du séjour d'Engclbert à Paris deux anecdotes que nous ne croyons pas devoir rapporter ici, quoiqu'elles prouvent l'estime dont le comte de Nassau jouissait auprès de Charles VIII . (Mûnch. III. p. 109-HI.)
arrêté et gardé à vue dans une maison , nommée le Cranenburg. Plusieurs conseillers du prince, ainsi que des membres de l'échevinage furent condamnés à mort. La suite entière de Maximilien fut retenue prisonnière et dans le nombre Philippe, maréchal de Nassau, frère naturel d'Engelbert.
Les États- Généraux du pays se réunirent à Matines et délibérèrent sur les moyens de rendre à la liberté le roi des Romains; mais leur démarche fut vaine. Les Gantois qui dès le commencement de la révolte avaient excité ceux do Bruges, firent rejeter tout arrangement.
Cependant l'Europe entière avait les jeux sur Maximilien. L'empereur Frédéric, les princes d'Allemagne, le pape luimême ne négligèrent aucun moyen de rompre ses chaînes. Enfin un traité fut signé le 16 mai 1488 à Bruges. Les magistrats de celle ville, les états des provinces et Maximilien jurèrent la paix avec beaucoup de solennité. Philippe do Clèves s'en rendit garant , et s'engagea sous serment à prendre les armes contre quiconque oserait l'enfreindre.
Mais à peine Maximilien se vit- il libre qu'il oublia ses promesses; les troupes allemandes qu'avaient amenées l'empereur ravagèrent le pays et mirent le siège devant Gand. Alors Philippe de Clèves pour rester fidèle à sa parole prit les armes contre le roi des Romains. Ce seigneur puissant se mit à la tête des Gantois, força Frédéric IH à la retraite et s'empara des principales villes, non seulement de la Flandre, mais aussi du Brabanl. La Hollande elle même fut entraînée dans le mouvement.
Le roi des Romains dans des circonstances aussi critiques s'était retiré en Allemagne, auprès de son père, laissant pour gouverneur du pays, le duc Albert de Saxe. Quoique des garnisons allemandes occupassent Audenardc, Termonde et
Àlost, la position était critique d'autant plus que le roi de France encourageait les Flamands dans leur résistance et leur avait même envoyé des secours.
La situation des affaires changea quand Engelberl de Nassau fut rendu à la liberté. Celui-ci était parvenu grâce aux instances de son ancien adversaire Philippe de Crevccœur, à se libérer moyennant une rançon de 84,000 livres tournois. Gomme le trésor de Maximilien était épuisé, il dut la fournir lui-même. Il engagea la seigneurie de Vianden à son frère pour la moitié de la somme et leva le reste en donnant caution (').
Dès son retour aux Pays-Bas Engelberl aida puissamment le duc de Saxe ; ils forcèrent Philippe de Clèves à lever le siège de Hal (').
Le 22 juillet 1488 fut conclu à Francfort entre Maximilien et Charles VIII, un traité dont Engelberl avait négocié les préliminaires, pendant sa captivité. Dès lors la face des affaires changea. Le duc de Saxe et le comte de Nassau, qui lui avaient été adjoint pour le gouvernement des Pays-Bas , se virent ouvrir les portes de Louvain et de Bruxelles (7 septembre). La Flandre restait isolée; la lutte se décidait ainsi en faveur de Maximilien. Les Flamands murmuraient contre $ le roi Charles VIII parce qu'il avait conclu une paix dans laquelle ils n'étaient point compris. Celui-ci les engagea donc ainsi que Maximilien à envoyer des députés au château de Montils, plus connu sous le nom de Plessis-lez-Tours. Là fut signée le 30 octobre une paix entre le roi des Romains et les États de Flandre. Mais les Gantois refusèrent de se soumettre
(i) Aruoldi, Gcschichlc, t. II, p. 207.
(«) Despars, t. IV. p. 457-138.
aux conditions humiliantes et onéreuses qu'elle renfermait; et ce fat en vain qu'Engelberl de Nassau se rendit le 18 janvier 1490 dans leur ville pour les engager à s'y conformer (').
Le 27 août 1490, Engelbert donna un superbe tournois à Breda (*). Bientôt cependant il dut de nouveau s'occuper des affaires de la Flandre.
La résistance était devenue aussi vive à Bruges qu'à Gand, et les Brugeois avaient fini par fermer leurs portes aux troupes allemandes.
Le comte de Nassau écrivit aux écbevins de Bruges une lettre menaçante, à la suite de laquelle on lui envoya à Alost, le 2 octobre, plusieurs députés, parmi lesquels l'aïeul du chroniqueur Despars (*). II ne voulut pas entrer en transaction, et avec de nouvelles troupes allemandes il se rendit à Damrae où il avait laissé une bonne garnison, exigeant des Brugeois l'exécution pure et simple de la paix de Tours.
11 alla trouver lui-même à l'Ecluse Philippe de Clèves, qui tenait toujours le côté de l'insurrection et refusait de rendre celle ville dont il élait le gouverneur; mais il ne réussit pas à le détacher des Gantois.
Dés lors le comte de Nassau songea à réduire les Brugeois en leur coupant toute communication avec l'Écluse. Les premières semaines se passèrent en escarmouches. Un combat livré le 28 novembre 1490, près du pont d'Oostkerke, décida du sort de la ville.
Le 4 décembre les troupes de Maximilien y entraient à
(<) Despars, t. IV. p. 449.
(*) Van Goor, p. 31.
(s) Despars qui écrivait suivant les annotations de son grand-père, n'est pas très-favorable à Engelbert de Nassau, parce que les troupes de celui-ci ravagèrent le château de leur famille, situé à Coolskercke.
la suite d'une convention conclue à Dam me. Deux jours après, Engelbcrt fit son entrée solennelle; le magistrat intimide lui offrit une pension annuelle de trois cents livres de gros à charge de la ville.
Bruges venait d'obtenir la paix, mais non la tranquillité. Philippe de Clèvcs, qui le 28 décembre encore, dans une entrevue avec Engelbert tenueà Hulst, avait rejeté toute proposition de se soumettre, était devenu pour les Brugeois un ennemi au lieu d'un allié. En arrêtant tous les navires étrangers qui abordaient dans le Zwin, il rendait le commerce impossible. Le comte de Nassau pour le tenir renfermé dans l'Ecluse mit des garnisons à Damme, Ardembourg, Heist, Muide, etc. Lui-même tourna les regards du côté des Gantois.
Tandis que Bruges soutenait un siège désastreux, Gand, son ancienne rivale, était resiée insensible à sa détresse. Elle eut bientôt a regretter son inertie. Dès le mois de mars Engelbert somma les magistrats d'exécuter la paix de Tours ; n'obtenant qu'un refus, il envoya ses troupes allemandes ravager les environs de la ville pour jeter la crainte parmi les Gantois; mais ce fait ne lit que les aigrir davantage.
Maximilien qui alors se trouvait en Allemagne avait envoyé, en date du 8 avril de Nuremberg une procuration pour convoquer en son absence l'ordre de la Toison d'Or. Jean de Lannoy, et à son défaut Engelbert de Nassau, devait présider l'assemblée. La fête se tint le 24 de mai à Malines.
(/était la première à laquelle assistait le jeune Philippe, fils de Maximilien et de Marie de Bourgogne, comme souverain de l'ordre. Engelbert à ce chapitre représentait le roi de Castille (').
(i) De ReifFenberg, p. 175 et suiv.
Le 11 juin Gand se déclara en révolte ouverte. Aussitôt Philippe de Clèves y envoya deux cents arquebusiers. Les partisans de Maximilien furent décapités, et le grand-doyen Jean Copenholle mis à la téle comme capitaine de la ville. Les Gantois obtinrent d'abord quelques avantages. Ayant pris Hulst par surprise et fortifié Terneuzen, ils conservèrent ainsi des communications avec l'Ecluse. Engelbert de Nassau, qui avait des intelligences à Gand crut qu'il aurait pu s'emparer de la ville par un hardi coup de main. Le 14 août il se présenta devant la porte de Courtrai ; mais les partisans de Maximilien qui étaient dans la ville n'osèrent se remuer ; et les troupes du comte de Nassau repoussées par l'artillerie des remparts, durent se retirer à Courtrai. Après s'être rendu le 27, à Bruges pour procéder au renouvellement de l'échevinago et avoir assuré le maintien de la tranquillité dans celle ville, Engelbert rentra en campagne, s'empara du château de Lichlervelde, qui avait reçu une garnison de Philippe de Clèves et battit les Gantois près de Termonde, dont ils avaient voulu s'emparer. Le 9 octobre 1491, Hulst retombait en sa puissance.
Pendant l'hiver Engelbert quitta la Flandre, laissant des forces suffisantes pour tenir les Gantois en respect. Bientôt le bruit de sa mort se répandit à Gand, et Copenholle, en écrivait, le 1 janvier 1492 (1491) au seigneur de Tinteville, capitaine de Bruges, comme d'un événement certain (•). Peutêtre que celle nouvelle enhardit les Gantois ; car ils obtinrent quelques avantages, en s' emparant successivement deDixmude, de Grammont et de Hulst (30 mars).
Engelbert revint sur le théâtre de la lutte au mois d'avril. Aussitôt le découragement s'empara des chefs de l'insurrcc-
(i) Bulletin de la commission d'histoire, 2« série, t. 3, p. 250.
lion. A Gand le parti de la paix gagnait tous les jours de plus en plus du terrain.
Il s'y trâma même un complot qui devait ouvrir les portes de la ville aux allemands. Mais cette tentative nocturne échoua. Un bourgeois baissa la herse, quand quinze reitres à peine avaient pénétré en ville; et le bruit de la trahison se répandant en ville, on sonna le tocsin.
Le 8 mai 1492 Albert de Saxe vint rejoindre Engelbert à Bruges avec des troupes nouvelles. De ce moment il put cerner Gand de toutes parts. A la suite d'un de ces revirements fréquents dans l'histoire des communes flamandes le capitaine Jean Copenholle perdit toul-à-coup sa popularité. Arrêté, il fut immolé à des vengeances personnelles et porta sa téle sur l'échafaud ainsi que son frère et plusieurs de ses partisans. Dès ce moment la reddition de la ville n'élait plus douteuse; il n'y avait plus de chef capable pour diriger la résistance et tout le monde était lassé de la lutte. Les Gantois envoyèrent le 20 juillet des députés au duc de Saxe et au comte de Nassau, qj se trouvaient alors dans l'ile de Cadzand. Un traité fut signé le 30 du même mois; il est connu sous le nom de paix de Cadzand. Engelbert en dicta les conditions, il imposa aux magistrats l'humiliation d'une amende honorable; il modifia la constitution de la ville; mais l'amnistie accordée par lui fut complète; personne n'en fut excepté 1
Le 7 août le duc de Saxe et le comte de Nassau entraient solennellement dans la ville de Gand qui celte fois-ci ne devait plus reprendre les armes.
Dès ce moment tous les efforts des généraux de Maximilien se tournèrent contre Philippe de Clèves, sire de Ravcnstein, qui occupait toujours encore la ville et les deux citadelles de l'Ecluse. Celui-ci fit une défense héroïque.
Une petite flotte envoyée par le roi d'Angleterre le bloquait par mer, une armée importante commandée par des chefs habiles entourait la place du colé de la terre, il n'avait de secours à attendre de personne, et malgré cela pendant deux mois il ne voulut entendre parler de reddition. Un italien, nommé maître Siro, le secondait (') en lui fournissant des engins destructeurs, jusqu'alors peu connus dans l'art de la guerre. Philippe de Cléves ne déposa les armes que lorsque ses munitions étaient épuisées, que lorsque les murs démantelés de la place ne pouvaient plus résister à un assaut; et malgré le dénûment des assiégés, le comte de Nassau fit accorder les conditions les plus honorables. Ëngelbert n'avait pas oublié que le sire de Raveustein combattait pour une question d'honneur, pour une parole donnée, et il le traita avec noblesse et dignité. Si Philippe promettait fidélité à Maximilien et s'il lui remettait la ville de l'Ecluse avec le petit château, il devait conserver le grand château jusqu'à l'époque où le roi des Romains lui payerait une somme de 40,000 florins d'or qui lui était due. On lui assurait de plus une pension annuelle de 6,000 florins d'or; et la confiscation de tous ses biens précédemment prononcée se trouvait rapportée. Le traité fut signé le 7 octobre (1492).
Ainsi s'acheva cette longue guerre civile qui pendant dou^e ans avait rempli la Flandre de deuil. Maximilien témoigna sa reconnaissance au duc de Saxe, pour les secours qu'il lui avait apportés et les services qu'il lui avait rendus, en lui accordant la souveraineté héréditaire de la Frise. Engelberl de Nassau auquel il devait tout autant, resta aux Pays-Bas jouir d'une autorité telle qu'après le souverain personne n'égalait son pouvoir.
(i) Molinct, p. 252. — Molinet compare ce siège à celui de Troie.
Engclbert de Nassau, tout en faisant triompher Maximiiien de ses sujets de Flandre, l'avait servi en même temps dans les négociations politiques les plus délicates. Le roi des Romains nourrissait depuis longtemps le projet d'épouser en secondes noces Anne, la riche héritière du duché de Bretagne. Dès la fin de 1489 nous voyons Engelbert agissant dans ce but, lorsqu'il se trouve à la tête de l'ambassade envoyée au roi de France pour conclure le traité du Plessis- lez -Tours. Le 29 novembre il datait de Tours même, une lettre aux habitants de Guingamp pour leur faire connaître que Maximiiien avait fait comprendre la Bretagne dans la paix qui venait d'être signée (')• L'idée même du mariage venait peut-être d'Engelbert, qui par suite de sa captivité en France se trouvait plus au courant des affaires de ce pays. Quoiqu'il en soit, le 20 Mars 1491, le roi des Romains, résidant à Inspruck à la cour de son père, donnait plein pouvoir au comte de Nassau et à Martin de Polheim, pour épouser la jeune princesse par procuralion (*). Le mariage fut effectivement célébré de celte manière ; mais l'histoire nous apprend comment le roi de France Charles VIII, profitant des lenteurs de Maximiiien, fit annuler cette union et épousa lui-même la duchesse Anne, le 6 décembre 1492, réunissant ainsi pour toujours la Bretagne à la couronne de France.
Par son mariage avec la fiancée de Maximiiien, Charles VIII lui faisait une double injure, car il répudiait par cet acte même sa fille, la jeune Marguerite d'Autriche, qui avait été élevée à la cour de France pour y devenir reine et avait reçu sa dot par anticipation. Le roi des Romains s'allia avec le roi d'Angleterre dans un but de vengeance; mais bientôt celui-ci
(i) Morice, Mémoires pour servira l'histoire de Bretagne , t. III, p. G55. (*) Arnoldi, t. IV, p. 265.
l'abandonna, et fit sa paix avec Charles. Maximilien voulut entreprendre seul la guerre, mais il dut y renoncer; car il était bien évident que ni la situation de son trésor, ni le nombre de ses hommes d'armes ne lui permettaient d'entrer en lutte contre le roi de France. Le 23 mai 1493 fut conclu le traité de Senlis, par lequel Charles VIII déclarait renoncer à la main de Marguerite et restituait les comtés de Bourgogne, d'Artois, de Charolais, de Noyon, en ne retenant Hesdin, Aire et Bélhune que jusqu'à l'époque où l'archiduc Philippe, devenu majeur, lui rendrait homroage( 1 ). Ce fut encore Engelbert de Nassau qui négocia ce traité. Il s'était rendu en Franceavec une suite de cent-cinquante personnes (•). Les conditions obtenues étaient certainement bien favorables, vu les circonstances dans lesquelles on se trouvait; mais pour les foire exécuter et pour obtenir la restitution de la duchesse Marguerite il dût gagner à prix d'argent plusieurs personnages considérables de France. Les archives de la cour des comptes conservent la mention des sommes d'argent qu'il fallut employer à cet effet (•).
Marguerite fut remise le 12 juin, près de Cambrai, au comte de Nassau et au marquis de Bade ( 4 ). Engelbert se rendit ensuite en Allemagne.
L'année suivante Frédéric III étant venu à mourir, Maximilien monta sur le trône impérial, et le 26 décembre 1494, Philippe le-Beau, alors âgé de seize ans, fut inauguré à Gand comme comte de Flandre.
A cette époque on était dans des rapports assez tendus avec
(i) Kervyn, t. V, p. 492.
(t) Son passeport donné à Senlis, est daté du 30 avril 1492. (s) Gachard, Inventaire. Bruxelles, 1851, p. 150. (4) Précis de l'histoire de Charles Vlll % p. 658.
le roi d'Angleterre. Marguerite de York, veuve de Charles- le- Téméraire protégeait le fameui Perkin Warbek, qu'elle prétendait être le fils puiné d'Edouard IV; et Philippe-le-Beau, induit en erreur par elle, refusait à Henri VII de chasser cet imposteur de ses états. Celui-ci souscrivit le 9 mars 1495 en faveur d'Engclberl une promesse de dix mille écus d'or pour le cas où il réussirait dans son entreprise (») ; mais on connaît sa fin misérable. Le comte de Nassau fut envoyé en 1496 à Londres et y signa le 24 février un traité d'amitié et de commerce qui mit fin à toute discorde entre les deux pays (*).
Au mois d'août de cette année Philippe se rendit en Allemagne pour faire ratifier par son père son mariage avec Jeanne, la fille de Ferdinand- le-Calholique, roi d'Aragon et d'Isabelle, reine de Castille. Avant de partir il avait nommé Engelbert de Nassau son lieutenant-général aux Pays-Bas («). Jeanne d'Aragon arriva en Zélande, le 20 septembre, avec une flotte de 135 voiles. L'archiduc revenant d'Allemagne, alla la rejoindre à Lierre, où fut célébré leur union, le 2 1 octobre.
L'année suivante Marguerite, la sœur de Philippe, épousa l'infant Don Juan de Castille, prince des Asluries, frère de Jeanne. La reine Isabelle pour récompenser Engelbert de Nassau de ce qu'il avait puissamment contribué à la conclusion de ce double mariage, lui accorda une rente annuelle de mille écus d'or de Castille {*).
Après la mort de Charles VIII, arrivée le 7 avril 1498, Engelbert de Nassau fut envoyé en France pour représenter
(t) Arnoldi, t. IV, p. 264.
(i) Ryraer, Fœdera, t. XII, p. 578.
(») Gacbard, Inventaire. Bruxelles, 1857, i. I, p. 125-126. (t) Lettres du 8 octobre 1496 et de 5 avril 1497. — Aruoldi, t. IV, p. 264.
Philippe-le-Beau au sacre de Louis XII. Vers la Gn de cetle année nous le retrouvons à Bruxelles. Il assistait à la fêle de la Toison d'Or, qui se célébra dans cetle ville le jour de la Saint-André (28 novembre).
En 1499 Engelberl accompagnait Philippe-le-Beau en Allemagne ('). Lorsqu'en 1501 ce prince entreprit son premier voyage en Espagne, le comte de Nassau fut nommé son lieutenant-général aux Pays-Bas : nous le voyons en celte qualité correspondre avec les gouverneurs des différentes villes et les tenir au courant des ordres du souverain (*). Il resta ainsi prés de Irois ans à la tôle de l'administration du pays.
Philippe-le-Beau à son retour déclara, contrairement à l'avis du comte de Nassau, la guerre au duc de Gueldre, Charles d'Egmont. C'était le Gis de cet Adolphe que Charles-Ie-Téméraîre avait fait déshériter par Arnould son père et dont il avait ainsi usurpé les états. Charles d'Egmont fut élevé à la Cour do Bourgogne; il eut Engelberl pour maître dans l'art militaire et fut fait prisonnier à côté de lui à la journée de Bélhune en 1487. Après être resté quatre ans prisonnier en France, il reconquit son duché. Si Engelberl de Nassau déconseilla constamment la guerre contre la Gueldre, c'est sans doute parce qu'il considérait comme injuste la manière dont cette province avait été réunie à la monarchie bourguignone et qu'il avait des sympathies personnelles pour Charles d'Egmont (•).
(0 Gachard, Inventaire, t. II, p. 450.
(») Bulletin de la Commission d'histoire, 2 e série, t. Y.
(s) Voici comment Ponlanus s'exprime au sujel 6" Engelberl : « Ma- » gnœ moderationis ac prudentiœ princeps, en jus vel ideo meminissc » debemus, quod archidueem Philippum, sicuti alii ad hélium gelri- » cum incendcretU, ita ipso dahortari perpétua ac suflaminari haud » desinebat. » Ponlanus, Hùtona gelrica, p. 658.
Engelbert de Nassau mourut à Bruxelles le 31 mei 1504 sans postérité légitime. Sa femme Limburgo de Bade était décédée avant lut à Breda le 5 juillet 1501 (»).
Engelberl de Nassau était d'un caractère fougueux, mais lovai et dévoué. La devise dépeint l'homme a Ce sera moy Nassau ». On peut dire sans crainte d'être démenti que ce fut lui qui sauva la monarchie bourguignone pendant la minorité de Philippe-le- Beau. Le célèbre feltmarécbal prince de Ligne, qui fit, avant M. de Reiffenberg, l'historique de la Toison d'Or, en parle avec le plus grand éloge.
Dans les réunions duebapitre, les chevaliers, devaient d'après les statuts se faire mutuellement des observations sur leur conduite. Le seul reproche qu'on ait jamais adressé à Engelbert, c'était d'être « trop dameret » ; et, il faut bien le dire, il parait avoir été incorrigible sous ce rapport.
Le séjour habituel d'Engelbert de Nassau était la ville de Breda, dont il était seigneur. Il se construisit cependant aussi un hôtel à Bruxelles, connu depuis sous le nom d'Hôtel de Nassau. En dehors des hautes charges qu'il remplit successivement il fut encore longtemps drossard des duchés de Brabant et de Limbourg(').
H accrut considérablement les riches domaines que sa maison possédait aux Pays-Bas. Il avait hérité de sa mère les seigneuries doMilen, de Gangelt et de Vucht, qui appartenant jadis à la maison de Ueinsberg, formaient des enclaves dans les étals du duc de Juliers; en les lui cédant, il obtint en retour le burgravtat d'Anvers et les seigneuries de Diesl, Seelhem, Sichem, Meerhout, Vorst et Holey, situées au
(i) Hoynck van Papendrecht, Anakcta, p. 380.
(*) Gacbard, Inventaire des archives de la Belgique. Bruxelles, !8io,l. II, p. 258, p. 521.
quartier de Louvaîn. Il dut donner en supplément à Guillaume de Juliers une somme de 41,000 florins d'or du Rhin. Cet échange fut conclu le 13 mai 1487; mais par suite de plusieurs circonstances ce ne fut qu'en 1499, que l'affaire fut entièrement terminée et qu'elle obtint la sanction impériale^). Engelbert fit sa joyeuse entrée à Diest, le 22 septembre 1499 (*).
11 acheta encore le 1 avril 1501 de Nicolas de Reymerswale, les seigneuries de Rosendael, Nispen en Wouw, situées aux environs de Breda.
Deux monuments remarquables rappellent le souvenir d'Engelbert aux Pays-Bas. C'est d'abord son superbe mausolée construit dans l'église de Breda par ordre de son neveu et successeur, Henri de Nassau. Ce chef d'œuvre en marbre blanc, qui fut, parait -il, rapporté d'Italie et que l'on attribue à Michel Ange, représente le comte et son épouse couchés, et quatre figures Alexandre, Annibal, Régulus et César supportant ensemble l'armure de guerre d'Engelbert.
Le second souvenir du célèbre comte de Nassau se trouve dans la cathédrale d'Anvers. Ce sont des vitraux peints représentant la sainte Scène, ainsi que le portrait en plein du donateur agenouillé avec ses seize quartiers (').
(*) Kremcr, Geschichtc der Hcrrenvon Ilcinsbcrg, p. 67. — Butkens, Trophées du Brabant, t. II, p. 92.
(i) Van Even, Brabandsch Muséum, Leuvcn, I, p. 212.
(3) Génard, De Flaenuclic School, Antwerpenl855, I, p. 129.