‹ Notice sur la communauté israélite de DijonChapitre 1 sur 1 · DIJON · texte numérisé non relu

DIJON

IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE F. CARRÉ rue Amiral-Roussin, iO

LA

COMMUN AÏTÉ ISRAÉLITE

Afin qu'on se rende bien compte de la rigueur extrême de cette loi, voici les peines édictées, pour les mêmes voies de fait, contre les délinquants chrétiens ou autres :

Avoir frappé un ingénu : un sou d'or par chaque coup, et six sous d'or au prince ;

Un affranchi : un tiers de sou d'or par coup, plus, au prince, une amende de quatre sous d'or.

Néanmoins, les Juifs bourguignons n'étaient plus esclaves ; cela est confirmé, d'ailleurs, par deux conciles tenus à Mâcon à la fin du VP siècle.

On ne connaissait rien de particulier sur le premier établissement des Juifs à Dijon, lorsqu'en 1803 et en 1806, en démolissant la Sainte-

Chapelle, on trouva, dans les murailles du Castriim et dans celles d'un édifice dont la destination n'est pas bien déterminée, une trentaine de tombes revêtues d'inscriptions hébraïques, gravées avec le soin et le goût des meilleures époques.

D'où provenaient ces tombes, et comment se trouvaient-elles enfouies dans les murailles décrites par Grégoire de Tours ?

Ici, plusieurs opinions que je ne discuterai pas, car il faudrait avant tout préciser l'époque de la construction du Castrum divionense, et concilier, chose impossible, la légende avec l'histoire. Je vais donc laisser les dates à leur obscurité, pour ne m'attacher qu'aux faits.

Dijon, sous les Gallo-Romains,

était u^e ville ouverte. On a retrouvé loin de soix centre des restes d'habitations luxueuses, mais nulle trace de fortifications. Son importance était assez grande, si l'on en juge par les débris de ses monuments publics.

Quand vinrent les jours sombres, cette ville se trouva livrée à tous les barbares qui suivaient la grande voie de Trêves à Lyon. Il y eut des pillages, des incendies, des massacres. Bon gré, mal gré, il fallut songer à se défendre. L'ordre vint-il d'un empereur, d'un préfet? L'ini-^ tiative des habitants échappés à la mort suffit-elle ? Peu importe. Ce qui restait de la population dijonnaise éleva à la hâte, en se servant des matériaux pris au:^ édifices en rai-

nès> lèè murailles du Gastrum décrit par notre premier historien.

C'était une ville dans le cœur de la première. Les temples, les monuments civils, les cimetières, fournirent les pierres des assises inférieur res. tl en fut de même à Sens et dans d'autres villes encore. Est-il besoin, pour cela, de chercher une proscription comme le fait M. Roget de Bel* lôguet ? Je ne le crois pas. Le malheur des temps suffit. Les barbares portaient le fer et le feu pàrtout> «ans distinction, et si l'on ne trouve point de débris chrétiens dans les premier res assises du Ca^fn^m— encore fau* dralt^il étudier de bien près les sculptures et les inscriptions qui en proviennent ! — c'est que lors des cataclysmes dont je parle, les chrétiens

n'avaient pas encore à Dijon de monuments importants.

Donc, tout ce qui était en dehors de la nouvelle enceinte fut utilisé, et le cimetière juif, comme les cimetières gallo-romains, virent leurs pierres sépulcrales disparaître dans les murailles et dans les tours épaisses de la ville forte. On ne négligea que les matériaux trop éloignés, ce qui sauva le Panthée figuré sur te plan d'Edouard Bredin, — si toutefois ce Panthée a réellement existé.

Je crois en conséquence que les tombes hébraïques trouvées en 1803 et en 1806 sous la Sainte-Chapelle sont des premiers siècles, et antérieures à la construction du Castrum.

Dans une savante étude sur les

Juifs du duché de Bourgogne au moyen-âge^ M. le rabbin A. Lévy émet l'hypothèse qu'après leur expulsion de Dijon, en 1306, les tombes de leur cimetière ont pu être employées aux réparations des murailles (1).

Il oublie qu'à cette époque la nouvelle enceinte de la ville, commencée après le grand incendie de 1137, était presque terminée, et que Ton démolissait déjà le Cas (mm au lieu de le réparer ; il oublie aussi que la Sainte-Chapelle était édifiée aux trois quarts et que, par conséquent, on ne pouvait mettre des tombes juives dans ses fondations remontant alors à plus d'un siècle.

Il faut donc s'en rapporter à l'opi-

(1) Archives Israélites, 1869.

ûîôn de M. Baudot-Lambèrt, lâquèlte n'a rien d^excessif.

Ces tombes concernent plusieurs familles de rabbins. Voici les noms qu'on y a lus :

Ichidchi, fille de rabbin Samuel ; Mardochée, fils de rabbin letouvie ; rabbin Lévi, fils d'Isaac ; Chano, fille de rabbin Abraham ; rabbin Samson Haeman, fils de rabbin Samuel ; Lazare, fils de rabbin Samson (1).

(1) M. le rabbin Â. Lëvyalu aussi quelquesunes de ces tombes, et si sa leçon ne concorde pas avec celle de M. Baudot-Lambert, cit^'e plus haut, c'est quil s'est occupé des tombes du Musée des antiquités, tancfis gué M. Baudot a lu celles qu'il avait recueillies, et qui soitt encore au nombre de quinze, dans la maison qu'il habitait, rue du Yieu^- Coliéf^e, 7. Les noms suivants ont été donnés par M. Lévy :

Itraac-ben-Ahron ; Josué-ben-JosepliiMeilachemben-lsaac;Sîmcha ; Betsabée; Siona ; Esther.

Archives Israélites. — Les juifs du duché de Bourgogne au moyen-âge.

M. Roget de Bellogaet cite encore quatre tombes juives, trouvées en 1850 dans les caves de Tancien hôpital Saint-Fiacre, rue Vauban, et qui furent brisées par les ouvriers.

Des fragments en ont été recueillis pour le Musée des antiquités. Enfin, on en découvrit deux autres, en 1851, sur remplacement de la Sainte-Chapelle, en creusant les fondations de Taile orientale de THOtel-de-ville.

Les débris qui sont dans la cour de M. le docteur L. Marchant proviennent probablement de l'hôpital Saint- Fiacre (1).

Toutes ces tombes sont également

(i) U y a 23 tombes pu fragments au Musée des antiquités ; 15 admirablement cônseï^vées (jians l'ancleane maison Baudot, et 2 fragments chez M. le docteur Marchant, rue Berbisey.

bien gravées ; on y reconnaît la main d'ouvriers habiles, et certes, ce ne sont pas les monuments épigraphiques des VIP et VHP siècles qui présentent ce caractère.

Il est donc permis de croire qu'une communauté Israélite importante existait à Dijon sous les Gallo-Romains, et qu'elle avait son cimetière dans un lieu assez rapproché de l'Hôtel-de-ville actuel.

Pendant de longs siècles, on ne sait plus rien des Juifs en Bourgogne ; ils n'ont point d'histoire. On a dit que c'était le propre des peuples heureux ; ils font cruellement exception à la règle. Eux qu'on a vus li-

- 17. ~ bres encore sous la Loi Gombette, ou les retrouve serfs et persécutés.

La Charte de la commune de Dijon de 1187 ne mentionne pas les Juifs, ce qui permettrait de croire qu'ils lurent compris dans l'afifranchissement; mais une charte d'Eudes III, publiée par Pérard, montre qu'il n'en était rien. « Ils étaient au rang de serfs, et le Prince pouvait à son gré disposer d'eux et de leur suite, comme de ses hommes propres » (1). C'est ainsi qu'en usa Je duc. Un désaccord étant survenu à propos du village de Fénay, la commune de Dijon, pour y mettre fin, céda ce village à Eudes III.

Celui-ci, reconnaissant, donna en 1196, à la commune, les Juifs qu'il

(1) Chenevet.

avait à Dijon, avec le libre attrait des gens de cette nation, c^est-à-dire le droit de les recevoir et de se les attacher de quelque part qu'ils vinssent (1).

Parmi les Juifs ainsi donnés, se trouvaient Hélie et sa famille dont le duc avait déjà gratifié un nommé Vigier ; du consentement de ce dernier, il lui reprit son cadeau et régularisa le tout par une charte datée de 1197, absolument comme s'il se fût agi d'une tête de bétail (2).

Malgré tout, ce peuple de parias était si actif, si industrieux ; il avait tant d'initiative au milieu d'une so* ciété timorée, sans énergie, voyant

(1) Chenbvet.

(2) Voir Pérakd. — necueil de plusieurs pièces curieuses pour servir à Vhistoire de B<mrgogne,

la main de Dieu dans les accidents les plus ordinaires, et attendant tout du ciel, rien d'elle-même, qu'il amassait de grandes richesses. Pour les soustraire à Tavidité des princes, il avait inventé la lettre de change ; mais cela ne suffisait pas toujours.

Rois, clergé, peuple^^' accusant les Juifs de crimes imaginaires, les volaient sans vergogne et les expulsaient, quand ils ne les massacraient pas.

Le bénédictin dom Plancher ra^ conte avec une vive satisfaction un de ces vols éhontés dans son His-toire de Bourgogne.

Salamine, juif dijonnais, avait prêté de l'argent aux religieux de Saint-Bénigne et à ceux de Saint-*- Seine. Quand il Mlut le ren4re, ces

religieux allèrent trouver la duchesse Alix... Ici je laisse la parole à dom Plancher :

€ Pour faire plaisir aux religieux de Saint-Bénigne, elle donna, en 1222, un certificat scellé de son sceau, qui porte que Salamine, juif de Dijon, qui leur avoit prêté de l'argent pour les aider à payer leurs dettes, avoit reconnu et déclaré en sa présence, qu'il avoit été remboursé de toutes les sommes qu'il leur avoit avancées par prêt ou autrement, et qu'il les en déchargeoit et tenoit quittes pour toujours :

c'étoit une espèce de quittance que cette bonne duchesse donnoit aux religieux, au nom du juif, pour les mettre à l'abri de toutes recherches de sa part à l'avenir. Elle en donna

ane autre toute semblable aux religieux de Saint-Seine, Six ans après. »

Cette duchesse Alix de Vergy, qui s'était fait recevoir chanoine de la Sainte - Chapelle , et donnait, en cette qualité, le baiser sur la bouche aux autres chanoines, était une femme exaltée, entièrement à la dévotion du clergé. Elle n'aimait par conséquent pas les Juifs, et ne manquait nulle occasion de les persécuter.

Les Juifs avaient obtenu de Philippe-Auguste, à prix d'argent, un établisse7nent, ou charte, qui réglait leurs rapports avec les chrétiens.

Cet acte, daté de 1206, était spécial à la Champagne et au domaine royal ; mais il renferme une clause

qui permet de supposer que plusieurs autres grands vassaux y donnèrent leur adhésion, t En effet, il était important que les mêmes règles fussent suivies dans les diverses provinces du royaume, afin d'empêcher que les Juifs n'abandonnassent les pays où ils étaient traités avec le plus de rigueur pour ceux où ils trouvaient des conditions plus douces. Aussi, dans les règlements de cette nature qui furent publiés par Louis VIII et par saint Louis, on voit qu'ils sont adoptés en même temps par les principaux feudataires de la couronne. Tel est le règlement du mois de novembre 1223, qui arrête les intérêts de toutes les créances des Juifs et supprime leur sceau spécial : la duchesse de Bour-

gogne figure parrai les seigneurs qui jurèrent de l'observer * (1).

On a vu plus haut que cette bonne duchesse Alix ne se contentait pas d'arrêter les intérêts : elle confisquait aussi le capital.

Son fils, Hugues IV, fut plus humain et plus honnête. Ayant reçu des Juifs à Dijon, il les donna, en 1232, au Maire et aux Echevins, à la condition qu'ils seraient membres de la commune, c'est-à-dire qu'ils participeraient à tous les privilèges de cet établissement. En un mot, il les affranchissait.

De là une ère de prospérité. Les Juifs habitaient deux quartiers spéciaux. Le premier, et le plus impor-

(1) J. SiMONNET, — Juifs et lombards.

tant, comprenait toute la rue BufFon, dont une partie conserva jusqu'à la Révolution le nom de rue des Juifs.

Ils y avaient une synagogue, une école ou maîtrise (1), et un cimetière (2).

La petite Juiverie comprenait la

(1) Cette grande maîtrise de l'Ecole, fait remarquer M. le rabbin A. Lévy, dans son étude déjà citée, était une maison de valeur, puisqu'on l'estimait 500 livres dans l'inventaire de 1306. Il ajoute : dans ce Deth Hami drasch où, malgr.i les soins et les préoccupations du temps, nos pères ne laissaient pas que de se livrer aux études religieuses, devait probablement exister un oratoire. On sait, en effet, qu'autrefois une salle commune servait en même temps d'école et de lieu de prières.

« Devant cette maison s'étendait une place nommée place du Sabbat (la grant maison de Teschole et la place du Cébat).

Archives israélites, 1869.

(2) Eudes IV, pour acquitter des legs faits àl'abbaye de laBussièreeni297, par Ro*»ertIl et Agnès, s'élevant à 58 livres de rente, céda, le 26 février 1337, aux religieux de la Bussière,

rue Poulaillerie, ou Piron ; le bas du Bourg ; la place Saint-Georges ; une partie de la Por telle (aujourd'hui rue Amiral-Roussin), et de la

une partie du cimetière des juifs, « qui est devers leur maison, savoir dès la dernière colonotte de la maison où l'on souloit ensevelir les juifs, par devers Saint-Pierre, jusques es murs de ladite ville. » L'abbé Guy de Cliâteauneuf y fit construire son hôtel.

La ruelle fermée qui conduit aux remises s'appelle encore La Bussière. Cet hôtel, vendu au conseiller Bourrée de Chorey, passa à M. le président de Migieux, puis k M. de la Loge de Châtellenot.

Il est situé vis-à-vis la maison natale de Bufifon, et porte le n» 27.

M. Ph. Milsand a donc commis une erreur, quand il dit, page 79 de son livre sur les Rues de Dijon: «L'abbaye de La Bussière avait un hôtel dans cette rue (Buffon). La ruelle fermée qui se trouve presque vis-à-vis la rue Chancelierl'Hôpital, portait le nom de ruelle de la Bussière. »

U s'est aussi trompé en désignant le quartier de la place St-Oeorges sous le nom de Grande-Juiverie; c'est Petite- Juiverie qu'il fallait dire.

rue de la Charrue., « affrontant par derrière sur les anciens murs de la ville et sur les bâtiments de la chapelle Saint-Bénigne » (1).

Ce quartier, qui était considérable aussi, devait avoir son école spéciale, puisque, dit Chenevet, en parlant de celle de la rue des Juifs, on l'appelle la grande Maîtrise de VÉcole (2).

Les Juifs étaient donc relativement heureux en Bourgogne. « Tan-

(1) L'une des tours de Tancien Castrum, située au fond de la maison rue Amiral-Roussin, n* 23, est encore connue sous le nom de prison de St-Bénigne.

(2) Suivant la tradition, la piscine où les femmes juives allaient se purifier était située à l'angle des rues Longepierre et Lamonnoie, dans les caves d'une maison adossée aux murailles du Castrum et bâtie en conséquence dans les fossés.

Cette maison, démolie en 1865, avait trois

dis qu'en France on leur contestait le droit d'acquérir môme des héritages en roture, ils avaient pu devenir propriétaires de maisons à Dijon ; ils se livraient à la culture de la vigne, et le clergé se plaignait de ce qu'on se servait, pour dire la messe, de vin pressé par les Juifs » (1).

Un reflux des Juifs d'Angleterre et de Gascogne, qui eut lieu vers 1290, changea cet état de choses. Des plaintes s'élevèrent de nouveau contre les Israélites, et l'orage gronda de toutes parts sur leurs têtes.

ëtagôs de caves. C'était dans la cave inférieure, toujours pleine d'eau, que se faisaient les ablutions. La seconde avait une cheminée et servait peut-être, de vestiaire.

Après la révolution, la piscine fut installée au moulin de TOuche.

(1) fiÉDARKiDB, et les liistoriens de France, cités par Simonnbt.

« C'est avec le commencement du XIV® siècle que s'ouvre réellement, pour les malheureux Juifs de la Bourgogne, une ère de souffrances et d'avanies. Nous sommes sous le règne de Philippe le Bel qui, pour faire de l'argent de tout, pille nonseulement les Juifs de ses Etats, mais encore ceux du duché, renouvelle contre eux l'ordonnance de Louis IX sur l'usure, et finalement les chasse du royaume.

« Touché de compassion à la vue du triste état où ils sont réduits, le duc Robert II cherche à leur accorder l'hospitalité sur ses terres, et dans un codicille de son testament, en date de 1302, il s'exprime ainsi :

f Premièrement, je vuel que si je n'ay meillor conseil, que li juif

de meurent en ma terre principalement por humanité et qu'ils marchandent léaulment sans usure et vivent de lors labours, et vuel que desor en avant Ion ne soit contrains à payer à eux detes où il hait usure » (1).

Il ne paraît pas que Robert II se soit conformé, à l'égard des Juifs, à Tordonnance de Philippe le Bel qui prescrivait de contraindre leurs débiteurs à s'acquitter envers eux afin de pouvoir les dépouiller ensuite avec plus de profit. Il obtint même du Roi de France une autorisation qui paralysait les effets de l'ordonnance, et interdit toutes con-

(1) Alfred Lévy, — Les juifs du duché de Bourgogne au moyen-âge.

traintes contre les débiteurs des Juifs (1).

La mort prit Robert II en 1305 et les Juifs bourguignons perdirent eu lui leur dernier défenseur. Sa veuve Agnès, fille de saint Louis, gouverna le duché pendant la minorité de Hugues V, et se montra cruelle pour ceux que son père avait déjà traités avec la dernière rigueur. Aussi l'ordre de bannissement édicté par Philippe le Bel ne rencontra-t-il plus d'opposition dans la Bourgogne.

t L'an de grâce mil trois cent et

(1) J. SiMONNKT. — L'abbé Cheaevet dit de son côté que Philippe le Eel renouvela en 1304 l'ordonnance de Saint-Louis contre l'usure et les prêts usuraires des Juif s,pour être observée partout, et même dans les Etats du duc de Bourgogne, en sorte qu'on ne put contraindre aucun débiteur à leur payer des créances usuraires.

sis, ou mois d'ahost, le vendredi jor de la Magdeleine, furent pris li juis dou douchaume de Bourgonne. •

Ils possédaient vingt-deux maisons à Dijon ; les terres, les vignes, le bétail, les récoltes, étaient dans les villages de Vesvrotte, Beire, Bellefond, Spoy et Crimolois. L'inventaire de leurs biens, meubles et immeubles, fut dressé par Pierre de Saulon, chanoine de la Sainte-Chapelle, aidé de Guillaume de Brasey et de Hugues l'Orfèvre, commissaires Les propriétaires des maisons de Dijon étaient :

Rabby, Craisselin, Rabby-Douin, Justot, Jocelot, Haltunin, Jasuet de Montbard, Monton, Chauderon, Amand, Boulereaul.

Non-seulement les Juifs faisaient

la banque, mais ils prêtaient aussi sur gages. C'étaient les précurseurs des moniS'-de-'piéiè. Les Juifs bannis, les monts-de-piété apparaissent (1450), et Ton se demande ce que le peuple a gagné au change. Je dis le peuple, car dans l'inventaire de Pierre de Saulon on ne trouve que peu de personnages appartenant aux classes élevées. Comme aujourd'hui encore les classes ouvrières fréquentaient presque exclusivement les prêteurs sur gages. Voici les trois seules personnes de quelque importance mentionnées dans l'inventaire :

Riainbor, dame de Thil-Châtel, qui avait mis en gage une courroie d'or estimée 40 livres ; messire Richard de Saint-Etienne, pour des vêtements garnis de fourrures, et le maître

des écoles de Dijon. Ce n'est pas de nos jours, on le voit, que l'instruction publique est mal rétribuée ! Le reste des gages, dont la valeur d'estimation s'éleva à la somme de 755 livres 19 deniers, se composait de quelques ceintures d'argent, de corsets, cotes, chemises, pelissons de chevreau, objets de literie, pots, chaudrons, etc., portés pour la plupart au nom de femmes de Dijon et des localités voisines. Parmi les prêteurs, on trouve : Aquinat, flls de Rabby - Douin (1) ; Jacob Isaac ; la femme Monton; Sauxe; Deu lou Saint de Montbard ; Atheçon ; Moïse,

(1) n est utUe de remarquer combien ces noms diffèrent de ceux graves sur les tombes juives citées plus haut. C'est une preuve nouvelle que ces tombes sont antérieures au moyen-âge.

d'Auxonne ; Samuel, de Châtillon ; Saulemon, de Couches ; Samuel, de Nuits ; Burelin ; Jocelot ; Abraham, de Châtillon.

Mais ce qui faisait surtout la supériorité commerciale des Juifs, c'étaient leurs ramifications au loin.

Ainsi, pour ne pas sortir du duché de Bourgogne, Jasuet ou Jasuot de Montbard, où sans doute était sa maison principale, avait des succursales à Dijon, à Beaune, à Buxi, à Couches, à Chalon-sur-Saône. Il était sans contredit le plus riche banquier du duché, et comptait parmi ses débiteurs des ecclésiastiques, des chevaliers, des écuyers et môme la reine de Sicile, Marguerite de Bourgogne, à laquelle il avait prêté 200 livres tournois. Craisselin

avait aussi une succursale à Beaune.

Quel est le banquier d'aujourd'hui qui oserait donner une envergure pareille à ses affaires ?

A la suite de la confiscation de 1^06, plusieurs objets furent revendus aux Juifs, parmi lesquels vingtquatre volumes dont il serait curieux de connaître les titres, et qui coûtèrent aux acquéreurs 25 livres 15 sols.

C'étaient probablement des manuscrits talmudiques ou des Siphré- Thora (1).

La duchesse de Bourgogne, la pieuse fille de saint Louis, ne se fit aucun scrupule de profiter de la saisie générale faite sur les Juifs, pour s'attribuer une part du butin.

(1) A. Lévy.

D'après ses ordres, ses officiers choisirent : 64 couvertures, 20 coussins, des pièces de lin, de fil, de toile, des ustensiles de cuisine, pour une valeur de 814 livres 9 sols 6 deniers. La vente des objets mobiliers ayant produit la somme considérable pour l'époque de 3,411 livres 19 sols, la duchesse en avait prélevé à peu près le quart. C'était la part du lion.

Les joyaux, les créances, les bestiaux, les provisions, furent vendus séparément.

Enfin, pour en finir avec ce dépouillement infâme, le duc Eudes IV donna, en 1337, le cimetière des Juifs aux religieux de La Bussière, comme je l'ai dit plus haui

« Malgré la proscription générale de 1306, un certain liombre de juils continua de résider en Bourgogne, soit à titre de tolérance, soit en vertu de concessions partielles et temporaires.

« S'il était facile de les expulser et de confisquer leurs richesses, il était impossible de se passer longtemps des services qu'ils rendaient, et de laisser indéfiniment en souffrance le commerce d'argent qu'ils faisaient à peu près exclusivement.

Avant la fin du règne de Philippe le Bel, les grands vassaux lui avaient demandé de rétablir les Juifs... Ces réclamations ont laissé des traces dans une chronique manuscrite

normande écrite peu de temps après la grande exécution de l'année 1306.

L'auteur montre que les personnes ayant besoin d'argent avaient plus à se plaindre des rigueurs des banquiers chrétiens que des exigences des juifs, t lesquels crestiens, clercs et lays, prestoient à si grand usure que elle passoit à double celle que ly juif prenoient » (1).

En 1315, les plaintes qui n'avaient pu fléchir Philippe le Bel touchèrent Louis le Hutin. Les religieux et les nobles du duché de Bourgogne ; ceux du comté de Forez et des diocèses de Langres, Autun et Chalon, demandèrent que la condition des Juifs qui

(1) BxRABÉ. — Recherches historiques sur le tabellionage royal, principalement en Normandie,

rentreraient en France fût réglée de nouveau.

Le 17 mai 1315, Louis le Hutin décida que les Juifs seraient, comme par le passé, soumis au seigneur auquel ils avaient autrefois appartenu ; que ceux qui viendraient pour la première fois s'établir en France

appartiendraient à ceux dans les domaines desquels ils s'établiraient.

C'était la servitude, et cependant les Juifs revinrent quand même.

t On a toujours remarqué l'amour que professe un Israélite pour la terre qui lui offre l'hospitalité. A côté de sa patrie spirituelle, Jérusalem, il en a une autre à laquelle il s'attache par toutes les fibres de son être, c'est celle où il a reçu le jour. Il l'aime, en dépit de ses rigueurs, de

ses injustices. Ainsi s'explique l'étrange persistance que mettent, de nos jours encore, les Juifs à séjourner dans des contrées intolérantes quand, chez des nations voisines, ils pourraient respirer à l'aise dans une atmosphère de liberté. Chassés de la Bourgogne par l'édit royal, dépouillés de tous leurs biens, meubles et immeubles, les Juifs n'abandonnent pas encore complètement le pays. Ils y reviennent, quels que soient d'ailleurs les maux qui les attendent, poussés par la force de l'habitude et le culte des souvenirs » (1).

Le 28 juin 1315, les Juifs furent donc autorisés à s'établir en France pour

(1) A. Lévy. — Les Juifs du duché de Bourgogne au moyen-âge.

douze ans, et à recouvrer le tiers des créances qu'ils avaient à Pépoque de leur expulsion ; ils pourront rentrer en possession de leurs cimetières et synagogues ; il leur est interdit de prêter à usure... Et l'ordonnance royale est si bien appliquée que nous venons de voir le duc de Bourgogne donner le cimetière des Juifs à l'abbaye de La Bussière. Quant au recouvrement du tiers des créances, on en trouve un exemple dans le protocole de Jean Piquart, de février 1313. Le juif Craisselin de Dijon, y est-il dit, fait remise d'une dette de 40 livres 7 sols de petits tournois, à la condition qu'on lui paiera, aussitôt après Pâques, 13 livres 7 sols. Pareil acte concerne un autre juif dijonnais, nommé Beneme.

En 1320, la colonie Israélite était assez nombreuse à Dijon. Les archives ont conservé les noms suivants :

Craisselin, Beneme, Abraham, Durand, Mouxet, fils de Cressandet ou de Craisselin ; Menote, veuve de Jean Thierri ; Isaac et Craisselin ou Corselin, fils d'Abraham ; Jocelet, fils de Jasuot ; Samuel ; Aquet, fils de Rabby ; Domet, fils d'Amand ; Bunemite, fille d'Abraham ; Moyet ; Craisselin, fils de Roissoud ; Vivant, fils de Salomon ; Sanson Jean, fils de Jasuot, et Abramin.

L'ère des proscriptions était décidément ouverte, malgré les tempéraments nécessités par la situation personnelle de chaque prince. Bannis sous Charles le Bel en 1322, les Juifs sont rétablis vers 1328, par

Philippe de Valois, qui les expulse de nouveau en 1346. — Il en restait cependant en Bourgogne, puisqu'une dette fut saisie en 1347, sur Saconet, juif dijonnais, pour fait d'usure envers Aubert de Vantoux. A Beaune, lors de l'invasion de la peste noire, ayant été accusés d'empoisonner les puits et les fontaines, ils furent cruellement persécutés.

Le roi Jean le Bon autorisa les Juifs à rentrer en 1350 ; il les bannit en 1357, et en 1360, il leur accorda de nouveau la permission de s'établir dans le royaume pour vingt ans, avec des privilèges plus étendus qu'auparavant. Les rois jouaient avec ces malheureux comme le chat avec la souris.

Cependant, il faut le dire à Thon-

neur des princes bourguignons, les Juifs, pendant ce quatorzième siècle si terrible pour eux, jouirent sur notre sol d'une protection relative.

Les proscriptions des rois de France ne les atteignaient que par contrecoup. Un acte du mois d'août 1359, — par conséquent antérieur à l'ordonnance du roi Jean, et alors que les Juifs étaient légalement bannii^ de France, — montre quelle était leur condition dans le duché, et à Dijon même.

Deux juifs de Seurre, Moïse et Elie (Mousez d'Aumon et Alioz de Chaulons) étant logés chez un nommé Jean Sambadi, y furent victimes d'un vol important.

Ils se présentent à la Maison du Singe (la mairie), devant le mayeur

Pierre Griffon, qui leur tient ce langage :

« Vous dites que l'on vous ay fait domaige d'une quantité d'our et d'argent ; se vous me voulez dire que en encusant (accusez), je suis touz prez de vous oir et de faire ma diligence, afin que vous n'aiez nulle occasion de vous aler plaintir de ceste chouse par devers autre seigneur en juge ; et ves veus ci Jehan Sambadi, chiez cuy vous esties abergiez, se vous l'en' suspectenez en riens, ne sa femme, si me le dit }s. »

Moïse répondit :

f Nous n'an suspectenons nous de tout le monde, que nous ne savons qui l'ay fait; ne ne savons à cuy nous en deigiens riens demander ne nuls n'en encourpons ; mas fumes

moût corosiez (courroucés) de nostre domaige, et se nous pouhiens apanre qui l'auroit fait, nous vous le vanriens dire » (1).

Cette justice était celle de l'époque, et le maire traitait les Juifs à régal de ses autres administrés.

Parmi les Israélites habitant alors Dijon, et qui n'ont pas encore été cités, on trouve : Jocet, de Genève ; Siméon, d'Aranthon, marchand d'étoffes et de ceintures d'argent ; Meret, graveur de sceaux ; Samuel Lévy ; Menessier, de Moulins ; Jacques Haigny ; Vivant de Marpoille ; Ami, de Chambéry.

Charles V confirma les privilèges accordés aux Juifs par son père, et

(1) Protocole de Thierry le Quasset.

en 1374, prorogea de dix ans Tautorisation qu'ils avaient obtenue de demeurer en France. Tout cela, à beaux deniers comptants, bien entendu.

Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, à l'exemple de son frère, battit monnaie avec les Juifs. Par une charte du 31 décembre 1374, il permit à douze ménages Israélites de s'établir dans le duché. Cette charte fut concédée, sur la demande de David Lévy et Joseph de Saint-Mihiel qui, selon toute probabilité, n'avaient jamais quitté la Bourgogne et y étaient restés riches et influents. La redevance annuelle était de 1,000 fr. d'or.

En 1378, huit ménages seulement avaient fixé leur résidence à Dijon ; c'est à savoir :

Joseph de Saint-Mihiel, Croissant de Bourg, David de Lestoille, Sanson de Pont-dé-Vesle, David fils, maître Benoist, Agen de Villiers, Censé de Porrentruy.

L'année suivante amène cinq familles nouvelles :

Raphaël de Valence, Salomon de Baulmes, Durant de Carpentras, Joseph de Montréal, David de Baulmes.

David de Lestoille avait quitté Dijon.

Joseph de Saint-Mihiel et Salomon de Baulmes étaient les chefs de la communauté j uive en Bourgogne, et comme tels, responsables des méfaits de leurs coreligionnaires. Le 20 février 1379, de nouvelles lettres ducales leur furent octroyées, autorisant huit autres maignies ou familles Israélites à s'établir dans le

duché ; six seulement se prévalurent de cette autorisation :

Jaquot Cohen, alias Bonjour, de Grasse ; Joshaquet ; maître Pierre le Physicien ; Aquin, de Rouen ; Aaron Lévy ; Mousse Malteste.

Malgré les injonctions les plus expresses et au mépris de la protection de Philippe le Hardi, les Israélites étaient en butte à toutes sortes d'outrages de la part de la population, et même de celle des ofl3ciers de l'hôtel ducal. Les veneurs, les valets de chiens euxmêmes se croyaient tout permis à l'égard de ces malheureux qui leur étaient si supérieurs par l'intelligence. Une ordonnance spéciale du 10 janvier 1381 commit Guillaume de Cluny, bailli de Dijon, pour con-

naitrede toutes les plaintes portées par les Juifs, et réprimer les méfaits dont ils étaient victimes.

Les Etats du duché, assemblés le 29 août 1382, afin de voter les subsides nécessaires pour la guerre des Flandres, accordèrent ces subsides, mais à la condition que Juifs et lombards seraient expulsés de la Bourgogne. Philippe promit... et ne tint pas sa promesse. Il agit sagement en cela. Une nouvelle guerre dans les Flandres était, en eflfet, devenue nécessaire et il fallait encore de l'argent au puissant duc. Or, le clergé bourguignon refusait patriotiquement de payer la taxe imposée par les Etats, et l'énergie de Jean sans Peur put seule le contraindre à délier les cordons de sa bourse. Dans

cette occurrence, le duc Philippe s'adressa aux Juifs, qui lui donnèrent 3,000 livres, c'est-à-dire à peu près le douzième des subsides votés par les Etats.

Le duc, reconnaissant de cette largesse, promulgua, le 21 novembre 1384, une charte empreinte d'une grande libéralité, mais dont les effets ne furent malheureusement pas de longue durée.

D'après cette charte, cinquantedeux familles juives pouvaient désormais, pendant douze ans, habiter la Bourgogne, à la condition de payer tous les ans une certaine redevance.

Trois Israélites notables de Dijon :

Joseph de Saint-Mihiel, Salomon de Baulmes — ou de Balmes, — et Da-

vid de Balmes; son père, furent désignés pour procéder au choix et à l'établissement de ces familles.

Les privilèges concédés aux Juifs par cette charte étaient considérables pour l'époque; en voici le résumé :

P Les Juifs auront, pour sauvegarder leurs intérêts, un protecteur spécial, messire Guy de la Tremoille, seigneur de Sully.

2^ Ils seront dispensés de porter toute marque infamante (1).

(1) Dans certaines provinces,les Juifs étaient obligés de porter sur leurs habits deux roues de feutre ou d'étoffe jaune, une pardevant, l'autre par-derrière. Ils ne pouvaient faire allaiter leurs enfants par des nourrices chrétiennes; ils ne pouvaient se baigner dans les rivières ; il suffisait de l'autorité du plus petit moine pour qu'ils fussent mis en prison. Bien que marchands ou courtiers, ils étaient

3® On ne pourra les arrêter que pour un crime et non une affaire civile.

4" On sera tenu de leur fournir du pain pour leurs deniers (1).

5® Ils seront libres d'exercer telle profession qu'il leur conviendra.

6® Pour les prêts qu'ils ont coutume de faire aux chrétiens, ils ne

obligés de se battre en duel. S'ils étaient condamnés à mort, on les pendait entre deux chiens ; et c'est à cette espèce d'animaux que sont comparées les femmes juives, lorsque la loi punit du feu les chrétiens qui se sont abandonnés à elles.

MoNTEiL. — Histoire des Français des divers Etats.

Mise en parallèle avec ces lois épouvanti^ blés la charte de Philippe le Hardi, était, on le voit, d'une grande libéralité.

(1) Quand ils avaient touché de la viande, elle était considérée comme souillée, et on devait la vendre hors du Bourg, c'est-à-dire hors la boucherie de Dijon.

pourront prendre plus de quatre deniers par livre d'intérêt, chaque semaine ; défense absolue de prêter sur calices, ornements d'église, socs de charrue, etc.

7° On les croira sur les serments qu'ils feront conformément à leur loi (1).

(1) Voici la formule de ce serment:

« Juifs, tu jures par la loy que Di^u donna à Moyse au mont de Synay et espécialement parles commandemens de la loy, et reçois en toy toutes les malédictions contenues es cinq livres Moyse, et que toutes les bénédictions qui y sont te soient tournées en malédictions et choient sur toy et sur toute ta semance jusques à la dixième généracion, si tu te parjures. Et avec ce, tu reçois en toy Haron, Judin et Sabbata, c'est à dire que soies destruis et mis en sentence et désert de tous les bénefflces escripts en la loy, que ilz chéent sur toy et sur toute ta mesnie, se tu ne dis vérité de ce que je te deraanderay à mon entendement et non mie autrement. »

J. SiMONNET. — Protocoles des notaires, aux archives de Bourgogne.

8^ Si quelques juifs veulent quitter le duché au milieu d'une année, ils paieront la redevance de l'année entière.

9® Comme des chrétiens malveillants pourraient, pour les convaincre de vol, déposer chez eux des objets qu'ils les accuseraient ensuite d'avoir dérobés, on ne pourra, sur ce point, avoir aucun recours contre eux. Mais si on trouvait dans un meuble fermé à clef une chose dont on leur contesterait la possession, si le réclamant a la clef de ce meuble sur lui, ils seront simplement tenus de rendre cette chose.

10^ Un tribunal juif, composé de deux maîtres de la Loi et de quatre autres (probablement des assesseurs laïques), connaîtront de tous les mé-

faits qui pourraient être commis par les gens de la communauté. Ils puniront ou banniront le coupable selon le degré de sa faute. L'amende sera payée au duc, et en cas d'expulsion, les biens confisqués lui reviendront également. Chaque jugement coûtera cent sols à celui qui le subira.

IP Ils ne paieront de tribut qu'au duc, quelle que soit la région où ils s'établiront.

12® Ils seront exempts de toutes corvées, gardes, ou autres servitudes en usage dans le duché.

IS"* Nul ne pourra les poursuivre pour crime, qu'autant qu'il aura été personnellement lésé et pourra ainsi se porter plaignant.

14® On ne croira pas au seul témoignage d'un juif baptisé contre eux.

15<* Ils posséderont un cimetière, à la condition de payer 1 franc d'or pour chaque mort qu'on y enterrera.

W Enfin ils pourront établir des impôts entre eux, pourvu que la nécessité en soit préalablement démontrée au duc.

Cependant, les familles israélites se montraient jusqu'à un certain point rebelles à ces faveurs. Etait-ce pressentiment? je ne sais. Mais en 1387, elles n'étaient encore que quinze, réparties dans la Bourgogne, ce qui laisse bien loin le chiffre de cinquante-deux, fixé par le duc.

Voici la liste de ces familles^ avec leurs lieux de résidence. On verra que presque toutes avait primitivement habité Dijon :

Joseph de Saint-Mihiel ; David et

Salomon de Balmes ; Durant de Carpentras ; Moussey de Toussay ; Jaquot Cohen ; Aliot de Seurre ; Moussey de Vitry (1) ; Aquin de Rouen, demeurant à Dijon.

Isaac de Troyes ; Moussey de Grasse ; Croissant de Bourg ; Pierre le Physicien ; Aaron Lévy, demeurant à Chalon.

Censé de Porrentruy, demeurant à Auxonne.

J'ai dit plus haut que les chefs de la communauté Israélite étaient responsables des méfaits de leurs coreligionnaires, jusqu'à concurrence de cent francs d'or ; ils l'étaient également du paiement des contributions.

(1) n marie sa ûWe Jasuote avec Hacquin de Marboul, en Bresse.

En 1387, Joseph de Saint-Mihiel et David de Balmes furent emprisonnés à la requête du receveur du bailliage de Dijon, et élargis le 24 mai, sous la caution de Durant de Carpentras et d' Aliot de Seurre. On ne leur épargnait pas, non plus, les petites vexations. Une ordonnance de la mairie, de cette même année 1387, porte que la chair des porcs grenés (lépreux), sera vendue à la boucherie des Juifs (1).

En 1391, Joseph de Trêves était maître de la Loi à Dijon.

Néanmoins, et par la force des choses, les Juifs se mêlaient de plus en plus à la population chrétienne.

(1) Au Chanoriy ou bas du Bourg, au-delà

du puits qui marquait l'extrëmitë des bancs.

J. Garnier. — Histoire du quartier du Bourg.

C'était à tel point que Salomon de Balmes et Rose, sa femme, purent, en 1391, prendre pour nourrice de leurs enfants une nommée Delmotte, femme de Jaquot le Miottet, de Saulxle-Duc, moyennant sept francs d'or, des souliers et des étrennes.

Telle était la condition des Juifs, quand tout à coup, en 1394, on les accusa d'avoir fait mourir, à Paris, un enfant chrétien le vendredi saint.

Cette accusation odieuse fut le signal d'une persécution nouvelle. Par lettres patentes du 17 septembre 1394, Charles VI les bannit à perpétuité de ses Etats, avec défense d'y demeurer, sous peine de la vie.

t A dater de cette loi, les Juifs sont placés sous une espèce de séquestre ; on leur interdit la commu-

' nication avec les autres citoyens, on défend à ceux-ci d'entrer dans leurs maisons. Cependant les opérations nécessaires pour le paiement de leurs créances traînant en longueur, Charles VI trancha la difficulté: toutes les créances des Juifs furent annulées et ils furent expulsés du royaume » (1).

Ceci se passait en 1397.

Pour ce qui concerne la Bourgogne, les comptes des receveurs sont muets à partir de 1395. Cependant il y restait des Juifs. Mais sans protection, sans rien qui garantisse leurs vies et leurs biens, exposés à tous les caprices d'une population fanatique, ils finirent par disparaître.

(1) Bédarride.

Salomon de Balmes demeurait encore à Dijon en 1417, et une ordonnance municipale du 27 août de cette année indique que la communauté isréalite y était même d'une certaine importance.

« Si tost que les juifs demeurant à Dijon, — dit cette ordonnance, — auront visité une beste et en auront pris pour leurs nécessitez ca qu'ils vouldront, incontinent le demeurant de ladite beste sera pourté et vendu publiquement vers ledit puis (puits) es estaulx devant l'ostel de M. d'Eschenon » (1).

Mais la situation était si précaire que les Juifs aisés avaient envoyé leurs familles dans la comté de

(1) J. Oaunier. — Histoire du quartier du Bourg.

Bourgogne, en attendant qu'ils pussent aller les y rejoindre. Une lettre écrite en ébrief (hébreu) par la femme de Salomon de Bal mes à son mari ayant été saisie, on craignit qu'elle ne contînt des choses préjudiciables au peuple chrétien. On dépêcha donc un sergent de la mairie à Beaune, pour y chercher un juif nouvellement converti, afin de lui faire lire la lettre suspecte.

Et tout cela parce qu'une mendiante et son flls^ arrêtés à Châteauneuf, avaient déclaré que, sur les conseils d'Abraham de Seurre, ils avaient empoisonné des puits ! (1).

(1) Un siècle plus tard, à Padoue, un savant professeur, Abraham de Balmes, traduisait en latin Averroès, et composait une grammaire hébraïque, où il se distinguait par son érudi-

Dans les archives de Dijon, on voit qu'en 1423, le maître des écoles municipales est un nommé Paul de Bonnefoy, juif baptisé, qui enseigne aux enfants c à lire, escrire et entendre ébrief, qui est une belle et notable chose. »

Cette science de iriefoM ébrief, c'était l'algèbre de Raymond Lulle.

Depuis cette époque, jusqu'au XVIIP siècle, il n'est plus question des Juifs à Dijon. Les lois étaient formelles, et appliquées avec une rigueur inflexible. Le maire et les

tionet son esprit de critique. Etait-ce un descendant des malheureux Bourguignons exiles, de cette famille notable de Dijon, à laquelle Philippe avait conâë la mission dont nous avons parle, un petit-ûls enfin de David et de Saulme de Balmes ? Nous aimons à le croire, pour l'honneur de nos coreligionnaires de France. — A. Lévy.

échevins dijonnais ayant demandé à l'intendant de La Briffe si des Juifs pouvaient venir trafiquer en ville, l'intendant leur répondit le 8 juin 1717 :

« Ainsy, Messieurs, je vous prie de tenir la main à l'exécution de cette décision (interdiction absolue) et ne point souffrir ny permettre en aucune manière que les marchands juifs entrent dans votre ville et y acheptent aucunes hardes ou marchandises, soit pendant vos foires ou autrement » (1).

Plus tard, le Parlement de Dijon ayant autorisé, par ses arrêts des 22 juin 1724 et 29 juillet 1730, le

(1) J. Garnier. — Correspondance de la Mairie de Dijon.

nommé Joseph-Raphaël de Lazia et autres marchands juifs de Bordeaux, € à trafiquer, vendre et négocier pendant un mois de chaquB saison de l'année dans toutes les villes, bourgs et lieux de son ressort, » ces arrêts furent cassés par le Conseil d'Etat, le 20 février 1731 (1).

L'édit de Charles VI était encore en pleine vigueur en 1789 !

La liberté des cultes, proclamée par la constitution de 1791, permit aux Israélites de vivre comme tous les Français, sous la protection des lois. Il n'y en avait alors

(l)BibUothèque publique de Dijon.— Fonrf»

Bauaot, ms8.

qu'en Alsace, en Lorraine, en Provence et dans le Bordelais, où ils s'étaient retirés après leur expulsion de France, alors que ces provinces n'étaient pas encore réunies au domaine de la couronne.

Tous les Israélites qui vinrent s'établir à Dijon sont d'origine alsacienne. Voici les noms des principales familles, avec la date de leur arrivée parmi nous :

Caen (1), 1790 ;

Lévy ; Cahen (Israël) ; Blum (Samuel), 1792 ;

Brunschwig, 1793;

Houlman;Hes, 1794;

(1) Je conserve Vorthographe du registre spécial « dressé en vertu du décret impérial daté de Bayonne, du 20 juillet 1808, pour y inscrire les déclarations des juifs qui n'ont point de noms de famille. » Ce registre est à la mairie de Dijon.

Picard ; Crombak-Sivry, 1795 ;

Aron, 1796 ;

Joseph (Isaac), 1797 ;

Lyon (Abraham); Israël; Créhange, 1799 ;

Lièvre ; Salomon (Isaac), 1800 ;

Jacob, 1802 ;

Bernheim, 1803,

Sirque, 1804.

On trouve encore les familles Cerf, David, Dougas, Fuld (1), Goudechaux, Haas, Heiman, Henstein, Lazard, Mayer, Nathan, Nordeman,

(1) Par testament olographe du 28 juiUet 1865, M. Salomon Fuld, négociant à Paris, lègue à la ville de Dijon une somme de 20,000 fr. à charge par cette ville d'assurer une subvention annuelle et perpétuelle de 500 tr. au maître dirigeant Técole Israélite, et pareille somme aux pauvres Israélites désignés par le chef de la communauté. Ce Fuld est un âls de celui cité plus haut.

Polacre, Rheis, Renon, Saï, Schmolle, Schnerb, Schopp, Dreyffus, Weil, Vorms, qui toutes figurent dans le registre de 1808, et dont beaucoup ont des descendants à Dijon.

D'après le Journal de Carioriy il y avait, en 1803, environ cinquante familles juives dans notre ville (1).

Elles s'y étaient, dès leur arrivée, formées en communauté, et avaient ouvert une synagogue rue des Champs, aujourd'hui rue des Godrans. Il est même fait mention de trois instituteurs juifs qui demeuraient: Cerf (Simon), rue du Chaignot; Joseph (Isaac), rue des Etioux, et Lyon (Abraham), rue Voltaire, — lisez

(1) En 1869, on comptait cent familles israélitesàDijon; en 1879, la communauté se compose de 550 membres.

Berbisey. Ces instituteurs ne devaient pas se borner, comme ceux actuels, à l'instruction religieuse; leurs domiciles différents l'indiquent assez.

C'étaient des maîtres d'école dans toute l'acception du mot, chez lesquels les jeunes Israélites allaient apprendre les rudiments de l'écriture, de la grammaire et du calcul.

La synagogue de la rue des Champs devenant trop petite, les rouleaux de la Loi furent transportés dans la maison Goisset, sur le rempart du Château, puis, en 1829, dans une partie des appartements du prince de Condé, au Logis-du-Roi.

On y arrivait par le grand escalier de la tour. Ce local n'était pas cédé gratuitement par la ville aux Israélites; en vertu d'un bail passé

le 5 novembre 1829, ils payaient 480 fr. de loyer annuel.

Cette même année, le P*" août, ils avaient rédigé un Règlement d'ordre et de police du Temple des Israélites de 2)(;*on, lequel fut approuvé par les membres du consistoire départemental de Paris, le 25 décembre 1829.

Malgré les nombreuses réclamations des Israélites, qui demandaient à être traités comme l'étaient les protestants, ils payèrent le loyer de leur synagogue jusqu'en 1841. Par délibération du 4 août 1841, la ville céda enfin gratuitement à la communauté, mais en laissant à sa charge les frais de réparation et d'intallation, trois salles du rez-de-chaussée de l'hôtel-de-ville, avec entrées sur la rue Porte-aux-Lions et sur la rue

des Forges. C'est là que fut la synagogue jusqu'au 11 septembre

On y manquait d'air, de lumière, d'espace ; le passage incessant des voitures dans la rue des Forges interrompait les offices et nuisait à leur gravité. Le 5 avril 1865, une souscription volontaire fut ouverte parmi les Israélites de Dijon, et un terrain fut demandé à la ville, pour l'érection d'un temple plus digne.

Cette demande subit bien des vicissitudes. Enfin, par sa délibération du 7 juin 1869, le Conseil municipal céda gratuitement à la communauté Israélite le terrain nécessaire à la construction d'une synagogue. Une seule condition fut mise à cette cession : c'est que les travaux

seraient commencés avant le P^ janvier 1871.

La guerre vint encore entraver ces projets. Cependant, grâce au zèle de la commission, toutes les difficultés furent vaincues et la première pierre de l'édifice put être posée le 21 septembre 1873, en présence de la communauté Israélite assemblée, et après une chaleureuse allocution de M. le rabbin Gerson (1).

A partir de 1791, les Israélites sont inscrits sur les registres de l'état civil, comme tous les autres citoyens.

Avant cette époque, il n'en était pas

(1) Allocution prononcée par M. le rabbin Gerson à l'occasion de la pose de la première pierre du temple israélite de Dijon, — brochure ia-12, imp. J. Marchand.

ainsi. Traités en parias, ils ne figuraient que sur les rôles d'impôts.

Pour suppléer à cela, chaque famille avait son état civil, qu'elle déposait à la synagogue, soit pour la première communion des enfants, soit pour leur mariage (1).

(1) A titre de curiosité, je crois devoir donner copie de l'acte de naissance d'un enfant Israélite, avant la révolution. Cette pièce est annexée au registre de 1808, dont il est parlé plus haut :

« Traduction de l'acte de naissance de M. Isaac Samson, brodé sur quatre morceaux de toile blanche cousus ensemble,et déposés à la synagogue de Dijon, provenant de celle de Neufchâteau, où il est né:

« Isaac, fils du sieur Samson, vivra longtemps, sera élevé en l'étude de la loi de Moyse, et de celle de bonne conduite et bonnes mœurs. Ainsi soit-il.»

« Né à Neufchâteau, en Lorraine, le 16 du mois d'Ellul année 539 au petit nombre, cor r<*spondant au 16 septembre 1779.»

Cette traduction est certifiée conforme à l'original par Baruch-Mayer Créhange, ministre de la synagogue de Dijon, le 3 octobre

Le cimetière des Israélites, acheté de leurs deniers, date des premières années de leur retour a Dijon. Il a été agrandi plusieurs fois, au fur et à mesure de l'accroissement des familles. On n'y parvenait que par une entrée sur le chemin de ronde de l'octroi, et pour ainsi dire à la dérobée. Cet état de choses fut modifié en 1869, date à laquelle une grande porte fut ouverte sur la route de Fontaine.

Voici, pour terminer, la liste des rabbins, depuis 1792,jusqu'àce jour :

Cahen (Israël), né à Oberdoflf (Haut-Rhin), en 1758; mort à Dijon, le 25 septembre 1842 ;

Charleville (Mahir), de 1841 à 1857;

Sopher (Michel), nommé le 6 janvier 1858, installé le 25 ;

Lévy (Alfred), nommé le 15 mai 1867, installé le 18 juin;

Aron (Michel), dit Gerson, nommé le 20 octobre 1869, installé le 12 février 1870.

Le temple Israélite est sans contredit le plus beau monument qui ait été construit à Dijon depuis le portail de Saint-Michel. Des proportions parfaites, une grande pureté de lignes, une sévérité qui n'exclut pas la grâce, une variété prodigieuse dans l'ornementation, tels en sont les principaux caractères. Il se profile superbement, lorsqu'on arrive par la rue Chabot-Charny et la rue de la Synagogue. Laissez les ans mettre leur patine sur ces pierres

blanches, sur ces tourelles élégantes, sur ce dôme hardi, et vous aurez un monument admirable.

Il est de forme rectangulaire, et conçu dans le style romano-byzantin, qui s'harmonise si bien avec notre ciel.

Orienté suivant la tradition, sa façade principale s'élève à l'occident.

On y arrive par un large perron, sur lequel s'ouvrent trois portes ornées de colonnettes imbriquées, surmontées de légères et riches voussures formées de rinceaux et de feuillages habilement refouillés.Celle du milieu rappelle un des plus beaux fragments de l'école bourguignonne des débuts du XIP siècle.

Les tympans de ces portes doivent, plus tard, être ornés de mosaïques

vénitiennes, à couleurs vives, sur.

fond d'or.

Cinq fenêtres accolées indiquent l'étage des tribunes ; au-dessus est une rose à brillantes couleurs. Le pignon, recouvert de corniches à arcatures, est couronné des tables de la Loi.

Un dôme de forme octogonale s'élève au dessus du temple, accompagné de quatre tourelles qui flanquent les pignons du transept. Dôme et tourelles sont surmontés de pommes de pin en guise de fleurons.

Chez lés peuples orientaux, la pomme de pin était l'image de la' vie : le mausolée de l'empereur Adrien en avait une pour couronnement. Du sol au fleuron du dôme, la hauteur est de 39 mètres.

La masse extérieure du monument accuse parfaitement sa distribution intérieure et fait pressentir la partie centrale, les bas-côtés, les tribunes.

A son extrémité orientale, la nef est terminée par le Saint des Saints ou sanctuaire, dans lequel est le tabernacle renfermant les écritures sacrées. Des inscriptions en. lettres onciales, placées à droite et à gauche de l'arcade, rappellent les dogmes fondamentaux : l'amour de Dieu et l'amour du prochain.

Percée de nombreuses fenêtres, la coupole centrale est une source de lumière symbolisant l'unité de Dieu.

On arrive aux tribunes par deux grands escaliers à larges rampes de pierre situés à droite et à gauche du

porche ; d'autres partent des portes latérales et sont enfermés dans les tourelles des transepts.

Les chapiteaux sont remarquables par la variété du dessin, le fini de l'exécution. Là encore la tradition a été scrupuleusement respectée. Les religions orientales interdisant la représentation d'êtres vivants dans la décoration de leurs temples, les chapiteaux ainsi que les griffes qui ornent la base des colonnes, sont exclusivement composés de feuillages et d'objets inanimés.

Six torchères, dont deux dorées à l'entrée du chœur; huit lustres, de nombreux bras à plusieurs flammes, forment un ensemble de plus de trois cents lumières qui, lors des cérémonies du soir, donnent au

temple un aspect inattendu de gran^ deur et de majesté.

Les vitraux, en verres de tons différents, adoucissent la lumière du soleil, et font régner dans l'édifice un demi-jour favorable au recueillement et à la prière. On remarque surtout les verrières du transept.

Celles du rez-de-chaussée symbolisant les lois de Dieu et les cinq livres du Pentateuque, sont ainsi disposées :

A droite :

V^ livre. — Genèse. — Globe, nuages et rayons.

2® livre. — Exode. — Volcan, pyramide et mât

3® livre. — Lévitique. — Chandelier ; table des pains de proposition ; corne pour appeler les fidèles au

temple; trompette pour célébrer les louanges du Seigneur.

A gauche :

4® livre. — Nombres. — Douze tentes.

5® livre. — Deutéronome. — Un phylactère ou bande de parchemin.

6*> Tables de la Loi.

Les verrières des tribunes, aux couleurs brillantes et harmonieuses, représentent les attributs et les bannières des douze tribus d'Israël :

V — Ruben. — Bannière rouge.

— Agriculture : fleurs et feuilles^ en pied.

2^ — Siméon. — Bannière topaze.

— Guerriers : un glaive.

3o — Lévy. — Bannière blanche, noire, rouge. — Sacerdoce : branche d'olivier fleurie.

4** — Juda. — Bannière azur. — Royauté ; couronne et sceptre.

5® — Dan. — Bannière saphir. — Justice : balance et serpent.

6^'Nephthali. — Bannière pourpre.

— Forestiers : un arbre.

7^ — Gad. — Bannière grise. — Artisans : tentes.

8® — Asser. — Bannière or. — Cultivateurs : une gerbe.

9* — Isacchar. — Bannière noire.

— Constructeurs : une cabane.

IQo — Zabulon. — Bannière blanche. ^- Navigateurs : un navire.

IP — Joseph. — Bannière verdâtre. — Voyageurs : une pyramide.

12° — Benjamin. — Bannière violet, vert, blanc, rouge, jaune. — Clercs : un rouleau.

Tel est, rapidement esquissé,le tem-

pie élevé par M. Alfred Sirodot pour la communauté Israélite de Dijon.

C'est un monument bien conçu, habilement exécuté. Rien de disparate, d'hétérogène. Tout s'y tient, s'y enchaîne, et concourt à l'harmonie de l'ensemble. On voit que l'artiste possédait son sujet, et que l'œuvre est sortie en bloc et sans efforts de son cerveau.

M. Alfred Sirodot s'est entouré d'habiles coopérateurs qu'il serait injuste d'oublier ici.

Les sculptures et la menuiserie ont été artistement exécutées sous la direction de M. Schanoski, maître sculpteur dijonnais ;

Les lustres et torchères sortent de la maison Lévy et sont dus à son <iirecteur, M. Coureur ;

MM. Vêtu et Villeret, entrepreneurs de maçonnerie ; Truchetet, charpentier ; Ralu, zingueur ; Fiet, serrurier ; Daudon-Vétu, plâtrier ; Leniept, peintre, ont concouru, chacun en ce qui le concerne, à la construction de l'édifice.

Enfin, les vitraux si remarquables, décrits plus haut, sont l'œuvre de M. Oudinot, peintre vitrier à Paris, qui, à l'exposition de 1878, a obtenu une première médaille et la croix de la Légion d'honneur.

Le 11 septembre 1879, la communauté Israélite de Dijon était en fête.

Son temple achevé, elle allait procéder à son inauguration solennelle.

Des invitations nombreuses avaient

été lancées et une foule sympathique avait répondu à cet appel.

On y remarquait : M. Mazeau, sénateur ; M. Dubois, député de Dijon ; M. Nelson, secrétaire général de la préfecture, remplaçant M. le Préfet, absent ; MM. Muteau et Bouchard, conseillers généraux ; M. Enfert, maire de Dijon, MM. Bargy, Colot, Wendling, Pansiot, Leprince, membres du conseil municipal ; M. Garraud, statuaire ; M. Blondeau, inspecteur des enfants assistés; M. Coffin, ingénieur en chef du département ; M. Laprovote, proviseur du lycée ; M. Arnal, pasteur protestant, ainsi que plusieurs officiers en tenue.

M. Charleville, grand rabbin de Versailles, ancien rabbin de Dijon, s'était excusé par une lettre éloquente

de ne pouvoir assister à cette « ré* surrection . »

Les tribunes étaient garnies de dames aux riches et brillantes toilettes.

Voici le programme de la cérémonie :

V Entrée du cortège. — Marche de Mendelssohn (piano, violon, violoncelle).

2® Chant religieux. — Psaume :

Pithrou Vi, etc., musique d'Halévy.

3^ Présentation aux fidèles des rouleaux de la Loi.

4® Prière d'inauguration par M.

Liebermann, grand-rabbin de Nancy.

5° Chant religieux.

6° Prière pour la République récitée par M. Gerson, rabbin de Dijon.

7° Rentrée des rouleaux de la Loi

dans le tabernacle, avec les chants d'usage.

8" Sermon par M. le grand-rabbin de Nancy.

9*^ Romance du 5® trio de Fesca (piano, violon, violoncelle).

(Quête pour tous les pauvres de la ville : catholiques, protestants et israélites).

10° Allocution par M. le rabbin de Dijon.

IP Récitatif du Psaume 30.

12° Allocution par M. Alfred Lévy, rabbin de Lunéville.

13° Psaume final 150.

14° Andante du P' tria de Mendelssohn (piano, violon, violoncelle).

— Sortie.

La maîtrise de Nancy faisait le service, avec le concours gracieux

de MM. Mouillon, violoncelliste, Blanc, violoniste, et Roy, l'un des maîtres du piano.

Les allocutions et discours des rabbins, empreints d'un profond sentiment de gratitude pour la révolution à laquelle les Israélites doivent tant ; d'un patriotisme élevé, d'une fraternité touchante, ont été écoutés avec une religieuse attention. Il est même arrivé ceci : sous la parole ardente de l'un d'eux, M. Lévy, la foule électrisée, tout entière à l'orateur qui la charmait et la passionnait et l'entraînait à des hauteurs inaccoutumées, la foule s'est mise à applaudir (1).

(1) Les allocutions prononcées par MM.

Gerson, rabbin de Dijon, et Alfred Lévy, rabbin deLunëville, à l'occasion de l'inauguration du temple Israélite de Dijon, ont été

Les haines et les passions du moyen-âge ont laissé peu de traces à Dijon ; on y estime les hommes pour ce qu'ils valent, non pour la religion qu'ils professent. Aussi depuis longtemps les Israélites étaient-ils les bienvenus parmi nous.

Maintenant que, grâce à de lourds sacriflces, ils ont fini de s'affranchir; maintenant qu'ils ont un temple magnifique, accessible à tout le monde, où des cérémonies d'un grand caractère, d'une beauté antique, se font en pubKc, les derniers préjugés vont

imprimées : la première chez J. Marchand, la seconde chez F. Carré. M. Liebermann ayant parl($ d'abondance n'a pas publid son sermon.

disparaître. L'injustice et l'absurdité n'auront plus d'échos dans nos murs, et l'heure approche où les Israélites dijonnais, intimement mêlés à la population, ayant les mêmes aspirations, les mêmes intérêts, des attaches semblables au sol natal, pourront oublier complètement ces paroles amères du prophète : « Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en sont agacées, » pour ne se souvenir que de la belle devise gravée sur le cachet de leur communauté : Patrie et Religion.

DUON, IMP. CARRÉ.

-cm

Page 1