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LES FLEUVES

La zone orientale de la colonie est drainée par le Comoé. Le Bia est insignifiant et la moitié de son cours est engagée sur le territoire anglais.

Le Bandama, avec son gros affinent, le A'zi, et, plus au Nord, sa bifurcation en Bandama rouge et eu Bandama blanc, arrose un bassin assez étendu pour occui)er j)lus du

tiers médian de la colonie. La Sassandra, avec ses al'lluenls, le Zô et le Firédougouba, traverse des régions d'un abord difficile, parce que la cote correspondante est dépourvue de lagunes. De même pour le San-Fedro, qui d'ailleurs est minime, et pour le Cavally, qui présente cet autre désavantage de couler à l'extrême ouest, pidsque, depuis la convention cle décembre 1802, il forme la frontière libérienne.

De ces fleuves grands ou petits, aucun n’est navigable, même au moment des' hautes eaux. Comme tous les cour^ d'eau africains, ils sont }>arsemés, à des distances généralement faibles, de rapides qui nécessiteraient, par journée de voyage, une moyenne de (|uinze à vingt portages. Ajoutons <|ue, pendant les six mois de la .saison des pluies, les biefs qui régnent entre deux rapides ne sont plus que des ruisseaux, oii ne peuvent plus naviguer même les pirogues des indigènes.

Les clialoupes à vapeur en service dans les lagunes n<' sauraient, durant les huit mois favorables, remonter le Bandama au delà de 70 kilomètres, et le Comoé au delà de 60. Il n'est pas besoin d'insisler sur la Xolie (pi'il y aurait à vouloir déblayer ces lleuves de leurs innombrables brisants, et ensuite y assurer par un chapelet d'écluses un étiage convenal)le. De pareils travaux, après avoir absorbé deux ou trois centaines de millions, alors (|ue le pays peut être pourvu, en (piatre ou cinq fois moins de temps, et moyennant des dépenses vingt fois moindres, des voies ferrées essentielles.

L'IIinterland de la Cote d’ivoire était en certaines parties dangereux à fréfjuenler, i[uand Sainory régnait à Kong et à Bouna, interdisant toute communication terrestre entre' (îrand-Bassam et le Soudan français et menaçant même parfois de se porter vers le sud. 11 ne subsiste même pas, dans le pays de Kong, ces cendres chaudes (jue dans d’autres contrées africaines on doit toujours s'attendre à voir engendrer une nouvelle conllagration.

Les Bambaras et les Malinkés n'avaient pas le moindre

culte pour Samory, et ne songeront jamais à lui susciter un successeur; il ne s'agit pas là d'un prophète comme dans le Soudan oriental. Les indigènes sont même très satisfaits que nous les ayons débarrassés enfin du terrible despote. Il n’en faudrait pas conclure d’emblée qu'ils nous soient reconnaissants. T,e noir de la Côte d'ivoire n’est pas plus riche en qualités morales que la plupart de ses congénères. Les Boubouris du moyen Comoé et les Ouobés du Bandama rouge pratiquent encore l’anthropophagie, et certaines tribus Malinkés la traite des Nègres. Car on est bien oblige de dire que les marchands d’esclaves continuent à parcourir sans entrave l'Hinterland du Libéria.

Mais toutes les autres peuplades ont renoncé depuis longtemps à manger leurs semblables, et parmi elles il en est même qui se signalent par une douceur de caractère peu commune en Afrique. Tels sont les Généfos du Cavally, les Gouromés du Baoulé, et surtout les Dioulas et les Appoloniens.

Les noirs de ces deux dernières dénominations constituent la majorité de la population, dans les deux tiers méridionaux de la colonie et surtout autour des lagunes.

Les Appoloniens, très intelligents, s assimilent cite la civilisation. Ils ont pres(ine monopolisé le commerce des bois et aussi une industrie : la récolte du caoutchouc. Comme les Achantis, dont ils sont du reste les cousins, ce sont de ’ superbes statues de lu’onze.

Les Los du nord-ouest sont plus beaux encore. Il faudrait aller jus(|u’en Polynésie pour trouver pareille agglomération d’hommes grands, droits, forts, souples. Ce sont aussi des guerriers émérites. Retranchés dans leurs forêts ils ont opposé à Samory une résistance qui a finalement induit celui-ci à ne pas insister pour l’envahissement du Baoulé. La zone septentrionale est partagée entre les Malinkés ;i l'ouest, et les Bambaras à l'est. Les deux races commencent à se mélanger aux alentours du Kong. Elles sont aussi intelligentes et industrieuses que les Achantis. Les Bambouras

surtout, excellents agriculteurs, tisserands, teinturiers, tanneurs,vanniers et potiers, montrent une singulière force d’expansion vers le sud et l’ouest. Nous n’avons, en somme, qu'à nous en féliciter. Sans que nous ayons besoin de nous en mêler, ils auront raison des derniers îlots dépopulation sauvage.

Il est natui-ellement impossible de se faire une idée, même approximative, du nombre de tètes que comptent ces tribus-îlots. I*our le reste, on évalue à deux millions et demi le total des indigènes. Cela ne donne qu’une densité kilométrique de 10. Elle semblera cej)eudant très satisfaisante, si l’on songe aux massacres, et aux recrutements de guerriers et de porteurs que ju-atiqua Sainory, ainsi qu'aux famines (jue déterminèrent ses incursions. On ne doit pas non plus perdre de vue que la traite sévissait dans les mêmes parages il n’y a pas dix ans. Enfin l’immense forêt est peu favorable au développement intensif de la population. Le Haoulé, qui occupe un cinquième de la superficie totale, renferme à lui seul la moitié de la population. En dehors de cette vaste clairière et du pourtour des lagunes, il n’y a pas d’agglomérations vraiment importantes. La capitale, Grand- Lassam, a été décimée, l'an passé, par la j)este et la fièvre Jaune. On a dû envoyer les habitants camper à Mousson, dans une presqu'île voisine, et brûler tordes les maisons. D’ailleurs le centre administratif sera déplacé. On travaille activement à édifier les bâtiments voulus à Abidjean, sur la rive septentrionale de la lagune en face du Petit-Bassam, qui est situé, comme Grand-Bassam, sur la lagune de sable dont se frange l'Océan.

Les autres ports à signaler sont : Assinie, Jacqueville, Grand-Lahou, Fresco, puis Sassandra, San-Pedro avec son phare, Béréby, Tabou, enfin Bliéron,à l’embouchure du Cavally. L’étude des routes et marchés nous permettra d'indiquer les principaux centres éloignés du littoral.

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