EAUX ACIDES
Ces eaux minérales ne sont pas employées en médecine. Dans le voisinage des volcans elles contiennent surtout 1 acide sulfurique, l’acide sulfureux et l'acide hydrochlorique, quelquefois mêlés de sulfate d alumine. A cette classe appartiennent :
L’eau de RioVinagre ;
L’eau du cratère du mont Idienne à Java,
L’eau d’Abano , près de Padoue.
Les eaux chargées d’acide borique des lagonis de Toscane doivent être rangées dans la même classe.
§ IV. Eaux minérales artificielles.
Les eaux minérales sont les eaux des sources naturelles auxquelles une haute température et la nature des substances dissoutes donnent des caractères particuliers qui les rendent souvent impropres aux usages ordinaires de la vie, mais qui leur communiquent des propriétés spéciales dont la médecine peut tirer partie pour la guérison des maladies.
Les avantages que les malades retirent des eaux minérales quand ils les boivent à la source même , ne
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sont révoqués en doute par personne. A l’action propre qui appartient aux eaux, se joint l’influence souvent salutaire des circonstances accessoires, telles que la distraction produite par le voyage , le changement d’une vie molle en une vie d’exercice. Mais l’état des malades , et plus encore les frais considérables que nécessiterait leur transport jusqu’aux sources , sont des obstacles qui né s’opposent que trop souvent à ce que l’on puisse user de ce genre de médication ; on a cherché à y parer en transportant l’eau auprès du malade lui-même; mais il faut bien dire que l’absence des mêmes conditions amène une grande différence dans les résultats. La nature de l’eau peut être changée, soit que toutes les précautions convenables n’aient pas été prises pour sa conservation , ou que l’eau soit elle-même de nature si altérable qu’aucune précaution ne puisse empêcher sa décomposition. On a tout lieu de croire, en outre, pour certaines de ces eaux, que l’effet en est différent pour le malade, lorsqu’il ne les prend pas dans les mêmes circonstances , lorsqu’un exercice convenable au milieu d’un air pur. n’accompagne pas ou ne suit pas l’ingestion de l’eau , lorsque cette eau est bue froide, au lieu detre prise en même temps chaude et acidulé , comme on la rencontre souvent à la source.
Les changements que les eaux naturelles transportées loin de la source éprouvent souvent dans leur nature, ont amené la création d’un art nouveau,
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celui de l’imitation des eaux naturelles; bientôt l’enthousiasme des uns et l’intérêt des autres a été si loin, que l’on n’a pas craint d’avancer que, dans la fabrication des eaux minérales, l’art avait surpassé la nature. Une polémique s’est établie entre les défenseurs des eaux naturelles et les partisans des eaux artificielles ; et , comme de coutume , chacun de son 'côté a eu en même temps tort et raison.
La discussion de cette question ne saurait s’établir qu’entre les eaux transportées loin de la source et les eaux artificielles; car il est de toute évidence que si les bonnes propriétés d’une eau minérale sont constatées , en outre des avantages accessoires que la position géographique de la source peut lui assurer, on ne sera jamais aussi certain de l’avoir pareille à ellemême , que lorsqu’elle sera puisée à sa source même.
Le premier reproche que l’on fait aux eaux minérales transportées au loin, c’est de n’être pas, après ce transport ou quelque temps après , ce qu’elles étaient à la source. Il est certain que quelques unes d’entre elles éprouvent des altérations profondes qui les dénaturent complètement : telles sont toutes les eaux sulfureuses des Pyrénées ; telles sont encore une grande partie des eaux qui contiennent des matières glaireuses. L’eau de Plombières, celle de Luxeuil , exhalent bientôt une odeur fétide quand elles sont conservées longtemps dans les dépôts ; la même chose arrive, quoique plus tard , aux eaux de Vichy. Quand une eau contient des sulfates et des matières
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organiques, elle devient fétide par la transformation des sulfates en sulfures alcalins. On a de nombreux exemples de cette décomposition , et même quelques sources sulfureuses naturelles paraissent se former par une décomposition de ce genre ; je citerai l’eau d’Enghien. M. Henry a vu ce genre de décomposition se produire dans l’eau de Passy et dans l’eau de Billazai conservées en bouteilles. M. Caventou attribue aussi à quelques matières organiques, à quelques débris de paille laissés par mégarde dans les bouteilles, l’altération du même genre qui s’observe quelquefois dans l’eau de Seltz transportée.
11 faut remarquer, toutefois , que ce reproche de mauvaise conservation ne s’applique qu’à un nombre assez restreint d’eaux minérales , et que d’autres, en bien plus grand nombre, se conservent sans altération quand elles ont été puisées et bouchées avec le soin convenable. On peut s’en rapporter, pour ces précautions, aux propriétaires des établissements qui ont incessamment intérêt à assurer la conservation des eaux qu’ils expédient.
On a fait encore aux eaux naturelles le reproche de varier dans leur composition ; l’on a mis en opposition l’avantage que présentent les eaux artificielles de pouvoir être préparées sur une formule fixe qui les rend toujours complètement identiques. On ne saurait douter, il est vrai, que les proportions des matières salines de certaines eaux minérales ne soient susceptibles de varier; le fait est bien
constaté pour quelques unes d’elles (Spa, Forges, Seltz, etc.). Je suis 'même convaincu qu'il en est de même pour toutes. Malgré ce qu’on a dit de l’extrême fixité de composition de ces eaux, je pense que la proportion relative des matières salines et de l’eau n’y est pas constamment la même ; car, en supposant que la source profonde ne change jamais , ce dont il est permis de douter, on ne saurait nier toutefois quelle se mêlera, la plupart du temps , avec les eaux superficielles en des proportions qui varieront , et avec la localité et avec la saison. Je ne crois pas qu’il faille chercher ailleurs la cause des différences légères que l’on a observées entre des sources voisines qui ont évidemment une origine commune , et qui ne présentent entre elies que de légères différences de température ou de composition. Il faut remarquer toutefois que les différences de composition que l’on peut observer dans une même source sont fort légères , et par cela même peu importantes pour l’emploi médical ; car enfin il s’agit d’administrer unematière médicamenteuse à des doses reconnues bonnes , mais qui ne peuvent jamais être fixées d’une manière absolument rigoureuse.
Les partisans exclusifs des eaux naturelles ont attaqué à leur tour les eaux artificielles avec une alliance de bonnes et de mauvaises raisons. Il suffit de rappeler leurs idées sur les propriétés occultes des sources de la nature, sur les lois particulières de combinaisons suivant lesquelles elles seraint formées,
sur la nature toute spéciale du calorique dont elles seraient chargées. Je dois dire quelque chose d’une autre opinion, qui n’est pas mieux fondée, sur la manière d’être de l’acide carbonique dans ces eaux. On assure quelles conservent ce gaz avec plus de ténacité , et que , lorsque des eaux gazeuses naturelles et des eaux gazeuses artificielles sont exposées en même temps à l’air libre , les premières gardent plus longtemps leur saveur aigrelette. J’ai fait, de concert avec MM. Orlila et Barruel , une expérience comparative sur l’eau de Saint-Alban , et nous n’avons rien vu de pareil. Il est vrai qu’au lieu de déboucher brusquement la bouteille d’eau artificielle, et de produire un bouillonnement rapide , qui enlève mécaniquement à l’eau beaucoup de gaz , nous nous sommes contentés de faire au bouchon de chacune des bouteilles une ouverture fort petite , par laquelle la pression intérieure et la pression extérieure se sont fort lentement mises en équilibre ; c’est alors seulement que nous avons exposé comparativement les deux eaux à l’action de l’air.
La plus forte objection que l’on ait pu faire contre la substitution des eaux artificielles aux eaux naturelles, c’est l’incertitude où nous serons toujours , pour quelques unes d’elles , que l’analyse ait fait connaître exactement et la nature et la quantité des éléments qui se trouvent dans ces eaux , et l’impossibilité où nous sommes de reproduire fidèlement certains composés qui s’y trouvent.
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11 faut convenir que , parmi lus analyses d’eaux minérales que nous possédons, il en est beaucoup qui ne sont pas l’ouvrage de chimistes assez expérimentés; il faut dire encore que beaucoup d’entre elles ont été faites loin des sources , sans garantie parfaite des précautions qui avaient pu être prises pour mettre l’eau dans les bouteilles , sans connaissances suffisantes des circonstances particulières des localités , ou des phénomènes particuliers qui ne peuvent être observés que sur les lieux mêmes. Quel que soit d’ailleurs le talent du chimiste qui s’est occupé de ce genre de recherches , on ne peut se défendre de conserver des doutes sur les conclusions qu’il tire de ses expériences , s’il n’a puisé lui-même l’eau minérale dont il s’est servi , s’il n’a observé avec soin toutes les circonstances qui accompagnent sa sortie ou qui se présentent à quelque distance de la source, s’il n’a fait sur les lieux mêmes une partie des expériences qui sont nécessaires pour arriver à connaître exactement la composition de l’eau minérale qu’il étudie. Aussi doit-on regretter vivement que , pour un motif mesquin d’économie , le gouvernement ait interrompu les travaux d’analyse que M. Lonchamp avait commencés avec tant de succès. »
Quelle que soit l’habileté du chimiste qui se sera occupé d’analyser une eau minérale , on pourra douter encore qu’il ait tout vu , car la science marche et fait naître de nouveaux moyens d’investigation. C’est
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ainsi qu’elle a prouvé un jour que beaucoup d’eaux que l’on croyait minéralisées par l’hydrogène sulfuré, l’étaient par des sulfures alcalins; qu’elle a fait trouver dans les eaux minérales l’iode et le brôme , agents actifs , et dont on ne pouvait y soupçonner l’existence. Sous ce rapport , une eau artificielle ne peut être regardée comme 1 égale de l’eau naturelle qu’elle est appelée à représenter, qu’autant qu’une expérience médicale , longtemps continuée , a démontré l’identité de leurs effets.
De l’état actuel de nos moyens d’analyse résulte encore un autre doute sur la possibilité d’imiter les eaux naturelles. Personne ne nie que les sels que nous obtenons dans nos opérations ne soient pas toujours ceux qui étaient en dissolution dans l’eau ; et si l’on en doutait, il suffirait de voir qu’une même eau fournit des substances salines différentes , quand on modifie les procédés analytiques. Il est vrai que Murray a admis , et beaucoup de personnes avec lui , que dans une dissolution , ce sont les combinaisons les plus solubles qui existent , et que les quantités de chaque base et de chaque acide étant données, on doit interpréter l’état des sels en ce sens , que les plus solubles se trouvent réellement en dissolution. Mais c’est là une hypothèse gratuite ; il faut convenir que souvent nous ne pouvons apprécier avec exactitude la manière dont les éléments salins sont réunis entre eux.
Il existe en outre , dans certaines eaux minérales ,
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des matières spéciales produites par un concours de circonstances que nous ne pouvons reproduire de manière à introduire ces matières dans nos eaux artificielles ; telles sont , pour la plupart du temps , les substances désignées sous le nom de résine, bitumes, matière extractive huileuse ou azotée , barégine, etc. Elles concourent certainement aux propriétés des eaux minérales , soit par elles-mêmes , soit par les combinaisons qu’elles ont contractées avec d’autres principes appartenant à ces eaux.
Pour résumer cette discussion , je dirai que les eaux minérales naturelles doivent être préférées aux eaux artificielles , toutes les fois qu’elles peuvent être conservées longtemps sans altération ; que l’on peut employer indifféremment les unes ou les autres dans les cas où l’on peut arriver à une imitation complète, savoir : quand l’eau naturelle a été analysée par un chimiste habile , et que cette analyse a servi de base à la fabrication de l’eau artificielle, lorsque rien dans la composition de l’eau naturelle n’annonce la présence de matières que nous ne pouvons former artificiellement, ou ne fait soupçonner l’existence de quelque principe qui aurait pu échapper à l’analyse ; enfin lorsqu’une étude comparative et longtemps continuée des propriétés médicinales des deux espèces d’eaux , a montré l’identité de leur action sur l’économie vivante.
Il est quelques cas où les eaux artificielles'doivent être préférées: ainsi, en chargeant d’un grand excès
d’acide carbonique les eaux ferrugineuses et les eaux salines , on les rend moins rebutantes , plus digestives pour le malade , sans affaiblir leurs autres propriétés ; ainsi, l’eau de Seltz , chargée d’un excès de gaz , est plus propre , dans bien des cas , à faciliter la digestion que l’eau naturelle qui est à peine acidulé : c’est dans ce cas que l’on peut dire réellement que l’art a surpassé la nature.
Quelque idée que l’on se fasse d’ailleurs de l’analogie que peuvent présenter entre elles les eaux naturelles et les eaux artificielles , on ne saurait se refuser à convenir que celles-ci rendent journellement de grands services à l’art de guérir. Beaucoup d’entre elles sont réellement des imitations grossières de la nature ; mais elles constituent des médicaments nouveaux dont l’usage a consacré le bon emploi.
La fabrication des eaux minérales présente quelques difficultés , à cause du nombre considérable des corps que l’on peut avoir à introduire dans ces eaux. Pour mettre de l’ordre dans ce travail et en rendre l’étude plus facile , j’examinerai d’abord les procédés généraux de fabrication , puis je donnerai les moyens de préparer chaque espèce d’eau minérale en particulier. La fabrication , considérée d’une manière générale, se compose de manipulations spéciales, et de considérations qui s’appliquent au moyen d’introduire dans les eaux certaines séries de corps. Je traiterai successivement de l’introduction de l’acide carbonique dans les eaux, ou delà prépa-
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ration des eaux gazeuses simples ; des moyens propres à introduire dans les eaux les matières salines, la silice ou les substances organiques.