FONDERIE ROYALE ET AUTRES ÉTABLISSEMENTS MILITAIRES
Dès le commencement du quatorzième siècle , la ville de Strasbourg était renommée pour sa belle et nombreuse artillerie 1 ; elle possédait donc, déjà antérieurement à celte époque, une fonderie de canons; mais nous ignorons ce qu'elle pouvait être, et dans quel lieu elle était située; il n'existe même sur l'origine de la fonderie actuelle que des renseignements fort incertains. Tout porte à croire qu'elle fut établie en 1703 ; le
1 On vantait jadis :
«Der Veneter Macht, der Augsburger Pracht , der IS'urnberger Wilz, dur Strassbargcr G'schiilz.»
(La puissance des Vénitiens, la magmÛcence des habitants d'Augsbourg, l'esprit de ceux de Nuremberg , l'artillerie de ceux de Strasbourg.)
terrain que Ton y affecta , voisin de l'ancien arsenal de la ville, servait alors de chantier pour les ouvrages de charpente; le couvent de Sainte-Claire était situé sur le même emplacement. La disposition irrégulière des bâtiments, la vétusté et la forme bizarre de quelques-uns , font présumer qu'en 1703 l'on tira parti des constructions qui existaient à celte époque; la moulerie actuelle et la maison du portier, démolie en 1827, semblent être de ce nombre. Les autres bâtiments aujourd'hui existants, sont d'une date beaucoup moins reculée, et, suivant toute apparence, furent construits vers 1740, par Jean Maritz, alors inspecteur général des fontes et des forges pour l'artillerie.
Depuis son origine jusqu'en 18*25, la fonderie de Strasbourg a été constamment sous le régime de l'entreprise; en 1825, elle fut mise en régie militaire, et se trouve placée aujourd'hui sous la direction d'un chef d'escadron ou lieutenant colonel d'artillerie.
Celte fonderie, dont les ressources, en machines surtout, étaient encore dans les derniers temps assez restreintes, a reçu, en 18il , un notable développement, nécessité par une commande de près de sept cents bouches à feu. Aux trois bancs de forerie alors existants, on en ajouta deux nouveaux ; on construisit deux fourneaux longs accouplés, dits à l'anglaise , etc. ; de sorte qu'aujourd'hui elle possède un fourneau rond à réverbère de 26,400 kil. , un autre de 15,000 , un troisième de 2,000 kil. ; les deux fourneaux longs dont nous venons de parler de la contenance de 4,000 kil. chacun , un fourneau à manche pour l'exploitation des terres des moules et scories, et plusieurs fourneaux à creusets; cinq bancs de forerie et un banc à couper les masselottes. Elle pourrait , avec ces moyens, exécuter facilement une commande an-
nuelle de trois cents bouches à feu de tout calibre , en ne travaillant que douze heures par jour; elle en ferait le double,
en cas de besoin , en travaillant la nuit.
Le premier établissement de V école d'artillerie à Strasbourg date du temps de Louis XIV. Lorsqu'en 1720 cinq de ces écoles furent formées pour la France, Strasbourg conserva la sienne qui devint la seconde en ordre. Elle eut de bonne heure des professeurs distingués; les noms des savants mathématiciens Brackenhoffer, Lombard , Arbogast sont justement célèbres. L'école est aujourd'hui dirigée par un général d'artillerie, commandant de l'école, aidé d'un lieutenantcolonel adjoint et d'un capitaine aide-de-camp. Les cours théoriques de mathématiques et de dessin sont donnés par des professeurs civils, dans le beau bâtiment de l'école, formant l'un des côtés de la place de la Comédie. Tous les sousofficiers des régiments d'artillerie en garnison à Strasbourg sont tenus de suivre ces cours. Les exercices de tir, ainsi que les grandes manœuvres militaires , ont lieu au Polygone , vaste plaine à peu de distance de la ville , où l'on voit un obélisque très-simple élevé à la mémoire de Kléber.
Depuis quelques années, l'instruction de nos soldats est complétée par des exercices gymnasliqucs. Le gymnase divi-, sionnaire de la cinquième division est établi sur les grandes pelouses de la Finckmatt; les exercices sont variés et répondent parfaitement à leur but; plusieurs fois dans l'année ils sont publics, et on peut alors admirer jusqu'à quel point la gymnastique développe l'adresse et la force de nos jeunes soldats. N'oublions pas de mentionner ici l'honorable désintéressement du directeur du gymnase, qui admet aussi aux exercices les élèves des écoles gratuites et les orphelins , et qui leur voue des soins aussi assidus que paternels.
APPENDICE. 289
APPENDICE