‹ Notice sur la fabrication des eaux minérales artificiellesChapitre 12 sur 22 · DE L’INTRODUCTION DES SELS DANS LES · texte numérisé non relu

DE L’INTRODUCTION DES SELS DANS LES

La première difficulté qui se présente quand on veut préparer une eau artificielle chargée de matières salines, est celle de savoir en quel état les sels existent réellement dans l’eau naturelle que l’on veut reproduire. Ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le dire , l’analyse fait bien connaître la nature et la quantité des bases et des acides qui se trouvent réunis; mais nous en sommes réduits à des hypothèses plus ou moins probables sur la manière dont tous ces éléments sont combinés entre eux. Ne pouvant résoudre cette difficulté, on l’a négligée, et l’on est convenu , en quelque sorte , que , lorsqu’on a réuni dans une. eau minérale les éléments que l’analyse y fait trouver, on est arrivé à une imitation suffisamment fidèle. Remarquons que, lorsqu’il

EAUX MINERALES.

existe dans une eau minérale une base et un acide en quantité prédominante, il ne peut rester aucun doute sur l’existence de la combinaison qu’ils ont formée entre eux.

Si les sels qui entrent dans une eau minérale sont tous solubles , la fabrication consiste dans une simple dissolution: par exemple, l’eau deBarèges, deCauterets , l’eau de la mer. Si l’eau minérale est en même temps acidulé, on prépare la dissolution des sels, on en remplit le tonneau , et l’on charge de gaz carbonique , si l’on opère par la méthode de Genève ; on la fait soutirer par la pompe en même temps que le gaz , quand on se sert de l’appareil de Bramali. Si la proportion des sels est peu considérable , on peut encore les dissoudre dans une petite quantité d’eau , les introduire à l’avance dans les bouteilles, et achever de remplir celles-ci avec de l’eau gazeuse simple. Nous citerons l’eau de Seltz comme pouvant être indifféremment préparée par l’une ou l’autre méthode. Elles donnent toutes deux de bons résultats; mais cependant dans une fabrication continue on gagne du temps à faire absorber directement le gaz par la dissolution saline.

Quand une eau minérale n’a fourni à l’analyse que des sels insolubles , ces sels ne peuvent être que des carbonates, qui existaient dans l’eau à l’état de bicarbonates; on imite alors l’eau naturelle en faisant dissoudre ces mêmes carbonates dans un excès d’acide carbonique. 11 n’existe pas d’eau minérale

EAUX MINERALES.

naturelle qui ne contienne que ce genre de sels ; l’eau magnésienne artificielle en fournit un exemple. Au reste, comme la manière de reproduire les bicarbonates reste souvent la même quand ces carbonates sont mêlés à d’autres sels, nous allons la décrire une fois pour toutes.

Les carbonates de chaux , de magnésie et de fer se trouvent communément dans les eaux ; ils se dissolvent avec facilité dans un excès d’acide carbonique. Pour peu que la proportion en soit considérable, il faut assurer leur dissolution en les employant à cet état d’extrême division qui résulte de la précipitation chimique. On précipite à froid une dissolution très étendue de chlorure de calcium pur, par du carbonate de soude; on lave le précipité à plusieurs reprises pour le débarrasser des sels étrangers, et on le fait égoutter sur une toile. Pour apprécier la quantité réelle de carbonate que contient l’espèce de bouillie épaisse que l’on s’est procurée, il faut en prendre une certaine quantité, la sécher et la calciner fortement. 1 partie de précipité calcaire , qui a été chauffé fortement au rouge, représente 1,777 de carbonate de chaux.

Pour le carbonate de magnésie on se sert du sulfate de magnésie et du carbonate de soude; mais il faut faire la décomposition à l’ébullition dans une bassine d’argent. 100 parties de sulfate de magnésie exigent environ 116 parties de carbonate de soude cristallisé, et fournissent un précipité qui représente

EAUX M1NERAI.ES.

29 parties de carbonate de magnésie compté à l’état pur, ou 33 parties de magnésie blanche (hydrocarbonate de magnésie). On peut aussi sécher et calciner une petite portion du précipité ; 1 partie de précipité magnésien calciné représente 2,05 de carbonate de magnésie et 2,24 de magnésie blanche.

On peut opérer pour le carbonate de manganèse comme pour le carbonate de chaux, parce qu'il peut être lavé au contact de l’air sans éprouver d’altération. On décompose le sulfate ou le chlorure de manganèse par le carbonate de soude. Quant au carbonate de fer, comme il absorbe rapidement . l’oxigèrie de l’air, et qu après cette oxidation il ne peut plus se dissoudre dans l’acide carbonique, on le prépare au moment du besoin , en introduisant successivement dans les bouteilles une dissolution dè sulfate de fer et une dissolution de carbonate de soude; on se hâte de remplir avec de l’eau gazeuse. La quantité toujours très minime de sulfate de soude que cette manœuvre introduit dans les eaux ne peut rien changer à l’effet médicinal. Pour avoir 1 partie de carbonate de fer, il faut employer 2,4 parties de sulfate de fer cristallisé et 2,5 parties de carbonate de soude également cristallisé.

11 est presque impossible d’éviter qu’une partie du carbonate de fer ne s’oxigène et ne refuse alors de se dissoudre; je regarde comme préférable de mettre dans les bouteilles la dissolution du sel de fer soluble et d’y introduire l’eau gazeuse chargée du

carbonate de soude qui doit le décomposer. Mais je préfère bien plus encore introduire le fer à l’état d’un sel inaltérable ; tel est le tartrate de potasse et de fer. Je reviendrai plus en détail sur cette question en traitant des eaux ferrugineuses.

Une fois les carbonates insolubles obtenus , on les délaie dans l’eau : s’ils sont en petite proportion , on les introduit dans les bouteilles, que l’on remplit ensuited’eau gazeuse; mais quand ils doivententrer dans l’eau minérale à une forte dose , on les délaie dans le tonneau même, l’on charge d’acide carbonique, et l’on agite de temps en temps. Comme on peut prolonger plus longtemps le contact de l’eau acidulé et des carbonates, leur dissolution complète est plus assurée. Ici l’appareil de Genève a une supériorité marquée; il permet de fabriquer une plus grande quantité à la fois.

:■ Lorsqu’une eau minérale a donné en même temps à l’analyse des sels solubles et des sels insolubles , si l’on peut, par un échange des bases et des acides, tout convertir en sels solubles , on ne manque pas de le faire pour rendre la préparation plus facile.

Ceci , pour les personnes peu exercées aux théories chimiques, demande une explication.

Les sels qui entrent dans la composition des eaux minérales sont tous formés par la combinaison d’un acide et d’une base, ou par la combinaison du chlore, de l’iode ou du brome avec un métal. Il est une partie de ces sels qui sont solubles, il en est qui ne

le sont pas. Dans la question qui nous occupe, le sulfate de chaux et les carbonates de chaux, de magnésie, de fer et de manganèse, sont seuls dans ce cas. On pourrait à la rigueur les préparer à part et les introduire dans l’eau ; mais il est beaucoup plus simple et plus prompt de les produire par double décomposition. Celle-ci est basée sur ce principe que, lorsqu’on mélange deux sels qui, en échangeant leurs bases et leurs acides, peuvent donner naissance à un précipité insoluble, la décomposition a toujours lieu. Voyons donc quelle est la composition des sels habituellement contenus dans les eaux minérales.

Poids dp

Carbonate f S carbonique de soucie. |Eau

Bicarbonate de soude.

Acide carbonique

Carbonate f Chaux de chaux. ( Acide carbonique

Carbonate de magnésie.

Carbonate de fer.

Carbonate de manganèse.

Chlorure de sodium.

Chlorure de calcium.

Chlorure de magnésium.

Chlorure de fer

Chlorure de manganèse.

Bromure de potassium.

lodure

de potassium.

AA

( Magnésie ( Acide carbonique

( Protoxide de fer ( Acide carbonique

[ Proloxide de manganèse . ( Acide carbonique

( Sodium ( Chlore

( Calcium ] Chlore (Eau

l' Magnésium Chlore ( Eau

(Fer (Chlore

f Manganèse ( Chlore

( Potassium ( Brôme

(Potassium A 9

| Iode 158

AA,2 j

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