MANUFACTURES
Nous avons dit un mot, en passant, de l’émigration et des proportions alarmantes qu’elle prenait depuis quelques années. Pour y mettre un terme, ou du moins pour la restreindre le plus possible, chacun a donné son avis. Suivant les uns, le moyen d'empêcher la jeunesse de déserter le pays était d'encourager davantage l’agriculture. Suivant les autres, ce serait, ce qui revient à peu près au même, d'ouvrir de nouvelles terres à la colonisation. Assurément, tous ces moyens sont bons, mais ils sont, ce nous sembie, insuffisants. Tant que l’ouvrier, surtout s'il est père de famille, sera réduit à compter sur son salaire de lété pour couvrir ses dépenses de l’hiver précédent ; tant que, pendant cette dernière saison, si longue en Canada, il 1e trouvera pas, ou ne trouvera que difficilement de l'emploi auvour de lui, toujours il sera porté, et cela se concoit, à aller demander à l'étranger ce qu'il ne rencontre pas dans sa propre patrie. Le moyen donc de retenir quantité de bras utiles, et le seui efficace selon nous, serait de créer et de propager les manufactures, de telle manière que, sous ce rapport, le Canada n’eût rien à envier aux autres contrées. Mais quel est le capitaliste qui osera exposer ses fonds dans ces sortes d'entreprises ; comment ces entreprises pourront-elles se soutenir, si la Législature n’impose suffisamment les marchandises importées, si en même temps elle n’abaisse le plus possible ses tarifs sur les matières premières, et même si elle n’accorde quelques subventions à ces manufactures ; en un mot, si elle ne les met pas à même de lutter avec avantage contre d’autres Etablissements de même nature? Qui veut la fin, doit vouloir les moyens. C’est ce que l'Ordre démontre parfaitement, quoique sous un autre point de vue, dans son numéro du 24 Avril. Donc, avec des chantiers de construction, des manufactures avant tout, mais des manufactures protégées par l'Etat. Lorsque ces manufactures seront de force à soutenir la concurrence, alors on pourra parler, avec quelqu'apparence de raison, du libre-échange.