Talpa Sansaniensis
Talpa europæa (pars) Blainv. Ostéog. Fasc. 0.
M. de Rlaiuville attribuant à des circonstances d’âge ou de sexe les dissemblances signalées dans les morceaux de cette Taupe fossile que j’avais mis à sa disposition, n’a pas hésité à la confondre avec notre espèce vivante, la Taupe d’Europe. Cela se concevrait très-bien, si ces dissemblances se fussent bornées au plus ou moins de développement d’un organe quelconque. Ainsi, la Taupe deSansan avait son appareil fouisseur moins robuste à proportion que celle qui vit aujourd’hui dans les mêmes lieux; ce que l’on pourrait expliquer en admettant que l’animal fossile aurait dû chercher sa subsistance dans un sol moins résistant. Mais , si indépendamment de la réduction proportionnelle de telle partie de la charpente osseuse, il s’y manifeste eu outre des modifications dont la persistance devient un caractère distinctif, l’assimilation spécifique n’est plus admissible.
La Taupe fossile de Sansan a bien le même nombre de dents que sa congénère vivante; seulement ses incisives sont plus fortes, les canines moins comprimées ainsi que les fausses molaires ; les molaires vraies ont leurs prismes plus obliques. A la mâchoire inférieure, les fausses molaires ont, à rni-couronne du côté interne , un tubercule qui manque dans la taupe vivante. En outre, ce qui est bien plus important dans la manière devoir de M. de Blainville lui-même, la canine et les deux premières fausses mo • laires de la taupe fossile n’ont qu’une seule racine, tandis que dans l’espèce vivante chacune de ces dents en a constamment deux.
Passant aux autres parties du squelette, nous trouvons dans la taupe fossile deSansan, l’omoplate moins robuste,- son ajeromion plus détaché et remontant en crête plus saillante; la clavicule moins développée en tout sens,
surtout plus courte à proportion et sans trou vasculaire ni apophyse rentrante à son bord inférieur comme dans l’espèce actuelle; l’humérus moins robuste, sa tête supérieure plus comprimée, les apophyses en crochet qui se détachent de chaque condyle inférieur moins remontantes; le radius plus court, sa cavité sygmoïde plus profonde et se relevant en arrière, mais sans échancrure , sa tête carpienne plus large et aussi plus creusée,' le cubitus différent par son olécrane dont la forme est plus approximativement triangulaire, et par son extrémité carpienne moins oblique ; les phalanges onguéales moins aplaties , plus étroites en avant , avec un commencement de bifurcation. Le fémur montrant une ligne saillante qui se continue du grand trochanter au petit, et qui produit ainsi un commencement de fosse trochanterienne; les condyles de sa tête inférieure sont moins inégaux et plus rapprochés, le tibia est plus robuste dans sa moitié inférieure, sa facette nstragalicnne est plus élargie, etc., etc.
J’ai cru devoir entrer dans ces détails minutieux , justement parce que la Taupe de Sansan est, de tous nos mammifères fossiles, celni qui se rapproche le plus de son analogue actuellement vivant dans la même contrée. L’on vient de voir cependant que les dissemblances ostéographiques, loin de s’arrêter à une simple modification accidentelle de tel ou tel organe en particulier, s’étendent au contraire à toutes les parties du squelette, et que chaque os, si peu important qu’il soit, n’en porte pas moins un cachet distinct et exclusif de toute confusion spécifique entre deui congénères si rapprochés d’ailleurs par leur dimension et par l’ensemble de leur physionomie.
Sansan. C. C. C.