‹ Notice sur l'Institut de Correspondance ArcheologiqueChapitre 1 sur 32 · IMPRIMÉ CHEZ ALEXANDRE MONALDI · texte numérisé non relu

IMPRIMÉ CHEZ ALEXANDRE MONALDI

MDCCCXX.

MOTICE

so

L Institut de correspondance archéologique, établi à Borne vers la fin de l’année 1 828 , a fait considérablement avancer une science, dont la vasté étendue n’était alors que peu connue. L’étude des monumens de l’art ancien , qu’on est convenu de désigner par lé nom d’archéologie , avait fait des progrès immenses depuis Winckclmann ; cependant la connaissance de son ensemble et une base solide' de ses détails restaient encore à désirer. Dans le siôde passé , l’historien de l’art pouvait se contenter d’avoir visité Naples et de s’ètre fixé à Rome, ou, à peu d’exceptions près, les monumens de l’art les plus remarquables se trouvaient réunis; mais à mesure que les marbres de Rome se répandaient partout dans les musées d’Europe, et que la Grèce et l’Étrurie ouvrirent les trésors de leurs terres classiques, cette réunion exclusive cessa d’exister. Des centaines et des milliers d’objets antiques occupaient dans tous les genres la place des exemplaires isolés que Winckelmann en avait vus; on ne pouvait plus se dissimuler que cet amas de monumens, de dessins, de notices, qui en 1828 composait les matériaux de l’archéologie, méritait une étude bien étendue, étude capable même d’absorber une vie entière. Cependant il fallait beaucoup pour savoir mettre à profit cette abondance de monumens répandus à Rome, à Naples, et dans les autres musées , et qui do jour eu jour aug-

mentaient par les prodnits de nouvelles fouilles. Non seulement restait-il à désirer une communication plus facile: il fallait encore faire concevoir toute l’étendue dont l’archéologie était susceptible. Il ne manquait pas d'archéologues ÿ et ceux qui étaient à la portée des musées et des grandes bibliothèques, avaient jusqu’à un certain point les moyens de le devenir 5 mais restreints, comme ils étaient, à peu de monumens originaux, à quelques plâtres et à des gravures imparfaites, comment auraient-ils pu juger avec précision d’un objet d’antiquité qnclconque: jugement qui, dans son ensemble comme dans ses détails, dépendait nécessairement de la totalité des monumens venus jusqu’à notre époque?

Les bronzes d’Herculanum , les vases de la Grande Grèce, les marbres d’Athènes et d’Ëginc, les peintures des sépulcres étrusques, vinrent successivement réclamer cet ensemble , que Winckclmann avait su deviner, mais qu’il n’avait pas eu le bonheur de réaliser. Ils Hrc.nt naître hî besoin de concentrer ces connaissances nombreuses des monumens accumulés de toute pari; et c’est à ce besoin généralement senti que nous devons deux collections de Monumens inédits et un Manuel d’Arcbéologic (1), publiés dans l’espace de peu d’années : c’est ce même besoin qui donna naissance à l’Institut de correspondance archéologique, établi à Home à la même époque à peu près. •

Les fondateurs de cet établissement étaient d’avis que ces Recueils et ces Manuels, tout imporlans qu’ils fussent pour la science, devaient être accompagnés ou plutôt précédés de vastes préparatifs pour classer les matériaux de l’archéologie. Ils partirent dë la conviction que les monumens connus au-delà des Alpes exigeaient généralement une révisiou.critiqüe; que la masse d’objets d’antiquité qui nous restent était supérieure à tout ce qu’on s'imaginait ,

(1) Ma collection de tîfonumens inédits parut en 1827 ; celle de M. Raoul-Rochette eu 1828 ; et le Manuel d' Archéologie de Muller en 1830.

sun l’institut archéolocique. 3

et que les. recherches archéologiques en tout genre étaient imparfaites sans la connàfssance des découvertes successives qui l’augmentent de jour e/i jour. C’est pénétrés de cette conviction, qu’ils s’empressèrent id’abord de faciliter l’accès aux monumcns , soit à ceux qui , placés dans les différens musées, étaient peu connus, soit au grand nombre d’autres qni, ignorés ou méconnus, allaient de jour en jour disparaître. - On était d’accoïd qu’une communication régulièrement établie, tant aVec les propriétaires ou les int endans des collections , qu’avec les directeurs et témoins Oculaires des fouilles , était indispensaBle pour bien 'connaître les monumcns; cependant on no se dissimulait pas tontes les difficultés locales et économiques qu’on y rencontrerait. C’était alors que le f rince royal, actuellement S. M. le Roi de Prusse, à l’occasion de son voyage en Italie, rendit possible l’exécution de cette idée, en daignant aecorder sa protection à l’établissement qu'on venait de projeter. Rome , la capitale des études archéologiques , fut désignée pour devenir le centre des correspondances qu’on sc proposait d’établir. Les autorités romaines , sensibles à ce nouver hommage offert au sol classique, ^accordèrent les permissions nécessaires à ses publications ; les autorités des autres pays s’empressèrent également de les favoriser , et peu-de mois suffirent au zélé des fondateurs de l’Institut pour lui procurer des collaborateu|s dans tontes les contrées des souvenirs classiques (1)1 Un directoire de trente personnes (2) se chargea de cette tâche. Il était composé du comité des Fondateurs, savoir: M. le duc do Blacas, comme président; MM. Bunsen , Fea, Gerhard, Kestnér , le duc de Luynes , Millingcn , Panofka , Thorwafdscn , Wclckcr, et de vingt membres honoraires, moitié italiens et moitié ultramontains , élus parmi les archéologues les plus distingués de l’Europe. Plusieurs de ces savans illus-

(1) Voyez U liste des membres de L'Iuslitul (B).

(2) Voyez la liste ci-jointe (A). •

très sont décédés (1); l'Institut , en leur rouant un souvenir reconnaissant, a été assez heureux dé les remplacer dignement. Des noms tels que. ceux des Borghesi , Canina et Nibhy pour Rome; des Carelli, Avellino, Saugiorgio-Spinelli et Serra-di-Falco pour les Deux-Siciles ; des Zannoni, Inghiraini, Rosellini pour la Toscane; des Gazzcra et Peyron pour la Sardaigue; des Letronuc, Quatrcmère do Quincy et Raoul-Rochelle - pour la France; des Gcll et Ilamilton pour l’Angleterre; des Bÿckh, flirt, Kohler, Müller, Rauch, Schlegcl pour l'Allemagne et le nord de l’Europe, ont fait gagner h l’Institut les suffrages des amis des lettres et do* arts. Nous<ne parlerons pas ici des obligations infinies que l’Institut doit tant à ses directeurs qu’aux associés, mem- • bres et corrcjpondaus, dont nous joignons la liste (2). Nous rappellerons seulement que ,1e succès de noire section française est particulièrement dû à M. le duc de Luynes et à M. Panofka, et nous témoignerons particulièrement notre reconnaissance à M. Bunsen, qui, en sa qualité de secrétaire général , a su mettre au profit de l’Institut ses grandes, ressources littéraires et sociales. Nous ajouterons que bien des jeunes savans qui, influencés par son zèle, séjournaient à Rome daus les dernières douze années, ont contribué au succès constant de notre Institut. De leur nombre sont: feu Mr. Kellermann, qui en 1333 devint mon substitut; Mj. Rraun, qui depuis 1834 lui a succédé; Mr. Lepsius, qui de 1836 à 1338 était chargé avec cclui-ci de la rédaction des Annales; et Mr> Guill. Abeken, npuvcl assistant de cette même rédaction. Débutant à Rome dans une science dans laquelle leur nom s’est bientôt signalé, ils n’ont pas rendu moius de services à l’Institut qu’à la science qu’on y cültive.

Le nouvel Institut, ne se fiant pas au succès d’uno science monumentale, qui jusqu’ici, fabte d'uuc base solide

(1) Voyez la liste annexée (C).

(2) Y°y CI I* liste annexée (B). ,•

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sim l’isstitut archéologique. 6 ,

de matériau*, n’était devenue que trop souvent, et jusque» dans les mains des Millin et des BOttiger , un champ libre pour de vagues hypothèses , reconnut bientôt que le besoin le plus urgent de la science ne consistait pas dans l’étendue majeure' des recherches et de ses résultats, mais plutôt dans une rédaction plus complète et plus exacte des données historiques , sur lesquelles les unes et les autres doivent nécessairement s’appuyer. La publication dé ces données historiques , soit par le moyen des dessins do monumens , soit par de simples notices, fat, depuis 1929, la tâche particulière, et en effet la plus essentielle, que l’Institut se soit imposée. Il s’engagea à donner par an douze planches do Monumens inédits , et de les accompagner de quarante feuilles de texte, distribuées dans un Bulletin mensuel des nouveautés archéologiques, et dans deux Ou trois cahiers donnâtes. Le débit de ces ouvrages devait couvrir les frais entiers de l’administration de l'Institut; une souscription nombreuse en assura les fonds (1), et c’est ainsi que les cahiers de l’Institut devinrent le recueil central dé la littérature archéologique , presque Indispensable à cetix qui s’en occupent. Les Monutuens inédits, publiés soit eu grand format, soit dans les planches explicatives des Annales , montent déjà au nombre de quatre cents (2); ceux dont l’Institut a le mérite d’avoir conservé la mémoire, ou bien qu’il a signalés à l’attention du public, sont innombrables. Les décobvertes de la dernière époque ont été propices au zèle des éditeurs, de sorte que la connaissance des monumens s’est amplifiée, par les ouvrages de l’Institut, d’une manière -étonnante et presque inattendue aux éditeurs eux-mêmes. Ils ont eu toujours soin de restreindre autant que possible la partie explicative de ces monumens, préférant les faire parler par eux-mêmes ; cependant ils n’en ont pas moins accordé une place à des développemcns plus étendus, toute fois qu’ils

(1) Voyez la liste susdite (B).

(2) Voyez la table des planches (D).

étaient nécessaires pour faire connaître une série augmentée ou une classe entière de monumens nouvellement découverts. C’est ainsi que la topographie de Iloinc , les vases étrusques et les hiéroglyphes de l’Égypte se trouvent illustrés dans nos Annales (1) d’une maniôrc'collectivc ct systématique; et en général il n’y a guère aucune a aulrc partie de l’antiquité monumentale qui n’y ait obtenu des éclaircissemens. * ’•

Indépendamment de ces publications régulières, imprimées pour la plupart à Rome, dont la science est redevable à notre Institut, la section française de cet établissement a bien voulu en augmenter le nombre par Une série à part de Nouvelles Annales (2). Quelques cahiers aussi de Mémoires^), sis. centaines de pierres gravées inédites (4), publiées à Rome sotas les auspices de l’Institut, font témoignage du zélé de ses rédacteurs. Toutefois l’activité de l’Institut n’a point été circonscrite par les livres et la presse. Les séances' qui s’y tiennent pour le but de scs publications, sont devenues un centre de communications littéraires. Les nouvelles des fouilles, les monoymens qu’on y voit exposés, et les dessins inédits recueillis par l’Institut, lui fournissent continuellement de nouveaux argumens précieux. Une bibliothèque , devenue nombreuse par les cadeaux généreux de ses membres et bienfaiteurs, rend çcs séances d'autant plus utiles, que depuis 1833 plusieurs savans attachés à l’Institut (5) ont bien voulu donner, pendant l’hiver, des cours d’archéologie au bénéfice de cette bibliothèque.

Voilà en peu-de pages un exposé sommaire de l’activité de l’Institut archéologique durant les premières douze années de son existence. L’Institut a sauvé de l’oubli une

(1) Par MM. Bunsen, Gerhard et Lepsius (Annales de 1829, 1831 ,

t/2; Voyez la pièce annexée (E).

(3) Voyez la pièce annexée (F).

(4) Voyez la pièce annexée (G).

(5) Voyez la pièce aunexée (II).

SUR i/lNSTITUT ARCHÉOLOGIQUE. 7

quantité de monumens anciens : c’est un mérite qu’on ne saurait lui contester, Lien qu’il le partage, mais d’une manière plus étendue, avec 'les Montfaucon , les Gori , les Caylus, et d’autres antiquaires du sièdlc passé. 11 a servi à vérifier tous cestfaslëS matériaux; à mesure que ses ouvrages se sont répandus , il s’est établi généralement un système de publication plus scrupuleux et plus intelligent. Enfin la centralisation des notice^ archéologiques , Sju’Jl a entreprise, en a fait un ftYftable foyer littéraire, où, par la réunion des sâvans de l’Italie et du Nord, des notices isolées se rattachent au ^rand eusemble d’une science monumentale, destinée à faire renaître des débris de Part l'esprit de l’antiquité classique; d’une manière analogue a cellejjui jadis des manuscrits fit rcnaitro la littérature grecque et romaine.

C’est pénétrés de cette haute importance que; notre Institut et ses ouvrages ont pour la science, que nous osons réclamer, derechef et instamment, l’assistance la plus active de nos associés et co-in teressés, enleur adressant les prières suivantes.

1. Le succès* littéraire de cet établissement dépend nécessairement de cette coopération générale, sur laquelle eu effet on avait calculé en le fondant. Veuillent donc les membres c t les correspondant de l’Institut ne pas se lasser de lui communiquer sans relâche tout-cé qui vient s’offrir à eux, soit- en fait de monumens, soit en dessins .qu’ils .possèdent, ou bien les résultats de leurs observations et recherches scientifiques !

2. La garantie des fonds nécessaires est sans doute la première condition indispensable au succès de l’Institut. Or celui-cP, comme chacun sait, ne subsistant que de la quotepart de ses souscripteurs, savoir du débit de scs ouvrages, nous ne pouvons faire à moins que de recommander à la bienveillance des associé; de l’Institut la stricte observation des termes de la souscription.

8 NOTICE SUR L’iNSTITUT ARCHÉOLOGIQUE.

3. Nous terminons ccttc notice succincte en nous adressant spécialement aux bienfaiteurs de notre Institut, dans son propre intérêt comme dans celui de la science et des savans de tous les pays,, qui en venant faire leurs études archéologiques à Borne désireront se prévaloir dp noire BiMiolhcque.ïiolTC établissement par le débit de ses ouvrages couvre à peine les frais d'impression et d’administration. Néanmoins, ses bésoins littéraires étant aussi urgens pour lui-même, qu’ils le sont pour tous ceux qui en font usage à Rome, 1! Institut, dans le but et dans le vif désir de satisfaire à ces besoins, prie tous ceux qui sincèrement s’intéressent au succès des études de l’art et de l’antiquité, de vouloir lui prêter leurs secours. Il sera également reconnaissant de l'envoi d’intéressantes dissertations moins) étendues, que du don de grands . ouvrages : c’est à cette fin que nous prenons la liberté de- joindre l’adresse des personnes (1) qui s’empresseront de les lui faire parvenir.

Rome 9 déc. 1 840. e. g. .

(1) Voyez la liste des adresses

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