EXPLORATIONS ET DÉCOUVERTES
Pendant que ces vaillant: suerriers, nouveaux Cincinnatus, échangeaient ainsi le mousquet contre la charrue, on alternaiïent la vie des camps avec celle plus paisible des champs, d’autres, non moins courageux, s’aventuraient à travers des pays inconnus afin d'étendre les
limites de la Colonie. De ce nombre, sont du Luth, de St Lusson, de Tonty, etc., mais surtout Joliet et de la Salle, auxquels on peut ajouter N. Perrot.
JoutET.—Déjà nous avons mentionné ce célèbre découvreur. De concert av°c Marquet et cinq autres Français, il se rendit à Michilimakinac, où il arriva le 8 Décembre 1672, et de là fit route, l’année suivante, pour le pays des Illinois. ‘“ Sur les rapports des Sauvages, “ écrit le Père Marquet, nous traçames une carte de tout ce nouveau “pays. Nous y fimes marquer les rivières sur lesquelles nous devions ‘ naviguer, le nom des lieux et des peuples par lesquels nous devions ‘“ passer, le cours de la grande rivière et le vent que nous devions ‘“ tenir, quand nous y serions.” Munis de cette carte, les intrépides voyageurs descendirent le Wisconsin, l'Illinois, etc. et le 17 Juin 1673, entrèrent dans le Mississipi, dont, trente ans auparavant, Nicolet n'avait été éloigné que de trente ou quarante lieues. Après avoir visité le premier village des Illinois et s'être rendus jusqu'à celui des Arkansas, Joliet et ses compagnons reprirent la ronte de la Colonie et vinrent passer l'hiver à la Mission de St François Xavier du lac des Puants. Au printemps de l’année suivante, Joliet se sépara de Marquet et revint à Québec, où il rendit ainsi compte à Mr de Frontenac du succès de son voyage: ‘ Cette grande rivière qui porte le ‘“ nom de Colbert, pour avoir été découverte ces dernières années, par “ Jes ordres que vous me donnâtes, passe au-delà des lacs Huron et « Illinois, entre la Floride et le Mexique, et, pour se décharger dans ‘“ la mer, coupe le plus beau pays qui puisse se voir sur la terre.” La carte de ce riche pays est aux Archives de la Marine à Paris, et a pour titre: Curle de la découverte du Sieur Joliel, où l’on voil la communicalion du S' Laurent avec les lacs Frontenac, Erié, Huron el Illinois.
DE LA SaLce.—Originaire de Rouen et frère de Mr Cavelier, prêtre de St Sulpice, Robert Cavelier de la Salle était passé dans la Nouvelle- France en 1666. Homme d'énergie et d'initiative, il ne tarda pas à fixer l’attention sur lui et à se faire un nom. Après avoir commencé un premier établissement à la Chine, cédant à son attrait pour les voyages, il suivit MM. Dollier et Galinée sur les bords des lacs Erié et Ontario. C'était en 1669. S'en étant séparé, peu après, il gagna l’'Ouaouais, où il fit la rencontre de N. Perrot. L'année suivante, 1670, il revint sur ses pas, en compagnie de St Lusso :, et choisit sur l'Ontario l'emplacement d’un fort. Trois ans après, il jeta les fondements de Cataracoui (Frontenac) et, en 1674, il en obtint la propriété avec des lettres de noblesse, S’étant fait autoriser, dans un nouveau voyage
en France, à continuer les découvertes 1 de Joliet, il partit de Québec au mois de Septembre 1678, accompagné du Chevalier de Tonty et de bon nombre d'hommes, et se rendit à Cataracoui. C'est alors qu'il alla bâtir le fort de Niagara. L ‘à, il se mit en route pour Michilimakinac, où il arriva au mois de Septembre 1679. De Michilimakinac, il se rendit à la Baie des Puants, puis à la rivière S‘ Joseph, ou des Miämis L'année suivante, poursuivant le cours de ses voyages, il parvint au fort des Illinois et y éleva le fort Crèvecœur. L'état de ses affaires l'ayant alors obligé de repasser en Canada, il laissa de Tonty pour commander à sa place et revint à Montréal. Plutôt stimulé que découragé par les malheurs qui vinrent alors fondre sur lui, il se hâta de reprendre la route de Michilimakinac. Après avoir donné rendez-
1 A en croire la plupart des écrivains, ce serait à de la Salle, et non à Johet, qu'on devrait attribuer la découverte du Mississipi, qui donna la Louisiane à la France. Rien n'est moins fondé. À de la Salle appartient l'honneur d'en avoir pris possession en 1682, mais à Joliet reviennent le mérite et ia gloire de l'avoir découvert en 1673.— Ie Ce n'est point de la Salle qui le premier découvril le Mississipi. Nous n'en Voulons d’autres preuves que son silence et celui le ses contemporains. Si de la Salle eût réellement découvert ce grand fleuve de 1669 à 1672, comme le prétendent ces publicistes, il n’eût pas manqué d'en parler. Or, ni lui, ni Mr de Frontenac, son protecteur, n'en font mention. Bien plus, dans son rapport de 1677 à ce Gouverneur, de la Salle semble ignorer düns quel golfe se jette la rivière qu'il avait découverte. Voici, du reste, ses paroles: ‘“ Le Sieur de la ‘“ Salle passa en Canada en 1666, commença cette année le village de ‘“ la Chine. L'année 1667 et les suivantes, il fit divers voyages dans “ lesquels il découvrit le premier beaucoup de pays au Sud des grands “ lacs, et entr’autres la grande rivière de l'Ohio. Il la suivit jusqu’à “ un endroit, où elle tombe de fort haut de vastes marais, à la hauteur ‘“ de trente-sept degrés, après avoir été grossie par une autre rivière “ fort large qui vient du Nord: toutes ses eaux se déchargent, selon ‘“ toute apparence, dans le golfe du Mexique.” Ainsi, de son propre aveu, de la Salle, à cette époque, n'avait pas dépassé l'Ohio, simple affluent du grand fleuve, et le saut dont il parle, n’est autre que celui de Louisville, dans le Kentucky. Ces expressions seules : “ Toutes ses ‘“ eaux se déchargent, selon loule apparence, dans le golfe du Mexique,” le démontrent jusqu’à l'évidence.—Ile À Joliet revient la gloire d'avoir le premier découvert le Mississipi: 1° Nous en avons la preuve dans ses propres paroles, rapportées plus haut. 2% Outre son témoignage, nous avons encore celui de Marquet qui n'est pas moins explicite. Ecrivant à son Provincial en 1674, ce Père parle ainsi de Joliet et de sa découverte: ‘“ Parti au commencement de Juin 1673, pour entrer “ dans un pays, où jumais Européen n'avait mis le pied, il pénétra “ enfin dans cette fameuse rivière que ies Sauvages appellent le Mis- “ sissipi” 3° Enfin, l'Ile d’Anticosti, porte l'acte de concession, ne fut accordée à Joliet, “ qu'en considération de sa découverte du pays des Illinois, dont il avait donné le plan.” Ce point est donc bien établi, et nous avons peine à comprendre :omment des écrivains placés à la source même des Archives, ont pu se néprendre sur un fait si grave.
vous à ses compagn ns sur les bords de la rivière de Chicago, il en partit avec eux le 4 Janvier 1682, descendit la rivière des Illinois, et, après avoir construit alors le fort Prudhomme au confluent de l'Ohio, s'achemina vers le terme de son voyage. Il l’atteignit heureusement le 9 Avril. Ce jour même, il prit possession du pays, en plantant une Croix sur les bords du Mississipi et en y arborant les armes de la France, et, quelques mois plus tard, il allait rendre compte à la Cour du succès de son entreprise, La fin tragique de la Salle est con". Parti de la Rochelle en 1684 avec toute une colouie, après : débarqué à la Baie S‘ Bernard et avoir construit quelques forts, it ant assassiné au Texas le 16 Mars, d’autres disent le 20 Mai 1687, au moment où it allait recueillir le fruit de ses travaux.
N. PernoT.—Sans avoir laissé un nom aussi célèbre, N. Perrot n'a peut être pas rendu des services moins importants à la Colonie naissante. D'une éloquence entrainante, d'une grande habileté à manier les esprits, mais surtout d’un patriotisme éprouvé, on le voit constamment se servir de l’ascendant extraordinaire qu’il avait acquis sur les tribus mobiles de l’Ouest pour retenir ces peuples dans l'alliance des Français. Après avoir commencé quelques études, s'étant attaché aux pas des Missionnaires, il fixa son séjour parmi les Sauvages qu'il ne quitta presque plus. Dès 1665, il se rendit chez les Poutéouatamis pour y faire la traite du fer. Les Outagamis étant alors en guerre avec les Manomines, ou Folles-Avoines, il négocia la paix et parvint à réconcilier les deux peuples. Après avoir conclu avec eux un traité d'alliance, il se dirigea vers les Maskoutins qui lui firent une réception non moins brillante. Delà, il poursuivit sa course à travers le payset visita une infinité de nations qu'il laissa sous le charme de sa parole et de sa personne. Etant alors rentré dans la Colonie, il fut chargé par Mr de Courcelles de prendre possession de l'Outaouais, ce dont il s’acquitta avec un rare bonheur. Peu après, il marcha à la tête de ses nouveaux alliés contre les Or: 5ntagués et revint à Montréal. Il fut renvoyé dans les pays d’en huut avec le titre de Commandant en chef. C'est alors qu’il visita les Miâmis, et, qu'après avoir rétabli la concorde entre eux et les Sioux, il bâtit un fort chez ces derniers. Le Marquis de Denonville ayant résolu, peu après, de porter la guerre chez les Sonnontouans, Perrot convoqua toutes les tribus amies, et, se mettant à leur tête, traversa Michilimal:inac, Détroit et Niagara, et atteignit le pays ennemi. Après avoir apaisé les différents qui s'étaient élevés entre les [roquois et les Français, il retourna au pays des Sioux, dont il prit possession au nom de la F'ance. A son retour, il fut envoyé par Mr de Frontenac chez les Outaouais, pour leur porter des paroles de paix. C’est alors qu'avec de Louvigny il empêcha un convoi de pelleteries de tomber entre les mains des Sauvages. Après
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