PRÉFACE DES TRADUCTEURS
Nous désirons fixer rattention sur Touvrage, pas assez connu en Hollande, d^Augusle Comte, et nous pensons pouvoir atteindre ce but en publiant une traduction des deux ))remière3 levons de cet ouvrage capital, lesquolle* coritienneut les bases génùrales do la philosophie positive.
Notre intention n'est f>as de montrta* ici dt; quelle haute importance est pour la société ime doL-trine i|ui embrasse tout, ni de faire voir que, tant qu'une pareille doctrine n'est pas fondée, Fétat révolutionnaire où TEurope civilisée est depuis longtemps engagée, et sur lequel s'élèvent tant de plaintes vaines, doit nécessairement durer.
Qu'il nous suffise de remarquer que Comlc, suivant les traces de BacOQ et de Meseartes, a réussi à embrass<-'r complèlement la doctrine*
Pour cela, il était tout d'abord nécessaire que les phénomènes Irs plus importants pour Thomnic, à savoir : les phénomènes sociaux, fussent traités, dans leur ensemble, de la même manière que tous les autres phénomènes nalurols.
Comte a accompli cette tâche en fondant une science nouvelle nommée Sodolotjîr, k laquelle est consacrée la majeure partie de son ouvrage.
Puissent ceux qui s'occupent avec curiosité de recherches scientifiques être excités a [>oursuivre le développement ultérieur des idées de Comte
dans son livre môme et être conduits, par notre intermédiaire, à augmenter de plus en plus le nombre des partisans de la philosophie positive !
Quant à l'exécution do notre traduction, nous ajoutons que nous nous sommes efforcés de rendre l'original avec toute l'exactitude possible.
No S3 ASSOCIATION LIBRE POUR L'INSTRUCTION POSITIVE DU PEUPLE
DANS TOUT l'occident EUROPÉEN.
Ordre et progrès.
La réorganisation préalable des opinions et des mœurs constitue la seule base solide d'après laquelle puisse s'accomplir la régénération graduelle des institutions sociales, à mesure que l'esprit public aura librement adopté les principes fondamentaux du régime fmal vers lequel tend l'ensemble du passé chez Télite de l'Humanité. Ainsi, la saine instruction populaire devient aujourd'hui la première condition du vrai caractère propre à la terminaison organique de la grande révolution. Ce besoin est surtout compris par les prolétaires eux-mêmes, qui, malgré l'admirable spontanéité de leurs nobles instincts, sentent combien la culture systématique en est indispensable.
D'après un double droit, désormais incontestable, de libre enseignement et de libre association, j'annonce donc la récente formation d'une Association indépendante qui, sous la devise caractéristique Ordre et Progrès ^ accomplira, autant que possible, un tel office social. Elle s'attache exclusivement à développer, dans des cours toujours gratuits, dont le libre accès ne sera jamais restreint, l'instruction positive proprement dite, comprenant : d'une part, les études mathématiques, inorganiques et biologiques-, et, d'une autre part, l'histoire, qui, quoique habituellement empirique, contient le préambule nécessaire de la vraie science sociale. Mais, écartant tout principe indiscutable, elle s'interdit soigneusement tous les sujets qui ne comportent pas de véritables démonstrations.
Loin de dissimuler jamais la tendance directement sociale de son enseignement, cette Association s'efforcera sans cesse d'y subordonner profondément l'intelligence à la sociabilité, en considérant toujours l'esprit comme le principal ministre du cœur. A ses yeux, il n'existe, au fond, qu'une seule science, celle de l'Humanité, envers laquelle toutes les autres études réelles ne constituent que des préambules indispensables, dont la spécialité actuelle ne peut être corrigée que par cette destination continue. Mais, sauf ce principe universel, la convergence habituelle des divers cours restera toujours livrée exclusivement aux libres convictions des professeurs quelconques, sans qu'aucun programme leur soit jamais imposé.
Cette Association positive comprend, au môme titre, deux sortes de membres, en nombre illimité, dont les uns consacrent une portion régulière de leur temps à l'enseignement populaire, tandis que les autres en facilitent, par toutes les voies légitimes, l'exercice et l'extension.
VIB D*AUGUSTE COMTE
Quoiqu'elle doive considérer Paris comme le siège essenlîel de ses ûp6ra*i lions, son service ne sr* bornn puini à la France, Il embrasse les cinq poj^ulalions avancées qui^ loujours plus ou moins solidaires, mt^me dès rassimilation romaine, composent, de]»uis Gharlemague, la grande république occidentale, au seiD de laquelle, malgré les diverèités nationales, aggravées ensuite par le& dissidences religieuses, s'est accompli un développomenl intellectuel et social dont le reste de rilumanilé n'oflre point encore, même en Europe, un véritable équivalent. Ainsi, en conservant au centre français r initiative naturelle que la première partie de la révolution lui a pour jamais rendue, rAssociation occidentale étendra ses fonctions habituelles, (Tmie part à TAllemagne et à TAngleterre, d\me autre part à rilalie et à TEapagne. Cette indispensable extension d'un office partout urgent eiige nécessairement que rAssociation positive, sans refuser jamais rassistance des divers gouvernements occidentaux, se tienne toujours indépendante de Tim quelconque d'entre eux.
Daas cette grande entreprise sociale, j'invoque directement la coopération de tous ceux qui^ à un titre quelconque, peuvent y concourir utilement. Mais j 'y invite plus spécialement, d'une part, pour les sciences inorganiques, mes anciens camarades ou élèves de rEcolo polytechnique qui se sentent diafjosés à la seconder; et, d'une autre part, pour les éludes biologiques, les médecins ou naturalistes qui peuvent y coopérer.
Les demandes quelconques d'admission seront reçues che^ moi (10, rue Monsieurde-Prince), tous les soirs, de sept à neuf heures, ou par correspondance.
Auguste Comte, Ancien élève de TÉcole polytechnique, auienr du Système de phiiojiophit' jmjtitive.
Paris^ le vendredi i5 février 184*»
LE FOiNDATEUR DE LA SOCIÉTÉ POSITIVISTE
A gUICONQUË DÉSmt: S*Y I.NCORI'ORER.
Paris, le mercredi 8 mars 184B.
Ordre et progrès.
Je viens de fonder, sous la devise caractéristique Onire et Progrè^n une Société (Jûli tique destinée à remplir, envers la seconde partie, essentiellement organique, de la grande révolution, un ofûce équivalent à celui qu^exerya si utilement la Société des Jacobins dans la première partie, nécessairement critique. Son action sera môme plus purement consultative, sans aucun mélange dlntervention temporelle, puisqu'elle reposera sur une nouvelle doctrine générale, dont les partisans sont encore trop peu nombreux pour obtenir d*autre jnQuence sociale que celle qui pourra émaner d'une libre appréciation publique de la sagesse de leurs jugements et de
leurs avis. Celte doctrine esl exposée dans mon traite fondamental de Philosophie poxitipfi. Elle esl surtout caraclérisô(i par lï^aboration historique deâ deux derniers volunif's, qui, fi'aprèg rensemble du passé humain, détermine sans utopie i*a venir social, de manière h fonder la vôrilablo science politique, base rationnelle de l'art correspondant.
La Société positiviste so proï>ose donc de faire graduellement prévaloir les principes du cotte nouvelle science, en les appliquant avec opportun ilr au cours naturel des êvèuemonU, soit pour apprécier les faits accunipli* et les mesures adoptées, soit surlout pour signaler les tendances réelles et indiquer let^ meilleurs moyens dr* les régulariser. Quoiqu'elle doive se conïîacrer surtout au3t questions amenées par la situation générale et sur lesquelles Tatlention publique se tixe dVUe-niéme, elle se réserve aussi d'introduire quelquefois des sujets de discussion qui ne seraient point encore à l'ordre du jour^ pourvn qu'elle ait bien reconnu leur aptitude à éclaircîr les débats 8[iontanés. En un mot, elle a pour but général de faciliter Tavèiiement du nouveau pouvoir spirituel que le positivisme représente comme seul pro|*re a terminer la révolution, par la fondation directe du région^ fmal vers lequel ti.^nd aujourd'hui l'élite de l'Humanité. A cet effet, elle appliquera la doctrine fondamentale à ébaucher spontanément, autant que le comporte le milieu actuel, les fonctions d'appréciation* de conseil, et de préparation que co pouvoir définitif dwvra ensuite accomplir systématiquement, sous Tassislance continue des synq^athies universelles.
D'après une telle des ti nation » roffice spirituel de la Société positiviste ne se bornera point à la France. Il embrassera naturellement toutes les populations avancées qui maintenant participent, malgré leurs diversités nationales, au môme besoin fondamental de régénération sociale, connue le prouve aujourd'hui rextension graduelle de la crise révolutionnaire. Ainsi, il doit conqtrendre rensemble de la grande république occidentale» qui, préparée par rineorporation romaine, et directement constituée sous Charîniuagne, a partout accompli, depuis le moyen âge, un développement intellectuel et social, à la fois négatif et positif, dont le reste de THunumité n'oftre point encore» même en Europe, un véritable équivalent. Cette famille d'élile contient, du autour centre français, d'une pari l'Allemagne et l'Angleterre avec leurs annexes naturelles, d'une autre pariritalieet TEspagne. Telle esl, suivant la saine théorie historique, l'extension nécessaire de l'office spirituel que la Société positiviste vient aujourdlmi ébaucher, on s'adaptant toujours auï convenances réelles de chaque nationalité. La première partie do la révolution devait être essenliulletm^nt française, rébiiuilemeut initiai ne pouvant ailleurs devenir aussi décisif, faute de s*y trouver assez préparé. Mais sa seconde partie se présente, au contraire, comme nécessairement commune à tout rOccident, la réorganisation spirituelle, qui doit surtout la caractériser, fe montrant d'-jâ partout urgente. La conciliation fondamentale entre les instincts encore opposés de Tordre et du progrès ne (jcut être conçue et réalisée qu'en s'élevant habituellement à un tel point de ?ue historique, seul à la fois assez défini et assez étendu pour indiquer convenablement le uial et le remède. Puisque la déniolitinn du
régime ancien a commencé, au quatorzième siècle, par la désorganisotîoo spoDtanèe de ses fonctions occidentales, il faut bien que la construction du nouveau système suive aujourd'hui la même marche. Ainsi, la Société |jositiviste ne sera, dans ses senlinicînts et dans ses pensées, ni nationale, ni cosmopolite, mais occidentale : d'ailleurs, elle conçoit la régénération finale comme devant ensuite s'étendre, suivant une progression dôterminêe, atout le reste de rHumanitê, sous la sage assistance de l'Occident réuni.
Pour les observateurs rationnels, la seconde partie de la révolution» qui doit être, surtout aujourd'hui, plus spirituelle que temporelïe, a déjà commencé depuis que la fondation de la science sociale a dévoilé le vrai caractère général de Tavenir humain, si confusément entrevu jusqu'alors, même par mon principal précurseur, rillu^stre et malheureux Condorcet. Mais cette condition intellectuelle ne motivait point assez la formation de la Société positiviste, jusqu'à ce que la merveilleuse transformation politique qui vient de s'opérer en Franco eût à la fois montré la possibilité et Turgence d'une telle association.
La proclamation, désormais irrévocable, de la République française, constitue, à tous égards, le plus grand événement survenu en Occident depuis ta chute de Bonaparte. Elle résume nettement l'ensemble do la partie négative de la révolution, en détruisant radicalement les espérances et les illusions rétrogrades, qui, dès la seconde moitié du règne de Louis XIV, se rattachaient, en France, au stml nom de la royauté, sous quelque forme qu'elle s y maintînL D'un autre côté, le titre de République présente, dans son heureuse acception organique, le programme universel, phitôt sentimental que rationnel» du véritable avenir sociaL II annonce ainsi la subordination continue do la politique à la uiorale, admirablement ébauchée, au moyen âge, sous le principe catholique, mais qui n'était pleinement réalisable que d'après un meilleur régime spirituel et dans un milieu plus favorable. La réorganisation des opinions et des mœurs, seule base solide de la régénération graduelle des institutions sociales, vient donc se placer naturel lemeot au grand ordre du jour, avec beaucoup plus d*énergie et de netteté que ne le com[)ortait naguère la prépondérance factice d'un régime contraire à l'ensemble du passé français, et qui pourtant prétendait, offrir le dénouement final. En même temps que plus urgente, la réorganisation spirituelle devient ainsi plus facile, diaprés Fabsonce totale de convictions systématiques qui distingue cette salutaire secousse de toutes les précédentes. Une doctrine vraiment complèle^ etcohérente dans toutes ses applications, doit alors trouver beaucoup plus d'accès chez des esprits lassés do ranarcbio mentale, et incapables de résister profondément aux démonstrations philosophiques,
Ouoique le besoin de formules quelconques semble, par suite même de cette immense lacune, susciter aujourd'hui une sorte de retour officiel aux doctrines métaphysiques qui convinrent à la partie négative de la révolution, chacun sait que, sauf quelques hommes arriérés et peu influents, ces théories surannées ne déterminent aucune foi sérieuse chez ceux qui sont ainsi forcés d'y recourir provisoirement, La prépondérance habituelle et unanime des sentiments d'ordre fera bientôt ressortir, à tous égards, combien cette îm-
le»
puissante restauration d'une philosophie puremont révolutronnaire se trouva antipathique aux besoins et aux tendances qui caractérisent notre siècle, surtout en France, où Taiiarchie n'est pas moins repoussée que la rélrografiation.
Toutes les inquiétudes qu'excite déjà ce réveil [passager des printMpes négatifs aboutiront nécessairement à faciliter l'ascendant de la piiilosophir positive, seule source désormais possible des coîi viciions systématiques capables de contenir d'imminentes aberrations, contre lesquelles les croyances Ihéologiques n'offrent plus, depuis lonfi^temps, aucune garantie réelle. Ainsi, par exemple, il s*élèvera, dans notre prochaine Assemblée nationale, de graves débats au sujet de ïa devise républicaine, entre les partisans de la formule révolutionnaire qui vient d'être momentanément rétablie, et ceux de la devise provisoire que l'heureux instinct de la classe moyenne adopta spontanément sous le régime déchu. Cette lutte inévitable permettra naturellement à la Société positiviste d*espér6r déjà Tunanime consécration de sa propre devise {Ordre et Progrh)^ qui correspond certainement au vrai caractère de Tavenir social, comme annonçant la conciliation fondamentale, à la fois politique et philosophique, des deux besoins généraux de rHumanité. De même, les intimes difficultés industrielles qu'aggravera do plus en plus la tendance métaphysique à prescrire légalement ce qui doit surtout être régrlê par les mœurs, fourniront à la nouvelle société beaucoup d'occasions décisives de faire nettement sentir, aux travailleurs et aux entrepreneurs, combien cette discipline si désirable dépend d*une vraie réorganisation spirituelle, seule capable d'établir et les principes qui doivent y présider, et l'autorité, aussi impartiale qu'éclairée, qui peut les appliquer sagement à chaque conflit. En ce qui intéresse spécialement lo progrès, il nous maiique une deruière garantie essentielle, pour compléter la liberti'^ de discussion indispensable à la régénération finale^ en étendant convenablement à rexposition orale ta juste indépendance déjà propre à Texposition écrite. Or, la Société positiviste peut seule aujourd'hui soUicilor, avec l'infatigable énergie qu'inspirf une pleine conviction, la consécration légale des conditions nécessaires à la liberté d'enseignement et d'association que Theureuse secousse de Février nous a spontanément procurée. Toutes Ips autres écoles actuelles répugneiil plus ou moins à cette plénitude d'examen, que leurs théories ne pourraient supporter.
Sans spécifier ici d'autres ajiplicatians, on conçoit, en général, que cette Société fera utilement intervenir sa doctrine universelle dans toutes les occasions décisives que présentera le développement spontané de notre anarchie spirituelle pour manifester le besoin de véritables principes sociaux, propres à fournir une base solide de jugement et de conduite. Quoique 1» situation semble favoriser les utopies quelconques en leur permettant désormais un libre 4^Bsor théorique, elle leur été, par c«da même, Tattrait involontaire résulté d'une oppressive interdiction et Tillusion naturelle d'une lointaine perspective. Ainsi placées en présence de la réalité, elles ne pourront plus soutenir, aux yeux du public imparltaK Texamen rationnel que la nouvelle philosophie peut seule leur faire dignement subir.
VIE D*AtJOUSTK COMTE
D'après sa tieslination, la Société positiviste exercera son office spirituel non seulement par ses djscus:^ioiis intérieures-» mai^ aussi par ses ôcrits pt ses discours publics, par ses pétitions systématiques à TAssemblée nalionule ou au pouvoir central, etc.; en un mot, par tous les modes propres à IHofluence théorique et consultative, pure d^ toute intervention pratique. Jusqu*»i ûe qu'elle ait acquis assez dVxtension et d'importance, ses séances continueront à se tenir chez moi, chaque dimanche soir, de sept heures précises à dix heures. Mais rien ne pouvait désormais devenir elficace, comme l'avaient senti les Jacobins, que ce qui s'accomplit au grand jour, sa mission ne fructifiera pleinement que quand ses réunions habituelles seront consacrées par la silencieuse présence d'un libre auditoire > C'est seulement alors qu'elle achèvera de préparer une vraie réorganisation spirituelle, en ébau* chant, dans son sein, le culte fmal de l'Humanité, surtout d'après un système général de commémoration publique, que la saine théorie historique lui permettra d'étendre, sans aucune inconséquence, à toutes les phases de révolution humaine.
Pour mieux assurer l'unité de composition indispensable à la Société positiviste, je resterai seul juge de l'aptitude intellectuelle et morale de tous ceux qui demanderont à y entrer. Mais, quoique le nombre des membres doive demeurer illimité, il importe aussi de garantir spécialement la fraternité de leurs relations mutuelles. C*est pourquoi chacun de mes nouveaux choix sera toujours soumis à l'acceptalion des anciens membres.
Les explications précédentes indiquent évidemment» comme première condition indispensable, une suffisante adhésion à Tesprit général du positivisme. Ceux qui éprouveraient un vrai désir de s'agréger à la nouvelle Société sans avoir encore étudié mon grand traité, devront au moins adopter pleinement le Dhconn sur ref^prit poûfif^ que je publiai, il y a quatre ans, pour caractériser sommairement le positivisme, et i'éniînent opuscule de La Philosophie positive^ publié, un an après, par M, Litlré, au sujet de mon ouvrage foiidamentaL Quiconque n'adhérerait pas complètement aux cinq conclusions essentielles de ce petit écrit devrait dés lors renoncer à une telle incorporation, du moins immédiate. Au reste, je publierai bientôt un Discours sur Pt'fiseinblt; du pttsitivt'imp^ qui, &oub tûu^ les grands aspects philosophiques et politiques, pourra, romme preuve de cette admission, dispenser de la longue et dilTicile étude d'un traité peu accessible à la plupart des lecteufâ actuels.
Tous les philosophes positifs qui veulent désormais vouer sôrieusemenl leur vie entière au sacerdoce de l'Humanité doivent systéuiatiquemonl renoncer à toute position politique proprement dite, même à celle qui leur Serait proposée par la conliance directe de leurs concitoyens. En leur nom, comme on mien, j'ai récemment proclamé, dans une occasion décisive, ce solennel engagement, résultat nécessaire des profondes convictions quî* depuis plus de vingt ans, m'ont familiarisé avec les couditions essentielles de cette séparation continue des deux puissances élémentaires où je vois le principe fondamental de la saine politique moderne, 11 est clair, néanmoins, qu^ aucune renonciation sediblablë ne saurait jamais Ôtre imposée à la ^lu-
part des niembres do la Société positiviste, puisquVlli? s^^rait directement contraire au but géDéral do cette association, l'universel ascendant de la nouvelle? pliitosDphie, Destinés, non à fonder une doctrine qui déjà existe, ni nii^me à la développer et à la perfectionner, mais seulement à la faire prévaloir par une ap|dication continue et spéciale au cours naturel des événen)entS| ces membres émaneront iridiiïéremment de tous les rangs actuels* La classe active eji devra fournir le plus graod nombre, surtout parmi ces nobles prolétaires français qui sont tant disposés, de cœur et d'esprit^ à une telle mission. Bien loin d'oublier jamais leur caractère pratique dans 00s séances positivistes, ils viendront y retremper périodiquement leur énergie mentale et morale, pour mieux remplir leurs divers ofllces publics, en faisantt pénétrer partout Tesprit fondamental du positivisme.
D'après Textension occidentale ci-dessus attribuée à ses fonctions essentielles» la Société positiviste ne se compose pomt exclusivement de Français. Ses membres peuvent appartenir à Tune quelconque des cinq populations qui foraient l'avant-gardc de T Humanité, et même à celles qui en sont émanées par colonisation moderne. Toutefois» sa principale activité devant aujourd'hui s'exercer en France, où d'ailleurs réside le centre normal de cette grande famille, j aurai toujours soin d'y maintenir une forte majorité française. Au lieu dlntroduiro dans la sociélê-mère beaucoup d'autres Occidentaux, il sera préférable d'étendre surtout son territoire pur la formation graduelle de sociétés affiliées dans les diverses capitales de TOccident, comme dans les principales villes de Fronce; en sorte que le foyer parisien puisse aisément répandre partout son impulsion systématique, et aussi subir, à son tour, toutes les réactions partielles convenables à sa destination.
L'association dont je viens d'esquisser la nature et le but, s'honorera toujours de son aflînité naturelle avec l'énergique devancière qui concourut si heureusement au triomphe initiai de ïa même cause. En remplissant spontanément, envers notre glorieuse assemblée républicaine, Toffice d'un pouvoir spirituel, autant que le permettaient l'époque et la situation, les Ja* cobins complétèrent l'admiraMe institution, trop peu appréciée encore, du gouvernement révolutionnaire. Pour diriger aujourd'hui la terminaison organique de la Révolution, les positivistes viennent exercer uo office équivalent, auprès du nouveau pouvoir temporel» local ou central, dont la principale destination, toujours nécessairement provisoire, consiste à garantir Tordre matériel tant que durera rinterrégne intellectuel et moral.
Si les Jacobins eurent sur nous Pavantage d^appliquer une doctrine préalablement adoptée, qui les dispensait de toute forte discussion de principes, la nôtre compense sa nouveauté et sa difficulté par son caraclère évidemment définitif et par son aptitude à tout embrasser. Elle remplit même, avec toute l'énergie convenable, et pourtant à Tabri de toute tendance anarchiqne, le genre d*attn butions sociales que cooserve encore Tesprit révolutionnaire proprement dit, qui peut ainsi s'éteindre sans danger. Chacune des deux doctrines convient tellement à sa principale destination, d'une part critique, de l'autre organique, que je croîs pouvoir assurer que presque tous les vrais Jacobins seraient aujourd'hui de zélés positivistes*
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VrE D'AUGUSTE COMTE
Malgré la grande diversité de leurs opinions respectives, toutes (deux] poursuivent, au fond, le même but essentiel, par des moyens adaptés aux temps et aux situations. La principale diiïérence philosophique consiste dans l'esprit ontî-hïslorique qu*exigeait rébranlcment initial, où riiumanité, pour sorltr énergiquenionl du régime ancien, devait alors être animée d*une haine aveugle envers le passé; tandis que désormais Tesprit dominant doiU au contraire, devenir profondément historique, soit pour rendre au passo une justice indispensable à notre entière émancipation, soit pour fonder noire avenir sur sa seule base solide» en le liant toujours à Tenseiiible de révolution humaine, apprécié par une théorie qui n'eût été, au début de la Révolution, ni possible ni opportune.
Auguste Comte, Auteiif du Système de philosophie posiiwe^ ID, nie Monsieur-le-Prince*