‹ Notice sur la royale abbaye d'HautecombeChapitre 6 sur 12 · XIV. Agnès, fille d'Amédée V , morte en · texte numérisé non relu

XIV. Agnès, fille d'Amédée V , morte en

XV. Amédée V, dit le Grand y fils de Thomas II , Comte de Flandre , né au Château du Bourget le 4 septembre 1249 , mort le 16 octobre 1323. Philippe l'ayant élevé et nommé son successeur , il parvint au trône en 1285 , en mettant en oubli l'ordre de la représentation à l'infini , qui eût appelé Philippe , fils de Thomas III , son frère aîné. On est poussé à croire que le mode de succession , déjà réglé par la loi des fiefs à la diète de Romaglia (1026) , si connu aujourd'hui sous le nom de légitimité, était peu observé par les premiers Princes de la Maison de Savoie , puisqu'ils disposaient de la couronne comme d'un simple héritage. De quelque opinion que l'on soit , il faut pourtant convenir que la transgression dé l'ordre de primogéniture fut une calamité pour le pays , une source

de guerres intestines, de concessions, de démembremens , qui eussent anéanti cette Maison naissante , sans la prudence , la sagesse et la valeur des successeurs d'Othon. Il leur fallut à plusieurs reprises récupérer le brillant héritage d'Adélaïde (1). Pour éviter de funestes dissensions , le nouveau souverain concéda en fiefk Philippe , prince d'Achaïe , tout ce qu'il possédait en Piémont , à l'exception de la vallée de Suse , et relâcha à Louis , son frère cadet , la baronnie de Vaud (2). Amédée sut compenser ces concessions ; il ajouta à ses Etats 1© la Bresse et le Bugey , du chef de Sibille son épouse (1272) ; 2° le vidamé de Genève , le Bas-Faucigny et le Château de l'Isle (1308) , dans les guerres qu'il eut à soutenir contre le dauphin et le comte de Genève ; 3° et , par les services qu'il rendit à Henri VII, le comté d'Asti (1313). Amédée se distingua dans presque toutes les guerres qu'il eut à soutenir. Il en eut d'interminables avec le dauphin de Vienne et le comte de Genève; il en eut avec les mar-

(1) M. Cibrario, a qui l'histoire de Savoie doit de profondes recherche*, pense que, dans la Maison de Savoie « on accordait quelquefois une partie de l'usufruit ou de la juridiction , mais jamais aucune part dans la véri table souveraineté ». 11 ne m'appartient pas de discuter cette assertion ; cependant j'aimerais à la faire concorder avec le document de l'an 1064 découvert par le même auteur, portant que le* fils d'Othon régnèrent conjointement avec leur mère.

(2) Ce relâchement a du être complet, puisque M. Cibrario cite l'acte par lequel l'empereur Rodolphe accorda à ce Baron le droit royal de battre monnaie, qui n'eAt pu lui compéter s'il n'avait eu qne partie de la juridiction.

quis de Montferral et de Saluées , et même avec Philippe , prince d'Achaïe , qui voulait se rendre indépendant; il fut heureux contre tous. Ces guerres , qui eussent suffi à la réputation d'un autre , n'ont contribué qu'en partie à la sienne. Ce fut sur de plus grands théâtres , en France , en Italie , en Orient , que sa valeur , ses talens , sa modération brillèrent de l'éclat le plus vif, et lui valurent le surnom de Grand. Il serait trop long et hors de notre sujet de les énumérer ; nous dirons seulement qu'il dirigea personnellement 32 sièges, assista à 22 batailles rangées, et délivra Rhodes , assiégée par les Turcs , par le seul fait de son concours (1310) . Il perpétua le souvenir de cette action , vainement niée de nos jours , en substituant dans ses armoiries la devise FERT aux aigles , et y ajoutant cette croix blanche , qui seule y brille maintenant.

XVI. Edouard , dit le libéral, né le 8 février 1284, à Bourg-en-Bresse. Ce Prince, élevé à l'art de la guerre par les soins du grand Amédée son père , s'en montra le digne successeur. Envoyé à Page de 20 ans au secours de Philippe-le-Bel , il combattit vaillamment pour ce monarque , et , dans la bataille de Monsen-Puelle , le sauva par sa valeur des mains des Flamands ses ennemis. Revenu en Savoie , il prit d'assaut le Château de Lucinge , recouvra le Fort de l'Ecluse , dispersa près de la Côte-St-André les troupes gascones qui la ravageaient , et fut l'un des arbitres de Philippe-le-Bel et du duc de Bourgogne. Après un pareil

début , ce Prince était déjà connu dans le monde politique , lorsque, par la mort d'Amédée , il se trouva placé à la tête des Etats de Savoie.

Edouard embellit les premiers jours de son règne par des bienfaits et la confirmation des anciennes franchises ; mais bientôt il se trouva embarqué dans une guerre animée contre le dauphin de Vienne , le comte de Genève et le baron de Faucigny , ligués contre lui ; il les battit d'abord sous le Fort d' Alinges , ensuite en bataille rangée sous le Mont-du-Mortier. Malheureusement , voulant profiter de sa victoire , il s'avança jusque sous le Château de Varrai, et y fut défait. Dans cette journée , l'élite des Savoisiens resta sur le champ de bataille ou au pouvoir de l'ennemi. La rançon des prisonniers s'éleva à des sommes énormes , dont la plus grande partie fut acquittée sur le trésor public. L'arrivée des Juifs en Savoie date de cette époque (1325). Edouard, par son activité , répara bientôt les funestes effets du combat de Varrai , maintint l'intégrité de son territoire , secourut l'évêque de Maurienne , qui lui remit la moitié de la juridiction civile, et mena en personne des troupes au roi de France. Il mourut à Chantilly en 1329.

XVII. Yolande de Montferrat , morte le 24 décembre 1342 , épousa le Comte Aimon (1333) , et lui apporta en dot des droits sur le marquisat de Montferrat, qui se sont réalisés deux siècles plus tard* Elle donna le jour au Comte vert.

XVIII- Aimom , surnommé /e Pacifique , né à Bourgen-Bresse le 15 décembre 1291, mort au Château de Montmélian le 24 juin 1343. Il avait 38 ans, il était chanoine , sans être lié aux ordres sacrés , lorsque les Etals généraux rappelèrent à la souveraineté. La couronne de Savoie ne pouvant tomber en quenouille, la duchesse de Bretagne , fille d'Edouard , la réclama vainement.

Aimôn, sage, prudent, économe, arriva tout à point pour réparer les pertes en hommes et en argent que la Savoie venait d'éprouver. Cependant , quelque désireux qu'il fût de conserver la paix , il eut, comme ses prédécesseurs , des guerres à soutenir avec le dauphin de Vienne ; il y déploya beaucoup de bravoure et d'habileté. Elles finirent en premier lieu par la mort même du dauphin Guy VIII , atteint d'un coup d'arbalète au siège de La Perrière. Enfin , par un traité avec son successeur , ensuite duquel les confins des états furent définitivement fixés.

Les règlemens de ce grand Prince sur l'administration de la justice et sur l'économie intérieure seront toujours ses plus beaux titres de gloire. Il créa, sous le titre de chancelier , un chef de l'ordre judiciaire , chargé de l'exécution des lois et de la surveillance des juges ; institua une cour suprême de justice à Chambéry (1329), et établitles assises publiques (1336). On doit à Àimon l'achèvement de la chapelle du Château de Chambéry , et l'Hôtel-Dieu de S.-Genix-d'Aoste.

XIX. Louis 11, Baron de Vaud, mort gouverneur de Rome pour Henri VII, en 1350. Eu lui finit la branche des barons de Vaud. Elle s'éteignit au bout de 60 ans ; Louis H la termina glorieusement. U était brave, prudent, consommé dans les affaires. Il se trouva aux batailles de Créci et de Monicassel , et s'y distingua..

XX. Amédée VI, surnommé le Comte vert, fils d'Aimon , né au Château de Chambéry le 4 janvier 1334, mort de la peste à Naples , le 2 mars 1 383 . Ce souverain fut comparable aux plus grands capitaines par sa valeur, sa probité et son habileté. A peine sorti de tutelle, il tailla en pièces l'armée combinée du marquis de Montferrat et de Luchino Visconti , et reçut la soumission spontanée de Mondovi et de Quiers (1347) ; ces villes avaient secoué le joug de Jeanne d'Anjou , reine de Naples , et étaient convoitées par ces princes. N'ayant pas craint de mesurer ses armes avec la France , devenue sa voisine par l'acquisition du Dâu* phiné , il gagna contre cette puissance la bataille des Abrets, et en reçut , par le mémorable traité de 1355, le Faucigny et le pays de Gex en échange de quelques places situées dans le Dauphiné. Il réunit à ses Etats la baronnie de Vaud (1350) , qui fit retour à la couronne par l'extinction des Princes de Savoie, barons de Vaud. Il obtint de l'empereur le titre de Vicaire général de l'empire pour lui et ses descendans , et la diminution de l'autorité temporelle des Evèques. Il chassa

les troupes d'aventuriers anglais qui ravageaient le Canavesan. Cette province se donna à lui (1362), ainsi que Bielle (1379) et Coni (1382), villes libres , qu'il soutint avec le plus grand désintéressement contre leurs agresseurs. Il régla d'autorité , par les armes ou comme médiateur , les différens des petits Etats du Piémont, des princes de l'Italie, et même (1381) des républiques de Gênes et de Venise. Il replaça l'empereur Jean Paléologue sur son trône , après l'avoir délivré des mains des Bulgares. Il obtint de Louis d'Anjou, roi de Naples (1382), l'abandon volontaire du droit qu'il avait sur le Piémont (1). Enfin , ayant été nommé chef de la ligue contre les Gibelins , il mit presque aussitôt la victoire dans son parti. Ce Prince créa l'Ordre de l'Ànnonciade (1362), l'un des plus anciens qu'on connaisse.

En résumé , Âmédée V mérita d'être appelé le protecteur du St-Siége , l'appui le plus inébranlable de la puissance impériale , l'ami et le vengeur des princes malheureux , le conseil et le médiateur des souverains. Ses armes relevèrent en Asie comme en Europe les trônes abattus ; il fut pieux et libéral , recula considérablement les frontières de ses Etats ; ils furent toujours en paix , quoiqu'il fût toujours en guerre .

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