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I-IÈCES JUSTIFICATIVES

la partie négative de la révolution, chacun sait que, saufquelques hommes arriéres et peu influents, ces théories surannées ne déterminent aucune foi sérieuse chez ceux qui sont ainsi forcés d'y recourir provisoirement. La prépondérance habituelle et unanime des sentiments d'ordre fera bientôt ressortir, a tous égards, combien cette impmssante restauration d'une philosophie purement révolutionnaire se trouve antipathique aux besoins et aux tendances qui caractérisent notre siècle, surtout en France, où 1 anarchie n'est pas moins repoussée que la rétrogradation.

Toutes les inquiétudes qu'excite déjà ce réveil passager des principes négatifs aboutiront nécessairement a faciliter l'ascendant de la philosophie positive, seule source désormais possible des convictions systématiques capables de contenir d'imminentes aberrations, contre lesquelles les croyances théologiques n'offrent plus, depuis longtemps, aucune garantie réelle. Ainsi, par exemple, il s'élèvera, dans notre prochaine Assemblée nationale, de graves débats au sujet de la devise républicaine, entre les partisans de la formule révolutionnaire qui vient d'être momentanément rétablie, et ceux de la devise provisoire que l'heureux instinct de la classe moycane adopta spontanément sous le régime déchu. Cette lutte inévitable permettra naturellement a la société Positiviste d'espérer déjà l'unanime consécration de sa propre devise [Ordre et Progrès), qui correspond certainement au vrai caractère de l'avenir social, comme annonçant la conciliation fondamentale, il la fois politique et philosophique, des deux besoins généraux de l'humanité. De même, les intimes difficultés industrielles qu'aggravera de plus en plus la tendance métaphysique à prescrire légalement ce qui doit surtout être réglé parles mœurs, fourniront a la nouvelle société beaucoup d'occasions décisives de faire nettement sentir, aux travailleurs et aux entrepreneurs, combien cette discipline si désirable dépend d'une vraie réorganisation spirituelle, seule capable d'établir et les principes qui doivent y présider, et l'autorité, aussi impartiale qu'éclairée, qui peut les appliquer sagement a chaque conflit. En ce qui intéresse spécialement le progrès, il nous manque une dernière garantie essentielle, pour compléter la liberté de discussion indispensable a la régénération finale, en étendant convenablement a l'exposition orale la juste indépendance déjà propre a l'exposition écrite. Or, la Société Positiviste peut seule aujourd'hui solliciter, avec l'infatigable énergie qu'inspire une pleine conviction, la consécration légale des conditions nécessaires ii la liberté d'enseignement et d'association que l'heureuse secousse de Février nous a

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spontanément procurée. Toutes les autres écoles actuelles répugnent plus ou moins à cette plénitude d'examen, que leurs théories ne pourraient supporter.

Sans spécifier ici d'autres applications, on conçoit, en général, que celte société fera utilement intervenir sa doctrine universelle dans toutes les occasions décisives que présentera le développement spontané de notre anarchie spirituelle pour manifester le besoin de véritables principes sociaux, propres à fournir une base solide de jugement et de conduite. Quoique la situation semble favoriser les utopies quelconques en leur permettant désormais un libre essor théorique, elle leur ôte, par cela même, l'attrait involontaire résulté d'une oppressive interdiction et l'illusion naturelle d'une lointaine perspective. Ainsi placées en présence de la réalité, elles ne pourront plus soutenir, aux yeux du public impartial, l'examen rationnel que la nouvelle philosophie peut seule leur faire dignement subir.

D'après sa destination, la Société Positiviste exercera son office spirituel, non-seulement par ses discussions intérieures, mais aussi par ses écrits et ses discours publics, par ses pétitions systématiques à l'Assemblée nationale ou au pouvoir central, etc. ; en un mot, par tous les modes propres à l'influence théorique et consultative, pure de toute intervention pratique. Jusqu'à ce qu'elle ait acquis assez d'extension et d'importance, ses séances continueront à se tenir chez moi, chaque dimanche soir, de sept heures précises à dix heures. Mais rien ne pouvant désornuiis devenir efficace, comme l'avaient senti les Jacobins, que ce qui s'accomplit au grand jour, sa mission ne fructifiera pleinement que quand ses réunions habituelles seront consacrées par la silencieuse présence d'un libre auditoire. C'est seulement alors qu'elle achèvera de préparer uneVraie réorganisation spirituelle, en ébauchant, dans son sein, le culte final de l'Humanité, surtout d'après un système général de commémoration publique, que la saine théorie historique lui permettra d'étendre, sans aucune inconséquence, à toutes les phases de l'évolution humaine.

Pour mieux assurer l'unité de composition indispensable ii la Société Positiviste, je resterai seul juge de l'aptitude intellectuelle et morale de tous ceux qui demanderont à y entrer. Mais, quoique le nombre des membres doive demeurer illimité, il importe aussi de garantir spécialement la fraternité de leurs relations mutuelles C'est pourquoi chacun de mes nouveaux choix sera toujours soumis il l'acceptation des anciens membres. Les explications précédentes indiquent évidemment, comme

première condition indispensable, une suffisante adhésion à 1 esprit général du positivisme. Ceux qui éprouveraient un vrai dosir de s'agréger à la nouvelle Société, sans avoir encore étudié mon grand traite, devront au moins adopter pleinement le Discours sur Vesprit positif, que je publiai, il y a quatre ans, pour caractériser sommairement le positivisme, et Téminent opuscule de la Philosophie positive, publié, un an après, par M. Littré, au sujet de mon ouvrage fondamental. Quiconque n'adhérerait pas complètement aux cinq conclusions essentielles do ce petit écrit, devrait dès lors renoncer a une telle incorporation, du moins immédiate. Au reste, je publierai bientôt un Discours sur Vensemhle du positivisme, qui, sous tous les grands aspects philosophiques et politiques, pourra, comme preuve de cette admission, dispenser de la longue et difficile étude d'un traité peu accessible à la plupart des lecteurs actuels.

^ Tous les philosophes positifs, qui veulent désormais vouer sérieusement leur vie entière au sacerdoce de l'Humanité, doivent systématiquement renoncer a toute position politique proprement dite, même £i celle qui leur serait proposée par la confiance directe de leurs concitoyens. En leur nom, comme au mien, j'ai récemment proclamé, dans une occasion décisive, ce solennel engagement, résultat nécessaire des profondes convictions qui, depuis plus de vingt ans, m'ont familiarisé avec les conditions essentielles de cette séparation continue des deux puissances élémentaires oii je vois le principe fondamental de la saine politique moderne. Il est clair, néanmoins, qu'aucune renonciation semblable ne saurait jamais être imposée k la plupart des membres de la Société Positiviste, puisqu'elle serait directement contraire au but général de cette association, l'universel ascendant de la nouvelle philosophie. Destinés, non à fonder une doctrine qui déjà existe, ni même a la développer et a la perfectionner, mais seulement a la faire prévaloir par une application continue et spéciale au cours naturel des événements, ces membres émaneront indiiîéremment de tous les rangs actuels. La classe active en devra fournir le plus grand nombre, surtout parmi ces nobles prolétaires français qui sont tant disposés, de cœur et d'esprit, ix une telle mission. Bien loin d'oublier jamais leur caractère pratique dans nos séances positivistes, ils viendront y retremper périodiquement leur énergie mentale et morale, pour mieux remplir leurs divers offices publics, en faisant pénétrer partout l'esprit fondamental du positivisme.

D'après l'extension occidentale ci-dessus ailribuée h ses fonc-

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lions essentielles, la Société Positiviste ne se compose point exclusivement de Français. Ses membres peuvent appartenir à l'une quelconque des cinq populations qui forment l'avant-garde de l'humanité, et même à celles qui en sont émanées par colonisation moderne. Toutefois, sa principale activité devant aujourd'hui s'exercer en France, où d'ailleurs réside le centre normal de cette grande famille, j'aurai toujours soin d'y maintenir une forte majorité française. Au lieu d'introduire dans la société-mère beaucoup d'autres Occidentaux, il sera préférable d'étendre surtout son territoire par la formation graduelle de sociétés affiliées dans les diverses capitales de l'Occident, comme dans les principales villes de France ; en sorte que le foyer parisien puisse aisément répandre partout son impulsion systématique, et aussi subir, ii son tour, toutes les réactions partielles convenables à sa destination.

L'association dont je viens d'esquisser la nature et le but s'honorera toujours de son affinité naturelle avec l'énergique devancière qui concourut si heureusement au triomphe initial de la même cause. En remplissant spontanément, envers notre glorieuse assemblée républicaine, l'office d'un pouvoir spirituel, autant que le permettaient l'époque et la situation, les Jacobins complétèrent l'admirable institution, trop peu appréciée encore, du gouvernement révolutionnaire. Pour diriger aujourd'hui la terminaison organique de la révolution, les Positivistes viennent exercer un office équivalent, auprès du nouveau pouvoir temporel, local ou central, dont la principale destination, toujours nécessairement provisoire, consiste a garantir l'ordre matériel tant que durera l'interrègne intellectuel et moral.

Si les jacobins eurent sur nous l'avantage d'appliquer une doctrine préalablement adoptée, qui les dispensait de toute forte discussion de principes, la nôtre compense sa nouveauté et sa difficulté par son caractère évidemment définitif et par son aptitude à tout embrasser. Elle remplit môme, avec toute l'énergie convenable, et pourtant à l'abri de toute tendance anarchique, le genre d'attributions sociales que conserve encore l'esprit révolutionnaire proprement dit, qui peut ainsi s'éteindre sans danger. Chacune des deux doctrines convient tellement a sa principale destination, d'une part critique, de l'autre organique, que je crois pouvoir assurer que presque tous les vrais jacobins seraient aujourd'hui de zélés Positivistes.

Malgré la grande diversité de leurs opinions respectives, toutes poursuivent, au fond, le même but essentiel, par des moyens

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adaptés aux temps et aux situations. La principale dincronce philosophique consiste dans l'esprit anti-historique qu'exigeait l'ébranlement initial, où l'humanité, pour sortir énergiquement du régime ancien, devait alors être animée d'une haine aveugle envers le passé ; tandis que désormais l'esprit dominant doit, au contraire, devenir profondément historique, soit pour rendre au passé une justice indispensable h notre entière émancipation, soit pour fonder notre avenir sur sa seule base solide, en le liant toujours a l'ensemble de l'évolution humaine, apprécié par une théorie qui n'eût été, au début de la révolution, ni possible ni opportune.

Auguste COMTE,

Au leur du Système de philosophie positive, 10, rue Monsieur-le-Prince.

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Calendrier positiviste.

AVIS Sun CETTE HUITIÈME ÉDITION.

Nous avons dû nous borner h reproduire ici le Calendrier proprement dit, tel qu'il a été finalement modifié par Auguste Comte; et nous renvoyons aux premières éditions, publiées de 1849 a 1852, et que l'on trouvera chez les dépositaires des ouvrages positivistes, pour les détails sur la nouvelle division do Tannée et pour les notions générales sur le système de commémoration.

C'est avec l'autorisation de M. Pierre Lafitte , directeur actuel du positivisme, que nous avons apporté a cette nouvelle édition du Calendrier^ les modifications scrupuleusement conformes aux indications manuscrites laissées par Auguste Comte.

(Note du Riographe).

les qantf premières éditions de ce Calendrier ftireut publiées, iveo le préambule intiuUé Stjslme de commt^noratioii . en avril 1î:49, arril 1S50, terrier 1S51, et mai 1852; la cinquième en octobre ISoi, dans le Catéchisme positiviste; la sixième , en août dans le tome qtiatrième dn Sijslème de poUliqiie positive; et la septième, en août ISod, dans VAppel aux conservateurs.

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