Notice sur la monnaie de Trévoux et de Dombes
JL n'y a |>as de provinco en Franco dont riiistoircMio soit éciilo sur les monnaies on médailles. Chaeun des peuples rpii onl sueeessivemenl habile ou envahi h* lerriloire, eharune des dynasties (pii ont i>()uverné le royaume, on pourrait presque dire ehaeun des feudataires qui en ont tenu les (iefs, ont laissé après eux des traces de monnoyacje. Les vestiij;es numismatiques , tous les jours restitués par la terre , sont des annales eontem[)oraines de nos diverses civilisations, gauloise, romaine , franque et féodale.
La ville de Trévoux, aujourd'hui chef-lieu d'un arrondissement du département de l'Ain, autrefois capitale de la principauté souveraine d<» Dombes , réclame une place dans ces annales. La monnaie des princes ses seigneurs, a été, pendant trois siècles, répandue et célèbre en Europe.
Cette monnaie , coninie la vilhî elle-même , date du moyen-âge , de l'époque où la seigneurie de Dombcs prit naissance et devint un État. Jusque-là , le pays dont elle fut formée n'avait pas eu de nationalité; territoire sans nom , sans ville connue; dans l'origine , possession ignorée du peuple gaulois, les Ambarres; dépendance sous les Romains de la seconde Lyonnaise, et, après la chute de l'empire , du royaume de Bourgogne, dont il suivit toutes les vicissitudes; rien , durant cette période , ne lui est spécial : son existence politique se confond dans celle de ses diverses métropoles, et son histoire monétaire n'est autre que celle des Gaulois , des Romains et des rois de Bourgogne , ses maîtres successifs.
Chez les Gaulois, plusieurs cités avaient eu leur monnaie ; mais sous les Romains , le monnoyage était bientôt devenu une institution impériale ; il n'y avait plus eu alors quelamonnaie du prince; ce qui se conserva sous les Bourguignons. L'invasion, on le sait, ne détruisit pas l'organisation romaine; les conquérants s'approprièrent, au lieu de les renverser , la plupart des institutions des vaincus; le monnoyage demeura ce qu'il avait été au temps des empereurs , un droit du fisc ; jusqu'au neuvième siècle , les ateliers monétaires ne frappèrent que pour le compte du trésor royal.
Après la mort de Charlemagne, l'empire trop vaste que ses puissantes mains avaient édifié , se brisa dans celles de ses successeurs ; la féodalité prit naissance , et avec elle une monnaie nouvelle.
Les comtes, iiuléixMulanls dans leurs gouvornemtMils; les ai)bés, maîtres dans leurs héiiélices; lesévequos, piiiuesdansleurs diocèses, devinrent aulanlde petits souverains, dont le roi en France, et renip<'reur en Allemagne, ne furent plus (jue les supérieurs féodaux. Le privih'ge de monnoyage,jus(iu alors attribut exclusif de la royauté, se dispersa au profit des vassaux; chaque seigneur eut le sien; le roi ne monnoya plus (pie <lans ses domaines ; l'Europe latine futinondéede monnaies épiscopales ou bavonales. Il fallut ensuite à l'autorité royale de longs et persévérants efforts pour recomiuérir la plénitude de ses droits monétaires. Enfanté dans mie é|>oque de déchirements, le monnoyage seigneurial , pour s'établir, ne suivit pas en tous lieux la même marche; il reposa ordinairement sur des concessions dont les Carlovingiens de France et d'Allemagne et leurs premiers successeurs furent [)rodigues : l'autorisation impériale ou royale devenait une conséciuence nécessaire du système féodal qui unissait partout le vassal au suzerain. Mais il arriva aussi (juequel- ([ues seigneurs , à la suite de circonstances (jue la nuit des temps a couvertes , protégés quelquefois par leur peu d'importance , écha})pèrent au tissu féodal qui embrassait l'Europe; et se trouvèrent, après un certain la[)s d'années, en possession d'une indépendance (pii leur permit de monnoyer d'eux-mêmes, sans l'autorisation d'un suzerain. La monnaie de Trévoux , selon toute apparence , provient de cette source.
Hodolph(3 m , dernier roi de Bourgogne, étant mort, en l'année 1033, sans laisser de postérité, l'empereur Conrad-le-Salique , qu'il avait fait son héritier, se mit en possession de ses états , qu'on désigna dès lors sous le nom de royaume d'Arles. Composés des anciens royaumes de Bourgogne transjurane et de Bourgogne cisjurane ou de Provence , ces états comprenaient les pays situés entre les Alpes, la Reuss et l'Aar, d'un côté; la Saône, le Rhône et le mont Jura de l'autre; c'està-dire 5 la Provence , le Dauphiné , la Savoie , le Bugey, laBresse, le Lyonnais, la Franche-Comté, le Vallais, le pays de Vaud, et les cantons de Berne, de Soleure , de Fribourg et de Baie.
Rien ne fut plus solennel que la prise de possession de l'empereur; les états de Bourgogne réunis à Pajerne l'investirent delà royauté, en lui mettant la lance de saint Maurice dans la main; cinq ans plus tard , ils prêtèrent serment de fidélité à son fils Henri ; et ce prince , dès son avènement (1099), fit acte de souveraineté dans la ville de Lyon, en y frappant monnaie a l'imitation des rois de Bourgogne, ses prédécesseurs.
Mais ce fut tout.iPlus éclatantes que solides, ces manifestations ne fondèrent aucune domination
sérieuse. Puissants et arrogants déjii sous le règne nonchalant du dernier Rodolphe , forts d'ailleurs de l'assentiment des populations (jue les malheurs (hi(hxièmesièele avaient jetées dans leursbras, les lenaneiers des liels st^ montrèrent lebelles a une autorité qui , pour les atteindre, avait à franchir les Alpes. Tous les historiens sont d'accord pour raconter les soulèvements des principaux du royaume de JJourgogne , (\y\\ , peu après sa réunion à la couronne d'Allemagne , se rendirent indépendanls dans leurs comtés.
Indépendance subordonnée toutefois au lien féodal qui ne fut pas immédiatement brisé ; on demeura sous la mouvance [)lusou moins contestée de l'empereur. Si on exerçait des droits régaliens , c'était de son agrément et |>ar son investiture ; les états du royaume continuaient à fonctionner; et à cluuiue changement de règne, le nouveau monarciue exigeait l'hommage.
Les choses continuèrent ainsi pendant deux siècles; puis survinrent l'excommunication de Frédéric 11 et le Concile de Lyon (1246) , qui |)orlèrent le dernier coup à l'autorité de rem|)ereur dans cette vilU^ et les pays environnants. Le fantôme de la suzeraineté allemande s'évanouit, partout la dissolution devint complète. Vainement la chancellerie impériale conserve dans ses protocoles le litre de roi d'Arles; il n'y a |)lus alors ni royaume , ni état , ni vassaux ; ce sont des fraclioimemenls sans nond)re, des princes qui s'arrondissenl , s'isolent et s'arrogent un pouvoir
absolu ; arraché par les uns à la l'aiblesse des empereurs; obtenu par les autres à la faveur de l'oubli où on les laissait, et d'usurpations silencieuses que le temps avait lentement consacrées, ïelsfurentl'origine et l'établissement des droits de la maison de Savoie , des comtes de Provence , des dauphins de Viennois, des archevêques et chanoines princes temporels de Lyon , de plusieurs cantons suisses , et enfin des sires de Coligny, de Villars et de Baugé , possesseurs du Revermont , de la Bresse et des Bombes.
Sous ces trois dénominations de Bresse, Bombes et Revermont , se trouve désigné le territoire qui s'étend du Boubs aux portes de la ville de Lyon , ayant pour limites la Saône au couchant , la rivière d'Ain, la chaîne du Jura et le Rhône au levant.
Le Revermont , qui appartenait aux sires de Çoligny, s entendait plus particulièrement, comme son nom l'indique, des premiers versants du Jura. Les Bombes [Pagus Dombensis, suivant la légende de St-Trivier, écrite au septième siècle), étaient formées, au contraire, delà portion la plus méridionale de la plaine , à peu près comprise entre les rivières de Chalaronne , de Veyle et de Saône. Le reste composait la Bresse proprement dite.
Ce pays , enclavé entre des montagnes et de grands cours d'eau , limites naturelles que toujours la politique adopte , avait du à cette posi^
liongéot^^rapirKiiiedcclianLçer souveiU de inaîtros, el en réalité de ii'ap[)artenir a aiiciui.
Nulle contrée n avait souflert davantage des déchirements qui amenèrent, aux neuvième et dixième siècles, la sé[)aration di'linitive de l'Allemau;ne, ritalie et la France. Point de contact entre ces trois grands États , que les descendants de Louis-le-Déboimaire se disputaient |)ar les armes et la ruse; chaciue bataille avait troublé ses destinées , chaque traité lui en avait donné de nouvelles.
C'est ainsi qu'après avoir été, par le traité de Verdun , séi)arée de la France (843) , elle avait fait successivement partie des états de Lothaire, em|)ereur et roi d'Italie (849); du royaume de Lorraine éclm à Lothaire II son (ils , après son abdication (855); puis était revenne pour quel- (jues années à la France, sous Charles-le-Chauve (870-877); et, à la mort de ce prince , avait été comprise dans la circonscription du royaume de Provence que Boson venait de rétablir, et qui s'étendait de Chàlons-sm-Saone à Marseille.
Toutefois, cette dernière incorporation n'avait été que nominale; l'usurpation de Boson avait amené entre ce prince et les (ils de Louisle-Bègue de rudes guerres dont le Maçonnais et les rives de la Saône lurent le i)rincipal théâtre. Forcé de se retirer à Vienne, Boson abandonna ces contrées; la ville de Lyon rentra sous la domination de la France, et la Bresse, livrée à elle-même, se trouva inoccupée.
Sans cesse attirés du côté de l'Italie, les successeurs de Boson n'eurent, à leur tour, aucun temps à donner à leurs états du nord. En 907, il est vrai, Conrad épousa Mathilde, sœur de Lothaire, roi des Français, qui lui rapporta la ville de Lyon en dot. Lyon Tut ainsi rendu aux rois de Provence; mais leur domination ne dépassa plus cette ville, et ce qui était au-delà leur demeura étranger.
D'autre part , le royaume de Bourgogne transjurane, fondé par Rodolphe Welf (888) , avait précisément le Jura et le Doubs pour limites à l'ouest; d'où il arriva que la Bresse , séparée du royaume de Provence par le Rhône, de la France par la Saône , du royaume de Bourgogne transjurane par le Doubs et les montagnes, puisa dans cet isolement les germes d'une indépendance qui a précédé celle de la plupart des états formés dans la suite des débris du royaume d'Arles.
Un titre rapporté par Séver t ( C/^rono/. episcop, Matisc.) nous montre Hugues II , sire de Baugé , comte de Bresse, se qualifiant, au dixième siècle, Graliâ Dei Cornes. Et en l'année 1161, a une époque où la suzeraineté impériale était encore acceptée sans conteste parles évêques de Belley, l'église de Lyon, les comtes de Savoie et tous les barons du royaume d'Arles, on voit, un autre sire de Baugé , Renaud III , implorer l'appui du roi de France , Louis Vil , contre les entreprises du comte de Màcon; et lui offrir l'hommage de ses châteaux qu'il déclare ne tenir de personne :
Omnia raslclla mea quœ à nullo frtieo à vobis accipiam. Dans le nièine temps , les sires de Villars, inaîlres de Trévoux, (jui n'étail encore ([u'uiie tour el un villai^e ^1], n'y reconnaissaient aucun suj)érieur, si ce n'est pour le péage de la Saône (pii était demeuré mouvant de l'empire; mais, en Tannée 1188, l'empereur Henri VI en concéda rhonnnageauseiiçneur de Trévoux, et ajouta, par ce don, la souveraineté de la rivière à celle du sol dès long-temps accjuise.
Les Dombes ne l'ormaient [)as alors un (iel unique : c'(''tait un territoire ap|)artenant h |)lusieurs maîtres , et principalement aux deux seigneui's les plus puissants de la contrée , les sires de Villai's et de HauLj;é. Une troisième maison y prit pied peu à peu.
De l'autre coté de la Saône, sur la rive Irançaise , se trouvaient les sires de Beaujeu , entreprenants et dangereux voisins. Du haut des coteaux du Beaujolais , ils jetaient des yeux d'envie sur les domaines des sires de Baugé, ([ui Taisaient Tace aux leurs, et à cha([ue instant traversaient la rivière pour enlever à T improviste (juelcjue terre ou quelque château; ce qui amena entre eux diverses guerres , puis des alliances et des traités par lesquels les sires de Bauge (irent à ceux de Beaujeu abandon , a charge (Thonmiage, de tout ce qu'ils avaient en Dombes.
{\) A'ovc/ la lelalion du Irnnspoil du corps do sainl lainin . v\\ l'année liSS, cxlraile du Ceirtulairc du monastère de Giymj.
Les sires de lieaujeii devinrenl, parla, feiidalaires de la maison de \l[\\vj^(\ el pai* suite des comiesde Savoie , Amédée IV ayant épousé, en 1272, Sibille de Baugé , fille unique du dernier sire de ce nom, qui lui porta en dot tous les biens et droits de sa famille.
Les sires de Villars avaient eu de leur côté de longs démêlés avec l'église de Lyon, et avaient laissé l'autorité de celle-ci s'étendre sur quelques terres qu'on appela plus tard le Franc-Lyonnais, et qui, ace titre, conservèrent, jusqu'à la révolution de 1789, des immunités souveraines.
Ils possédaient , comme on fa vu, la tour de Trévoux , construite au bord de la Saône , sur un coteau abrupt qui domine au loin le cours de la rivière. Ce lieu riant comme site, important comme position militaire , était , en outre, sanctifié par le souvenir d'un miracle. C'est là que, suivant la légende du pays , le martyr saint Symphorien avait traversé la Saône pour se rendre à Autun, où le supplice l'attendait; et le pied de son cheval était resté marqué sur un rocher que chaque été les eaux , en se retirant , laissaient à découvert (1).
De tels avantages ne pouvaient manquer d'attirer attention et faveur; la tour devint un
(i)Le22 août, jour de la fêle de saint Sjmphorien, le clergé de Trévoux se rendait piocessionnellenient auprès de la rivière et on lisait l'évangile sur ce rocher appelé encore aujourd liui Roche-de- S aint'Synifliorieîi .
cMloau, l(* villap;e une ville; on rentoura do murailles, et en 1300, Iliimberl <le Villars et Henri , son frère, (luitUait an heve([ue de Lyon, accordèrent des privilèges et franchises à Ions ceux qui voudraient y venir habiter.
Dans le même temps ils y résidaient eux-mêmes et y battaient monnaie ; leur moimoieric^ était au lias de la ville , i)rès de la rivière , ii l'iMulroit où fut construit plus tard l'holel de la monnaie.
Ce monnoyajiçe est attesté par de nombreux el irrécusables documents manuscrits et imprimés (1) , sans (ju on puisse toutefois préciser l'instant de son apparition; on voit seulement par plusieurs i n format ions , mentionnées en un manuscrit appartenant à la ville de Trévoux , (ju'en 1300 il existait.
A cette époque, la plupart des barons laïcs ou ecclésiasti(|ues du royaume d'Arles , avaient également monnoyage , chacun tenant son droit de bulles ou concessions impériales , accordées en grande partie de 1 149 ii 1291 , par les empereurs Comad , Frédéric Barberousse , Frédéric II el Rodolphe l".
La monnaie de Trévoux ne repose sur aucune
(i) Mnnusci'it de In ville do Trévoux ; — Guichenon , Ilisloiir m'" de Doiiibes; — Cachet de Garnerans, llisloiic in'"= deDoiiibcs; — De PoleinSj Histoire iii"« de Donibes ; — lîcvelj Usages de Bresse; — Collet, Sliituls de Bresse ; — Arl de v/nificr les dates ; — Pu Puij, Droits du Roi; — Du Ca/ujc, d'après M. Atihrct.
( harUî (le cette nature. On ne voit null<' pan qu'elle ait été octroyée : li^s sires de Thoire (»t Villars (1) paraissent, en l'établissant, avoir agi de leur seul et plein pouvoir. Ce doit être , il est vrai, dans les dernières années du treizième siècle, alors qu'il n'y avait plus, dans les pays entourant Lyon , vestige de suprématie impériale ; d'où on pourrait induire que l'absence de concession pour leur monnaie , doit être attribuée moins a des droits de souveraineté inhérents à leurs terres de Bombes, depuis plusieurs siècles, qu'à l'anéantissement où était tombée l'autorité des empereurs. Il est difticile de jeter sur de telles questions une clarté complète; toujours est-il, cependant, qu'à la différence de celles des princes voisins, cette monnaie s'éleva d'elle-même; et on verra plus bas comment les ducs de Savoie ayant eu occasion , dans la suite , de contester la légitimité de son origine , on se prévalut contre eux de la vieille indépendance des seigneurs de Trévoux , qui , de temps immémorial, n'avaient reconnu de maître en cette ville.
L'église de Lyon , se fondant sur des lettrespatentes de Frédéric P' (11S7), qui concédaient à l'archevêque tous les droits de S. M. impériale
(1) En d238, Agnès de Villars, dernier rcjelon de la maison de Villars, avait épouse Etienne II, sire de Thoire, en Bnge} . Celui-ci , par cette alliance, réunit la sirerie de Thoire à celle de Villars , et fut appelé sire de Thoire et Villars, titre que ses successeurs ont conservé.
dans rélciidiu' de son diocèse, et plus lard , sur le leslanienl de Henri de Villars lui-même, ar- ( lieveque de Lyon , avait élevé à plusieurs re- [>rises des prétentions sur Irévoux. il y eut, sur ce débat , diverses conventions par lescpielles Etienne II, sire de Thoire et Villars, en 1243, et Ilumhert V, en 1304, ]>romirent l'homma^^e; mais elles demeurèrent sans exécution; l'hommage ne fut jamais rendu et la souveraineté du seigneur de Trévoux n'en reçut aucune al teinte. Il y a lieu de penser, du reste, que le monnoyage des sires de ïhoire et Villars , dont aucune pièce connue n'existe , fut peu abondant; ce qui s'explicpie ]>ar le i)rompt dépérissement où tomba leur maison, llumbert IV, le môme qui avait donné des franchises à la ville de Trévoux, étant mort en 1 301 , ses successeurs , indolents et faibles , en butte aux entreprises incessantes des comtes de Savoie , des archevêques de Lyon , des ducs de Uourgogne , i)assaient leur vie h conjurer des orages, a repousser des envahissements, et laissaient chez eux toutes choses à l'abandon. La monnaie qui a besoin , pour prospérer, d(* calme et de richesse , ne pouvait se maintenir dans ce désordre ; sa fabrication fut nécessairement éphémère et languissante.
En l'année 1402 , l'ëpuisement des sires de Thoire et Villars continuant , Humbert VII , qui se voyait mouinr sans enfants , vendit à Louis II, duc de Bourbon , moyennant trois mille francs d'or, les villes , châteaux et seigneuries de Trévoux , d'Ambérieux et du Chàtelard , avec leurs mandements , fiefs , arrière-fiefs et dépendances. Le contrat en fut signé à Trévoux , le 2 août, dans les maisons basses du sire de Villars.
Déjà le duc de Bourbon possédait une partie des Bombes ; deux ans auparavant , le dernier des sires de Beaujeu , Edouard II , mort depuis sans postérité, lui avait cédé tous ses biens. Par l'acquisition d'Ambérieux , deTrévoux et du Chàtelard , les Bombes entières (moins les terres de l'église de Lyon, demeurées libres de tout service féodal, sous le nom de Franc -Lyonnais) furent réunies dans sa main et ne formèrent plus qu'une même seigneurie.
Bien différente de la maison de Thoire et Villars, celle de Bourbon était au plus haut point de sa fortune. Les ducs de Bourbon, puissants entre les vassaux de la France , par l'étendue de leurs domaines, touchaient au trône par l'éclat de leur nom et l'élévation de leurs charges. Sous leur ad-
ministralioii les Doinbos se raiiiinèivnl; ce qui avait été ahaiidoniié peiulaiit les (léran^onientsaii niilKni (lesquels s'étaieuléleiules les deux familles (le Heaujeu etVillars, se releva, el (Milraulivs (3lal)lissejneuls, la inounaic de Trévoux.
Le droit seit^ueurial de nionnoyaiije était alors devenu rare en Fiance. Les rois, par des achats, des confiscations , des héritages , l'avaient en grande partie absorbé. Les seigneurs de Bourbon, en leur (jualité de comtes de Clermont et d'associés des prieurs de Souvigny, avaient autrefois battu monnaie comme la plupart des barons; mais en 1310, ils s'étaient vus forcés de vendre leur privilège au roi Phili[)])e-le-Long, au ])rix de quinze mille livres de honspelits tournois. L'ancien monnoyage de Trévoux, négligé sous les derniers Villars , fut pour eux un moyen de recouvrer ce privilège important, et de frapper, non plus comme vassaux du roi de France , mais comme souverains eux-mêmes, tenant leur droit de Dieu seul. Aussi voit-on , peu après la mort de Louis 11, arrivée en 1410, Jean l ' , son fils et suo cesseur, s'empresser de réorganiser l'atelier monétaire, qui fonctionna dès l'année 1414.
On adopta immédiatement le système de la monnaie royale française, toujours suivi depuis. Les espèces émises se composèrent, comme en France, d'écus d'or, de blancs et de deniers.
En 1415, le duc de Bourljon ayant été pris à la bataille d'Azincourt, et conduit en Angleterre,
où il mourut après viniiçl ans de captivilé, Marie* de Berry, sa femme, et ensuite Charles , comte de Glermont, son fds , lorsqu'il fut majeur , gouvernèrent en son absence ses états de Bombes et de Beaujolais. Cet événement n'avait pas arrêté la fabrication de la monnaie : un inventaire dressé en 1664 par ordre de mademoiselle de Montj)ensier , alors souveraine de Bombes , apprend que mr unregistre conservé dans la chambre du trésor de Trévoux, on voyait les mutations des monnaies et les poids et lois auxquelles elles furent faites , du \^ juillet IM^ jusqu'en 1422.
Cependant des difficultés se préparaient. La maison de Savoie, qui avait déjà vu avec chagrin l'acquisition des Bombes par le duc de Bourbon , souffrait d'une entreprise qui allait ajouter a l'influence de ce vassal de la France, sur la rive gauche de la Saône; et en même temps créer, pour sa propre monnaie, une concurrence dangereuse. Amédée Vlil jugeant que pour l'entraver le moment était favorable, transmit à Hugues de Chandé, son gouverneur de Bresse , ordre de notifier à la duchesse de Bourbon qu'elle eût à cesser cette nouveauté qui portait atteinte à l'autorité qu'il avait sur les Bombes , soit de son chef, soit en sa qualité de vicaire perpétuel de l'empire. Marie de Berry répondit : qu encore que le duc son mari dût l'hommage au duc de Savoie (1) pour les terres venues de la maison de Beaujeu ^ il ne reconnais-
(1) L'empereur Sigismond , par lettres données h. Chambéry, le 19 février 1416, avait érigé le comté de Savoie en duché.
soit pas de supérieur à Trévoux ni dans le reste du pays y et qu'il avoit pouvoir d'y faire battre monnoie, vu même que les sires de Thoireet Villars, dont il avoit le droit , faisoient battre monnoie à Trévoux oii les coins se iH^y oient encore.
Toutefois la question étant de C(mséquence ^ dit Uevel (1), la duchesse demanda un délai pour savoir la volonté du due son mari, alors prisonnier en Angleterre. Les choses demeurèrent en cet état jusqu'à la mort de ce dernier , arrivée en 1434. Deux ans après le déhat fut repris dans une conférence tenue h Saint-ïrivier par six seigneurs , trois pour le duc de Savoie , et trois pour le duc de Bourhon , lesquels réglèrent plusieurs difiicultés(2), mais ne purent s'entendre sur celle relative h la monnaie, (jui fut ajournée.
Après avoir été de nouveau discutée dans l'assemhlée qui eut lieu h Villefranche , le 2o juillet 1441 , elle fut, i)ar le traité définitif qui suivit, résolue a l'avantage du duc de Bourbon; son droit fut reconnu , sous la scnde condition que les monnaies de Savoie et autres auraient cours dans le pays de Bombes.
La fabrication de la monnaie , interrompue selon toute apparence en 1422, année a laquelle s'arrêtait le registre de la chambre du trésor de Trévoux, ne fut point reprise ai)rès la solution du
(1) Usages de Bresse.
(2) Ces tlilficuUés concernaient ritommage de plusieurs villes cl chAteaux. La querelle, sur ce point, ;ivait été vive ; on s'était battu, et la ville de Trévoux elle même, prise par les troupes de Savoie sous la conduite du sieur de Varembou, avait été mise à rançon.
(lifl'ércnl élevé par le duc de Savoie , el deinem;^ suspendue pendant toute la vie du duc Charles , qui avait succédé à Jean l' en 1434. On était à une époque difficile pour la monnaie; en France, les ateliers, privés par la guerre des ressources qui les alimentent , ne subsistaient qu'au moyen des refontes; et, indépendamment de ses embarras particuliers, le duc de Bourbon tenait aux affaires du roi par des liens trop intimes pour ne pas ressentir en Bombes le contre-coup de cette détresse. Tl est peu étonnant, d'ailleurs, que ce prince, qui passa les premières années de sa vie à la guerre contre les Anglais, les dernières dans les intrigues du dauphin, et fut mêlé a tous les événements d'alors, ait manqué de temps et d'argent pour monnoyer.
JEAIV II. 1459-1488.
Charles, en mourant, laissait trois fils, Jean, dit le Bon, qui lui succéda aux duchés d'Auvergne et de Bourbon, à la seigneurie de Bombes et dans la charge de grand chambrier de France ; Charles . cardinal de Bourbon , un instant archevêque de Lyon ; et Pierre , sire de Beaujeu , époux ( 1474 ) d'Anne de France, fille de Louis XI, qui fut régente du royaume pendant la minorité de Charles VIII.
Le duc Jean , après avoir trempé dans la ligue du bien public et combattu a la prise de Montlhéry , fit sa paix avec le roi, dont il reçut aussitôt les faveurs. A la suite du traité de Gonflans (1465), il
lui poui'vii (le l;i liculcnaiice-généialiMlcs [)aysqni s'ékMi(l(Mil(lu Lyonnais au Poitou, puis ^1409) dt*cov{\ (lu collier de Sl-Miehel ; peu après il s(* relira dans ses terres du bourbonnais , où il demeura jus(iu'à ravénement de Charles Vlll. Il reparut alors |)our se joindre au due d'Orléans, et lutter avec lui contre son frère et sa belle-sœur , le sire et la dame de Beaujeu. Celle-ei l'ayant rallaché à sa cause, lui conféra le titre de grand connétable et lieutenant-général du royaume , qu'il convoitait ardennnent; ce qui ne l'cmpécha pas de prendre encore une fois parti pour le duc d'Orléans, lors de l'échaulTourée dite la guerre folle f 1485). Puis s'étanl de nouveau réconcilié avec la régente, il revint en Bourbonnais , où il mourut en 1488, sans laisser de j)ostéritë.
Sous ce prince, le monnoyage avait été repris, piobablement pendant sa retraite a Moulins, d'où il pouvait veiller ace qui se passait en Dombes.
l. DEVS-NOSÏER-REFVGIV-ET-VIRÏVS-LN-TRIBV- LA.CIONIBVS. [De us nostcr rcfugiuin et virtus in trihulalationibus.) Chaque mot séparé par deux étoiles. Croisclte.
Le duc Jean, debout, la tète ceinte d'un chnpel de prince; portant le collier et le manteau de l'ordre de vSaint-Michel ; tenant son épée haute et nue dans la main droite; sur un champ aux armes de Bourbon , (semé de fleurs de lis avec une bande pour brisure).
Ijt IHENS-DVS BORBUNI-ET- ALVERMI-TREVOCI DNS. [Jolutnnrs du.v B(,rbonii et .Uvrrniœ [\) Trcvoltii do-
(1) Jean n olait duc d Auvergne du ehel de Marie de Bciiv,son aïeule, femme de Icaii I", ù qui die nAail apporté (1400) le ducli" d'Auvergne en dot.
minus. ) CroiscUc entre quatre étoiles, les mots séparés par deux étoiles.
Écu de Bourbon entre quatre fleurs de lis et quatre pots à feu.
[Cuivre doré. Médaille. — V. planche I.)