‹ Notice-sur la CoÌ‚te d’IvoireChapitre 4 sur 15 · ORGANISATION ADMINISTRATIVE · texte numérisé non relu

ORGANISATION ADMINISTRATIVE

Le gouverneur, qui est assisté d'un Conseil d’administration et d'un secrétaire général, correspond directement avec le Ministre des colonies depuis la dislocation du Soudan. Sous le régime ijui était eu vigueur il y a quelques mois encore, le gouverneur résidant à Grand-Bassam relevait du (louverncur généiad de 1 Afrique occidentale, résidant à Kayes.

Saisissons l’occasion de préciser que la plupart des renseignements utilisés pour la présente notice ont été empruntés aux documents qu'ont eu l'obligeance de nous fournir le précédent gouverneur M. Mouttet, à qui la Côte d’h’oire doit tant, M. Clozel, secrétaire généi’al actuel, et son prédécesseur, M. Bonhoure.

On a souvent reproché à notre organisation coloniale de nécessiter une profusion de fonctionnaires. En ce qui concerne la Côte d’ivoire , nous sommes heureux d’observer ([ue ce pays, vaste comme le tiers de la France, et peuplé autant que Paris, ne compte pas cinq cents fonctionnaires, même en y comprenant deux cents miliciens. C'est absolument comme si on comptait comme fonctionnaires les gardiens de la paix à Paris. 11 convenait d’insister sur ce point, étant donné les progrès de la sécurité, et l'heureux développement que prend le commerce.

Nous pourrions aussi, en étudiant successivement le détail de chacun des services, montrer que les indigènes sont pour nous des auxiliaires précieux. Les deux cents sous-ofticiers, caporaux et gardes de la milice, sont tous des noirs; sur les cinquante personnes occupées par la douane, la moitié sont originaires du pays; celui-ci fournit également au gouverneur seize excellents interprètes.

La colonie possède un conseil d'appel et un juge de paix à compétence étendue. De même que le receveur de l’enregistrement, et le grelTier, qui tient lieu aussi de notaire, et d'huissier, ils sont choisis par le gouverneur parmi les fonctionnaires , ce qui simplifie les choses et permet de réaliser des économies notables. Par analogie, c’est le commissaire lie police qui remplit le rôle de ministère public. On a pris exemple, pour cette organisation rationnelle, sur les petites colonies britanniques comme la Côte d'Or et la Gambie; la prospérité de la Côte d’ivoire prouve que l’on n'a pas erré.

Les services de santé, des postes et télégraphes, des douanes, des travaux publics, sont établis sur de bonnes et

solides Jjases. On Irouvc à Grand-Bassam une exccllenle petite imprimerie, qui exécute, eu outre des travaux gouveruementaiix comme le Journal Officiel, }»imensuel, des la- J>eurs pour les particuliers.

L’enseiguemeut primaire fonctionne dei)uis 1897, avec sept écoles : Grand-Bassam, Mouossou, Memmi, Bonoua, .lacqueville, J tabou, Assinie.

Les résultats (pie l'on y a déjà obtenus sont tels que les élèves indigènes commencent à fournir des moniteurs, des apprentis imprimeurs, des surnuméraires des postes et télégraphes, et des interprètes. Onelques-nus de ceux-ci font des cours réguliers de fran(;;ais dans les postes oii l’on n'a pas encore pu instituer d’école.

Enfin l'un des rêves caressés par l'administration de la Cê)te d'ivoire, est la fondation d'une Ecole professionnelle. Il est certain qu'un |>areil établissement serait appelé à rendre des services remarquables.

La colonie est divisée en onze cercles administratifs, dont huit C(jtiers : Assinie, Grand-Bassam, Dabou, Grand-Labou, Sassandra, San-Pedro, Béréby, Tabou,' et Iroh de pénétration : le Baoulé, l'Indénié, et le Bondoukou.

Un s’étonnera que deux cents miliciens répartis entre onze postes si distants suffisent à maintenir la tranquillité. C’est que la Cède d’ivoire est constituée, on l’a dit, par une forêt. Perdues dans celle-ci, les diverses tribus n'ont pour ainsi dire pas la moindre communication entre elles. Sauf au nord, oi'i les deux branches de la grande race mandingue, les Malinkés et les Bambaras, ont établi un commencement d’unification, les peuplades parlent des idiomes très différents, ne s’écartent jamais d’une zone fort restreinte, se considèrent comme des ennemis irréductibles. Aucune d’elles, isolément, ne serait redoutable pour nous, et, loin qu’elle pût trouver des alliées chez ses voisines, celles-ci auraient au contraire des tendances à nous seconder dans la répression. Un fait pour fixer les idées. En 1898, les Boubouris, qui ont un millier de guerriers, assassinèrent deux

Furopéens, el se tléclarèrenl en rébellion ouverte ; la colonne chargée de la répression fut suivie et aidée par les Dioulas et les Apoloniens. De même, dans 1 insurrection des Tépos du cercle de Caoully : les indigènes de la Côte accompagnèrent contre eux, comme porteurs et pagayeurs, l'énergique administrateur, M. Thoiré. Il est cependant regrettable que les conseils de fermeté donnés par celui-ci n'aient pas été suivis : l'insurrection est assoupie, non éteinte.

Il serait injuste d'oublier aussi que la méthode de domination adoptée par les trois gouverneurs successifs, MM. Binger, Mouttet et Roberdeau, est celle de la tolérance. — A la Côte d'ivoire, on respecte les coutumes locales, les mœurs, et même les superstitions fétichistes, en tout ce qu'elles n'offrent pas d'incompatible avec les principes d'humanité. On emploie, jusqu'aux extrêmes limites du possible , la douceur et la conciliation. Entin l'on s'efforce (le faire comprendre aux noirs c[u'on n'est pas venu poulies spolier, mais au contraire pour leur enseigner des méthodes agricoles, commerciales, industrielles, qui leur permettront de réaliser des profits de plus en plus importants avec les comptoirs européens.

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