HISTORIQUE DE LA COLONIE
Les établissements français du Grand-Bassam et d'Assinie comptent parmi les plus anciens, et à la fois les plus récents, que notre pays ait fondé par-delà les mers.
C'est dès le xiv^ siècle que des négociants dieppois installèrent dans ces deux petits ports des comptoirs oii Ton achetait de l'ivoire, de la poudre d'or, et la gomme arabique.
De raison sociale en raison sociale, quatre siècles s'écoulèrent sans que la Côte d'Ivoire fit guère parler d'elle, et eu 1893, les maisons de commerce établies à Grand-Bassam et Âssinie demandèrent du secours au gouvernement métropolitain. Il y avait guerre entre les Achantis et les Malinkés, et chacun des deux partis à son tour attaquait les factoreries sous prétexte qu'elles vendaient des armes et des munitions à l'autre. Quelques détachements d'infanterie de marine furent débarqués, l'on construisit des fortins. La pacification bientôt assurée, le commerce de l'huile de palme reprit son activité normale, laquelle, à la vérité, n'était pas considérable. En 1870, on évacua la Côte, ainsi que l'on fit d'autres colonies : la métropole avait besoin de tous ses effectifs. Il ne resta guère pour représenter la France à Grand-Bassam et Assinie que les deux comptoirs de la maison Verdier, de La Rochelle. Aussi, pendant les quinze à vingt premières années de la troisième République, peu d'atlas, même parmi les plus complets , indiquent-ils les deux points comme possessions françaises.
En mars 1889, M. Binger, alors capitaine, arrivait a Grand- Bassam après avoir exploré durant deux pleines années la boucle du Niger. La publication de ses travaux attira l'attention sur la Côte d'Ivoire. Plusieurs missions entreprirent l'étude du littoral et de son hinterland immédiat et plantèrent le pavillon national à Grand-Lahou, Fresco, Sassan-
dra, etc. L ensemble de ces comptoirs avait d'abord été placé sous l'autorité du gouverneur du Sénégal. Bientôt il fut rattaché à la colonie, alors toute récente, de la Guinée.
Celle-ci ne pouvait à ce moment communiquer avec son annexe que par mer; l'occupation du Fouta-Djallon et des régions qui s'étendent entre celui-ci et le pays de Kong était encore tenue pour à peu près utopique.
La colonie commença à prendre forme, si l'on peut dire, quand, le 8 décembre 1892, ses limites furent fixées du côté du Libéria. Enfin, le décret du 10 mars 1893 lui conféra l'autonomie. Au cours des quatre années qui suivirent, des postes furent fondés dans les trois grandes vallées, toujours plus au nord, jusqu'aux confins des États de Samory. La disparition de celui-ci permit d'annexer, en guise d'hinterland, le pays de Kong et Bouna, et la fameuse convention du Niger traça la frontière orientale du côté des possessions britanniques de la Côte d'Ivoire, autrement dit le pays des Achantis, le bassin moyen et inférieur de la Yolta. L'exploration de M. Eysséric a donné, depuis, les plus précieux renseignements sur l'anthropologie et la topographie de l'intérieur. MM. Hostains et d'Ollone, partant de la Côte d'Ivoire, ont rejoint MM. Wœlffel et Mangin, partis du Soudan français. Ainsi un itinéraire connu rejoint maintenant notre possession de la Côte avec notre empire du Soudan.