Notice sur le Dr Boisseau
Professeur à la faculté de médecine de Strasbourg, chirurgien en chef et premier professeur à l’hôpital militaire d’instruction de la même ville.
La France médicale, et en particulier Le corps .des officiers de santé militaires, viennent de perdre une de leurs plus brillantes illustrations : Boisseau est mort, laissant dans la pins profonde détresse une veuve et trois enfans.
Boisseau (François Gabriel), naquit à Brest, le 12 octobre 1791, Tout jeune encore, il servit dans l’arwée d'Espagne,>.n qualité de spus-pide, et fit Ips campagnes (de 1810, r8t 1 et 1812. En i8i3, il fat an même titre, attaché auxamb hlanees de 4a ■vieille garde impérialp. Retenu prisonnier avec la garnison de Dresde, il reyit la France, après la funeste abdication de Fontainebleau; prit part au drame sanglant des cent jours, puis entra comme sous-aide au Yal-de-G?âee, après le désastre de Waterloo, Replacé sur ies bancs, dont la guerre Ini avait fait oublier les traditions. Boisseau reprit avec l’ardeur la plus vive, ces fortes étudps médicales qui devaient le conduire à la célébrité. En 1817, il remporta des pris; au Yab de-Gràcse, et la même année, le 8 avril, il prit letürede docteur. Sa dis? sériation inaugurale sur les classifications en médecine, révélait déjà cet
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esprit judicieux et cette finesse d’analyse qui depuis, caractérisèrent ses œuvres. Bientôt, ses talens éclatèrent dans ces discussions animées et fécondes qui signalèrent le début de notre révolution médicale, discussions abordées avec tant de franchise, soutenues avec de si profondes convictions, et qui reflétaient un peu de cette rudesse ingénue des camps d’où sortaient, et le maître et les principaux disciples. Qui de nous peut oublier l’époque où le jeune Boisseau vint se placer, avee une rare sagacité, entre les plus ardens novateurs dont il combattait les exagérations, et les champions des doctrines défaillantes qu’il forçait dans leurs derniers retrancbèmens? Quel médecin instruit n’aime à se rappeler ces articles signés Y, pendant long-temps attribués à de hautes notabilités médicales et qui pourtant, émanaient uniquement de la plume ignorée d’un simple élève? Quelle hauteur de vues, quel talent d’exposition ef de discussion, quelle facilité, quelle vivacité dans le style, quelles formes spirituelles et piquantes ne remarque-t-on pas dans cette longue série d’articles, où furent analysées et appréciées les productions les plus remarquables de dix années, fécondes en travaux sur toutes les branches de la médecine?
Mais, aux productions fugitives des recueils périodiques, Boisseau joignit bientôt des ouvrages plus sérieux et Je plus longue haleine. La Pyrétologie physiologique, parvenue à sa quatrième édition, et la Nosographie organique , ouvrage consciencieux, qui aurait suffi, autrefois, pour assurer une immortalité médicale, sont dans toutes les bibliothèques.
À une époque ou la médiocrité serviè par l’intrigue, arrivait si facilement à une fortune, oùles honneurs et les emplois furent si souvent la récompense des talens qui consentaient à s’abaisser jusqu’à défendre des doctrines anti-scientifiques et anti-françaises, Boisseau, livré sans relâche à des travaux opiniâtres qui devaient si promptement user sa belle intelligence, vivait pauvre et retiré, soutenant à peine sa famille, et supportant sa position, moins que médiocre, avec l’insouciance de l’artiste et le stoïcisme du sage. A l’aurore des temps meilleurs, que promettait notre glorieuse révolution de juillet, l’armée dut le revendiquer, et il alla siéger parmi les professeurs de l’hôpital de Metz. Mais déjà, l’excès de travail avait usé les ressorts d’un esprit si brillant. Déjà frappé d’une sombre mélancolie, et poursuivi de pressentimens sinistres qui percent dans sa correspondance intime. Boisseau portait le germe de l’affection cérébrale qui lé précipita dans le tombeau, alors que tout lui assurait des jours meilleur*. Il est mort à Metz, le 2 janvier i 836 ; àpeiue âgé de 43 aus/ïl comp
tait 21 années de sërvices militaires, dont sept campagnes; il était chevalier de la légion d’honneur, professeur et médecin adjoint de l’Hôpital Militaire d’instruction'de Metz, et membre dé l’Académie royale dé médecine.
' Boisseau; considéré avec justice comme l’un de nos meilleurs écrivains en médecine, a produit les'tràvaux suivans : Pyrétalogie physiologique ou Traité dés-fièvres’,'1 volüine : in'-8,' ouvrage qui,nous l’avons dit; a eu: quatre éditions. ' *
Nosographie organique ou Traité de médecine pratique, \ vol. in-8.'
Traité du choiera morbus, i vol. in-8.
Tous les articles de médecine du Dictionnaire abrégé des sciences médicales, i 5 vol. in-8.
Pendant douze ans, Boisseau fut rédacteur principal Sû dburriat universel des sciences médicales;
Il a fourni de nombreux articles à la Biograp hie médical^ à YEncyclopédie moderne , au journal Hebdomadaire , etc.
Gomme éditeur, il a enrichi de notes les œuvres de Pujol sur la Médecine pratique ; le Traité de l’Inflammation., par Thomson; les Inductions physiologiques , par Rolando ; le Traité de la santé des gens de lettres, par Tissot.
Connaissant et son goût et sa prodigieuse facilité, ses amis avaient souvent recours à sa plume et à ses conseils.
A travers une vie si pleine d’utiles travaux, Boisseau, tout à la science, a négligé la fortune ; c’est donc aux hommes de science, ainsi qu’au gouvernement, protecteur-né de toutes nos gloires, qu’il appartient de pallier l’ingratitude du sort; ils ne souffriront pas que la misère soit le partage de la famille qui porte un nom désormais célèbre parmi ces médecins dont la philantropie ne fut jamais vainement invoquée. Nous ^surtout, confrères de Boisseau, ses amis ou ses adversaires, qui avons applaudi à ses travaux, ou dont il combattit loyalement les opinions, nous tous membres de la famille médicale dont-fUfut une des lumières, nous avons une tâche à remplir : c’est d’assurer p'ar-uné'sôüsGripti'On', -légère mais suffi-
«ante si tous y prennent part, une éducation libérale aux fils de Boisseau, et de les aider à porter honorablement un nom tel que le sien. Déjà, l’Académie royale de médecine, et le conseil de santé des armées, ont accueilli cette pensée avec empressement. Espérons que l’exemple donné par les notabilités médicales, trouvera de nombreux imitateurs. Compte fidèle sera rendu des produits de la souscription exclusivement affectée à l’éducation des fils de Boisseau, et gérée par un de ses amis, dans le but de fournir à ces enfans si dignes d’intérêt, les moyens d’embrasser une carrière dont l’ombre paternelle, et le corps médical, n’aient point à rougir.
(Le journal Hebdomadaire s’associe avec empressement aux généreuses sollicitations de M. Begin ; il ouvre, dès ce moment, une souscription au bénéfice de la famille de M. Boisseau 5 les souscriptions seront reçues :
Au bureau du Journal, rue de l’Ecole de Médecine, n. 8,
Et, chez M. J.-B. Baillière, Libraire de l’Académie royale de médecine, rué de l’Ecole de Médecine, n. i 3 .)
Extrait du Journal hebdomadaire (N° i 3 , mars i 856 .)
Imprimerie de Bacquenois, rue Christine., n. ‘i-