‹ Notice-sur la Côte d'IvoireChapitre 8 sur 17 · L'OR · texte numérisé non relu

L'OR

La géologie du pays peut se résumer en très peu de mots. On est en présence d'un terrain latéritique, avec sous-sol primaire. La latérite est une sorte de poudingue ferrugineux résultant de la décomposition du granit sous-jacent. Elle domine dans tout le bassin du Niger et les pays avoisinants. Sa teneur en minerai varie, selon les régions. Le fer ne constitue pas la seule richesse métallique de la Cùte d'Ivoire. On a aussi découvert un peu d'étain, de cuivre, de plomb argentifère. Mais c'est sur la question de l'or qu'il convient d'insister.

La présence du précieux métal est connue depuis longtemps, par ce fait que les naturels ont toujours employé comme monnaie courante de petits sacs pleins de poudre

d'or. Mais la situation exacte des gisements n'a pu être déterminée que récemment. Les indigènes, seuls propriétaires et exploitants, ne font pas volontiers de confidences en pareille matière. Il a fallu attendre les résultats des explorations.

Il y a plusieurs gisements sur la rive gauche du Comoé, notamment dans l'Indénié, près de Zaranou et d'Âssikasso, dans le Boudoukou, près de la ville du même nom. Il s'en rencontre aussi au nord de la lagune du Grand-Bassam. Les hautes vallées du Cavally et de la Sassandra, les bords du Bandama rouge, passent pour réserver aux prospecteurs des surprises agréables. De ce côté une mine est exploitée par les indigènes , celle de Kokombo, dans le Baoulé.

Cette dernière est même, jusqu'à ce jour, la plus importante de la colonie. L'or se trouve dans les collines de 150 mètres qui entourent le village. Les indigènes creusent des puits profonds de 2o à 30 mètres, larges d'un mètre et les réunissent par groupes de sept ou huit, pour former une espèce de cave oi^i ils travaillent ensuite nuit et jour, par équipes alternées. Ils remontent les blocs de quartz à l'aide de lianes, puis les portent au village, où ils les pulvérisent avant de les faire laver par les femmes.

L'or en poudre, ou en petites pépites, est évalué à la Cote par les noirs, au point de vue monétaire, à environ 95 francs l'once de 32 grammes. Ils divisent l'once en 16 akés de 6 francs, et Vaké en 12 tahons de 50 centimes.

L'or qui peut être exporté, c'est-à-dire qui est reçu dans les comptoirs européens en échange de marchandises, puis expédié en France , est loin de représenter la production totale de la colonie. Beaucoup d'akés et de takons s'en vont par le pays des Achantis, ou Libéria, ou le Soudan, beaucoup aussi continuent à circuler dans l'intérieur.

Voici toutefois ce qui a pu être exporté du 1" janvier 1890 au 31 décembre 1897, 1.286 kilogr. 399, valant 3.836.845 francs. Moyenne annuelle : 155 kilogr. 799, valant

479.605 francs. Les années les meilleures ont été 1896 avec 918.365 francs; puis 1895, avec 656.896 francs; les moins fortes 1890, avec 208.887 francs et 1893, avec 217.989 francs.

Peut-être les prospecteurs feront-ils quelques trouvailles dans le nord-ouest, peut-être la colonie tirera-t-elle un profit considérable de l'exploitation des gisements d'or. Mais nous estimons que les Français désireux de tenter la fortune à la Côte d'Ivoire, soit en payant de leur personne, soit en y envoyant des capitaux, ne doivent pas s'attendre à trouver là un nouveau Witwatersrand, ou un nouveau Klondyke.

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