AVANT-PROPOS
Les travaux dont je me propose de parler dans celte Notice se rapportent presque tous à la navigation aérienne et aux questions qui s'y rattachent. Ils ont été presque tous entrepris à TÉtablissement militaire de Chalais, dont les débuts remontent à 1H77, qui fonctionna de 1888 à 1908 sous le nom à! Établissement central d' Aérostation militaire y et qui, sous d'autres noms {Laboratoire des Recherches relatives à V Aérostation militaire et Établissement central du Matériel de l' Aérostation militaire) continue ix s'occuper exclusivement des questions techniques concernant les ballons et la locomotion aérienne en général.
Dès la fin de 1877, j'avais pris la direction de l'Ktablissement nouveau de Chalais, ancienne dépendance du parc de Meudon, où il n'existait aucune installation scientifique ou industrielle et j'ai eu la bonne fortune de pouvoir, pendant 27 années, y poursuivre l'organisation du Service de
l'Aérostation militaire, la création du matériel spécial qui lui était nécessaire, l'instruction des officiers d'aérostiers, et les recherches techniques et scientifiques auxquelles on est naturellement conduit quand on poursuit avec suite un but pratique et qu'on tient à ne laisser sans solution aucun des problèmes qui s'y rapportent.
Avant de m'installer à Chalais, j'avais, en ma qualité de secrétaire de la Commission d' Aérostation militaire, puis de la Commission des Communications par voie aérienne, toutes deux présidées par M. le colonel Laussedat, pu commencer quelques recherches et faire quelques expériences, tant à Monlsouris, où M. Marié-Davy avait bien voulu nous donner l'hospitalité pour des recherches sur les vernis, qu'à l'Hôtel des Invalides où nous avions installé un laboratoire sommaire. C'est pendant cette période (1874 H 1877) que j'imaginai les appareils à hydrogène à circulation, universellement employés aujourd'hui, el sur lesquels je reviendrai plus tard ; c'est à la suite des trois ascensions de la Commission, du 1 1 septembre, du 29 octobre et du 8 décembre 1%^]^ (*) que je fus conduit à me préoccuper des mouvements verticaux des ballons, et que, sans connaître les travaux oubliés de Meusnier sur le même sujet, j'en établis une théorie qui fut publiée depuis (i88i) dans le journal UAèronaute.
C'est aussi à la suite de ces ascensions que j'imaginai les soupapes à boudin manœuvrées par Tair légèrement comprimé et qui ont été adoptées, sous mon nom, parle Service de l' Aérostation militaire depuis cette époque.
Parmi les Membres de ces deux Commissions qui jouèrent un rôle si utile au développement de la Science aérostatique, sous la haute direction de leur savant président, M. le colonel Laussedat, je ne puis m'cmpécher de citer le commandant Mangin, inventeur de la Télégraphie optique, et le commandant Delambre, mort récemment comme général de division, et dont la collaboration me fut si précieuse à Montsouris.
Dans l'œuvre de longue halehie entreprise à Chalais, j'ai compté de précieux et distingués collaborateurs, dont je tiens ici à citer les deux principaux, qui sont le commandant Krebs et le commandant P. Renard, mon frère.
(1) L*ascension du 8 décembre 1873 se termina par une catastrophe due à la mauvaise construction de la soupape (soupape à voiets alors seule connue). Les noms des aéronautes étaient : Colonel Laussedat, commandant Mangin, capitaine Renard, capitaine Bitaiid, lieutenant Bastoul, Eugène Godard, Albert Tissandier et T>:rez, propriétaire du ballon. Les trois premières personnes de cette liste furent grièvement blessées et les travaux de la Commission en furent interrompus plusieurs mois.
C^est avec le capit aine K rebs que j'exécutai mes premières ascensions en ballon dirigeable vers 1884, après une collaboration où il m'apporta le précieux concours de son talent d'ingénieur; c'est avec le capitaine Renard que j'exécutai mes ascensions de i885 après avoir apporté, avec son aide, au ballon La France, des modifications importantes qui nous ont permis d'emporter un aéronaute en plus. C'est le capitaine Renard qui fut chargé de l'exécution des mesures de vitesse et des mesures électriques pendant le cours de ces expériences qui permirent, pour la première fois, d'établir les formules de résistance des aérostats dirigeables {Comptes rendus y 18 août 1884 et 7 décembre i885).
Depuis cette époque, le commandant P. Renard n'a cessé de me seconder dans l'œuvre accomplie à Chalais et de mettre à ma disposition toutes les ressources de son intelligence et tout l'appui moral dont on a toujours besoin dans la poursuite de travaux auxquels ne manquent que trop souvent des encouragements d'une autre espèce.
Indépendamment des recherches relatives à la Navigation aérienne et à ses annexes, et accomplies presque toutes pour le compte de l'Etat, j'aurai à citer sommairement quelques travaux d'un autre ordre qui n'ont aucun rapport avec les premiers. Je les rejetterai vers la fin de la Notice, bien que quelques-uns d'entre eux remontent à une époque antérieure à mon arrivée à la Commission d' Aérostation militaire.
Je ferai remarquer, en terminant cet Avant-Propos, que la plus grande partie de mes travaux de Chalais est restée inédite. Cela tient à ce que, pendant longtemps, ces travaux ont été considérés comme confidentiels. Cette réserve a cessé d'exister aujourd'hui pour le plus grand nombre d'entre eux, tant en raison de divulgations inévitables que des progrès accomplis en dehors de Chalais; aussi me proposai-je d'en parler sommairement dans cette Notice, tout en regrettant de ne pouvoir y joindre encore les publications plus complètes que je me propose de faire incessamment sur ces divers sujets.
Le Cours de Navigation aérienne notamment, que j'ai professé pendant i5 années à Chalais, n'a été publié qu'en partie en 1886 (commandant Espitallier) et depuis cette époque de nombreuses additions ou modifications ont été apportées à cette partie elle-même.
Les leçons que M. Marchis, le distingué professeur de la Faculté de Bordeaux, vient de faire paraître renferment quelques extraits de la partie inédite de ce Cours, extraits qu'il a bien voulu me demander l'autorisation
d'insérer dans son remarquable travail. Je devrai me contenter ici de donner le sommaire de mon Cours, qui paraîtra d*ailleurs prochainement et auquel j'attache une importance toute particulière, parce qu'il est le premier essai d'une mise au point des éléments essentiels d'une science à laquelle jusqu'ici les savants et les ingénieurs n'avaient pu s'intéresser avec suite, comme il m'a été donné de pouvoir le faire à Chalais. J'ajouterai à ce sujet que ce qui a permis cette mise au point dans notre Etablissement d'Aérostation militaire a été la facilité qui m'était donnée de pouvoir contrôler sans cesse par l'expérience la valeur des conceptions théoriques qui m'avaient servi de point de départ.