TROISIÈME CIRCULAIRE
Paris, le lundi 'i* MùT^e Ii4 (lî janvier tnt).
Dans mes précédentes circulaires, fai suffisamment expliqué, d'abord la nature, puis la source, du subside exceptionnel auquel vous voulez bien coopérer. J'en dois aujourdMiui faire spécialement apprécier la destination et le caractère, que le temps seul pouvait assez déterminer. Proposée et acceptée comme un devoir social, celte noble sauvegarde dut exclusivement émaner de ceux qui sentaient dignement l'iniquité de la spoliation à réparer et l'importance du service à garantir. Mais tous supposèrent spontanémenti
PIÈGES JUSTIFiCAnVES
arec moi-môme, que ce patronage coUectif serait purement temporaire, nu ne pouvant prévoir qii\in tel attentat resterait sans aucune réparation ou compensation. Il imporle donc de savoir que, contre notre espoir naturel» ce digne protectorat doit, d'après une expérience trop décisive, devenir maintenant perpétuel.
Loin d'aboutir à la moindre réparation, ma persécution officielle vient d'être irrévocablement complétée en m'ôtant, après dix-neuf années d'un irréprocbable exercice, le poste subalterne qu'on me laissa^ dans une école dégénérée» quand on ni*y ravit, en 1844, nion principal office. Ce complément d'iniquité, que j'avais dès lors prévu et môme annoncé, s'est d'ailleurs accompli, comme la spoliation initiale, sans aucune vraie participation d'un gouvernement qui, sous divers régimes, a depuis longtemps abdiqué sa juste suprématie polytecbnique. Les deux actes émanent uniquement des diftérentes coteries scientifiques auxquelles ce célèbre établissement se trouve successivement livré. Toutes s'acbarneront toujours contre le seul philosophe qui puisse aujourd'hui démasquer le charlatanisme et ta médiocrité académiques en subordonnant acLivement tous les travaux de détail à de véritables conceptions d'ensemble. Depuis que ce vol légal est entièreraent consommé, le ctief suprême de la malheureuse école vient de me prouver, par une noble lettre, combien les dignes praticiens sont étrangers aux viles passions qui poussent de prétendus théoriciens vers ces méprisables attentats- Ce coup final achève de dissiper tout espoir de réparation polyîcchnique. D^un autre côté, quoique le gouvernement ait toujours regretté son impuissance légale contre ma double spoliation, il n'a jamais tenté de me procurer ailleurs quelque juste compensation. Ainsi frustré de touto ressource officielle, je n\ù pu même replacer mon existence matérielle sur sa base primitive du libre enseignement privé des sciences mathématiques. Trois années de loyaux eflfbrts pour reprendre' une profession qui ne convint qu^à ma jeunesse viennent de me démontrer Ti m possibilité d'y trouver désormais un abri contre ma pauvreté personnelle. L'élévation même démon enseignement empêche une telle efficacité, depuis que ces études fondamentales sont, surtout en France, aussi dégradées habituellement par la stupidité des vues que par rindignité des motifs.
D'après cette siluation définitive, je suis donc contraint, à cinquantequatre ans, de fonder toute ma subsistance sur (a noble souscription publique qui d'abord surgit comme une garantie parlielte et passagère. Mois les grands travaux qui tn*ont attiré ce sort exceptionnel m'assurent aussi le concours croissant des actives sympathies, intellectuelles et sociales, qu'exige une telle destinée*
J'ai systématiquement voué toute ma vie à tirer enfin de la science réelle les hases nécessaires de la saine philosophie, d'après laquelle je devais ensuite construire la vraie religion. La première tâche est enlièremcut achevée depuis dix ans, et la seconde vient do commencer par la publication décisive, en juillet l8ol, du tome premier de mon Système de politique pqhtivf ou Traité tîe sonologie instUuant ta relujton de ^C Humanité. Ce second ouvrage établira la supériorité morale du positivisme aussi solideinenl que
VIE d'auoustîe comtb
mon lirre fondamental en démontre la supériorité întellâcLuelle. Ayant dînsf conalitiié la seule synthèse vraiment complète, autant relative désormais au cœiïr qu'à Teaprii, je doiâ obtenir des adhésions assest profondes et assez nombreuses pour me procurer dignement la sécurité matérielle quei réclame ma difficile mission.
Une harmonie nécessaire raltache, en effet,, cette construction sans exemple à Tincomparable révolution qui, faisant osciller l'Occident entre la rétrogradation et l'anarchie, ne peut se terminer qu^en conciliant radicalement Tordre et le progrès. A mesure que se développe une telle situation, tous les occidentaux sentent de plus en plus Timpuissance finale des eroyance-s lliôoïogkjues et Tintime danger des doctrines métaphysiques. En même temps» rinï^uffîsance croissante des rôpressiuns purement matérielles, fait pro fondément ressortir le hesoin universel d'une réorganisation spiritueUe» seule adaptée à la vraie nature de la maladie occidentale. La religion positive doit ainsi fournir ^uni^^^e force systématique quî puisse conlenir également les inclinations rétrogrades des gouvernements et les tendances anarchiques des populations, en recommandant à la fois Tordre au nom du progrès et le progrès au nom de Tordre.
Cette double aptitude est assez sentie déjà pour procurer au fondateur du positivisme une suffisante protection contre Tignoblo persécution quiamamtenant détruit toutes ses ressources matérielles. Le public occidental préservera d\me injuste misère le philosophe dont il utilise de plus en plus les travaux, et qui peut encore, s'il n'est point entravé, tant servir la grande régénération humaine. Quoique la souscription ii^stituée pour moi soit jusqu'ici restée notablement inférieure au taux proclamé d'abord indispensable, son accroissement continu^ surtout pendant Tannée qui vient de flnir, garantit sa prochaîne efficacité^ malgré le surcroît qu'exige ma dernière spoliation. Outre les divers symptômes généraux qui constatent les récenls succès du positivisme, deux manifestations inattendues ont, en 18ol, spécialement annoncé l*apprécialiou décisive de son aptitude caractéristique àsatis* faire également les besoins les plus opposés. Toutes deux concernent, quoi^ que en sens inverse, la lutte nécessaire qui terminera la révolution occidentale^ par le libre ascendant du positivisme sur le communisme.
Les principaux conservateurs des États-Unis d'Amérique ont noblement invoqué la religion positive comme leur seul abri systématique contre les tendances subversives de la plus anarchique des populations occidentales, dans un milieu qui d'ailleurs exclut toute répression matérielle* Ib acçepl*înt dignement les sévères obligations morales que leur imposera le nouveau pouvoir spirituel» en retour du juste respect qu'il obtiendra pour leur librn emploi d'une richesse socialement possédée.
En même temps, d'érainents prolétaires lyonnais ont irrévocablement embrassé le positivisme, comme convenant mieux que le communisme à tous les vrais besoins du peuple. Une heureusi- culture de la vie de famille leur facilite spécialement la saine appréciation de la seule religion qui convienne également aux deux sexes, et d'après laquelle la régénération moderne consiste surtout à développer Texistence domestic^ue dans toutes les classes*
Cesi ainsi que !e positivisme commence réellementà satisfaire les pauvres en rassurant les riches, d'après son aplitude exclusive à traiter moralement des questions irrésistibles auxquelles on cherche dangereusement dt? vaines solutions politiques. Son fondateur peut donc compter à la fois sur le gùnéreux patronage de quelques puissants difâ<?iples et sur le concours, encore plus noble, de ces subsides d'un centime quotidien pour lesquels ma première circulaire témoignait ouvertement une ju^le préférence.
La prochaine extension de cette double sauvegarde justifiera ma paisible résignation aux plus extrêmes conséquences d'une honorable spoliation- Au Jieu d'atteindre son but oppressif, cette persécution ne m'a jamais rendu qu«* plus calme et plus actif â la fois, en me vouant avec plus de pureté et de plénitude à mon office fondamental. Elle m'inspira toujours de nouveaux progrès vers les mœurs finales du prêtre de l'Humanité qui doit enliArement appuyer son existence matérielle sur une libre gratitude, d'abord privée, puis publîi|Ue, en renonçant loyalenifmt à toute richesse personnelle, comme à toute p^randeur temporelle. Ma première circulaire indique ma renonciation systématique à tous les profils qui pourraient désormais résulter de mes ouvrages quelconques, sauf le seul recouvrement des frais dlmpression. Ce principe religieux, appliqué déjà dans ma récente publication, vient de recevoir son complément naturel sous rimpulsion spéciale de ma nouvelle spoliation. Pousi^è par ce coup final à m'abandonner, sans aucune réserve, au noble patronage de mes vraîï^ appréciateucï^, j^ai bientùt étendu la mrme règle à notre future Revue oaiffentak^ en y renon<}aïîl d^'avance à toute rétribution, soit comme directeur, soit comme collaborateur. Mon caractère sacerdotal achève ainsi de se purilier, mes diverses prédications écrites devenant alors aussi gratuites que le furent toujours mes prédications orale». En diminuant d'un cinquième les frais annuels attribués d'abord h cette publication mensuelle, ce dernier complément d*une digne résolution ^hâtera, j'espère, Tinstitution d'un enseignement que réclame de plus en plus Tétat présent de TOccident.
Ce concours permanent du dévouement avec roppressîon m'a donc procuré finalement Texistence la plus homog»?ne qui convienne au sacerdoce régénérateur. Les dix années de pleine vigueur cérébrale que Tordre normal me réserve encore pourront ainsi s'appliquer, sans aucune entrave, aux grandes compositions que je promis en terminant mon ouvrage fondamental, et qui sont spécialement rappelées dans la récente préface du principal de I ces quatre traités, .rose assurer qu^elles seront toutes accomplies dignement, f^SÎ le public occidental ne me laiï^so pas succomber. C'est pourquoi j^atteuds, avec une entière confiance, la suffisante extension d'une garantie aussi méritée par l'ensemble de mes services que d'après mes désastres. Tous ceux qui doivent y coopérer reconnaissent, en général, les obligations sociales de la classe active envers la classe contemplative, et ils sentent spécialtrment que, de nos jours, elles resteront longtemps privées, avant de pouvoir devenir publiques. Malgré le profond égoïsme qui distingue le milieu polytechnique, j*esp«^re même que ma dernière spoliation y dévelop» pera des sympathies exceptionnelles, fondées sur l'appréciation plus spceiale
4fir> VtE D^AUau^TE COMTE
d'une telle perâécution, indépendamment de toute adhésion philosophique ou sociale. A plus forte raison, doîs-je compter que cette consommation inattendue réveillera le zèle des positivistes incomplets, si puissants en Angielerre, qui admettent ma plalosophie sans accepter encore la politique correspondante. Mais les positivistes conséquents sont assez nombreux déjà pour que leur intervention doive me suffire, quand leurs sentiments s^éléveront au niveau de leurs convictions, sous Timpulsion combinée de celte extrême nécesi^itè privée et des plus graves intérêts publics. J'aborde donc, sans aucune inquiétude, Texpérience si périlleuse en apparence, que ma situation m'oblige de tenter maintenant sur la véritable efficacité des inspirations régénératrices chez les âmes qui se dégagent de notre anarchie mentale et morale. Non seulement ma modeste existence sera bientôt préservée de toute perturbation matérielle: mais les eftbrls ainsi déterminés vont inaugurer spontanément la juste protection due, en général, à chaque digne apôtre de la religion universelle. Salut et Fraternité, Auguste Coûte,
10, me Monsieur-le-Prîncc*.
P. S. Je joins ici, suivant ma coutume, la note transmise par M. Littré, membre de rinstilut, comme fondateur et directeur de ma souscription^ pour résumer sa gestion pendant Tannée 1851,
M, Lïtlré a reçu de M. la somme de pour la souscription de
M. Comte en 1851 laquelle monte en tout à 4,205 fr» 50 c. y compris deux cotisations exceptionnelles, l'une de 500 fr., l'autre de 300 fr., envoyées de Pbiledelphîe, à M. Comte directement.
Reçu par M. Courte 4,130 fr. '> c. J
Frais accessoires .......... 37 60 / 4,2(fô fr. 50 c.» somme égale.
Reste en caisse 37 90 }
A^ B. En 1849, première année de la souscriplion,elle produisit 2»928 fr.; en \mO, elle parvint à 3,268 fr.
Dans la circulaire initiale du 12 novembre 1848, qui fonda cette 8ouscri|)lion, le produit indispensable fut Oxé au taux annuel de 5,000 fr. en sus du traitement de 2,000 fr. que M. Comte conservait alors.
QUATRIÈME CiRGULAIRE.
Parkf le 3 Homère 65 Oi^^dl âl janvier ia$3}.
Quoique encore insuffisant, le noble subside annuel auquel vous participez a maintenant atteint ssa constitution définitive. Institué d'abord pour une protection partielle et temporaire, ce patronapre collectif devint ensuite la base unique et perpétuelle de ma subsiâtance, d'après la spoliation finale accomplie envers moi par les coteries polytechniques, en novembre 1861, malgré Timpuissante sympathie du gouverneraenl. Le notable accroissement d'une telle souscription pendant Tannée 1852 témoigne combien fut accueilli l*appel décisif que dut faire» à cet égard, ma troisième circulaire»
Cette situation finale vient de déterminer une modification n Aces s aire, qui complète T organisation du libre protectorat, Jusqu'ici la souscription avait toujours été gérée par Thabilo écrivain qui la fonda dignement en novembre 1848, et dont je n'oublierai jamais l'active sollicitude. Mais^ depuis que ce subside constitue irrévocablfment ma seule ressource, j'ai bei^oin, surtout tant qu'il reste inBufllsanl, d'en connaître et d*en recueillir les produits successifs plus fréquemment que ne pourrait le comporter un directeur quelconque, C^st ainsi que rexpérience m'a définitivement conduit, en septembre dernier, à devenir moi-même l'unique administrateur de cette souscription, dont les centres partiels ou provisoires pourront d'ailleurs se multiplier autant qu'il le faudra, mais sans ma participation.
Amenée par une nécessité matérielle, cette simplification finale doit faire mieux ressortir le caractère social d'un tel patron aj^e, en me procurant habituellement des relations directes avec chaque coopérateur. Quiconque sent dignement la tendance actuelle de l'Occident vers une véritable rèorga*iisation spirituelle, seule base possible de la régénération temporelle, regardera bientôt ce subside comme le premier essor décisif d'une grande institution. Car il prépare déjà Tindépendance du nouveau sacerdoct^, en procurant une juste sécurité raatérielle au fondateur de la religion positive. En terminant ma précédente circulaire, j'arifionçai qu*il devait bientôt s^élendre à d'autres théoriciens, à mesure que se développerait irrécusablement leur vocation sacerdotale. Quoique cette extension demeure encore prématurée, je puis assurer aujourd'hui que plusieurs jeunes esprits d'élite, animés par de nobles cœurs et soutenus par d*énergiques caractères, se préparent silencieusement au sacerdoce de l'Humanité par de fortes études encyclopédiques; Aussitôt que leur difficile initiation se trouvera convenablement accomplie, je n*hésiterai point à réclamer directement le juste patronage temporel de Tavant-garde du public occidental envers cette précieuse ébauche du clergé positif. Il me suffira d'invoquer alors les motifs généraux que manifesta d*abord mon cas personnel, premier et principal exemple de la situation nécessaire qui caractérisera longtemps le nouveau pouvoir spirituel.
Le second volume de mon Syxlcmf de politique positive ne laisse maintenant aucune incertitude sur celte condition fondamentale. Outre que ia préparation normale du vrai sacerdoce ne peut guère s'accomplir spontanément chez des riches, un tel office ne saurait jamais émaner dignement que d'organes volontairement dépourvus de tout ascendant temporoL L'application graduelle de ce principe social m'a fait enfin accepter, et môme développer, comme pleinement régulière, une situation privée qui d'abord semblait exceptîoûneile, Dès longtemps frustré de tout patrimoine, je fus ensuite dépouillé successivement de mes diverses ressources professionnelles, et bientôt je complétai volontairement celte préparation pontificale en renonçant d'avance aux réparations ou compensations quelconques. Les ignobles iniquités dirigées contre mon existence matérielle étaient surtout destinées à détruire dans son germe une régénération, intellectuelle et sociale, incompatible avec l'anarchique ascendant des médiocrités académiques. Mais col infâme persécution n'aboutit, au contraire, qu*à constituer naturellement le meilleur
VIH d'au OUSTE GOMTE
type personnel de la nouvelle Bttuatîon sacerdotale, en fondant toute ma siibsistaner' sur le libre patronage temporel de mes vrais clients spiriliiels.
Quoique la classe active accomplisse toujours collectivement son devoir social de nourrir la classe contemplative, ce concours volontaire compurle deux modes distincts : l'un privé, l'autre pnblic. Celui-ci prévaudra sans doute dans la constitution finale du sacerdoce positif, d'après te suffisant avènement de la religion universelle. Mais le premier convient seul à la transition occidentale, et Pon doit désirer qu'il persiste au moins jusqu'à la (in du siècle actuel 11 caractérise mieux le libre assentiment sur lequel repose la vraie dignité spirituelle ; et d'ailleurs il manifeste davantage la juste subordinalion de la théorie à la pratique, souvent méconnue des penseurs modernes.
Tant qu'un tel patronage se borne à moi seul, il rend rfiême plus sensible le principal contraste des deux pouvoirs sociaux en opposant la concentration spontanée de rinlluence tliôorique à la dispersion naturelle des forces pratiques. Eminemment divisibles, et par suite coalisâmes, côlles-ei peuvent toujours être surmontées d'après un suftisant concours, L^asceodant spirituel, mkessairement indivisible, ne redoute jamais une coalition quelconque. Son office fondamental pourrait toujours <Ure assez rempli par un seul cerveau, si rétendue et la diversité des applications simultanées n^exigeaient pas que le suprême organe de THumanité filt assisté de ministres secondaires. Une telle opposition entre les deux: puissances humaines va devenir familièrement appréciable d'après les rapports personnels qui désormais me lieront directement à chacun de mes souscripteurs annuels. Dans ce contact habituel, chaque coopérateur sentira Tensemble des services qui m*ont procura ce noble concours ; tandis que lui-même ne se reconnaîtra qu'une faible participation, qui, sans me dispenser d'aucune gratitude, n^altérera jamais mon indépendance. Ce contraste décisif entre le mérite et le nombre, qui seul explique assez rirrésistibilité du véritable ascendant spirituel, ressortira moins quand la subsistance du sacerdoce positif ne dépendra pluâ de ses adhérents privés.
Dans un temps d'instabilité, la persistance d'un tel subside et son accroissement continu sont très propres à manifester sa portée sociale comme premier pas vers la libre constitution du nouveau pouvoir spirituel. Car on ne saurait douter maintenant que la plupart de ses coopôratcurs permanents le conçoivent ainsi, d'une manière plus on moins distincte. Quand il commença, je présumais assez de mes contemporains pour espérer qu'il ômaneraîl surtout du nombreux public polytechnique qui connaissait pleinement Tiniquité de ma spotiation, sans s^oecuper d'ailleurs de mes servit^es (diilosophiqnes. Mais une trit^te expérience me prouva bientôt que j'avais mal apprécié ce milieu dégradé, d'où ne surgit jamais la moindre assistance, ni chez mea propres élèves, ni parmi mes camarades, ni môme chez mes supérieurs les mieux disposés. Diaprés ce lâche égoïsnie, qui mérite une llétrissure historique, le protectorat collectif fut toujours dû seulement aux diverses sympathies déterminées par mes travaux* Je puis même étendre cette appréciation jusqu'à la participation, noblement exceptionnelle, des dignes adversaires
PI#;crS JUSTIFICATIVES
américains indiqués dans ta préface du tome deuxième de ma Politique positive. Car ils regardent romme un véritable devoir soeial de soutenir ainsi Texisteni-e matérielle du philosophe dont ils ont proclamé la valeur ^intelleclnelle et morale plus ceniplêlement que ses propres auxiliaires publics. Quoique de tels cas puissent désormais se multiplier beaucoup, je ne devrai jaiïiais compter esseiitiollement que sur des appuis positivistes.
Ceux-là sa divisent maintenant en deux classes g^^n^rales, selon que leur adhésion reste positivement philosophique ou qu'elle s^ètend jusqu'à la reli- Igion. Une telle distinction r+^solto le plus souvent de Tapplication sociale du positivisme, surtout envers la politique actuelle. La révolution occidentale étant principalement intellectuelle^ les positivistes placés dans le milieu le moins agité peuvent longtemps borner leurs convictions à la nouvelle philosophie, afin de mieux garantir ce fondement rationnel contre toute altération passionnée. Cette inconséquei^ce, encore excusable^ cessera spontanément quand le mouvement de régénération totale aura pris, en Occident, son extension naturelle* Devant une imminente anarchie, ces positivistes incomplets, très multipliés en Angleterre, sentiront combien serait vaine une rénovation qui s\irréterait aux pensées sans embrasser les sentiments, seule source réelle de la conduite. Si même ils concevaient, avec assez de profondeur, le si m pif' problème de l'uni lé mentale, ils recomiaîtraienl déjà que sa vraie solution devient inséparabie de la reconstruction générale de Tunité humaine» dont le principe consiste dans la prépondérance du cœur sur Tesprît. Mais ils n'accompliront cet eflbrt décisif que sous T impulsion continue d'une active sollicitude sociale. Quant à ceux qui, vivant au centre de Tagi- Liation rénovatrice, et journellement prffoccupés de ses principales exigences, B6 bornent pourtant à la philosopliie positive en rejetant la religion correspondante, je n'hésite point à regarder leur conversion comme avortée- Leur inconséquence, alors sans excuse, indique nécessairement ou Fimpuissance de Tesprit ou l'insuffîsance du cœur, et presque toujours toutes deux. Car ïa religion positive, quoique destinée finalement à tous» ne convient aujourd'hui qu'aux natures d^élite, d'ailleurs moins rares chez les prolétaires que parmi les lettrés et les riches (1).
Le caractère sacerdotal de mon subside se trouve déjà confirmé par son extension occidentale. Quoique les souscripteurs français prévaillent encore par le nombre, le produit principal émane maintenant du reste de TOccidont, comme Tindique le résumé statistique qui termine ma circulaire. Cette prépondùrance normale ne pourra qu'augmenter beaucoup à mesure que la vraie nature de la situation occidentale se développera davantage. On sentira partout que, dans Tessor décisif de la doctrine finale, la France a seulement P initiative nécessaire d'une élaboration commune à tous les Occidentaux, et, destinée ensuite à toute notre espèce. Les besoins de Tordre absorbant de plus on plus les tendances au progrès, on reconnaîtra bientôt l'universelle efficacité du pouvoir spirituel que j'ai fait irrévocablement sur-
(t) Il rnut bien recontmitre aussi qu'Auguste Comte se trouvait alors entouré d'une élite fîxccpljonnelle tî'oiivHtsrs français, venus du communisme au posilivisme, et dont Fabien Ma^nin était Atkns aucun doute«(^t de beAucoup^ le ploà distingué.— R,
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VIB T>' AUGUSTE ÎCO^tTE
gir dans la vraie métropole humaine. Au milieu de ranarchie mentale ^t morale, quand les gouvernements et les populations cherchent aveuglément revenir sans consuit^r le passé, je viens seul représenter di|>nemenl le rloubte ensemble des aoc/^ires et des successeurs, L*instinct de la continuiiè| principal attribut de notre sociabilité, fut d'abord alléré profondément par le catholicisme, dont le brutal avènement repoussa tous nos antêcédeols gréco-romains. ïl subît enstiite une atteinte non moins grave quand le protestantisme vint ré-prouver tout ïe moyen âge. Complétant cette Êmarchique progression, Taveugle déisme èmam'* du xvm« siècle pousse aujourd'hui les Occidentaux à méconnaître toute filiation historique pour ne laisser prévaloir qu'une sauvage solidarité.
Dans cette orageuse situation, plus ou moins commune à tout rOccidenl, les vrais conservateurs ne tarderont pas à comprendre l'importance de la seule doi:trine qui systématise la notion et le sentiment de la continuité. En se préoccupant dignement de l'ordre profondément compromis, on rôconnaîtra que les positivistes complets, c*est-à-dire religieux, peuvent seuls devenir ses appuis normnux, vu le caractère plus ou moins anarchique qu'offrent aujourd'hui tous les autres partis. C'est surtout d'une telle conviction que j'attends désormais Textonsion décisive du subside sacerdotal, où les purs révolutionnaires participeront de moins en moins, comme étant, au fond, les principaux ennemis du positivisme. Mes dignes patrons temporeh se sentiront ainsi liés de plus en plus par une grande destination commune, qui partout les poussera, sous ma direction, à saisir convenablement la surintendance des alfaires occidentales, à mesure que leurs convictions se compléteront. Telle est di^à la disposition spontanée des vrais positivistes, méaie britanniques, surtout depuis la récente propagation de ma doctrine en Irlande, où Tagitation sociale interdit de se borner au positivisme intellectuel.
Néanmoins, à quelque phase que s'arrêtent mes divers adhérents, je suis autorisé maintenant à réclamer solennellement leur juste assistance. Car j*ai pleinement réalisé déjà toute les conditions d'abnégation personnelle qu'exigeait mon essor complet. En même temps, malgré les embarras matériels encore inhérents à Tin suffisance de mon subside^ une expérience décisive vient de confirmer mon aptitude à bien employer le noble loisir propre à ma situation finale. Pendant Tannée 1852, la première de toute ma vie où j'aie pu librement disposer de mon temps et de mes forces, j'ai construit et publié le volume le plus décisif de mon principal traité. Quelques mois aprôa son apparition, j'ai dignement composé l'opuscule exceptionnel que j'avais promis pour systématiser la propagation décisive du positivisme. Malgré ce double elfort, je publierai, vers le milieu de la présente année, le tome troisième de ma Politique positive^ dont le volume final paraîtra l'an prociiain* Après cette immense construction, je me sens capable d'exécuter convenu» blement les trois traités moins étendus, mais très importants, que je promis également en terminant, en 1842, ma première \ie» Quoique je commence maintenant ma cinquante-sixiéme année, j'ose assurer que tous ces services seront accomplis avant l'âge normal de ma sage retraite, si d'ignobles entraves ne surgissent pas de mon injuste détresse matérielle.
PlèCBB JUSTIFICATIVES
C'est pourquoi je somme tous les Occidentaux capables de sentir, d'une manière quelconque, la vraie portée de mes travaux, de concourir loyalement, suivont leurs moyens respectifs, au digne protectorat institué pour moi. Si les positiWsles incomplets persistaient à motiver leur coupable indifl'érence sur leurs divergences partielles envers Tensemble de nm doctrine, je dévoilerais aisément l'ôgoïsme mal caché sous ce vain prétexte. Car les principes qu*ils admettent déjà sont plus que suffisants pour mériter au fondateur nn juste abri contre la misère, tiuand même lous ses autres travaux devraient être oubliés.
Un tel dildain d'une obligation sociale dont les motifs soot irrécusables résulte trop souvent do la secrète aversion qu'inspire Tavcnemenl d*un sacerdoce capable d'établir en tîn une discipline réelle et complète. La morale positive se trouve appelée, dès sa Daissance, à la principale épreuve de sa force, pour surmonter aujourdMmi runiverselle insurrection des vivants conlro r immuable empire des morts, en tirant de Tensemble du passé le seul point d*appui désormais erfîcace. Quand elle aura suffisamment accompli cetofflce décisif, déjà réalisé cbez les âmes régénérées, nul ne pourra plus douter de sa puissance contre les perturbations quelconques. Par un secret pressentiment de cette autorité naissante, toutes les inlïuencos vicieuses redoutent maintenant le pouvoir qui, venant enfin juger irrévocablement les mortSj n'hésitera jamais à juger aussi les vivants, d'après Tex tension nécessaire des mêmes principes.
L'obligation de concourir au subside sacerdotal est devenue tellement irrécusable, pour quiconque se reconnaît positiviste, que je Térigerai procbainement en condition préliminaire d*une telle qualification. Quelque peu répandue que soit jusqu'ici ma doctrine, le moment me semble déjà venu de distinguer formellement ses vrais adhérants d*avec ceux qui prennent indiimenL un titre destiné bientôt à procurer restime publique* C'est pourquoi je ne tarderai point à soumettre tous les prétendants au système d^épreuves régulières dont la récente publication du CaMiisnte positiviste fournit la base naturelle. Mais, avant d'être ainsi jugé, chacun d'eux devra s^engager à participer, selon ses moyens, au subside sacerdotal, L*entière impuissance, qui &eule dispenserait d'une coopération quelconque, est extrêmement rare envers une souscription dont b- minimum fut fixé, dans ma première circulaire annucdle, au taux d'un centime quotidien, qut^ j'ai vu quelquefois si! réaliser dignement. Ma PuHHque positive a systématiquement établi le caractère social que doit maintenant développer la propriété matérielle pour obtenir enfin une consistance inébranlable. Je dois donc empocher désormais que ceux qui sollicitent une telle transforma lion tentent eux-mêmes d'en éluder les conséquences normales, dans leurs relations personnelles avec le sacerdoce régénérateur.
Avant de terminer cette circulaire décisive, il faut expliquer convenablement à mes patrons tempo rois Tétat présent du subside et ses prochaines exigences.
En rinsti tuant, on fixa la soimne de sept mttie frams pour le minimum total de ma dépense annuelle, y compris une pension exceptionnelle de
vjE liAUousTtî couru
deux milie francs que je regarde comme moralemenl obligatoire. J'ai toujours accepté dignement cette détermination primitive, et je ne demanderai jamais qu'elle soit notablement dépassôe. Quand la souscription sera parvenue au delà, j*appliquerai l'excédent, soit au juste soulagement des vrais aspirants au Douveau sacerdoce, soit à faciliter me» publications, soit à tous autres usuges positivistes, constamment assujeUia à des comptes spéciaux» Mais, malgré r accroissement continu du subside pendant les quatre années écoulées df^puis sa fondation, ii n*a point encore atteint ce minimum jufçé d'abord indispensable. Devenu Tunique base de ma subststiince, son insuftlsaoce m*aurail récemment suscité de graves embarras sans la restitulion inattendue des retenues officielles que subit longtemps mon dernier traitement polytechnique. Ce secours accidentel, qui combla presque la lacune de 186"2, ne peut plus se renouveler, et je ne dois en espérer .lucuu autre. Il faut donc que le subside suffise seul dès ISuS. Les chilîres ci-dessous indiqués prouvent que cette condition exige un accroissement actuel égal à celui de Tannée précédente. J'ai donc lieu de présumer que le patronage va devenir complet, d'après la stimulation continue d'une impérieuse situation, qui désormais pousse simultanément les populations et les gouvernements vers le positivisme, comme seule garantie systématique de Fordro et du progrès.
La morale positive me prescrivant de vivre au grand jour, je crois devoir ici m'expliquer une seule fois sur une apparente anomalie de ma dépense personnelle, où, contre l'usage naturel, le logement compte davantage que la nourriture. En évitant tout détail superflu, ma vraie dignité ne souflrira point d'un tel éclaircissement public, qui préviendra des reproches irréUé-^ cbis, et peut-être même une ignoble malveillance»
Quoique Tappartement que j'habite depuis douze ans excède réellement mes besoins matériels, je regarderais comme un profond malheur Tobliga-* tion de le quitter, d'après Tensetnble des divers souvenirs incomparable qui m'y lient de cœur et d'esprit. Je ne pourrai jamaî^f oublier que là fut^ écrit, en 1842, le volume décisif qui termina mon ouvrage fondamental par la systématisation directe de la nouvelle philosophie. Mais ce domicile doit surtout m'étre devenu sacré, trois ans après, comme ie lieu de la régénération morale que me procura, pendant une année sans pareille, l'angélique impulsion qui dominera toujours ma seconde vie. Vu les fruits décisifs que l'Occident en a déjà recueillis, j'oserais taxer d'ingratitude tous ceux qui, participant aux bienfaits, publics et privés, de la religion nouvelle, me laisseraient matériellement ravir le siège de sa fondation. Ces sain tfis murailles, à jamais empreintes de Timage adorée, m'aidèrent à développer joumelle^ ment le culte intime de la meilleure personnification du vrai Grand-Ètre, pendant ces années déjà nombreuses où sa glorieuse éternité subjective suc* céda trop tôt à sa triste existence objective. Là s'établit, sous cet irrésistible patronage, une telle harmonie entre ma vie privée et ma vie publique, que les progrès de chacune purent aussitôt s'étendre à l'autre; de manière à mo faire sentir la vraie théorie de Tunité longtemps avant de la formuler. Aussi la même enceinte où je fus d'abord régénéré se trouva-t-elle consacrée bientôt par plusieurs célébrations décisives des principaux sacrements sociaux.
PjfeCES ittSTlFICATlVKa
Les positivistes trop abstraits que toucherait peu rimportance évidente d'un tel domicile envers mon boaheur perâonnel devraient, au moins» se reconnaître obligés de concourir à me le conserver comme un précieux instrument de travail. Quiconque i^eut assez la vraie logique pour ne la point réduire au seul emploi des signes doit comprendre la puissance pbîloâophique des images et des sentiments que ces murs me rappellent. J'y viens d'accomplir la principale moitié de ma conslruclion religieuse, ot l'opuscule décisif où la participation subjective de ma sainte collègue éternelle est déjà reconnue unanimement» Pourrais-je aussi bien achever ailleurs cette élaboration capitale, et même les ouvrages moins importants qui ta suivront? J'ai malnlenant atteint Tûge où je dois scnipuleusement ménager mon temps el mes forces pour ex^>cuter, avec un*? pleine vigueur cérébrale, tout oj que je promis à îa fin de mon livre fondamenlaK G*est pourquoi je repousserai toujours la stupide économie inatèriellô qui me priverait d'une puissantG assistance spirituelle.
Pour compléter cet éclaircissement spécial^ il faut d'ailleurs noter que mon anomalie personnelle se borno au simple échange des répartitions usitées, sans aflecter réellement mu dépense totale. Sou taux primitif fut» en efîi^t^ iixé dans la supposition d'une restriction domiciliaire. Néanmoins» je m'y soumis tout en conservant TencoinLe sacrée, grûce à la réduction exceptionnelle de mes autres dépenses, et surtout de ma nourriture. Mon heureuse sobriété concourt, sans doute, à ce précieux résultat. Toutefois^ il est dû principalement à l'incoraporable auxiliaire que déjà chaque vrai positiviste respecte et chérit comme ma digne fille adoptive. IVaprès son admirable sollicitude, nous sommes nourris tous les deux pour une somme inférieure à celle que coûterait ma propre alimentation si je vivais isolément. Parmi les Parisiens dont la dépense personnelle est de cinq mille francs par an, je suis peut-être le seul auquel le logement coûte srizp cmls fnmvs. Mais» réciproquement, aucun d'entre eux, sans doute, ne se borne, comme je le fais, à rmltt' [ytina pour la nourriture totale de sa maison.
L'auguste destination de ces renseignements privés me permet d'espérer que mon vrai public ne les juprtîra point indignes de son attention. Ils réduisent déilnitivemont à la seule transposition de deux nombres une apparente irrégularité, qui n'allérc aucunement la juste auslôritê de mes mœurs sacerdotales. C'est pourquoi je me félicite d'avoir été conduit à prèâenter dignement une e]tplicatton d'après laquelle tous mes contemporains sauront désormais respecter un domicile destiné, j'ose le dire, à devenir sacré pour la postérité.
Salut et Fraternité.
Auguste Comte*
10, rue Monsifiir-lc-Pi'ihi'i».
Né à Monlpellitir lo t^) janvier 179ii!$.
f . S. D'après le but du subside sacerdotal» je dois, en général, invit<?r chaque coopérateur à menvoyer, autant que possible, sa souscription dans le premier trimestre de Tannée; à moins qu'il ne préfère la fractionner, comme plusieurs l'ont heureusement pratiqué déjà.
^jill ^^^^H VIE o'augustb comte
Résumé généml des souscriptions pour k suimde sacerdotal en 1852.
( Minimum» 5fr,
40 souscripUonâ françaises 2,400 fr. | Moyenne, 60 »
[ Maximum, 200 »
26 autres occidentales (dont 1 ( MJDimum, -^ *[ ^ *
1 collective de 650 fr*, Î3,15îjrr. \ Moyenne, 100 *J \ ,,
à Londres) ) ( Maximum, 500 »(
4 anonymes 4o
Total 70 aouscriptiont^ 5,600 fr* | Moyenne, 80 fr.
N. B, Pendant les trois piuiïiièrtîs années, le subside sacerdotal fournil 3,000 francs en 1849, 3,300 en 18o0, et 4.200 en ISol.
CINQUIÈME CIRGULAIIIE.
Paria, le 22 Moïae 66 (dimancbe 22 janvier 1sl>4j-
L*année qui vient do Hnir a suiïïsamment réalisé les espérances ezprimé<îs dans ma précédente circulaire envers raccroissement nécessaire du noble subside auquel vous concourez. D'après le rêsymê numérique ci-joint, le minimum normal de sept mille francs (ou plutôt vingt francs par jour) s*csl trouvé, pour la première fois, atteint en 1853.
Suivant mon appréciation antérieure, ce résultat décisif représente un tel patronage comme tme inslitutiun sociale, spontanément surgie, à travers Tanarcbie actuelle, afin de consolider ravènement du nouveau pouvoir spirituel, seul capable de terminer la révolution occidentale. Tant que Tinler- Xention collective parut uniquement destinée à compenser une infâme spoliation, elle resta très insufQsante, vu le peu d*énergie que comportent aujourd'hui les sentiments civiques, surttiut dans le milieu profondément égoïste où la persécution s'accomplit. La protection n'est devenue assez efficace que quand je Tai directement rattachée au principal besoin de notre siècle. Môme les dip-oes adversaires dont j*y dois toujours honorer la participation exceptionnelle sympathisent réellement avec la mission à laquelle j^ai constamment voué ma vie, quoiqu'ils diffèrent de moi sur les moyens convenables, A plus forte raison , cette coopération est-elle obligatoire aux yeux de ceux qui, sans accepter la politique et la relrgion positives, ont sincèrement adopté ma pinlosophie, à moins que l'infériorité morale ii-accorapagne chez eux Tîncohérence mentale.
Parmi les positivistes complets, auquel le subside sacerdotal devra de plus en plus sa principale consistance» ce concours constitue une fonction sociale, oii chaque âme régénérée contribue, selon ses forces, à préparer le régi me final en secondant l'initiative théorique. En publiant Topuscule qui systématise notre propagande, j'ai directement représenté les serviteurs de l' Humanité comme venant dignement saisir la direction générale dds alTaîres
PIÈCE f* JUlSTiriCATlVr.»
U^rreslres, d'après une séparation fondameiitale entie le ronsoil gI le commandement* Cette proclamation sans exemple se trouvei depuis quinze mois, spontanément ratifiée par le nlence déciî^if de tous les partis actueU, dont chacun a tacitement reconmi la supréniatio naturelle de la solution f)0-;itive. Nul ne peut ;uijourd*hui contester ni la nécessité de concilier radicalement Tordre el le progrès, ni TapUlude exclusive du positivisme envers une telle harmonie. Voilà comment une compression empirique se trouve involontairement conduite à respecter Tessor continu de la doctrine régénératrice. Quiconque peut assez se placer au point de vue de la postérité doit déjà regarder la réorganisation occidentale comme ayant vraiment commencé, depuis que la religion universelle est pleinement caractérisée. En faisant librement surgir des convictions complètes sous une lluctuatron anarchique et rétrograde, le sacerdoce positif disposera bienlùl les classes dirifreantes à tronsférer partout Ir gouvernement aux seub praticiens capables de surmonter une immineiite dissolution.
Telle est la sainte ligue que le développement du subaide positiviste vient spontanément organiser entre les deux forces* active et spéculative, dont le digne concours doit présider à la reconstruction moderne. Voueras à cette îrraiide destination, totites les Ames d'èlilc se raliieront graduellement autour du positivisme, pour dominer le xr\" siècle, comme les cs/irit^ forfs conduisirent le xviii* siècle diaprés Tencyclopédisme. Une semblable coopération peut seule les dégager de roppreSî=ion exceptionnelle où les plonge une anarchie exclusivement favorable aux médiocrités de tous genres. Or la première condition û\m tel résultat consiste h toujours mériter, par nos sentiments cl notre conduite, personnelle, domeslique, ou civique, la prépondérance à laquelle notre doctrine nous oppeïle ouvertement. Le régime final est destiné surtout à régler convenablement toutes les forces humaines, tant privées que publitlues, assez développées clans révolution préparatoire. H exige donc que se? dignes promoteurs prouvent d*abord sur eux-mêmes reflkocité générale de la discipline positive.
Déjà la foi démontrable a par ton l prévalu mentalement sur les croyances chimériques* qui ne sont plus recommandées en vertu de leur réalité, mais seult^meut au nom de leur utilité. Pour conipléter son ascendant, le principe positif doit donc constater, [«ar une expérience continue, quf son efOcacilé morale et sociale est en pleine harmonie avec son aptitude intellectuene. C'est ainsi que les vrais positivistes peuvent tous conctmrir à ravènemeut graduel de leur religion, en remplissant mieux que les divers théologîstes, d*abord leurs fonctions spéciales, puis leur sage participation à Féconomie générale.
Une telle supériorité leur procurera partout un respect habituel, sans qu'ils soient jamais forcés d'altérer une morale qui leur prescrit surtout de vivre au grand jour. Le caractère toujours relatif de leur doctrine doit d'ailleurs les préserver de toute hostilité déplacée envers les croyances dont ils sont irrévocablement alîranchis, quoiqulls ne puissent attendre la même justice d^ad versai res dirigés par dos opinions absolues..
Outre qu'une telle attitude constitue le meilleur privilège du positivisme,
fliff VIE DAtJOl.STB COMTE
elle devient indispensable aux réjf^énérateurs occidentaux, qui, devant égalemeel guérir hs anarchistes et les rétrojrrades» ne sauraient pourtant hésiter désormais à préférer ceux-ei. Depuis que la crise française a spontaDémcnt posé la question organique, les révolutionnaires ont irrt»vocablem»?nt perdu leur oflicc passager, surtout chez le peuple centra!, où leur interveotion ne fait plus qu*enlra?er, à tous égards, Fôlaboralion décisive. Au contraire, les conservateurs, tandis qu'ils maintiennent l'ordre matériel, préservent d*mie entière indiscipline des âmes chez lesquelles les convictions les plus arriérées sont très préférables, même mentalement, au pur scepticisme. Sans accorder Jamais aux croyances surnaturelles uhh prépondérance incompatible avec la solution occidentale, le positivisme ne p^ut succéder au thêologisrae quVu g'iorifiant toujours ses services antérieurs et respectant son efticacité pré* hcnte, malgré son insuffisance radicale. Il faut donc transformer le syslèm© d'hypocrisie m\ un système de ménagement, en préférant Télat rétrograde à Tétat néfratif, dans une génération dont les directeurs peuvent seuls atteindre déjà l'état normal.
Cette attitude des positivistes envers les partis actueïs se trouva raroctérisée dès 1826, quand je publiai, sur le pouvurr spirituel, un opuscule décisif, suscitant aussitôt les reproches des déistes et les éloj^es des catholiques. Suspendue, en apparence, pendant que j'élaborais ma fondation philosophique, elle s'est développée, avec une énergie croissante, à mesure qu'a surgi ma construction religieuse, surtout depuis Tabolition du régime parlementaire en France. Mon récent volume f^ur la philosophie de rhistoire consacre irrévocablement une telle dispnsilion, comme devant habituellement distinguer notre siècle dn précédent. Je dois la motiver spécialeiuonl quand je vais caractériser l'avenir humain et la transition exlrôrac, dauîïe tome final qui sera publié vers le milieu de la présente année. Les positivistes sont tellement appelés à gouverner TOccident, quils doivent déjà préî>arer leur dictature syatématique en secondant^ à leur manière, une empirique concentration, provisoirement indispensable à Tordre matériel- Uoc telle assistance peut seule garantir la liberté dVx position qy 'exige l'élaboration occidentale, en transférant Tactive défense tles principes sociaux à Tunique doctrine qui puisse dissiper les utopies subversives. En faisant perdre aux révolutionnaires le prestige de îa persécution, le positivisme repréy^entera ce parti comme le plus arriéré di^ tous, dans un siècle voué nécessairement à la reconstruction.
ïnspirèt^s par l'accroissement décisif du subside sacerdotal, ces rcllexiund sont pleinement conformes à la vraie nature de mes circulaires annuelles, on je dois d/s^ormais adresser des conseils opportuns aux meilleurs adhélents de la religion de niunianité. Mes explications spéciales de Tan dernier me dispenseront toujours de revenir sur mes besoins personnels» aupré» de quiconque sent combien Téconomio des forces remporte sur celle des matériaux, et même du temps. L*augmentation du subside ayant assez ratifié ce préambule nécossaîre, je puis maintenant consacrer celte communication périodique à sa destination sociale, sans y mêler aucun éclaircissement jjrivé.
PlèCKS JUSTinCATîVES
Afin de mieux apprécier une telle extension, il faut remarquer qu'elle est surlout due à des souscripteurs plus nombreux, puisque la moyenne générale n*a point changé sensiblement. CeUe mulliplicite de coopérateurs serait même plus prononcée si la rigueur numérique me m^avait interdit d'y comprendre ceux qui, sans renoncer à leur participation, furent empêchés, par des obstacles passagers, de la réaliser en 1853, Mais un tel accroissement est surtout devenu décisif en s\iccamp!iss!int malp^ré l'irrévocable retraite de plusieurs souscripteurs qui furent toujours plus révolutionnaires que positivistes. D'après Testiroequi déjà s'attache à cette dernière qualification, on doit désormais la réserver soigneusement aux vrais adhtirents de la religion univ*?rselle, où conduit notre philosophie et d*oîï procède notre politique. Si Ton conlinuîiit d'accorder ce titre aux Amet^ dont l'évolution est incomplète, il faudrait bientôt le laisser prendre par les esprits vou«:s aux spécialités positives. Car leur aveugle répugnance envers toute généralisation et systématisation n^offre que rentier d^^^veioppement do leinpinque inconséquence des prétendus positivisti^s qui vfiiilcnt empêcher la nouvelle philosophie d'aboutir à la vraie religion. Quiconque ne s'élève point jusquïi celte conclusion synthétique ne comporte envers le positivisme que dlnsufflsantes sympathies, incapables de résister, dans la vie réelle, au moindre ébranlement public ou privé.
L'impuissance pratique et môme Tinstahilitô théorique de ces convictions incomplètes sont devenues pleinement irrécusables d'après la crise dictatoriale de 1851, où les positivistes religieux surent seuls juger d'avance comme la postérité, malgré leurs émotions passagères. Je fus alors abandonné par tous mes autres prétendus adhérents, destinés, sans doute, à mourir en regrettant le régime parlementaire. Cette épuration spontanée augmente la consistance du vrai parti positiviste, et Ton voit qu'elle n'a pas entravé son extension.
Rien n'est plus propre à dissiper les préventions empiriques qui, du moins en France, détournent la plupart des conservateurs de la seule doctrine qui consacre et systématise leurs ,'ispirations. Fauta d'une telle base, ceux qui, depuis soixante ans, veulent sincèreuient concilier ï'ordrn et le progrès, n'aboutissent qu'à perpétuer simultanément l'anarchie et la rétrogradation alin de pouvoir toujours opposer Tune à Tautre.
Voilà comment le positivisme, éijfalement dégagé des sympathies vicieuses et des aveuglent antipathies qu'il dut d'abord susciter, tend désormais à régénérer directement la politique actuelle, en devenant la doctrine propre aux conservateurs systématiques. Ses dignes adeptes pourront ainsi, les uns par le conseil, les autres par le commandement, prévenir de nouvelles catas^trophes dans le centre occidental, et préserver les peuples adjacents d'une agitation naturellement propre à la n a lion investie de rinitîative moderne.
Mon appréciation du subside de 1853 resterait incomplète si j'y laissais ignorer que l'accroist^ement du nojnhre des souscripteurs n'aurait pas suffi pour réaliï'er le minimum mormal sans le ïèle exceptionnel de plusieurs coopérateurs. tJn digne appel, suscité par une détresse imprévue, produisit, dans le dernier trimestre, un admirable élan» qui permit d'atteindre ce taux
ïim
VlK OA.UGLSTE COMTK
décisif, mais d'après nn surcroît d'etforts sur lequel je ne daurais habituellement compter. Néanmoins, la plénitude du subside me tremble désormais assurée, parce que raccroissement continu du nombre des souscripteurs doit déjà dispenser de tout supplément. Les coopôrateurs par grAce ou caprice s*ôtant heureusement retirés, je ii^ai plus que des patrons qui regardent leur intervention comme un vôritabb* devoir, toujours développable a?ec leurs moyens elTectifj^. Je ne signale dune cetto généreuse anomalie qu'afin d'en témoigner publiquement ma juste reconnaissance, et surtout pour constater PapliLude de la foi positive à susciter déjà les sentiments qu'eiige sa destination sociale.
On doit finalement regarder un tel symptôme comme concouranL avec loua los imlices qui, dans cette même année, viennent de raanifebler spontanément refficacité morale du positivisme. Une épreuve décisive a spécialement montré la puissance de la vraie religion envers lo perfectionnement fks devoirs privés, en appliquant dignement la loi du veuvage et la règle qui prescrit à Thomme de nourrir la femme. En même temps, rélimination des rr''volutionn aires a permis un développement général de la vénération et de la fraternité, jusqu'alors entravées par la défiance et Tinsti bord i nation propres au négativisme. De nouvelles célébrations oîit confirmé Toptitude naturelle du culte positif à consacrer profondément tous les liens domestiques. Le progrès public de la doctrine régénératrice a correspondu dignement à son extension privée, surtout d'après te plein avènement d*un foyer irlandais déjà comparable au noble noyau qui se dévelrqrpe, dejiuis huit ans, nn Hollande.
Tous les caractères, inlellectuels et moraux, du mouvement posilivistô âe trouvent heureusement réunis dans le pas décisif qui ternjina l'année i8îî3, fin travail sans exemple, où la conscience et le talent sont toujours en harmonie, vif^nt de procurer une nouvelle vie à mon ouvrage fondamental, qui devra désormais, chez la plupart des lecteurs, être étudié, de préférence, d'après celte traduction exceptionnelle. Quoique destinée surtout à la population britannique, cette précieuse publication deviendra bientùt commune h tout rOceident, de manière à systématiser partout les tendances spontanées vers le positivisme. L'efficacité naturelle d'une telle opération doit d'ailleurs augmenter d'après les nobles dispositions qui Pont préparée et complétée. Dès son début, un digne patronage, maintenant brisé par la mort» pourvut généreusement à tous les frais qu'elle exigeait. Après sa réalisation, mon émincnte collègue, ignorant mon irrévocable renonciation aux profits quelconques de mes ouvrages, m'a, par un admirable scrupule, réservé spontanément un bénéfice égal au sien ; de manière à fournir un nouvel exemple de la supériorité des moeurs positivistes.
Quelle que soit Timportance directe de cet événement, son mode d'accomplissement doit donc le rendre plus décisif, surtout comme émané d*une femme. Un tel concours dissipera bientôt les préju^çés pédantesques contre raplitude philosophique du sexe le mieux disposé pour le seul point de vue vraiment universel. Ainsi surgit spontanément Palliance fondamenlale entre le sexe affectif et la classe contemplative, afin de diriger convenablement la
l*lèCEB JUSTIFICATIVES
son
réorganisation oceid6ntale. Ma construction religieuse commença sous une angéliquti iintmlsion, dont l'inallérable efficacité, consolidée et développée par la mort, est de plus en plus appréciée. Je vain maintenant Tachever après avoir acquis ractive assistance d^uno femme vraiment supérieure» dont (a noble initiative déterminera bientôt de dignes imitations, qu^annonce déjà le concours naissant du sexe affectif à ma protection collective.
Suivant Tensemble des indications précédentes, la raarcbe du positivisme tend désormais à réaliser la géûéralisation que je proclamai, Tan dernier, dans la destination, d'abord personnelle, du subside que j'ai toujours qualifié de sacerdotal, afin ifen signaler rextension normale. Ma propre i*ubsistence étant maintenant assurée, la prochaine terminaison de mon principal traité me permettra de compléter digoemeot ma carrière par la paisible exécution de tous les ouvrages promis à la fm de mou livre fondamental. Pendant cette élaboration finale, je dois activement prépiarer le développe* ment du sacerdoce pleinement institu^^ dans la construction que j'achève. Il faut, d'à ne part, garantir Texistence matérielle des jeunes théoriciens que j'ai déjà représentés comme sérieu?>eiiîenl vou<'*s à la formation du clergé positif, depuis qu'ils combinent assez leur améiioratioai morale avec leur initiation encyclopédique. En même tenips, il convient déjà d*organiser Tintervention du comité permanent auquel, dès 1842, je réservai, sous ma direction, la systématisatioti graduelle de la transition occitlentale. Ce double besoin m'aylorise pleinement à réclamer ici toute l'extension possible du subside sacerdotal. Mon insistance à cet égard se trouve d'autant mieux motivée que j'ai proclamé, Tan dernier, ma rêsotulioo de ne jamais dépasser personnellement le taux maintenant réalisé, comme le prouvera toujours la publicité de mes opérations quelconques.
Salut et fraternité.
Auguste CoiiTB, iù, rutj Monsleur-le-Princo.
Sfi h Mfintpellinr In m janvier 1708.
Résumé générai de» souscriptions pour le sufmde sacerdotal en (8S3, V 48 français»'^. ....,,.,..
22 autres occidentales
21 anonymes, de diverses nations.
i Minimum, 3 fr. 6*j
3J20 fr. < Moyenne, IH »
' Maximum, Wi^ »
l Minimum^ 2') i^
2,8:30 fr» I Moyenne, 130 »
f Maximum» 500 »
i Minimum, 4 . 830 fr. ] Moyenne, 40 »
f Maximum, 200 »
Tytnl. 91 souscriptions . . » * 7,400 fr* | M^iyenne, 82 »
N. B. Fondé le 12 novembre 1848, le subside fournil 3,000 francs en 1849. 3,300 en 1850. 4,200 en 1851, et 5,600 en l8o2.
Vir n AUGUITK COMTE
SIXIEME CIRGULAmH:
Adressée, par Tau Leur do Système th PhUostiphU' positive et du Si/ sterne Politique positive, à cliaque coopôraleiir du libre subside spootanômenl institué pour le sacerdoce de rHumanité.
Paris, le hindi 15 Moïse 67 (15 janvier 1855),
D'après le résumé numérique placé ci-dessous, Tannée qui vie ni de finir n'a point réalisé les espérances indiquées, dans ma précédente circulaire, envers l'accroissement décisif du noble subside auquel vous coopérez. Celte institution n'a pu iusqu'^à présent commencer h s*élendre au delà de sa destination initiale. Quoique le minimum normal qu'exige le bul primilif ait encore été strictement atteint en 1854, ce résultat a nècessilô le généreux renouvellement de quelques efforts exceptionnels, que ]*avaîs cru bornés à 1853.
Le patronage collectir dont je suis Tobjet ne sembla d'abord destiné qu'à réparer Tinfàiae spoliation accomplie envers moi. Mais^ dès le début, on sentît que cette persécution était surtout dirigée contre une philosophie qui, complétant la préparation objective, faisait irrévocablement prévaloir la synthèse sur Tanalyse^ de manière à discréditer tous les Ihcoriciens actuels. Ainsi surgit 1^' caractère essentiellement social que manifesta de pluisen plus un protectorat toujours émané de ceux qui s'intéressent à mes travaux, sans aucune participation du milieu spécialement renseigné sur Tiniquité commise. Sous cette dîgne tutelle, le coup frappé poiir m'étcindre m'a finalement conduit à consacrer exclusivement mon temps et mes forces à ma mission exceplionnolle, dont Tessor décisif consolide le patronage qui Ta permis. Néanmoins, le subside positiviste ne sera pleinement apprécié comme une institution sociale, destinée à fonder Pin dépendance du sacerdoce régénérateur, que lorsqu'il aura notablement dépassé le taux qui me suffit personnellement.
Cet accroissement doit bientût résulter de la construction relifj^îeuse qu«f je viens d'achever, et dont Tcnsemble ne pouvait être suffisamment compris avant la récente publication du tome fmal, qui seul institue directement la syntiiùse universelle. Après avoir expliqué le passé, le positivisme a déterminé l'avenir et régularisé le présent» de manière à satisfaire autant les be* soins sociaux que les exigences intellectuelles. On peut ainsi juger son aptitude à terminer la révolution occidentale en ralliant et réglant les âmes d'élite par la seule foi susceptible d'universalité comme de perpétuité. La formation du sacerdoce positif, jusqu'ici réduit au fondateur de la Religion de THumanité, devient alors la première condition d'une régénération non moins indispensable à Tordre qu'au progrès. De plus en plus sentie, cette nécessité doit rapidement développer un subside sans lequel ne pourrait surgir la classe dignement contemplative qui, pure de toute ambition tem-
l'IKCES JUST1F1CATIVKS
porelle, inspirera partout une sage politique, toujours fondée sur Tensemble des a flaires humaines» passées, futures et présentes.
U ne faut point s'étonner, ni surtout s*inquiél<^r, de La lenteur qu^olFre encore Tessor d'une telle garantie, qui, d'abord spontanée, ne pouvait devenir systématique avant l'enlîère terminaison de ma eoiislruction roHi^'ieuse. L'aplitudt; du positivisme à dominer l'avenir, même prochain, lui suscite» dans le présent, de puissantes entraves. Car, depuis sa naissance, îl lutte directement contre Tanarchie mentale et morale, sur laquelle, au contraire, s'appuyaient les aberrations éphémères dont le facile succès fit la honte du Xî-i»* siècle. A la vérilé. le positivisnK' appelle ouvertement ses dîg^nes adeptes, théoriques ou pratiques, à U domination, spiritueLle ou temporelle, qu*exig;e le développement û(' la régénération humaine. Mais leur ascendant nécessaire ne peut reposer que sur une vraie supériorité de cœur, d'esprit et de caractère, supposant un<' préparation difficile, et prescrivaot une conduite, pers4)nnellej domestique et civique, totijours conforme au type normal qu'ils proclament. Un tel empire ne peut encore int^pirer beaucoup d'attrait à ceux qui le posséderont, tandis qu'il doit profondément choquer les l sommes destinés à le subir. Quoique la réorganisation inti llectuelle et morale soit généralement désirée, son essor décisif soulève d'activés antipathies parmi ceux qui se sentiraient ainsi forcés de rùgler leur conduite el d'abaisser leurs prétentions.
Telle est la principale sourcr îles entraves secrètes qu'éprouve, surtout en Angleterre, le développement complet du positivisme, chez la plupart des esprits qui d'abord accueillirent dignement sa base philosophique. Si^ renonçant à la mission que mes opuscules fondamentaux avaient caractérisée, j^eusse dirigé mes travaux vers une desUnalion purement intellectuelle, ces premières sympathies auraient bientôt acquis wne grande extension, aussi favorable à ma sécurité qu^à ma célébrité. Car, sans imposer aux libres penseurs une reconstruction difficLle et gênante, je leur aurais ainsi permis de prolonger le xvm* siècle au milieu du xix®, en les dégageant du joug que ta logique rétrograde faisait peser sur eux depuis que letir impuissance organique était constatée. Mais je ne pouvais oublier que l'ensemble du passé, surtout français, m'assignait une mission sociale, â laquelle ma philosophie devait seulement fournir une base systématique. Quand mon principal office, après avoir été suffisamment prépare, fut directement poursuivi, ces î.ffinités se trouvèrent bienlùt transformées eu antipathies, cliez ceux qui voudraient borner ma carrière à la phase que j*avais toujours représentée comme purement préliminaire. Je dois pourtant reconnaître qu'une disposition analogue peut quelquefois indiquer seulement rinsuffisance d*évûlutiun, surtout quand le milieu fait peu senlir l urgence sociale. Néanmoins la plupart des prétendus positivistes qui se qualifient dV/!i<f.//rr/Mp/.v n'aspirent qu'à perpéluer la situation révolutionnaire; aussi s'abslienncnt-ils de coopérer à nion subside, quoiqu'un tel devoir se trouve assex motivé par les services qu'ils me reconnaissent.
Quel le que soit rinfiuence de ces divers obstacles, la lenteur des progrès du positivisme résulte surtout de la fatalité qui te forga de naître dans le
VTK O AUGUSTE COMTK
milieu le moins favorable à son développement. Dès mon début, je dus atUqyer le principe révoluEioi^naire plus syslémaliqiir*menlque n'avait pu le («ire aucun rétrograde. Néanmoins, je ne pouvais d'nbord ohlenir de succès que dans le camp correspondant, seul assez accessible aux innovations philosophiques et sociales. Par l'aveugle inerlie des conservateurs empiriques, la doctrine qui concilie radicalement Tordre et le progrès se trouve encore repolissage du milimi îe plus propre à l'appliquer. Les coDversroDs décisive? que le positivisme a maintenant obtenues chez les meilleurs révolutionnaires concourent mtoe à le rendre suspect dans Tautrc camp, qui jusqu'ici ne sait point y voir une irrécusable preuve de ^aptitude orfraoique de la nouvelle synthèse.
On reconnaît ainsi que, pour hùter Tessor de la doctrine régénératrice, il faut aujourd'hui la transplaiilei; parmi les conservateurs, qui seuls présentent leïî dispositions et les hahiludes quVwige son installation. Malgré leurs empiriques ré[»ugiiances, ils ne peuvent, faute de dogmes qui leur soient propres, s'empêclier d'ouvrir leurs rangs a tout digne défenseur des insli talions fondamentales de la société, non moins compromise.s par la rêtro*rr«* dation que par ranarchie. Cest à ce titre que les vrais positivistes y transplanteront bientôt leur foi, seule capable do procurer une consislanci' décisive à dos résistances jusquici restées radicalement insuffisantes.
Malgré leur origine révolutionnaire, tous ceux qui sont sincéremeDi convertis à la Religion de rHunianlté se trouvent aujourd'hui transfonm^s e« conservateurs systématiques, destinés à devenir les véritables chefs du parti de Tordre, ipi'Hs vont dégager de ses inconséquenses. Seuls ils sont aussi puriOés des tendances anarcliiques que des inclinations rétrogrades, puisqu'ils conQoivent la régénération humaine comme consistant surtout à régler les forces graduellement surgies pendant la préparation spontanée que dirigea Tancienne foi. lléali^^ant tes vœux CMncîtiabtesde tous les partis, et dissipant leurs prétentions incompatibles, le positivisme surmonte Thypoerisie théologique, aussi dégradante quand on Texerce qu'oppressive lorsqu'on la subit, sans susciter l'hypocrisie métaphysique, plus nuisible et moins excusable. En appelant ses dignes adeptes à gouverner le monde, il procïi me que leur avènement poliliqu*^ doit (Hre aujourdliui précédé, pendant douze ans, d'une influent^e purement philosophique, qui disposera les chefs actuels à leur transmettre sagement le pouvoir. Ainsi doit partout surgir une classe de véritables hommes d'État, qui manquent surtout au centre occidental, soit en vertu des difficultés propres à la mission française, soit d'après la marche de notre préparation. Le cours des événements fait de pîiis en plus ressortir Tintime connexité de toutes les populalions humaines, de manière à manifester le danger de Tirralionnelle politique qui considère chaque peuple isolément* Or, le positivisme peut seul compléter et consolider cette régénération des vues sociales, en étendant à Tensenible des temps la liaison ainsi sentie entre les divers lieux.
Faute de pouvoir embrasser Tordre collectif, la théologie et la métaphysique ne surent jamais inspirer une politique vraiment rationnelle, dont l'institution était nécessairement réservée à l'esprit positif, principe Icmout
PIKCISS JLSTlFJCATÏVeS
caractérisé par la construction de la sociologie. Établiasanl l'unité spirituelle, et dissipant toute aberration envers Tunitô teraporell«, la religion positive fera partout prévaloir Tensemble des alTairçs humaines, sans altérer la spontanéité des impulsions spéciales. Transformant Paris on pairie adoplivo des ômc?^ d'élite, la foi nouvelle fonde Tascendanl intellectuel et moral de la métropole univer.'jelle sur sa dipne renonciation à la domination matérielle, mémo dans le milieu français.
Pour terminer la révolution occidentale, il faut irrévocablement constilner la division fondamentale des deux puiâsances, prématurément ébauchée au moyen Ajare d'après une doetrliie insuffisante. Le principe révolutionnaire consiste surtout dans Tabsorption du pouvoir spirituel par les forces temporelles, qui ne reconnaissent d*autro aulorilé théorique que la raison individuelle, du moins envers les questions les plus important^is et les plus difficiles. Tous les partis actuels méritent ainsi d'être également qualifiés d'auarchiques f^t de rélrograd<^i^, puîsqu*ils s'accordent à demander aux lois les sidulions réservées aux mœurs. Cette perturbation est devenue tellement universelle et profonde, que les meilleurs amis de la liberté n'hésilent jamais à recourir aux moyens matériels pour faire prévaloir leurs opinions quelconques. Voilà comment le pouvoir théorique se trouve forcé de surgir dans lin milieu brulaU où la moindre dissidence Texposr^ toujours à subir un refus de subside que Pordre normal réserve aux chefs pratiques, et borue aux conflits exceptionnels,
Le sacerdoce positif doit donc surmonter des dilTicull "s devenues presque autant morales que mentales^ puisque le trouble des pensées a gravement altéré les sentiments, Sans doiit^, la révolution moderne est principalemeni iutellectuelle, tandis que celle qui s'accomplit au luojea âge fut essenliellemenl sociale. Mais, pendant les cinq siècles de Tanarchie occidentale, et surtout depuis l'explosion de la grande crise qui doit la terminer, le désordre de Pesprit a de plus en plus alFecté le cœur. C'est d'après celui-ci qu'il faut maintonanl définir la maladie révolutionnaire^ consistant dans une îiurexcilation continue de Tor^ueil et de la vauité, par suite d*une tendance^ éminemment contagieu.'^e, vers riiifaillibiltlé personnelle. Ainsi se trouve directement compromis le principal résultat de l'ensemble du régime lliéologîque : le développement de la vénération, seule base de la vraie liiscipline» et garantie nécessaire des deux autres instincts s}'m]>athiquea. 11 faut que le positivisme fonde ses meilleur» titres au gouvernement spirituel f^ur la reconstruction décisive de ce grand sentiment, plus essentiel et plus altéré qu'aucun autre. Uo tel succès n'appartient qu'à la religion univeigel le, puisque toutes les croyances arriérées ont réellement aggravé ce désordre; sans excepter le catholicisme, qui ne peut vénérer qu'un essor de dix siècles dans une seule moitié du monde romain.
Ainsi, la maladie occidentale exige un traitement plus affectif qu'intellectuel, depuis que l'esprit a rempli son principal office on construisant la philosophie positive d'après la fondation de ta sociologici appuyée sur t'ensemble des sciences préliminaires. Quoique les positivistes aient dû d'abord monter de la foi vers Tamour, ils doivent désormais préférer la marche,
VtE u' AUGUSTE COMTE
plus rapide t!l plus effîcac*^, qui desrnnd de l*amoiir à lo foi. Le senlîmt^nt éiixni moins troublé que rinlellîgence, c'est surtout de lui que dépendni le n'^tablissement de Tordre occidenlaL Seul capable de compléter et <Jô consolider les convictions éman<îes de l'esprit, le cœur peut mémo eu dispenser à beaucoup d'égards, du moins envers Tassistance générait^ qu'exij^'ê toute grande construction. Je ne regarderai le subside posiliviste comme a^^ant acquis assez de consistance que lorsqu'il reposera principalement sur des impulsions sympathiques, au lieu de dépendre d'adhésions intellectuelles, toujours flottantes au moindre choc.
Invoquant le cœur plutôt que Tesprit pour consolider et développer ce tl« institution naissante^ je dois on agrandir la base en y provoquant !a parJicïpation ûq toutes les âmes qui, quelle que soit leur foi, sentent dignement le besoÎD d'une réorganisation spirituelle. Leur ralliement continu piful seul préserver les Occidentaux de la dégradation vers laquelle ils tendent de plus en plus en négligeant la culture morale pour développer le progrè<> matériel. Mais ce cencours sympathique ne saurait être présidé par aucune des croyances théo logiques, puisque leur nature absolue les rend directement ineonciliables/Toutes peuvent, au contraire, se subordonner au positivisme, quij toujours rLdatif, les consacre nécessairement, chacune daoj* son milieu» comnje autiint d'institutions provisoires que THumanilé lil spontanément surgir afin de diriger son initiation. Sous leur inanité théorique, elles conservent, à divers degrés, une efficacité morale que la religion ptisitive honore et développe, en reconnaissant que les plus imparfaites sont aujourd'lmi devenues, quand elles rallient, préférables nu sceptrcbme dispersif. Aucun fanatisme spécial ne disposant, de nos jours, à négliger !« but pour les moyens, toutes lesilmes vraiment religieuses peuvent se réunir cou ire les dangers universels de rirréligîon. En respectant avec sagesse la réserve provisoire de leurs solutions respectives, le positivisme peut utiliser leurs dispositions organiques en les faisant dignement concourir à surmonter les tendances révolutionnaires.
Je suis ainsi conduit à terminer cette circulaire en osant direclemea^ placer le subside positiviste sous la sympathique assistance des thôologisleà sincères qui regardent ravènement d'un pouvoir spirituel comme le premier besoin de notre temps. Après avoir assez rempli toutes les con<litions intellectuelles qu*exige désormais une telle construction, j*en ai loyalement réalisé les conditions morales^ tant privées que publiques. Une carrière vouée, dès son débuts à la réorganisation spirituelle fui, en temps, opportun, complétée par l'intime régénération résultée de l'inlluence féminine, d'apr^5 un tjpe angélique, que la mort consolide et développe. Mon indépendance^ théorique se trouve pleinement garantie en vertu d*uue irrévocable renonciation à toute existence ofOcielle, à tonte pension, et même aux profits matériels de mes travaux quelconques. L'aptitude décisive de ma doctrine à glorifier renserable des tetnps et des lieux, dt!'jà caractérisée d'après mon appréciation abstraite du passé, devient irrécusable depuis ma systématisation concrète de la commémoration occidentale.
Voilà comment je puis maintenant espérer que les Ames vraiment reU-
PliCKS JUSTjriCATiVRS
, disposées à la synthèse par la sympathie, sauront bientôt surmonter les discordanceti doprmaLique^ pour encourager le seul ofTort de notre siècle envers la religion universelle. Dès mon début, le célèbre écrivain qui défendait alors le catholicisme létuoiiroo dignement cette affinité, qui ne cessa qne lorsqu'il devint un déplorable auxiliaire des doctrines anarchisles. Le développement de ma carrière a fait spontanùmenl surgir, au sein du protes^tantisme, d'équivalentes manifestations, dignement caractérisées par une noble coopération au subside positiviste. En môme temps, j'ai directement constaté mon active sympatlvie envers les cultes utiles et sincères, d'après un engagement solennel d'alimenter le budget catholique, quand il sera seulement fondé sur do libres souscriptions. Ainsi, de tous côtés, ont déjà surgi les germes essentiels de la grand tî alliance que les principaux besoins du dix-neuvième siècle doivent bientôt développer entre les âmes religieuses contre les instincts irréligieux.
Une génération tout entière s'est maintenant écoulée depuis ma découverte fondamentale des lois sociologiques, en 1822, jusqu'à ma construction décisive de la religion positive, en 1854. Ce long enfantement a du susciter, envers la synthèse universelle, des sympathies et des antipathies qui ne pouvaient être que provisoires. Devenu maintenant appréciable, son ensemble va partout déterminer les dispositions défmitivcïi auxquelles je subordonnerai Tavènement du sacerdoce de TM mua ni té. Surmontant, par la vénération, toute divergence secondaire* les vrats positivistes, plaçant le cœur au-dessus de IVspril, sauront activement développer les convergences fondamentales, Partout devenus les directeurs systématiques dô Tordre et du progrès, ils laisseront les dissidents retomber, plus que le vul* gaire, dans un cours stérile d'oscillations empiriques entre l'anarchie et la rétrogradation. Le cunllit de ces mouvements doit bieniAt procurt^r à chaqu» élément du subside positiviste une persistance morale essentiellement équivalente à la (îxité légale dignement instituée par le malheureux Wallace. Envers une coopération où les plus minimes cotisations sont admises, l'inconstance no peut résult*.'r que de rinstabilitè des convictionsi due surtout a rinsuffisance des sentiments.
D'après la préface de mon volume linal, on sait que je consacrerai la présente année^ soit au repos qu'exige ma construction religieuse, soil à la firéparation des trois traités qui doivent la compléter, et dont le premier est annoncé pour ISritn Mais, outre le cours déjà promis, et qui peut-étr sera toléré, je suspendrai ce chômage en publiant, vers le milieu de Tannée actuelle, un opuscule exceptionnel (d'environ cent pages in-8^'). Préparé par ma lettre au tsar, cet Appel « (omiejt vrnà conservateurs doit directement développer les principales considérations que la présente circulaire ne pouvait qu'indirectement signaler.
Salut et Fraternité.
Auguste Comte, 10, rue Mcmsieup-U*-Pnn**Ct Né à Motilpelller le 19 janvier 1798.
VIS D*AUOUSrE COMTB
Résumé général des souscriptions paur te subside positinùite en iSSi 3,360 fr.
^ fraoçaises
21 autres occidentales 2,480 fr,
Plus 5 anonymes, de diverses nations. i,164 fr.
Minimum, 5 fr.
Moyenne, 63 Maximum, 300 Minimum, 10 Moyenne, 118 Maximum, ^îOO
Total 79 souscriptions. .,,,... 7,004 fr, [Moyenne, 80
N, B, Fondé le 12 novembre 1848, le subside positiviste fournit 3,000 francs en 1849, 3,300 on 1850, 4,200 en 1851, 5,600 en 1862, *i 7.400 enl8&3.