Notice-sur la Côte d'Ivoire
La Côte d'Ivoire est une forêt bordée par des lagunes. La suite de cette rapide notice modifiera ce que cette définition frappante a de sommaire.
La lisière maritime de la colonie couvre, entre le pays des Acliantis et la République de Libéria, une étendue de cinq degrés de longitude, — du 5® au 10^ à l'ouest du méridien de Paris. Il n'y a de lagunes qu'entre le o" et le 8"; plus loin vers l'ouest on ne trouve plus que les estuaires parfaitement normaux, de la Sassandra, du San Pedro, du Cavally : pas le moindre marigot, pas la moindre baie. Ce contraste entre les deux portions de la cote ne sera pas sans exercer, sur l'avenir de la colonie, une influence que nous essaierons d'apprécier plus loin.
Quant à la forêt, elle est telle qu'on ne saurait la comparer qu'à celle du Congo ou du Brésil. C'est une futaie d'arbres géants unis par un fantastique enlacement de lianes. L'atmosphère, chaude en toutes saisons et chargée d'humidité durant six mois consécutifs où le vent souffle de la mer, en a favorisé le développement dans des proportions surprenantes. Elle couvre les deux tiers de la superficie totale, qui n'est pas moindre de 250.000 kilomètres carrés. On ne
rencontre que trois clairières importantes : 10.000 hectares de savane au nord de la lagune de Grand-Bassam, et autant au nord de la lagune de Grand-Laliou ; puis, au cœur de la colonie, le vaste triangle du Baoulé, entre le Bandama rouge à l'ouest, le Nzi à l'est, et le Soudan au nord.
Tout le reste appartient aux palmiers à huile, aux acajous, aux arbres et aux lianes à caoutchouc, aux baobabs, aux cocotiers, à d'autres essences encore, dont une exploitation rdtionnelle tirera d'incalculables richesses pour la colonie. En dehors de ce que ces fourrés presque impénétrables produisent déjà comme caoutchouc, acajou et huile de palme, on sait en effet, d'abord par M. Binger et M. Pobéguin, et grâce aux différentes missions, surtout à celle du capitaine Houdaille, trouver là une infinie variété de bois précieuxpour la teinturerie, l'ébénisterie de luxe, la tabletterie. A l'ouest, la forêt domine jusqu'aux falaises hautes de 30 à 50 mètres, qui constituent le littoral. A l'est, elle étreint les lagunes, sauf en les deux points que nous avons indiqués. Ces lagu^ nés, caractéristiques essentielles de la côte africaine depuis le 8" degré de longitude à l'ouest du méridien de Paris, jusqu'au delta du Niger, les géographes ne se sont pas encore prononcés définitivement sur leur origine. Ont-elles été formées par l'accumulation de sable que détermine la barre à l'embouchure des fleuves? Mais pourquoi n'y en a-til pas devant les estuaires de la Sassandra et du Cavally? Faut-il plutôt y voir l'œuvre des madrépores? C'est probable, bien qu'encore une fois, la question soit loin d'être réglée.
Ce dont, par contre, on est certain, c'est que, grâce à ces petites Méditerranées, on peut aborder en pleine sécurité, faire un port de toute la côte. Les lagunes de la Côte d'Ivoire ont ensemble une superficie de 2.400 kilomètres carrés, et presque partout elles sont navigables pour des vapeurs calant jusqu'à 1™, 10. Celle de Fresco n'a guère d'importance, mais celle du Grand-Lahou est déjà fort ample. Elle sera d'une utilité considérable quand le
bassin du Bandama, et par conséquent le Baoulé sera mieux connu, et livré à une exploitation méthodique. Le Bandama a en effet son estuaire juste en face du canal qui lait communiquer la lagune avec la mer et au bord duquel est bâti Grand-Lahou. A Textrême est, la lagune d'Assinie est longue de 65 kilomètres, et son golfe d'Aby entame le continent jusqu'à 35 kilomètres du sud au nord. Elle reçoit deux petits fleuves, le Bia, et le Tanoë, qui, depuis la convention de juin 1898, constitue la frontière entre la colonie et le pays des Achantis. Comme partout, la principale des petites villes établies sur ses bords est située au débouché du canal maritime. Quant à la lagune du Grand-Bassam, elle s'étale, entre les deux précédentes, sur une longueur de 130 kilomètres. Elle reçoit l'Agneby, l'Ascension, le May et surtout le Comoé, qui, de tous les cours d'eau de la Côte d'Ivoire, est de beaucoup le plus important — 700 kilomètres et la richesse particulière des forêts qu'il traverse. Par trois petits golfes, la lagune pénètre à une trentaine de kilomètres vers l'intérieur et sa moindre largeur est de 80 kilomètres. Il est à noter que les lagunes du Grand-Bassam et d'Assinie communiquent par un ruisseau intermittent, la Ganda-Ganda, que des travaux insignifiants transformeraient en un chenal excellent. La petite mer intérieure aurait ainsi une longueur ininterrompue de 200 kilomètres.