‹ Notice sur la ville de StrasbourgChapitre 10 sur 53 · ÉDIFICES RBLIGIECX · texte numérisé non relu

ÉDIFICES RBLIGIECX

1° La cathédrale.

Parmi les quatorze églises de Strasbourg , ou disons plutôt

parmi toutes les églises de l'Europe, notre cathédrale est la plus belle, la plus majestueuse. Avant d'en essayer la description , nous rappellerons en peu de mots l'histoire du magnifique édifice.

Suivant d'anciennes traditions , la cathédrale est construite sur un emplacement consacré au culte depuis les temps les plus reculés. Les premiers habitants de nos contrées , les Celtes , y avaient , dit-on , un bois sacré où ils offraient à Esus des sacrifices qui , dans les temps de calamités publiques , étaient des victimes humaines. Sous les Romains , ajoute la tradition , un temple dédié à Hercule et à Mars remplaça la forêt druidique. Il n'y a rien d'invraisemblable en ces traditions; la situation élevée de l'endroit occupé par la cathédrale , parle autant en leur faveur que les statues païennes trouvées dans le voisinage *,

Quant au premier établissement d'une église chrétienne en cet endroit, l'histoire est pauvre en faits authentiques. Des chroniques rapportent que vers le milieu du quatrième siècle saint Âmand construisit une église sur les ruines du temple romain , mais l'existence de ce prétendu premier évêque de Strasbourg , est elle-même fort douteuse. Le véritable fonda-

1 Une statue d'Hercule en airain, dit Krulzmann, se trouvait jadis parmi les statues chrétiennes qui ornent la cathédrale ; elle fut ôtée en 1525 et n'existe plus. Un Hercule en pierre , trouvé sans doute lorsqu'on creusa les fondements , se voit encore aujourd'hui , dans un angle rentrant de la tour septentrionale , A l'endroit où elle déborde sur la nef. Une petite statue en pierre , représentant Mars , provenant également de la cathédrale , est conservée à la bibliothèque , mais parait évidemment moderne.

leur de la cathédrale parait être Clovis. Il érigea une église , grossière , il est vrai , en terre et en bois , mais qui néanmoins subsista pendant plusieurs siècles. Elle fut reconstruite par Pépin et son fils Charlemagne , qui lui firent des dons fort précieux. Le chœur actuel est, selon toute apparence, encore un reste de cette construction très-admirée au neuvième siècle ; Ermold-le-Noir parle avec enthousiasme du beau temple de la Vierge, et des autels dont il est orné. En 873, un incendie qui dévora en même temps une partie des archives , donna Heu , à ce qu'il parait, à des réparations importantes. Nous avons dit dans la notice historique comment l'église fut pillée , violée, incendiée en 1002 par les soldats du duc Herrmann ; vaincu par Henri II , Hermann fut obligé de réparer les dommages , en mettant à la disposition de l'évêque Wernher les revenus de l'abbaye de saint Êtienne dont il était l'avoué. Avec ces fonds que Wernher augmenta moyennant des collectes et des indulgences , il s'apprêta à reconstruire sa cathédrale , lorsqu'en 1007 la foudre acheva de la détruire. Il conçut alors un plan plus vaste, dont l'exécution fut commencée en 1015, après d'immenses préparatifs. La tradition raconte que cent mille et même deux cent mille hommes furent occupés aux travaux qui , grâce à l'enthousiasme religieux de cette époque , et aux corvées que faisaient les ouvriers pour le salut de leur âme , avancèrent avec tant de rapidité qu'en peu de temps le plan de Wernher était exécuté dans son ensemble. Au douzième siècle de fréquents incendies (1130, 1140, 1150, 1176) endommagèrent le bel édifice byzantin ; les guerres et les troubles continuels de cette époque tumultueuse empêchèrent les évêques d'entreprendre des réparations essentielles; ils étaient du reste trop souvent préoccupés d'intérêts tout différents. Il arriva donc que successivement la cathédrale fut réduite à une

telle dégradation que l'évêque Conrad de Lichtenberg entreprit de la reconstruire en meilleur état » . Pour mettre ce projet en œuvre, il publia des indulgences dans tout le pays 2 ; après avoir recueilli des sommes considérables dans la ville, il s'adressa aux ecclésiastiques de son diocèse, demandant leurs dons et leurs offrandes, et ceux de tous les fidèles qui leur étaient soumis ; dans un synode diocésain , le clergé lui accorda le quart de ses revenus. Conrad confia la direction des travaux à maître Erwin de Steinbach 3. Ce grand architecte commença par la reconstruction de la nef, dont les voûtes supérieures furent achevées en 1275. Ensuite il entreprit la façade et les tours , d'après un plan dont la conception hardie et sublime place Erwin à la lète des architectes du moyen âge *• En 1276 on creusa les fondements de la tour septentrionale ; pour bénir l'emplacement, l'évêque en fit solennellement le tour 9 puis il prit une pelle et l'enfonça dans la terre , pour donner le signal des travaux. On raconte qu'une rixe s'est alors engagée entre deux ouvriers qui tous les deux voulaient travailler avec l'instrument dont s'était servi l'évêque, et qu'un des deux fut tué. Ce meurtre fut considéré comme étant de sinistre augure; Conrad suspendit les travaux pendant neuf

1 a ...tpsa ecclesia in mcliorem statum reedi/icetur... » (Voy. une charte de l'évoque Conrad de Lichtenberg, publiée par M. L. Si» a en. Slrasb. 1841 , p. 6j.

2 Voy. M. Strobkl , t. II , p. 96.

3 Natif de Mayence. (M. Strobel , t. II, p. 94).

4 On conserve encore dans les archives de l'OEuvre-Notrc- Dame plusieurs anciens plans sur parchemin de la façade et des tours; ces plans très-curieux appartiennent à différentes époques; suivant l'opinion des connaisseurs il ne serait pas improbable que le plus ancien fût celui d'Erwin lui-même.

jours , et ils ne furent repris qu'après qu'il eut de nouveau béni le lieu. L'année suivante, le jour de saint Urbain (25 mai), Conrad posa lui-même la première pierre de la tour. Au milieu de ses occupations guerrières , cet évêquc voua toujours une véritable affection à sa cathédrale ; en voyant s'élever peu à peu le glorieux ouvrage, comme l'appelle une ancienne inscription ', il le comparait dans sa joie aux fleurs du mois de mai qui s'épanouissent au soleil 2 . Jusqu'à la fin de sa vie , Conrad de Lichtenberg ne négligea rien pour faire avancer son œuvre de prédilection ; après sa mort, en 1299 , il y trouva une sépulture digne de lui; sa statue se voit encore aujourd'hui dans la chapelle de Saint-Jean.

Encore du vivant de Conrad la cathédrale fut ébranlée par un tremblement de terre (1289) ; quelques années après (1298), un incendie consuma toute la charpente et menaça même les murs. Toutefois les dommages furent promptement réparés. L'évêque Frédéric de Lichtenberg ne montra pas moins d'ardeur pour la construction que son prédécesseur ; en 1303 il invita les curés d'Alsace à exhorter ceux des fidèles qui auraient des chevaux et des chariots , à transporter des pierres pour l'édifice ; en 1 308 le magistrat de Strasbourg , sans doute sur les instances de l'évêque Jean , promit des sauf-conduits à tous ceux qui amèneraient des pierres et du bois, ou bien du vin et du blé pour les ouvriers 3 .

1 Anno Domini MCCLXXVIl in die beati Urbani hoc gloriosum opus inchoavit magister Erwinus de Steinbach. Cette inscription était placée jadis dans la voûte du portail septentrional.

2 Dans une lettre d'indulgence, publiée par M. Strobkl, t. II , p. 96.

3 M. Strobbl, t. If, p. 171.

Erwin dirigea les travaux jusqu'en 1318, où il mourut le 17 janvier. Son épitaphe se trouve, avec celle de sa femme Husa et de son fils Jean , au bas d'un contrefort dans la petite cour derrière la chapelle de Saint-Jean i . Tous les enfants du grand roaitre étaient des artistes dignes de lui : Sabine , sa fille, sculpta pour la cathédrale plusieurs statues, dont il ne reste plus que deux au portail de l'aile méridionale de la croisée, représentant Tune la religion de Moïse vaincue, l'autre l'Église chrétienne triomphante ; un de ses fils , mort en 1330, bâtit la belle église de Haslach, son autre fils Jean lui succéda dans la direction des travaux de la cathédrale ; il mourut en

Différents maîtres continuèrent l'œuvre, en modifiant successivement les plans primitifs d'Erwin. La tour commencée en 1277 , fut achevée en 1365 ; durant cet intervalle on avait aussi élevé la tour méridionale. En 1429 on appela Jean Hultz de Cologne pour terminer l'édifice ; dix ans après il acheva la flèche ; le jour de la Saint- Jean 1439 il posa la dernière pierre , cent soixante-deux ans après que Conrad de Lichtenberg en

1 Anno Domini MCCCXVI. XII. Kal. Àugusti obiit Domina Husa uxor magistri Erwini. Anno Domini MCCCXVI II. XVI. Kal. Februarii obiit magister Erwinus gubernator fabrice ecelesie argentinensis. Anno Domini MCCCXXXVIIII. XV. Kal. Aprilii obiit magister Johanni (sic) filius Erwini magistri operis huius ecclesie. — Il y avait jadis à cet endroit un cimetière ; il est probable qu'Erwin et sa famille y ont été enterrés. Lorsque , il y a quelques années , on creusa dans cette cour un puisard pour le paratonnerre , on déterra un vieux cercueil en pierre , brisé et rempli de terre et d'ossements. Tous ces restes, à l'exception de quelques fragments enlevés par les curieux , ont été déposés dans un caveau.

eut placé la première ; une statue de la Vierge fut placée sur le bouton terminant la flèche , .

A Jean Hùltz , mort en 1449 , succéda Jost Dotzinger de Worms, qui sculpta l'admirable baptistère existant encore aujourd'hui, et bien digne d'être plus convenablement exposé ; en 1486 Jean Hammerer érigea , sur l'ordre du magistrat , la chaire si riche en détails élégants.

Lors de la Réformation la cathédrale passa aux protestants ; dans l'in térêt de leur culte ils firent disparaître , il est vrai , plusieurs chapelles et autels, mais ne se permirent aucun changement, aucune dégradation; au contraire, ils veillèrent avec soin à la conservation du magnifique monument , et y exécutèrent même quelques réparations importantes. Plusieurs fois la flèche fut abattue par la foudre, notamment en 1654, où l'habile architecte Hcckler la reconstruisit à une hauteur de soixante-cinq pieds. La capitulation de 1681 rendit la cathédrale aux catholiques; ils entreprirent immédiatement quelques réparations, mais malheureusement dans le style détestable qui régnait à cette époque , où Ton n'avait pas la moindre intelligence de l'art gothique : on abattit un jubé, construit par Erwin , et admiré comme une merveille d'élégance par tout le moyen âge (1682) ; en 1692 on décora l'intérieur du chœur de lambris en bois peint et doré; en 1732 on élargit le chœur lui-même aux dépens d'une partie de la nef, et dix ans après on bâtit des tribunes pour l'orchestre. Comme pour punir ceux qui dégradaient ainsi le sublime édifice , la foudre y tomba en 1759 et causa des dommages extraordinaires : le plomb du toit de la nef fondit entièrement , et la belle coupole qui couvrait le dôme, s'écroula ; le toit fut

1 On Pôla de nouveau en 1488.

alors couvert en cuivre , niais on ne reconstruisit pas la coupole. De nouvelles dégradations attendirent la cathédrale en 1793 ; dans leur fureur de nivellement, les hommes qui dominaient alors firent abattre deux cent trente-cinq statues de saints et de rois , dont un petit nombre seulement fut sauvé ; l'insensé Teterel proposa même de démolir la flèche ; sa motion n'ayant pas été adoptée , il obtint au moins qu'on coiflat la cathédrale d'un immense bonnet rouge en fer-blanc, qui se voit encore aujourd'hui parmi les curiosités de la Bibliothèque. Depuis ce temps la cathédrale est redevenue l'objet du respect et des soins des habitants de Strasbourg de tous les cultes. Des réparations intelligentes ont été faites dans ces dernières années ; l'intérieur a été recouvert d'un badigeon neuf qui , à la vérité , a soulevé beaucoup de critiques ; les statues abattues dans la révolution sont successivement remplacées par d'autres faites d'après les anciens plans, et de nouvelles y sont ajoutées ; un habile mécanicien a refait l'ancienne horloge astronomique ; on restaure les magnifiques vitraux ; et pour préserver désormais l'édifice des ravages de la foudre , on a surmonté la flèche d'un paratonnerre *.

Le premier aspect de la cathédrale produit sur Pâme une impression profonde. On est saisi d'etonnement et d'admiration à la vue du sublime édifice , dont la flèche s'élance avec tant de grâce et de majesté dans les airs. Sans doute, quand on le considère en détail , on est frappé de la disproportion entre les différentes parties; la nef n'est pas en accord avec les dimensions de la tour , le chœur et la croisée y répondent encore moins : mais quand même ce défaut d'unité peut nuire à l'har-

i A la suite d'un orage en 1834 qui causa des dégâts considérables à la cathédrale.

monie du monument , l'impression que celui-ci produit , n'en est pas moins extraordinaire. Et d'ailleurs cette diversité de styles n'a-l-elle pas un intérêt tout particulier pour celui qui cultive l'histoire de l'architecture ? La cathédrale réunit pour ainsi dire tous les styles du moyen âge , depuis l'art byzantin avec sa grave simplicité, jusqu'aux dernières lueurs dé l'art gothique tombé en décadence et couvrant ses œuvres d'une surabondance d'ornements superQus. Le genre byzantin domine dans les constructions primitives du chœur et de ses ailes , et même en partie du bas de la nef; plus haut le style où prédomine l'ogive s'y mêle de plus en plus , et ûnit par le remplacer entièrement.

La façade, d'une grandeur imposante, ne peut être assez admirée ; les masses des murs sont cachées par des clochetons , des arcades , des colonne i u ;s , des statues innombrables ; ces ornements qui tous sont travaillés avec une rare perfection , prêtent à cette partie de l'édifice une finesse, qui la fait ressembler à un ouvrage sorti des mains d'un ciseleur. Mais comment décrire dans le petit espace que les limites de cette notice nous accordent, tous ces détails , toutes ces parties de notre cathédrale ? Il y a là une richesse qui pour être dignement exploitée , exigerait des livres entiers. Nous devrons donc nous borner à quelques courtes indications des parties les plus essentielles 1 .

I Nous renvoyons lo lecteur qui voudra étudier la cathédrale de Strasbourg dans toutes ses parties , aux ouvrages suivants, où nous-même nous avons puisé en partie les détails de notre notice : Grandidier, Essais historiques et topo graphiques sur l'église cathédrale de Strasbourg. Strasb. 1782 , 8°. — IL Sciirbiber, das Munster zu Slrasburg. Frib. 1828, in-8°, avec il lithographies grand in-fol. — Vues pittoresques de la cathédrale

iOO DESCRIPTION

L'ensemble de la façade divisée eu trois étages est formé par les faces antérieures des deux tours septentrionale et méridionale et du grand portail du milieu ; ces trois parties sont séparées par des contreforts , qui divisent le frontispice pour ainsi dire en trois larges bandes verticales dont chacune a son portail. Ces portails et leurs frontons sont ornés d'un grand nombre de statues et de bas -reliefs, dont plusieurs , abattus pendant la révolution , ont été remplacés depuis. Les grandes statues du portail de gauche sont des vierges , écrasant sous leurs pieds les péchés capitaux. Aux deux côtés du portail de droite se voient les dix Vierges de la parabole, avec l'époux et l'épouse. Toutes ces statues , noires aujourd'hui par l'action des siècles , sont d'un style sévère , ainsi que les quatorze qui ornent le magnifique portail du milieu et qui représentent les prophètes de l'ancien Testament. Dans les voussures de ces trois portes sont des figures de moindre dimension qui , de même que les basreliefs des tympans, représentent soit des scènes de l'histoire sainte , soit des saints et des anges. Dans le tympan de la porte de droite on voit Jésus-Christ , assis sur un arc-en-ciel , et audessous de lui la résurrection des morts et le jugement dernier. Sur le pilier qui sépare les deux battants du portail du milieu est placée une Vierge tenant l'enfant Jésus en ses bras. Le fronde Strasbourg, dessins par Cqapct et texte par Scuweighaùs i-:n , 3 liv. in-fol. Strasb. 1827. — La cathédrale de Strasbourg et ses détails, par A. Frikdericu, 4 livr. grand in-folio , renfermant 57 planches, accompagnées d'un texte explicatif et historique. Nous regrettons qu'il n'ait encore paru qu'une seule livraison de ce bel ouvrage (en 1839). Il serait vivement à désirer que le gouvernement, ordinairement si libéral en de pareilles occasions, encourageât une œuvre entreprise avec autant de conscience et de talent que de désintéressement .

On de ce portail est forme de deux triangles et décoré d'un grand nombre de figures ; celle qui au sommet du triangle intérieur frappe d'abord les yeux , est le roi Salomon assis sous un dais ; à ses côtes quatorze lions sont disposés par gradins qui se rapprochent vers le haut, pour se joindre près d'une Vierge assise tenant dans un de ses bras l'enfant Jésus et de l'autre main un globe : c'est la patronne de l'église. Au-dessus d'elle une tête radiée , représentant Dieu le Père , forme la pointe du triangle qui encadre le fronton intérieur, et qui est orné de figures jouant de divers instruments de musique. Aux côtés qui font face au nord et au midi les deux tours ont chacune une grande fenêtre ornée des rosaces les plus élégantes. Au- dessus de la fenêtre du midi Ton remarque une sculpture bizarre , dont les figures grotesques représentent un sabbat de sorciers. Les frontons des deux autres porlails sont ornés de rosaces.

Au second étage du portail du milieu se trouve une grande rose vitrée , qui en occupe toute la largeur. Elle est entouré»» d'un cintre qui s'en détache , et qui, autant par l'élégance du travail que par la hardiesse de la construction , est une des parties les plus admirables de la cathédrale. Là où commence le second étage , au bas de Ta rose, sont placées dans des niches des contreforts , quatre statues équestres , dont trois , celles de Clovis, de Dagobert et de Rodolphe de Habsbourg furent érigées en 1291 ; la quatrième, Louis XIV, ne fut ajoutée qu'en

Au-dessus de la rose, encore dans le compartiment du second étage , règne une galerie occupée par les statues des apôtres, au-dessus desquels est placé Jésus-Christ tenant en main une croix avec une bannière. Dans les tours latérales ce même étage est occupé de chaque côté par une haute et large fenêtre

en ogive , devant laquelle s'élèvent des piliers très-minces. Audessus de ces fenêtres se trouvent au troisième étage de chaque côté trois fenêtres très-allongées ; la partie du milieu, quoique plus large , n'en a que deux assez petites entourées de quelques statues. Cette partie très-massive trahit au premier coup d'œil son origine postérieure ; lorsqu'on eut abandonné le plan d'Erwin , elle fut ajoutée pour remplir l'espace vide entre les deux tours; celles-ci étaient déjà achevées , elles ont même au troisième étage leurs fenêtres s'ouvrant dans le portail central , mais masquées aujourd'hui à l'extérieur. Cette partie du portail central sert de clocher ; quatre cloches y sont suspendues , dont la plus grande, fondue en 1427 et pesant neuf mille kilogrammes, sert à annoncer les grandes fêtes; elle est aussi sonnée à la mort des personnages distingués , ou lors d'un incendie très- menaçant.

Au-dessus du portail du milieu et de la tour méridionale nous arrivons à la plate-forme, très-spacieuse et entourée d'une belle balustrade ; on y a construit une maisonnette pour les gardes chargés de sonner les heures et de donner l'alarme par le tocsin en cas d'incendie

Sur la tour septentrionale s'élève la tour octogone qui supporte la flèche. Cette tour ne consiste pour ainsi dire qu'en de forts piliers ornés de colonnettes et de statues , et donnant ouverture à des fenêtres très-hautes qui occupent presque toute la largeur des quatre côtés où elles se trouvent. Parmi les statues on remarque celle qui fait face à la plate-forme, et qui , selon la tradition , représente Erwin de Steinbach. Dans l'intérieur de la tour se trouvent les cloches qui sonnent les heures et celle dite des portes (Thorglocke) 1 , ainsi qu'une horloge ,

i Ainsi appelée, parce qu'on la sonne le malin et le soir avant l'ouverture et la fermeture des portes de la ville.

construite en 1786 par deux horlogers de Strasbourg , Maybaum père et fils. Une inscription au-dessus de la porte vers la plate-forme rappelle un tremblement de terre, qui en 1728 se fit sentir à Strasbourg par des secousses tellement violentes, que l'eau renfermée dans les réservoirs de la plate-forme fut soulevée avec force et répandue jusqu'à dix-huit pieds de distance 1 .

En avant des quatre autres côtés de la tour octogone s'élèvent des tourelles renfermant des escaliers tournants , et ne consistant qu'en une série de fenêtres qui montent en spirale. Ces tourelles élégantes sont presque sans appui ; outre la galerie qui les couronne , elles ne communiquent avec la tour que par des pierres plates qui servent d'entrée dans une galerie dans l'intérieur de la voûte , et qui sont à une hauteur de près de trente mètres. D'après les anciens plans ces tourelles devaient être surmontées de flèches en pyramide. Elles se terminent à une galerie qui environne la tour, et d'où on jouit d'une vue admirable. C'est à cet endroit que s'élève la flèche; c'est une pyramide octogone d'une hardiesse extraordinaire , et qui n'offre à l'œil étonné rien de massif dans sa construction. Six étages de petites tourelles sont posés l'un sur l'autre en pyramide Huit escaliers tournants , étroits et fortement

1 On voit aussi dans l'intérieur de la tour et sur les balustrades une foule de noms d'étrangers qui ont visilé la cathédrale. Parmi ces noms plusieurs appartiennent à des personnages célèbres, comme Gœlhe , Ilerder, etc.

2 Au-dessus du premier éta^e de tourelles se trouve tout autour de la floche , l'inscription suivante :

<« Cliristus nos revocat. Christus gratis donat. Christus semper régnât. Christus imperat.

Christus rex superat. Christus rex triomphât. Maria glorificat. Christus coronat. »

à jour, conduisent à une partie massive qu'on appelle communément la lanterne ; plus haut est la couronne où l'on n'arrive pas sans danger, par des degrés pratiqués extérieurement et sans autre soutien que le mur contre lequel ils s'appliquent; au-dessus d'un autre évasement, appelé la rose, la flèche n'est plus qu'une colonne d'où sortent des branches horizontales pour lui donner l'aspect d'une croix. L'édifice se termine en un bouton, ayant 0 m ,460 de diamètre et surmonté depuis 1835 d'un paratonnerre ; on n'y monte qu'à l'aide de barres de fer où il faut se cramponner des pieds et des mains. La hauteur totale de l'édifice est de 142 m ,112.

La nef, couverte d'un toit en cuivre, n'est pas moins riche en ornements que la façade. Elle a de grandes fenêtres en ogive ornées de rosaces ; au point où les arcs-boulanls , qui également sont percés de rosaces, se joignent aux contre-forts, ceux-ci sont surmontés de jolis clochetons ; des statues nombreuses et des gargouilles grotesques achèvent d'orner cette partie de l'église. Deux galeries, l'une au-dessus des fenêtres , l'autre au bas des clochetons des contre-forts conduisent des tours à la croisée. Celle-ci , comme nous l'avons déjà remarqué , est encore byzantine dans plusieurs de ses parties. Le portail méridional , formé de deux portes à plein cintre qui remontent évidemment à une des plus anciennes périodes de

1 Outre q iclques autres inscription* sur la flèche , on lit autour de la première galerie de la couronne les mots :

« Jésus Chris tus verbum caro J'actum est, Jésus Christus, et habitavit in nobis , Jésus Christus , et vidimus gloriam ejus , Jésus Christus , gloriam quasi unigeniti a Pâtre. »

(Saint- Jean , I , i4)-

la cathédrale , est orné de bas-reliefs et de statues ; deux de ces dernières sont l'œuvre de Sabine de Steinbach. Récemment on a érigé sur le parvis la statue de maître Erwin , tournant ses regards vers l'ouvrage de sa fille. Le mur de l'étage supérieur est perce de plusieurs fenêtres en ogive, au-dessus desquelles règne une galerie; deux roses occupent le troisième étage. L'aile septentrionale de la croisée a plus généralement conservé le caractère byzantin , que celle dont il vient d'être parlé ; cependant le mélange avec le style gothique annonce des renouvellements postérieurs. L'ancien portail , reste de constructions très-anciennes , est masqué par une façade qui appartient aux derniers temps de l'art gothique , et qui a été construite en 1494 par Jacques de Landshut : ce portail nouveau , quoique beau dans son ensemble , manque de celte noble simplicité et de celle pureté de goût qui distingue les autres parties de la cathédrale ; il est surchargé d'ornements , et ses statues sont d'une roideur qu'on ne retrouve pas dans les autres.

Le dôme octogone au-dessus du chœur appartient également encore à l'époque byzantine ; cependant on voit qu'il a été renouvelé en plusieurs de ses parties. La belle coupole détruite par l'incendie de 1759, a été remplacée par une pyramide tronquée, d'un assez mauvais effet, et surmontée aujourd'hui du télégraphe.

Jusqu'en 1772 le bas des faces latérales de l'édifice était défiguré par d'ignobles masures; en ladite année on les ôla, et on y substitua les portiques actuels qui , bien qu'ils ne manquent pas d'une certaine élégance dans leur construction, obstruent néanmoins les abords de la nef, d'autant plus que des boutiques accolées contre un édifice religieux produisent une pénible impression.

Le premier coup d'œil que l'on jette dans l'intérieur de la

cathédrale, en y entrant par un des portails de la façade, est peu satisfaisant : on ne peut s'empêcher d'être frappé de la disproportion entre la nef qui est si haute et le chœur qui est si «petit; on est choqué surtout de la fenêtre pratiquée d'une manière si disgracieuse au fond du chœur, quoique depuis quelques années les vitres blanches en aient été remplacées par de fort beaux vitraux peints. Cependant après s'être familiarisé avec cette vue , on se laisse aller à l'imposante impression de la nef, mystérieusement éclairée par de magnifiques vitraux , et soutenue de chaque coté par sept piliers , formés de faisceaux de colonnes rondes. Les deux premiers de ces piliers , plus gigantesques que les autres , supportent aussi les tours ; la hauteur totale de la voûte supérieure est de plus de 31 mètres. La face intérieure de la façade est ornée , au-dessus du grand portail , d'une charmante rose en sculpture ; entre elle et la grande rose est une galerie vitrée. Au-dessus des arcs qui réunissent les piliers, règne des deux côtés de la nef et dans toute sa longueur une belle galerie gothique, servant de base à de grandes fenêtres , semblables dans leur structure à celles des bas-côtés. Le bas du mur de ces derniers est orné d'une rangée de petites colonnes , réunies par des arcs en ogive. Les superbes vitraux, représentant des sujets et des personnages de l'histoire sainte et delà légende, sont encore en partie l'œuvre de maître Jean de Kirchhcim qui les exécuta en 1348; en ce moment ils sont l'objet d'un grand travail de restauration.

Au côté gauche de la nef sont établies les orgues, qui s'élèvent jusque vers la voûte supérieure. Elles sont un des chefsd'œuvre d'André Silbcr ma nn, qui a été un des plus habiles facteurs d'orgues de son siècle , et qui les posa en 1714. Suivant nos chroniques, les premières orgues de la cathédrale furent faites en 1260 par le dominicain Ulric Engelbrccht de

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Strasbourg , disciple du célèbre Albert-lo-Grand ; d'autres furent construites en 1327 par un laïque , Nicolas Karle , babile charpentier, et architecte (Wcrkmcister) de la ville; détruites et rétablies plusieurs fois , les vieilles orgues furent entièrement abattues en 1489 , où Frédéric Krebser , d'Aospach , fit celles que remplaça Silbcrmann.

Du même côté se trouve, an cinquième pilier, la chaire, érigée, comme il est dit plus haut, en 1486. Cet ouvrage, d'une sculpture infiniment délicate , est orné de près de cinquante petites statues. L'escalier est fermé par une porte digne d'attention. "

Le chœur est joint à la nef par deux piliers d'une grande dimension , et dont les chapiteaux appartiennent à une des constructions antérieures au style gothique. Le magnifique jubé , construit par Erwin de Steinbach , a dù disparaître devant le gout du dix-septième siècle; il a été abattu en 1682. Deux hautes colonnes rondes supportent la coupole du chœur et le séparent de ses deux ailes ; au centre de chacune de cellesci s'élèvent ( gaiement des colonnes pour en supporter les voiïtes; celle de la partie septentrionale est ronde, tandis que dans l'aile méridionale elle est formée d'un faisceau de piliers très-sveltes d'une construction sans doute postérieure; cette colonne élancée et gracieuse porte dans ses angles des statues d'évangélistes et d'anges dont plusieurs avec des trompettes ; on l'appelle la colonne des anges; la tradition y attache aussi le nom d'Erwin. Sur le grand pilier qui de ce côté joint la nef au chœur , deux inscriptions sont consacrées au prédicateur Geiler de Kaisersberg , qui pendant de longues années a déployé sa verve en la chaire de la cathédrale *. Dans cette même

1 L'une do ces inscriptions est en prose :

«Joanni Geiler Kaisersbcrgio, theologo integerrimo , qui an-

aile on a érigé récemment la statue de l'évêque Wernher , méditant sur le plan de sa cathédrale posé devant lui. Visà-vis de celte statue qui est l'œuvre de M. Friederich , se trouve la célèbre horloge astronomique , achevée en 1574 par Isaac Habrecht, de Schaflhouse , d'après les plans de Conrad Dasypodius , professeur de mathématiques à l'académie de Strasbourg. Cette horloge , chef-d œuvre de la mécanique du seizième siècle, a depuis longtemps cessé ses mouvements dont on admirait la régularité et l'ingénieuse complication. Elle est reconstruite aujourd'hui, d'après un plan tout nouveau, par M. Schwilgué.

La voûte de l'arrière-chœur était jadis couverte d'une peinture exécutée en 1486 et représentant le jugement dernier. Les tribunes, les escaliers, les décorations en boiserie dans le chœur, datent du dix-septième siècle, et n'ajoutent absolument rien à la beauté, à la grandeur, à l'harmonie du monument. Le grand autel n'a également rien de remarquable ; il fut élevé en 1759 , après la destruction de celui que l'évêque Guillaume Egon de Fûrstenberg avait construit en 1685 et qui était surmonté d'un baldaquin ; quand même le feu aurait épargné celui-ci , on regretterait toujours les belles sculptures

nos supra triginta Christi legem Argentinensibus exempîo et sermone constanlissime palefecit, ut immortalis sit ejus pro maximis suis meritis memoria, hujus loci commendator et fralres hoc saxum summo cum favoreposuere. » Obiit decimi Martii, anno Domini MDXI.

La seconde se compose de quelques vers de Séb. Branl :

« Quem merito défies urbs ArgerUina Joannes Geiler, monte quidem Cœsaris est genitus.

Sede sub hac recubxl qtia/n rexit prœco tonantis Per sex lustra docens verba saluti/era. »

en bois dont maître Nicolas de Hagucnau avait décoré en 1501 l'autel de cette époque.

La plus ancienne des chapelles actuelles de la cathédrale est celle de Sainl-Àndrè, dans l'aile méridionale du chœur ; elle est remarquable par les particularités de ses colonnes et de ses ornements d'un style très-ancien ; elle renferme les sépultures de plusieurs évèques , dont la plus ancienne est celle de Henri de Hasenbourg, mort en 1190. Derrière l'ai!c septentrionale du chœur se trouve la chapelle de Saint-Jcan- Baptistc, également très-ancienne, et située aujourd'hui plus Las que le pavé de la cathédrale. Outre quelques épitaphes on y voit le beau monument gothique de Tévêquc Conrad de Lichtenberg , mort en 15*99; la statue colossale de ce prélat est couchée sur une pierre , et porte encore les traces des couleurs dont elle était peinte; d'une main il tient un livre, de l'autre il tenait sa crosse dont il n'existe plus que la partie inférieure; sa tête, coiffée de la mitre , repose sur un coussin , et ses pieds s'appuient contre un lion ■ .

La première chapelle construite dans la cathédrale avait été celle de Saint- Laurent, à côté du portail septentrional de la croisée. Elle était la plus ancienne paroisse de la ville et du diocèse de Strasbourg ; le curé de Saint-Laurent était le premier archiprètre du diocèse et en même temps grand-pénitencier de la cathédrale. Cette chapelle, tombée en ruines, fut

1 L'épilaphe de Conrad est ainsi conçue :

« Ânno domini MCCLXXXXIX kal. Augusti obiit Conradus secundus de Lichlenberg nalus, Argenlinensis episcopus, hic sepultus. Qui omnibus bonis condicionibus, quœ in homine mundiali debent concurrere, eminebaî ; nec sibi visus similis est in illis. Sedit autem annis XXV et mensibus scx. Orate pro eo. »

reconstruite par Jacques de Landshut en 1494; lorsque dans la suite elle ne fut plus assez grande pour la paroisse, celle-ci fut transférée en 1698 dans la chapelle voisine de Saint-Martin , bâtie en 1520 , qui dès lors prit le nom de chapelle de Saint- Laurent qu'elle a encore aujourd'hui.

La chapelle correspondant à celle-ci , dans le latéral de droite , est dédiée à Sainte-Catherine ; elle fut élevée en 1331 par l'évêque Bcrthold de Bucheck qui y est enseveli. Elle a été voûtée à neuf en 1542 , et renfermait jadis le saint-sépulcre. Les entrées , ainsi que celles de la chapelle de Saint- Laurent , sont ornées de plusieurs anciennes statues; dans l'intérieur on voit le monument en sculpture de Conrad Bock, noble slrasbourgeois , mort en 1480 ; c'est un ouvrage remarquable pour la manière dont sont groupées les nombreuses figures qui entourent la couche du mourant.

Dans cette chapelle, de même que dans plusieurs autres parties de la cathédrale, on voit quelques grands tableaux de peintres strasbourgeois vivants, tels que de MM. Guérin, Klein, Merckel.

Des deux côtés de la croisée de larges escaliers conduisent dans la crypte ; c'est là assurément la partie la plus ancienne de l'édifice, remontant peut-être jusqu'aux constructions de Charlemagnc. Elle s'étend sous tout le chœur , et forme une

nef avec deux absides séparées par deux rangées de piliers byzantins. On voit dans la crypte ce qu'on appelle le saint-sépulcre, un très-ancien groupe de statues représentant Jésus- Christ et les disciples à la montagne des Oliviers au moment où s'approchent les soldats pour s'emparer du Seigneur ; ce groupe provient de la chapelle des Augustins, construite en 1378; il a été placé dans la crypte en 1C83.

C'est ici le lieu d'ajouter un mot sur les fondements de la

DE L.l VILLE DE STRASBOURG. ill

cathédrale ; l'on connaît la vieille fable qui prétend que l'édifice repose sur des pilotis entre lesquels on peut se promener en bateau sur des canaux qui se prolongent jusque vers la place Guleuberg. Des fouilles, faites déjà au dix-septième siècle et renouvelées depuis à plusieurs reprises , ont fait voir que la cathédrale est construite sur des fondations profondes et solides , formées de travaux de maçonnerie qui reposent sur de la terre glaise mêlée à du gravier ; sous une partie de la nef ce fond est renforcé par des pieux en chêne.

Par une porte à droite de la chapelle de Sainte-Catherine on entre dans la cour de l'atelier des tailleurs de pierre de la cathédrale (Steinhùlle). Ces ouvriers forment encore aujourd'hui une corporation particulière, dont l'origine parait remonter jusqu'aux temps d'Erwiu de Stcinbach; en tout cas il est certain que les maçons de la cathédrale ont de bonne heure formé un corps distinct des maçons ordinaires , qu'ils n'ont pas reçu parmi eux quiconque se présentait, et qu'ils ont eu des signes secrets pour se reconnaître. Celle loge des maçons de la cathédrale est devenue la mère de beaucoup d'autres en Allemagne ; Dotzinger , le successeur de Jean Hùllz comme architecte de l'édifice, les réunit toutes en une seule corporation ; une assemblée générale des maîtres des différentes loges , tenue en 1459 à Ralisbonne, fixa les règlements, et adopta pour grands-maîtres les architectes de la cathédrale de Strasbourg, où fut établie la loge principale (Haupthùlle). Maxiinilien I er confirma la corporation et la manière comment elle s'était organisée, le 3 octobre 1498. Au commencement du dix-huitième siècle la loge principale fut transférée à Mayence 1 .

1 Les documents ie trouvent à Vienne. (Voy. Monb, Anztiger fur Kunde der deutschen Vomeit . 1839 , p. 112;.

Il a déjà été dit que la cathédrale a eu de bonne heure une dotation très-riche formant YOEuvre-Notre- Dame. Les revenus étaient d'abord administrés par les êvèques ; mais comme ceuxci les dilapidaient en laissant périr Vèdifice, le chapitre s'empara de l'administration en 1263 , après la guerre de la ville avec Walther deGeroldscck ; cependant les chanoines ne firent pas mieux , et en 1290 le magistrat se vit obligé de leur retirer l'administration de l'OEuvre ; il la prit désormais à sa charge , et ne s'est plus jamais dessaisi de ce droit. Encore aujourd'hui ces biens, uniquement affectés à l'entretien de l'édifice , sont administrés comme ceux de la ville ; le receveur est nommé par le conseil municipal , qui nomme aussi l'architecte et le statuaire de l'OEuvre. La recette est établie dans une belle maison de la renaissance [Frauenhaus) , bâtie en 1581 , et située vis-à-vis du côté méridional de la cathédrale. En cette maison , où sont conservés les anciens plans dont nous avons parlé plus haut , on admire surtout la construction élégante et légère de l'escalier.

2° Église de Saint-Pierre-lc-Vieux.

La plus ancienne église de Strasbourg , antérieure même à la cathédrale , est celle de Saint- Pierre- le-Vieux. Une tradition en fait remonter l'origine jusqu'à la seconde moitié du premier siècle, en l'attribuant à saint Materne, disciple de l'apôtre saint Pierre , qui l'aurait élevée sur les ruines d'un temple païen. Cette tradition n'est évidemment qu'une fable ; l'église de Saint-Pierre-le-Vieux est encore assez ancienne sans cela : elle date du commencement du quatrième siècle. A cette époque un missionnaire , nommé Materne , après avoir répandu le christianisme en Alsace, fonda hors des murs de Strasbourg, sur les bords de 1*111 , l'église dont nous parlons.

Détruite dans les invasions des barbares , elle parait avoir été rétablie au commencement du sixième siècle. Bientôt elle fut entourée d'habitations nombreuses , ce qui donna lieu au pre- . mier agrandissement de la ville , vers l'an 700 ; dès lors l'église est enclavée dans l'enceinte. Elle ne tarda pas de devenir église collégiale. En 1190 l'empereur Henri VI l'affranchit de toutes les charges publiques ; en 1239 l'évôque Berthold en conféra le droit de patronat au couvent de la Trinité. Le chapitre était pauvre , et l'église de peu d'apparence. Mais des legs faits par suite d'une épidémie en 1381 l'enrichirent au point qu'elle put être rebâlie tout à neuf. Lorsqu'on 1398 le Rhin dévasta Rhinau , les chanoines de ce chapitre se retirèrent à Strasbourg et furent incorporés à Sain t-Pierre-le- Vieux , qui dès lors s'appela chapitre de Saint- Pierre-le-Vieux et de Saint-Michel. L'église fut considérablement agrandie en 1428 ; quatre années après on reconstruisit le chœur , et on le surmonta d'une flèche qui n'est pas sans élégance. La réformation fut introduite en cette pareisse en 1524 par Diebold Schwarz (Théobald Niger). En 1683 l'édifice fut partagé entre les protestants et les catholiques ; les premiers reçurent la nef, qui par un mur fut séparé du chœur restitué au chapitre catholique. L'église protestante fut beaucoup changée au dix-septième siècle ; on ôta les colonnes , et on fit quelques arrangements dans le mauvais goût de l'époque. Quant à l'église primitive , les différentes reconstructions en ont fait disparaître toutes les traces, de sorte que le bâtiment ne présente plus qu'un intérêt très-secondaire.

3° Église de Saint- É tienne.

L'église et l'abbaye de Saint-Ètienne furent fondées vers 717 par le duc d'Alsace Adaîbert, frère de Sainte-Odile, sur un

emplacement situé au milieu des ruines de l'ancien Argenlorat 1 , et sans doute occupé jadis par le palais du comte romain. A plusieurs reprises les empereurs conûrmèrent les immunités de cette riche abbaye de dames nobles , et la dotèrent de biens . considérables. Nous avons vu qu'en 1003 les revenus de Saint- Étienne furent assignés à Tévêque Wernher pour la restauralion de la cathédrale 2 .

En 1539 l'abbaye avec tous ses biens fut remise au magistrat par l'abbesse , qui avait embrassé la réforme. En 1702 Louis XIY donna à la ville d'autres biens en échange , et céda l'abbaye à des sœurs de la Visitation de Notre-Dame , pour élever dans le catholicisme des jeunes filles de la province d'Alsace. Pendant la révolution l'église et le monastère furent vendus et changés en magasin ; plus tard l'église servit môme de théâtre. En 1821 elle fut rendue au culte , et destinée à servir de chapelle au collège épiscopal. Mais bientôt après elle fut de nouveau aliénée et sert encore de magasins; dans le monastère est une manufacture de tabacs.

Ce qui est conservé extérieurement de l'église de Saint- Étienne est en style byzantin ; elle est un des plus anciens monuments de ce style, et serait digne d'être conservée avecplus de soin ; malheureusement les sculptures et les peintures très-anciennes qui jadis s'y trouvaient ont disparu.

1 «fnter ruinas veteris Argentorati.» Charte de l'empereur Lolhaire, de 845; chez Gbandidieb , Hist. de VÈgL de Slrasb. t. II, p. CCXXIV.

2 Comme la restauration se traîna en longueur, les fonds de Saint-Étienne devinrent dans la suite la source de revenus fort considérables pour le grand-chapitre ; au commencement du dix-huitième siècle , ils so montèrent à 40,000 livres.

4° Église de Saint-Thomas.

Là où s'élève aujourd'hui l'église de Saint-Thomas , le plus intéressant de nos temples après la cathédrale , se trouvait sous la domination romaine un établissement, situé à cette époque en dehors de l'enceinte, et entouré de plusieurs autres édifices ■ . Plus tard les rois francs établirent en cet endroit un palais où ils vinrent plusieurs fois s'arrêter. Au sixième siècle quelques moines écossais et irlandais construisirent près du palais , sur les bords de la Bruche, un oratoire en bois et un petit hospice dédiés à l'apôtre saint Thomas. Saint Florent, lorsqu'il eut succédé comme évêque de Strasbourg à son ami saint Arbogast , agrandit vers 676 l'hospice des moines , ses compatriotes , et en fit un monastère ; le roi Dagobert I er leur avait cédé l'emplacement , qui faisait partie du domaine royal ; suivant une ancienne tradition , c'est lui aussi qui les dota du village d'Eckbolsheim. Saint Florent fut enterré dans l'oratoire; mais au commencement du neuvième siècle ses restes furent en partie transférés dans l'église de Haslach, qu'il avait également fondée ; de fréquentes contestations eurent lieu dans la suite entre les deux chapitres , au sujet de ces reliques que chacun prétendait posséder.

1 Récemment, en creusant un égout sur la place de Saint- Thomas, on découvrit des fondations romaines supportant une espèce de grande baignoire; sous les dalles do l'église on a trouvé des sépulcres voûtés , dont l'un reposait sur deux cercueils en pierre , l'un romain et l'autre franc ; et dans le jardin de la maison occupée par M. le professeur Jung , ont été déterrés des bas-reliefs d'Hercule et de Pomone.

Vers 822 l'évêque Adeloch fit reconstruire le monastère f ainsi que l'oratoire qui tombait en ruines 1 ; il convertit ce dernier en une église , élevée, sans nul doute, sur l'emplacement du palais franc. Adeloch sécularisa en même temps les moines, et les réunit en un chapitre soumis à la règle de Chrodegang ; il les dota de plusieurs villages et manses , et lorsqu'il mourut , il voulut être enterré dans leur église , où son cercueil se voit encore aujourd'hui. Au dixième siècle l'évêque Rudhard donna a Saint-Thomas l'église (Je Sainte-Aurélie avec toutes ses dîmes ; l'évêque Richwin lui avait également fait une donation considérable.

En 1007 un incendie , le même qui consuma aussi la cathédrale, réduisit Saint-Thomas en cendres. Pendant plus de vingt ans l'église fut en ruines , jusqu'à ce qu'en 1031 l'évêque Guillaume la reconstruisit sur un plan plus vaste et plus beau (sumpluose) ; mais un siècle plus tard, en 1144, un incendie la consuma de nouveau , et obligea l'évêque Burckart d'entreprendre à son tour une reconstruction. Ces deux incendies ayant aussi détruit les archives de l'église, l'empereur Frédéric I er , avoué de Saint-Thomas , confirma, en 1163, toutes ses possessions.

Cependant, vers 1264, l'église menaçait encore de tomber en ruines , de sorte que l'évêque lïenri jugea à propos de la rebâtir à neuf; il publia donc, dans ladite année, des indulgences pour recueillir les sommes nécessaires 2 , et bientôt il put commencer les travaux. En 1270 on bâtit la nef; en 1300

i «Nimia velustalc ruinosum».

- Ecclesia «cùius mûri nimia vetustate consumpli , Ha quod ruinam minarentur, de novo sit reed'ficandar) (Arch. de Saint- ThomasJ.

on commença la restauration de la tour antérieure : on y ajouta quelques parties encore en 1366 et en 1398. Les chapelles latérales furent enclavées dans l'église en 1330 ; à la môme époque on reconstruisit les voûtes de la nef, et on remplaça les piliers de bois par des colonnes en pierre. La tour octogone au-dessus du chœur fut élevée de 1348 à 1367.

Longtemps les chanoines de Saint-Thomas avaient vécu en commun , comme ceux du grand chapitre ; au quatorzième siècle ils partagèrent leurs avenus en prébendes , et allèrent habiter des maisons ou cours claustrales, situées dans le voisinage de l'église, et dont plusieurs portent encore les traces de leur antiquité. Ils appartenaient d'ordinaire aux familles nobles de Strasbourg et de l'Alsace ; plusieurs parmi eux se sont acquis une réputation littéraire, comme le Minnesœnger Gotfried de Haguenau, et l'historien Jacques ïwinger de Rœnigshoven.

Én 1523 le curé de Saint-Thomas , Antoine Fini de Haguenau , prêcha la réforme dans son église ; plusieurs chanoines suivirent son exemple. Après de longs démêlés avec le magistrat, les chanoines catholiques quittèrent la ville; la haute école fut alors transférée dans les bâtiments de Saint-Thomas , et les professeurs reçurent à titre de traitements les revenus des canonicats vacants. La cession définitive de l'église et de ses revenus aux protestants fut confirmée en 1549 par révoque Érasme ; la propriété leur en est garantie par la paix de Mùnsteç et la capitulation de 1681.

Pour celui qui vient de voir la cathédrale , l'aspect général de Saint-Thomas a peu de grandiose et d'imposant ; à l'extérieur l'architecture de l'église peut même lui sembler un peu lourde; cependant il y a des parties curieuses sous le rapport historique. A chaque extrémité de l'église s'élève une tour ; la

Jour occidentale est carrée et flanquée de deux ailes ; byzantine dans sa partie inférieure , elle provient encore de la reconstruction de révoque Guillaume; les parties supérieures, ajoutées plus tard et renfermant les cloches et une horloge , sont presque tout nues et portent les traces d'une réparation faite avec peu de soin. La tour orientale est octogone et gothique ; elle se termine par une galerie , d'où Ton jouit d'une des plus belles vues sur la ville et les environs , et surtout sur la façade de la cathédrale. Le <^mc finissant en pointe qui couronne cette tour , n'est couvert que de tuiles. A l'extérieur , la nef est simple; l'intérieur en est d'un effet plus satisfaisant ; on admire les proportions gracieuses de ses piliers élancés. Les beaux vitraux en couleur sont restaurés en ce moment avec beaucoup de succès par un habile artiste, M. Percyra. Les orgues sont un des chefs-d'œuvre d'André Silbermann.

L'intérieur de Saint-Thomas est surtout remarquable à cause des nombreux monuments qu'il renferme. Dans une niche à gauche du chœur se trouve le cercueil en pierre de l'évêque Adeloch. Le devant de ce curieux cercueil est divisé en sept compartiments séparés par des colonnes surmontées fie tourelles. Dans le compartiment du milieu est assis Jésus- Christ , mettant la main gauche sur un livre qu'il a sur les genoux, et levant la main droite ; il tourne la tète entourée du nimbe vers un évêque , sans doute Adeloch. Dans le second compartiment celui-ci , tète nue , à genoux , regardant Jé$us- Christ, tient de la gauche la crosse et lève la droite comme pour prêter hommage au Seigneur , à côté duquel se tient un ange ailé tenant une ctole sur les deux mains (dans le troisième compartiment). Le quatrième et le cinquième n'ont que des fleurons ; dans le sixième et le septième , aux deux extrémités ,

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sont deux figures grotesques nues , l'une tenant de chaque main un serpent , l'autre à cheval sur un poisson. Au bas du cercueil sont trois figures : un homme assis sur un trône , tenant un étendard qu'embrasse un autre homme qui met un genou en terre ; la troisième figure est une personne assise tenant en main un fleuron. L'inscription : Adelochus presul ad Dei laudes amplificandas hanc edem collapsam instaurant. DCCCXXX , se rapporte à l'année où le corps de l'évêque fui déposé dans ce cercueil. Le chœur est occupé par le mausolée du maréchal de Saxe, érigé en 1777 par Pigalle , sur l'ordre de Louis XV. Malgré quelques critiques qu'on peut faire au sujet de la composition , celte œuvre est belle et majestueuse. Une pyramide en marbre gris , formant le fond , porte l'inscription 1 ; sur le milieu apparaît le maréchal , descendant d'un pas ferme les marches qui doivent le conduire à un cercueil placé au bas, et dont la mort, enveloppée d'un linceul , lui ouvre le couvercle. Une figure éplorée, représentant la France , s'efforce d'une main de retenir le héros , tandis que de l'autre elle veut arrêter la mort. A la droite du maréchal , les animaux symboliques des nations qu'il a vaincues , sonl couchés à ses pieds , sur les drapeaux brisés des ennemis ; à sa gauche, le génie de la guerre, en larmes, tient son flambeau renversé; derrière lui s'élèvent, en signe de triomphe,

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