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Notice sur la vie et les travaux de PhilippeCharles Schmerling

Proies ira r ordinnire do boliniqnc à l'uni ver jité de Liège, correipondsnl de r«c»demie de Sniicllcs , itc

aMtwraaaaaa»

M. HAYEZ , IMPRIMEUR DE L'ACADÉMIE KOYALE.

Le huaard est, on l'a dit cent foi», le père des plu» grand» découverte» , mais il n'a d'influence heureuse que lorsqu'il Bit lui-même fécondé par le talent ou par le génie; o'ett une vérité que prouverait au besoin l'histoire entière des progrès de l'esprit humain. Lu Tio , dont nom allons tracer une rapide esquisse, ne fera que confirmer la justesse de cette réflciion générale. On spirituel auteur de notre pays a dit un jour que » quelque obligation qu'on ait au hasard, on rougit d'en convenir» et que u c'est de tous le» bienfaiteur» , celui qui fait le plus d'ingrats» (1). Kous tomme ■

(0 M. le bsruD De SMitorl.

heureux de pouvoir ajouter que la modestie, au moins chez les «avant <[ui font de la recherche de la vérité le but con- ■ I.int de leurs efforts, est parfois plut juste et plus reconnaissante. Celui dont nous nous proposons de rappeler les travaux et la réputation, *e plaisait h redire qu'il devait tout au concourt fortuit des événement. Il reconnaissait avec ingénuité que ce concourt était la caute première de set tueect ; il tavait à quelles faibles circonstances remonte souvent l'origine de vérités précieuses entrées aujourd'hui dans le domaine de la science. Il avouait, chose moins commune , que, tant un bonheur inattendu , sa vie se serait écoulée modeste et ignorée de tous, ne laitsant après elle que le souvenir, hein»! bien fugitif qui suit la mort des gens de bien. Il se rangeait lui-même au nomhrc de cet hommes qu'une éducation ordinaire ne destine point à une carrière glorieuse dont la renommée se propage au loin et qui attire les regards du monde savant. Autsi cette appréciation de ce qui pouvait lui manquer en connaissance* , ne l'a-t-elle pas fait rougir de commencer à tout age l'étude de plusieurs sciences ; il ett mort savant et écolier à la fois , recevant det lumières d'aulrui cl propageant les sciences, reçu ruminant aux autre! plus de savoir qu'il n'en avait , en faitant aimer et respecter celui que dant sa spécialité il prodiguait en retour, se montrant ainsi le modèle de cette philosophie toujours modeste et toujourt vraie qui reconnaît le mérite dant autrui et qui trouve dant la culture de* sciences, non pas la satisfaction d'un vain amour-propre, mais ce contentement intérieur, intime, qui nait de l'amour et de la possession de la vérité.

H'avant jamais ctpéré pour lui-même cette brillante illustralion qui s'attache ou nom des savant distingués, il ne s'étonnait pas que le génie de la science ne fût venu le

visiter que très-lard. II avait accompli ta quarnntc-tlnu initie année aTanl de songer a fournir sa quoteparl aux arclmes de» sciences naturelle» ; jusque-là sa vie n'offre aucun Irait digne de figurer dam Dilatoire de ces sciences. G'mI une vie toute bourgeoise, toute paisible, tout ordinaire qui; nous n'allons retracer en peu de mots que pour être fidèle h la vérité.

Philippe-Charles Schmcrling naquit à Dclft, en Hollande , le 24 février 1791 (1), d'une famille originaire de Vienne en Autriche, et qui avait embrassé la religion réformée. Sun

Celui-ci fit ses premières études ù Delft. Au sortir du collège, il se rnndit à Leyde, où il ne séjourna que pendant deux ans. De là il partit pour la Haye, où il fut confié à la direction du fameux docteur De Ricmcr, homme «avant et singulier, qui avait employé une partie de sa fortune à enn- ■truireun grand cabinet de pièces analnmiques, parfaitement exécutées, conservées et disposées avec cette recherche luxueuse que l'on sait être le caractère distinctif des musées hollandais. 11 était difficile dans ce pays de faire tin cabinet de ce genre qui méritât quelque attention auprès des riches collections de Bleuland , de Camper, de Vrolick et des musées colossaux de Leyde. De Riemer se distingua

fi) Dini Ici auelittUI mol' que j'ai prononcé* >ur la tombe de Set i m cri ini; ■ *l ont élé reproduili pur (ei journaux , j'ni dil qu'il riait ai en 1780; c'était une erreur, uhi p.rdoniiahle je pense, puisque ni son époujc alors malade . ni aucun de te* ami) n'avait pu ni* donner des rcnioignenicll! précis. Je dois une partie de ccui de celle notice au «vanl M. Ilalien,- docteur eu médecine, qui, possédant toute la confiance du M. SetunerllDg , lui a prodigué Ici juins le* jilui allculifs , cl je lr prie de recevoir Ici l'expression pul.liquc de ma rfconnaiisan-ie.

pourtant par une circonstance fort curieuse: c'est qu'il ne laissait jamais tomber la lumière du jour sur ses préparations; son musée était une chambre obscure dans toute la rigueur du mot ; le soleil ne pouvait y faire pénétrer un seul de ses rayons. Aussi, quand il s'agissait de visiter cette collection, fallait-il l'éclairer aux bougies. On ne s'y rendait donc que le soir, après avoir sollicité de son heureux possesseur l'honneut insigne de jeter un regard sur ces richesses scientifiques, et si l'on n'était pas porteur de l'un de ces grands noms qui accompagnent plus souvent la foitune que le mérite; si l'on n'avait pour toute recommandation que la science et le désir d'en acquérir davantage , on était éconduit avec une sorte de morgue qui , heureusement , je te sais , ne saurait être reprochée à tous les savons de la Hollande.

Il est probable que , travaillant avec De Riemer, Schmorling a puisé l'amour des collections dans le goût favori de ce dernier. On peut avoir ce désir de rassembler les choses curieuses, sans être un malhonnête homme , du moins nous nous donnons la liberté grande de le penser, contrairement n l'avis de certaine touriste qui est venue dernièrement d'Albion en Belgique, pour représenter ensuite un de nosgrands collecteurs de Bruxelles comme un nouveau Schinderhaiines, tourmenté de la rage d'acquérir; ce «ont les termes de sa charitable comparaison. Quelques personnes sont beaucoup plus à plaindre sans doute, ce sont celles qui , pillant l'esprit des autres , ne s'avisent pas même d'acquérir le bon sens. 11 n'y a pas en Hollande de ville un peu remarquable qui ne possède ainsi de précieuses collections, soit publiques, soit particulières. Cette contrée faisait alors partie de l'empire français, et ce fut l'année même où Srlimcrlïng étudiait chei De Riemer que Cuvier fut chargé

de faire ton Toyage dan» le» province» balaies. Je powèdc une lettre autographe de ce célèbre naturaliste, en date du 11 juin 1811 , où il exprime son admiration pour ce goût de tout réunir. « Je vois ici, dit-il, un pays superbe qu'on détruit à plaisir. Ce» gens-ci avec leur esprit d'économie ont accumulé des collection» immentes de tonte» choses. Les

jardin», les cabinets, les bibliothèques , tout y est riebe.

Le» pauvres s ai ans attendent tout de nous, mats nous avons bien peur que ce qu'on nous laissera faire ne se réduite ù bien peu de chose. » Ce goût de l'arrangement méthodique, Schmcrling l'importa plus tard dans sa ville d'adoption, où m galérie d'nssemens fossilea est encore la oolJeclion la plus remarquable de tout l'ancien pays de Liège.

Schmcrling fut reçu officier de santé à La Haye vers 1812, et a la fin de 1813, lora de la formation de l'armée des Pays-Bas, il y entra comme médecin militaire. Il fut envoyé en garnison à Venloo. En 1816, il donna sa démission de cette charge et pratiqua la médecine civile dans cette petite ville du Lirabourg. En 1821 , il y épousa une dame d'une noble extraction, U"" Sara - Henriette - Caroline De Douglas , de la branche de l'ancienne famille écossaise de ce nom, fixée depuis long-temps en Hollande. A la fin de la même année, il vint «'établir à Liège, dont l'université jouissait déjà d'une belle réputation. Schmerling voulut avoir le diplôme de docteur en médecine; il se mit à l'étude , et le 8 septembre 1825 , il obtint le titre qu'il ambitionnait. 11 exerça la prufeision de médecin à Liège jusqu'à sa mort, Son origine allemande, sa naissance hollandaise et sou alliance avec une famille anglaise devaient naturellement le porter ver» la littérature étrangère; aussi fut-il l'un de» médecins qui en Belgique résistèrent le plus avec ceux des Flandres, â l'envahissement des doctrines de Brou»sai>,

p on uéei I l'txcèt par de maladroit* adepte». Tandis que, dans leur exaltation, ceux-ci proscrivaient la pharmacie tout entière, qu'on devait, disaient-ils, expulser à coup* de balai», Schmerling, qni n'était pas, comme il l'aToaait lui-mémo , un praticien à l'ean gommée , ne cessait d'employer le* moyen* cnralif» que dci siècle* d'expérience avaient reconnu» comme efficace*, et sa réputation de médecin n'en souffrit pat; sa client elle devint bientôt fort nombreuse: c'est qu'en tout temps la meilleure médecine est celle qni guérit. Ce fait ne doit pas être perdu pour l'histoire de cet homme remarquable , parce que la pratique de la médecine fut la cause occasionnelle de ta plus grande découverte, et lui donna mille occasion! do prouver la bienveillance généreuse de set affections. Il donnait tet soins gratuitement à une foule de malheureux auxquels il faisait distribuer let remèdes nécessaires, ne comptant que sur les bénédictions que tant de générosité devait lui attirer. Il était aimé du pauvre comme un père !

C'est à sa manière de voir en médecine que nous devon» l'opuscule intéressant qui porte ponr titre : Quelques observation» rurlaieinture de colchique (Liège , 1832). Il avait constaté les puissant effets de cette préparation dans les affection» rhumatismales et goutteuses. Ce petit écrit, où Schmerling donne l'histoire littéraire et médicale du colchique , prouve une grande érudition et beaucoup de sagacité. La seconde partie renferme une foule d'observations neuves; elles ont grandement contribué à attirer l'allenlion des praticiens sur un moyen héroïque dam les circonstance» indiquée» par le médecin de Liège. J'ai fait remarquer ailleurs que h «i une science plus attrayante et plus générale, puisqu'elle mène aux études philosophiques de l'ordre le plus élevé, n'avait absorbé tous ses moment de loisir,

la icience médicale aurait dù «an* doute b un homme misai laborieux un grand nombre de travail* utiles (1). n

Mais abandonnons lu médecine, l'homme bienfaisant, l'ami de» infortuné» pour parler spécial emer.l du natiiralinte , de l'auteur d'une dci plus belles découvertes dont la Belgique puisse s'enorgueillir. J'ai déjà fait pressentir que le hasard ici jouera le premier rôle. Rien n'est ptua instructif que d'étudier dans la vie des hoiEmes utiles, les moyens qu'ils ont employés pour faire éclore des plus petites circonstances les plus grands résultats. Outre l'intérêt historique que la relation dea détoure ri es nous offre en elle-même, celte appréciation des cames exerce son influence sur l'observateur lui-même; file le rend plus apte, en développant son attention, n produire des choses utiles quand des occasions favorables se présentent.

Schmerling comptait, comme noua l'avons vu, parmi ses malades bon nombre de panvres. Un acte do sa bienfaisance ordinaire le détermina à consacrer désormais son activité et aon talent à l'étude du globe que nous habitons Les bouleveraemen* que la terre n dû subir, le» cataclysmes (toî en ont élevé les montagne», la distribution et la destruction des races nombreuse» d'animaux et surtout l'intéressante, mais si obscure question de la création de l'espèce humaine, tels sont les épisodea dont il va s'occuper et qui se rattachent autant à l'histoire passée , aux époques le» plus anciennes, qu'aux destinées de notre globe terrestre. Un pauvre ouvrier des carrières deChockier, village à deux lieue» et demie de Liège, était malade. Schmerling se transporta dan» sa

(i) Dijcouit prononcé tur 1» tomba Je M. 5 rji ni cri in g.

( io )

rabane ; surpris de voir les enfant de cel homme jouer avec de» os dont les dimensions et le» formes lui paraissaient extraordinaire», il interroge le malade, qui lui apprend que In carrière mettait à découvert un nombre comidérablc de rcs os; le panvru homme ne trouvait h cela rien de remarquable; c'était, disait-il, un ancien cimetière "de la commune. Maïs ion docteur lut promit

le» oasemena qu'il découvrirait aveu se» cumpa^nons. En attendant , Sehmerling emporta ceux qu'il avait troti- \é» dan» la cabane et aux environ» de In carrière. Peu d'heure» lui sullircnt pour y reconnaître des ns»emcns fossiles du plu* haut intérêt. Ce premier fait se passa au moi» de icplemlire 1829. Schmerling n'eut, dè» ce moment, plu» un jour de rep'o». It avait découvert à Chockier la première grotte ou plutôt la première excavation

multiplièrent, et en moin» de quatre ans il aignaln plus de quarante grottes semblables dan» les seules provinces de Liège et de Luxembourg. Celle découverte était d'autant plus digne d'attention , que de jeunca et ardena geognoste» avaient fait connaître la constitution géologique de la première de ce» provinces, *ca richesse» ininéralugiques et les débri» d'animaux fossiles qu'on y découvre, tans qu'aucun eût même soupçonné l'existence de ces énormes cavité», vraie» catacombes du monde ante-diluvien. Schmerling ne négligea riiu pour recueillir tous le-' fruits de sa mémorable trouvaille. Soins, travaux, études, argent, il mettait tout eu œuvre pour amasser let richesse» paléonlologiqucs de ces cavités aouterraines ; il affrontait mille danger» pour pénétrer le premier dans ce» roules tortueuses et sombres) »a patience

( Il )

ne te fatiguait jamais ; «on fidèle domestique le suivait partout, si bien instruit par «on maître à reconnaître .les gltet des ossemens qu'il savait (lire à point nommé «i les travaux devaient être couronnes de succès on demeurer stériles; il reconnaissait les os et les raccommodait avec beaucoup d'art, quand ils étaient brises. Scbmerlii!^ dépensasses recherches d'énormes sommes , dont le chiffre peut être porté a 20,000 ou 30,000 francs.

Ce qu'il y a de non moins remarquable, c'est que jusqu'alors, il n'avait pas fait d'étude spéciale de la géologie ni de l'anatomie comparée. Mata rien ne le réliutait. A trente-neuf ans, il apprend ù connaître la structure des animaux, liège ne possédait pas alors un bien grand nombre de squelettes, il s'en faut de beaucoup; mais ai 1rs objets y manquaient, il y avait un homme qui pouvait remplir bien des lacunes par sa vaste science; je veux parler de Fohmann, notre immortel anatomiste, Schinerling le pria de lui donner des leçons d'anatomie comparée, et le professeur aimait trop les sciences et ceux qui les cultivent avec amour pour se refuser à ses désirs. Pour bien connaître les fossiles , il fallait les comparer aux os d'animaux vivons , et bien que les points de comparaison fussent fort peu nombreux, ils parvinrent ensemble à déterminer tous les os anciens de ces cavernes. Il faut soi-même avoir tenté de résoudre de tels problèmes pour savoir combien la solution en est difficile quand ou manque des objets les plus nécessaires pour y parveuir. Cuviet avait a sa disposition les prodigieuse* collections de Paris; Buckland avait celles de l'Angleterre; G nid fus» le musée de Bonn; mais ici, au milieu d'une pénurie déplorable, il fallait classer les ossemens et reconstruire des animaux de race éteinte pur la seule puissance de l'analogie, en »"aid.int des planches publiées par

Ici auteur». Il y a peu d'exemple» d'un si grand succès obtenu avec ai peu de moyen».

Schmerling partagea te» travaux en Iroi» ordre» : l'étude île» caverne» clles-méme» , celle de< animaux et celle de* ussemen» humain» qu'il eut le bonheur de rencontrer. Ce» nbjet» intéressent trop notre curiosité, pour négliger de dire en peu de mot» ce qu'il en pensait.

Le» caverne» l'annoncent au dehors par dei trou» ordinairement »nrbai»séa, irréguliers et tan» caractère bien fixe. On dirait de» (roui peu profonde. Aussi le peuple namme-t'il ce» cavité» de» Trous de Sottais. Lci Sottaii étaient de petit» hommes, dei nains ou de» pyginée» fort adroit i , restaurant le» objet» brisés qu'on dépotait à l'entrée de leur» grotte»; un devait y joindre quelques victuaille». Il arriva un jour qu'au Fond-dc-Forèt, k iroi» lieuei de Liège, on mit an devant de la caverne un pain dont on avait ôté la mie; les Snttais, indigné» de cette conduite, dit Schmerling, quittèrent leur demeure et se retirèrent dan» un autre payi (1). On voit que notre naturaliste ne dédaignait pas cet conte» populaire» qui récèlent ai souvent un fond de vérité, mais dan» ta prudence il n'avait garde de tirer de celui-ci aucune conséquence acientifiqne. L'histoire de» caverne* devait ae révéler à lui par l'e\amen ■le leur mode de construction. Remarquons qu'il découvrait lui-même ce» cavités et qu'il le» étudiait a l'état vierge, avant que des maint témérairet et inhabile» vinssent en détruire te» beauté». Il ne pensait pas que lei eaux ou le» gai euiaent creusé ces souterrain», mai» observant qu'il» ■e trouvent dan» le» couche» relevée» du calcaire intermédiaire, il voyait dans le repli de ces couche» la caute du

(l) Recherches sur tel oit. ment fossile.* . 1. 1 , p *3.

creusement. loin de ce» repli» point île caverne*. Le* couche* se tonl relevée», redressée! et le» vide* résultant de ce» redressemens , résultant eux-mêmes de» cataclysme* terribles qui ont soulevé les montagnes, »ont aujourd'hui ce que noua nommons des grottes. Beaucoup de géologues avaient pensé qu'elles étaient due* k des courons d'eaux acide* qni avaient rongé les montagnes. Hotrc paléontologiste croyait aussi que lorsque ces soulèvemcns avaient eu lieu, les couches avaient déjà une dureté comparable il celle qu'elle» nous offrent aujourd'hui. la terre où sont ensevelis le* os, a été amenée, charriée par les eaux diluvienne» avec tout ce qu'elle contient; aussi le* o* sont-ils pêle-mêle et souvent arrondis. Buckland avait soutenu que les hyènes avaient vécu dans ces cavités cl qu'elles s'y entredévoraient quand elles ne trouvaient pas d'autre proie que leur propre espèce. Schmcrling voit dans le* érosion* de» os, non pas l'effet des dents, mais le résultat de maladie* rachitique» auxquelles ces animaux auraient été sujets; il n'a point, du reste, trouvé dan» ce* grotte» de coprolithe» ou fèeè» fossiles de ces races carnassière». Il nous expliquait un jour ce que nous avons vainement cherché dans son ouvrage , comment il comprenait pourquoi certaine» grottes manquaient d'ossumens, et comment d'outre» en étaient remplies. Il avait remarqué que celle* de la première catégorie avaient une direction commune ou des ouverture* dirigées du mémo côté , tandis que celles de l'antre avaient au»»i entre elles une similitude analogue. Cela venait donc des courons d'eaux , charriant les os et les boucs ossifères qui, dans une direction donnée, étaient entrées dons les ouverture* creusées long-temps auparavant par les bouteversemens des couches.

Relativement aux animaux eux-mêmes, les recherches

île Schmcrling ont encore été des plus utiles. La célèbre caverne de Kirkdall, examinée par M. Buckland, n'avait offert que vingt et une espèces ; les grottes du midi de la France seulement trente-deux. Or, dans les provinces de Liège et de Luxembourg, nn en a signale plus de soixante. Ce beau résultat provient surtout de ce que Ici petits os ont été étudiés comme les grands. Ainsi, on y a trouvé des rentes de chauve-souris, de bérisson, de musaraignes, de taupe, d'une nouvelle espèce d'ours nommée par l'auteur Ours gigantesque, d'autres restes de Y Ours des cavernes (Crsus spoelcus) , de l'ours ancien (Crsus prïscus), un squer lette presque complet d'une nouvelle espèce nommée Ours liigeoiti (Crsus leodiensis) et des oisemens de deux autres plu» petites, de blaireau, de glouton, de martres, de putois, de belette, d'un putois de race inconnue, de chien, de loup, de renard, d'hyène, de ftlil antiqua , d'une nouvelle espèce : fvlis engikoliensis , d'une autre aussi nouvelle; caltus minuta, et du cuttus magna f les débris de castor, de lièvre, do lapin, d'éléphant, de cochon, de sanglier, de rhinocéros, de cheval , de cerf gigantesque, d'une nouvelle espèce de cerf, du cerf commun, de trois espèces de rennes, du chevreuil, d'une espèce d'antilope, d'une espèce voisine de la chèvre, d'un mouton et de trois espèces de bœufs ; d'un oiseau du proie, de deux espèces de passereaux, de corbeau, de deux galiinacées , de deux palmipèdes, d'un serpent et de plusieurs poissons. On remarquera dans cette énuniéralioil très-peu d'espèces éteintes ; aussi le travail de notre paléontologiste l'a-t-il conduit il émettre cette grande idée que, lors du dernier cataclysme, le règne animal était formé comme aujourd'hui. C'est en cela que ton système est extrêmement curieux, parce qu'il se rallie ainsi aux vérités du livre

inspiré qui nous décrit le déluge mosaïque. Il est vrai que l'auteur q admis aussi que de» espèces, et même dus genre», ont été entièrement détruits à cette époque de désastre, quoique la majeure partie ait échappé et se soit propagée depuis, liais ici sa théorie devient confuse , car il n'établit pas quelles sont les espèces qui appartiennent aux race* détruite* par ce dernier cataclysme, et celles qui doivent leur disparition complète aux boulevcrscmens antérieurs. Cette distinction était pourtant essentielle, ' Tous ces os sont entassés sans ordre dans le limon qui, comme nous l'avons vu, aurait été entraîné par de grands cour an s d'eau. Schmerling combattait en cela le système du docteur Buckland, contre lequel d'ailleurs Guillaume l'enn t'était déjà élevé en soutenant la même opinion que le naturaliste de liège. L'éloquent et consciencieux professeur Visemati a demandé récemment, dans son précieux uuvrage : Discours sur les rapports entre la science et ta religion révélée (l) , si l'on a trouvé des osseraens humains , .1 tellement mêlés avec les débris d'animaux, que nous puissions en conclure que l'homme a été sujet ù la même catastrophe qui les a enlevés à l'existence? « Si ce docte prêtre avait eu connaissance de l'ouvrage de notre célèbre concitoyen, il aurait trouvé dans le fait extraordinaire qu'il signale, la réponse péremptoirc a sa demande, et justement i-elle qui confirme l'éclatante vérité de la Génèse.

On sait que l'un des plus beaux litres de Cuvier 6 l'admiration du monde savant est d'avoir découvert que Vkomo diluvii testis était une Salamandre colossale, et d'avoir déterminé d'avance la figure des os que personne n'avait vus, puisqu'ils étaient enfouis dans la pierre. On a reconnu

{>) Édition de Bruullw, 1. 1, p. SU . 183b.

ensuite que les os humain* des brèches osseuses de la Méditerranée, signalés par Spallaniani et Fort il, n'étaient pas plus fossiles que le squelette de la Guadeloupe. HH. Boué et le comte Raiounovsk)' trouvèrent aur le bord du Rhin et en Autriche de* oaaeraena humains, mêlé* à ceux de races animales éteinlca. Le comte Von Sternbcrg et Von Schlotbeim dana leapl&trières de Coatritxen rencontrèrent aussi. On en lignalc dans Ira grntlea du midi de la France , et HH. Tournai , de Chriatol et Marcel de Serres les décrivirent avec beaucoup de soin; les tourbières des Flandres contiennent aussi des restes fort anciens de l'espèce humaine , mais tous ces fait* avaient néanmoins laissé des doutes dans l'esprit. Cet ot pouvaient avoir été amenés dans dea temps postérieurs au retnpliaaage des cavités , comme H. Hoeggeralh de Bonn l'avait du reste constaté pour ceux qu'il avait découverts dana les cavernes d'Hohlerttein en Weslphalie, mélangés avec des rote* d'hyênea, d'ours, etc. Ce fut à Engis et à Engihoul que le docteur Schmerling trouva, à un mètre et demi du profondeur et sous une brèche osseuse , le dessus d'un crâne humain avec des dents de rhinocéroa , de cheval, d'hyène el d'oura. Une mâchoire inférieure fut exhumée à côté d'une dent de mammouth ; le crâne était entier quand il fut découvert ; dea denta hn-

deux fragmens de radius , d'autres de cubitus, des os des maiua et des pieds gisaient au même endroit- Ils furent soigneusement conservés. Ceux-ci Tenaient d'Engis. À Eugihout, il trouva det pariétaux, des mâchoires, dea omoplates , un humérua, dei radius et dea cubitus , dea oa du baasin des femmes, des tibia , etc. En tout, il trouva certainement des restes de six individus , dont In (aille moyenne devait avoir été de cinq pied» el demi . quoiqu'une dent ait

indique une taille bien plu* élevée, D'après loua le* détails , Schmerling ne doutait nullement que ce» os ne fussent réellement fossile* et qu'ils ne dussent avoir été enseveli* dans le* grotte* t non pas postérieurement à la cause qui y avait entraîné les ossemen* des animaux de race antédiluvienne, mai* en même tempi qu'eux. On sait comment Blumenbach juge de* races humaines par l'inspection du haut du crâne. Schmerling soumit à une pareille étude le* deux crflue* qu'il possédait. Il n'hésita pas à admettre que l'intelligence de ce» deux homme* anté-diluviens devait avoir été fort bornée, et de plus il leur reconnut de* analogies frappantes avec la race éthiopienne. Ce résultat est unique dans la science, mais M. fioeggerath se demande avec raison si l'on peut bien se prononcer sur une chose ai délicate par deux exemples? ïlous répondrons que le premier jalon est planté et que c'est à la suite des temps à décider cette question. Schmerling ne se dissimulait pas l'objection qu'on pouvait lui faire ; il ledit lui-même, mais il a signalé cette analogie pour ne rien négliger dan» un problème de si haute importance. Là ne devait pas se borner le résultat de *e« recherches. A Pondre* et à Sonvignargnes (Hérault), II. Christel et Marcel de Serres avaient rencontré de* poterie» avec des os humains et d'autres os d'hyènes , d'ours , de rhinocéro», etc. On en avait conclu que le charriage de ces os pouvait avoir entraîné le squelette d'une tombe voiiinc, dans laquelle on supposait avec quelque raison que des vases avaient été enterrés. Mais Schmerling découvrit, dans les limons ossifères de Liège, de* os taillés en aiguille et troué» , de» o» à perforer, des cornes également taillée» et de» silex polis à deux faces, l'une plate et rautre>triangulatre. H. Noeggerath a exprimé , depuis, l'opinion que ce» pierre* sont analogues à celle»

dont le» ancien* Mexicain» se servaient en guise d'i m t rumens tranchan*. Quoiqu'il en loït, le naturaliste de Liège n'hésitait pas à voir dam ce» imlrumen» de» reste» de l'industrie antédiluvienne. Il ne doutait donc pa» que l'espèce humaine n'eût existé nvant le dernier cataclysme, et de plu» que le» homme» ne fussent alors réuni» en société, et ne possédassent quelques art» qui , quelque imparfait» qu'il* putsent être, n'en attestaient pa» moin» une intelligence progre**ive. Remarquons que nulle part dans ton ouvrage il ne cile les texte» tacrét, et qun la question de mettre en rapport la science et la foi semble ne s'être nullement présentée h *on esprit. Le* raisons *ont toutes géologique», toute* scientifique*, et c'eit là principalement ce que le lavant Wi»eman cherche avec* le plus de ferveur dan» l'ouvrage que nous avont cité plu» haut.

Ainsi , Schraerling a non-»eulernent rendu de gTand» services a la géologie, a la paléontologie , mai* il a été par ■e* travaux un savant éminemment utile à l'histoire de» temps primitifs, b la science des dogme* , par conséquent h tout ce qui intéres«e nu plus haut degré l'homme et la société.

En 1882, l'Académie royale de* science» de Bruxelles commença il publier 1e* utiles Bulletins, publication prompte et fort convenable au «avant qui veut prendre date de ses découvertes. Le 3 mar* de cette année , le dontcurSchmerling communiqua h celte compagnie sa Description ditailléedes Mlnmi humains fossiles , dont nou* venons de parler. Le 12 octobre 1833, il lui fournit la première parlio de son grand ouvrage imprimé, ou Recherches snr les asseoient fossiles découverts dans Us cavernes de la province de Liège. Le 6 avril 1834, il Tut nommé membre eorreipondanl de l'Académie. Le 8 août

1835 , il communiqua des renseignemens sur une raverne ù o Siemens qu'il venait de découvrir dans le Luxembourg. C'est le seul travail envoyé à cette institution qui ne se trouve pas dans ion grand ouvrage. La grotte nouvelle était le trou de Hogheur, situé sur l'Aisne , petite rivière qui se jette dans l'Ourle; elle est située à un quart de lieue de VUlers S"-Gertrude. Il y découvrit encore des animaux, mais semblables à ceux des cavernes de la province de Liège, et qui le confirmèrent dans son opinion qu'il* y avaient été charriés avec le limon , sans que les animaux aient vécu dans Ici souterrains.

Le 7 novembre 1835, justement un an jour pour jour avant sa mort , et alors qu'il souffrait déjà de la maladie qui devait terminer une carrière si utile , il envoya n l'académie un mémoire des plus originaux. C'est ce dernier travail qui lui n valu en Allemagne une réputation populaire, parce que c'est en effet une idée qui , aux yeux des gens du monde, doit paraître un vrai rêve de savant, quoique rien ne soit pourtant plus simple et plus vrai.

Les immortels travaux de Cuvier ont familiarisé les hommes instruits avec la connaissance de ces races nombreuses , h jamais éteintes. Le peuple même n'est plus entièrement étranger aux faits généraux que cette archéologie naturelle a fait découvrir. Hais jusque là, on ne pensait qu'à augmenter de jour en jour, par des recherches, le nombre de ces hahitana des mondes anciens.

Schraerling eut tout à coup une idée des plus ingénieuses. Il était médecin; il voulut savoir ai ces animaux si anciens n'avaient pas été malades , et il résolut d'étudier leurs maladies. En effet, il découvrit plusieurs altérations morbides auxquelles ils avaient été sujet* , et comme tout se lie dans les sciences, il tira des faits nouveaux qne sa

sagacité venait de lui révéler, des induction* utiles o la médecine dei vivant. Il avait reconnu de» fractures, des caries , des nécroses et, chose plus singulière, des os rachitiques , des elostoses Or, la médecine a tâché d'expliquer ces dernières altérations par l'usage de boissons chaudes, comme le thé, le café; par celui d'alitnen* mauvais, par l'abus des pâtisseries, par l'effet de l'air humide ou de la malpropreté , toutes causes qui n'ont pu agir sur les animaux antédiluviens. Schmerling concluait de la que le rachitisme est aussi ancien que les races elles-mêmes. Le docteur Buckland , connu par l'originalité de son esprit, autant que par sa science profonde, disait un jour dans un congrès scientifique : // faut bien nue nous croions à l'histoire des animaux fossiles, telle que vous la donne M. Schmerling , puisqu'il a été le médecin des hyènes antédiluviennes.

Depuis que notre collègue s'était fait connaître par ses travaux paléonlologiques , il recevait des savans, et surtout des savans étrangers, des preuves multipliée* d'estime, H. De Humboldt l'encourageait noblement. Les notabilités scientifiques se rendaient à Liège uniquement pour le voir et pour a-lmircr sa collection. Lui-même te rendit au congrès de Bonn et à ceux qu'avait établis la société géologique de France, dont il était membre. Cependant, l'assiduité de ses recherches, les courses qu'il était obligé de faire avec trop de vitesse pour ne pas négliger ses malades, et la fatale habitude qu'il avait contractée de travailler depuis 9 heures du soir jusqu'à 3 heures de la nuit , au milieu d'un nuage de fumée de tabac, avaient miné sa constitution. Depuis 1&34, il souffrait de la poitrine et du cœur. Au mois d'aoùl 1836, il alla ù Strasbourg pour voir ses deux filles , seuls enfans issus de son mariage , mais il revint plus mal que jamais. Hatheureusemenl il ne lui-

fait les conieili d'aucun de ses collègue* et en consultait beaucoup. Le 6 novembre, il avait Tait descendre ion lit et travaillait encore à la classification de lei fossiles. Le lendemain, après que son domestique l'eut laissé un instant sur son lit, dormant légèrement, il expira. H. Habets, jeune et savant médecin auquel il avait confié le soin de ses malades, trouva , une demi-heure après ce fatal moment , un écrit sur les fémurs qu'il avait rédigé peu d'instans avant sa mort

Tel fnt le sort d'un homme aussi instruit que modeste. Son ouvrage sur les fossiles est un des plus beaux livres que la Belgique ait produits dans ces dernières années. Ce n'était pas le seul travail que son auteur eût l'intention de publier. Depuis quelques années , n'ayant plus de grott es à explorer, il s'occupait de la recherche des polypiers fossiles du terraindeHaeslricht.ll était parvenu a en découvrir un nombre prodigieux, si j'en juge par les détails qu'il nous communiqua au congrès scientifique de Liège, le 1" août 1830 et jours suivans,

Schmerling, après la mort de Gaëde et la retraite de H. Carlier, fut chargé pendant un an du cours de toologie h l'université de Liège. Sa diction difficile, à cause de son éducation hollandaise, ne lui permit pas de réussir dans la carrière si épineuse de l'enseignement. D'ailleurs , les travaux de cette carrière n'auraient pu qu'abréger des jours trop précieux. Un grand nombre de professeurs de l'université , des médecins, des députés des sociétés savantes de Liège, du corps du génie militaire et beaucoup d'étudians vinrent, avec ses nombreux amis, lui rendre les derniers devoirs au cimetière public, où il repose à c été de tant d'illustrations scientifiques et littéraires que notre ville a perdues depuis si peu de temps.

Schmerling avait reçu , peu de jour» avant sa mort , le diplôme de membre de l'institut de* Pays-Bas ; il fut extrêmement sensible à ce témoignage d'estime que lui accordait la première institution lavante de sa patrie; il était correspondant de l'Académie royale des science! et belleslettres de Bruxelles, du la société géologique de France et de plusieurs autres institutions.

Une commission désignée par le Gouvernement a été , depuis sa mort, chargée d'examiner son cabinet qui, pour l'honneur du pays et pour la haute utilité qu'en peuvent retirer l'instruction publique et l'avancement des sciences, devrait être acquis par l'État. Ce cabinet est un des plus riches qui existent : il renferme les ossemens de 51) espèces de mammifères, de 8 espèces d'oiseaux et d'autres ossemens de reptiles et de poissons ; le nombres des gros objets est d'environ 900, et si l'on énumère les petits débris, qui sont loin d'être sans mérite , il y a de 18,000 à 30,000 ossemens. Il s'y trouve au moins 450 canines d'ours et un nombre au moins égal de molaires de ces animaux. Les ossemens d'ours sont si nombreux et si diversifiés, qu'il serait possible d'en faire deux ou trois squelettes complets ou à peu près. On ne doit pas oublier les débris si rares de l'homme et les restes de l'ancienne industrie humaine, qui donnent a cette collection un mérite tout particulier.

Bibliographie des ouvrages et travaux de Philijipe-Chartes Schmerling.

1832. Quelques observations sur la teinture de colchique. Liège , ubei Cullardin , iu-S° de 64 pages.

1833-39. Recherches sur les oiiemom fossiles découverts dans les cavernes de lu province de Liège ; . S Toi. in-4", avec 3 volumes d'atlas in-folio. Le premier volume a 187 pages et XXXIV planches. Le second volume 19S pages et XL pl.

1838. Renseignemens sur la caverne à oasemens to Imu de Jlagheur, dons le duché 1 de Luicmhourg.

Bulletins de l'Académie de B nu elle* , lom. Il , pag. 271-875.

Vojrei pour le dïicourl prononcé sur la tombe, par M. Slorreu , l'Espoir, journal do Liège, 1" année, a> 373, 10 novembre 1838.

(Elirait de VA nnuaire de l'Académie pour 1388.)

* Dlghizadby

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