ÉTABLISSEMENTS
Après la paix conclue avec les Iroquois, Louis XIV, en vue d'augmenter la population du pays et d'assurer sa sécurité, fit proposer aux officiers et aux soldats de ce régiment, ainsi qu’à ceux des avtres, de s'établir en Canada, , leur promettant des gratifications de terre et d'argent. “ Cette manière de donner un pays nouvellement con- & quis, disait Talon, répond à l’usage reçu autrefois chez “ les Romains qui distribuaient aux gens de guerre les “ champs des provinces subjuguées. Cette pratique me parait d'autant plus à estimer, qu’un jour elle procurera un corps de vieilles troupes capables de défendre cet ‘ Etat naissant contre les incursions des Sauvages. Ainsi (| ‘ en agissaient nos plus grands Rois envers leurs sujets. | Ils leur concèdaient des terres qu’ils cultivaient et qui | “ Jeur fournissaient tout ce qui était nécessaire à la vie.”
Plus de quatre cent de ces officiers et soldats ayant répondu à l'appel du Roi, l’Intendant fit remettre à chaque soldat cent livres, ou cinquante livres avec des provisions pour une année, et aux officiers des sommes plus considérables. Ainsi, Mr de Contrecœur reçut pour sa part six cents livres, Mr de la Motte quinze cents livres.
En même temps, Talon leur donna, sur les deux rives du
St Laurent, à partir du lac St Pierre, et surtout aux environs de la rivière Richelieu, par où les barbares avaient coutume de venir, toutes les terres non concédées. Il donna ainsi dans la même année, 1672 :
A Berthier 1 28,224 arpents. A de Lanaudière 14,112 arpents. A de Chambly 42,326 « A de la Valtrie 42,336 A de Contrecœu: 28,224 « A de Laubia 28,224 A Lugué 800 « A de Sorel 38,380 A de la Durantaye 70,560 « A de St Ours 98,784 À de Grandville 7,056 « A de Villieu 15,876
Cette même année encore, afin d’exciter entre tous une noble émulation, Talon fit les distributions suivantes à d’autres particuliers :
A Amiot 7,056 arpents. A de la Guillaudière 2,520 arpents. A de Beaumont 21,752 A Labadie 882 « A Bissot 5,880 “ À Le Gardeur 22,932 A Boucher 24,444 A LeMoyne 2,646
1 Berthier fut nommé Commandant au fort St Jean, et LaMotte à celui de Ste Anne. Quelques années après, le 22 Septembre 1690, ce dernier fut tué dans un combat contre les froquois. ‘C'était, dit N. Perrot, un homme de cœur et d’honneur.”’—De la Valterie eut le même sort. Ayant été chargé, en 1693, d’escorter la troupe d'Argenteuil, envoyée à de Louvigny, Commandant à Michilimakinac, il fut attaqué à son retour par une bande d’Iroquois et tué avec trois de ses hommes. —Chambly qui avait élevé le fort St Louis (Ghambly), en devint Gouverneur ; “ Je lui ai donné, écrit Mr de Frontenac, le commandement ‘“ de toutes les habitations depuis la Rivière du Loup à celle de St ‘“ François jusqu’au Long Sault, à l'exception de l'Ile de Montréal qui “a son Gouverneur particulier, parce que je ne connais que lui qui ‘“ soit capable d’arrêter les courreurs de bois. Recommandable par “ les longs services qu’il a rendus, il ne l’est pas moins par le soin “ qu’il a pris d’accomoder l'habitation qu'on lui a donnée au fort St ‘“ Louis, et qui est, à ce qu’on dit, la plus jolie de tout le pays.” —Sorel fut mis à la tête du fort de son nom qu'il avait également construit. Dans l’expédition de M" de Tracy, il commandait l'avant-garde, Ce fut lui qui arracha des mains des Algonquins le Bâtard-Flamand, envoyé en ambassade par les Agniers. Ille conduisit sain et sauf à Québec, et de là dans son fort, où il le retint jusqu'à la conclusion de la paix.—De St Lusson ne se signala pas moins par ses services. Après avoir choisi l'emplacement d’un fort sur le lac Ontario, en 1670, il se rendit, l’année suivante, au Sault Ste Marie, où en présence des Députés de quatorze nations, il prit possession de la contrée, après quoi il alla, en compagnie de Lanoraye, explorer le pays à travers lequel devait passer le chemin de Québec à Pentagouet.