Vénus couchée. Titien. Florence ; au palais Pitti
10. Hercule et üéjanire ; l'Amour et Psyché; Apollon et Daphné; Mars et Vénus ; Bacchus et Ariadne ; Vulcain et Cérès; Jupiter et Junon ; Neptune et Amphitrite. Ces huit tableaux du Titien se
trouvent au château de Blenheim (1). Un neuvième, Plutonet Proserpine , ne se trouve plus dans la salle où étaient les neuf autres. Peut-être a-t-il été écarté comme étant un peu trop hardi De fait, ces dix-huit tableaux présentent ces nudités mythologiques dont les exemples sont innombrables, mais ils n’ont rien de commun avec les diverses suites de sujets bien plus libres dont il est question dans cette notice.
Le volume, t rès grand in-4°, publié vers 1800, à la Nouvelle Cythère (Paris, imprimerie de P. Didot), donne des gravures à l’eau-forte, regravées et terminées au burin par Coiny. Le texte explicatif est un travail archéologique et littéraire avec de nombreuses citations latines ; il est dû à Croze-Magnan, littérateur marseillais, dont nous n.e trouvons pas le nom dans les Biographies; M. Quérard, dans sa France littéraire, indique plusieurs de ses écrits, sans donner aucun détail sur sa vie. Malgré des assertions positives, nous n’affirmons pas que ces gravures, fort
(1) Nous transcrivons l’assertion de M. Duchesne, mais nous devons faire observer qu’un très-habile connaisseur en fait île peinture, M Waagen, conservateur du Musée de Berlin, annonce, dans son livre sur les arts et les artistes en Angleterre ( Kunshverke und Kuenstler in Enrjland, Berlin, 1838, t. 11, p. 52) qu’on ne peut attribuer ces tableaux à Titien. Le faire de ce grand coloriste ne s’y retrouve pas, le dessin est faible (surtout dans l’un des pieds); on reconnaît plutôt le faire d’Alessandro Varotari, dit le Padouanino. Quoi qu'il en soit, ces peintures exécutées, comme des tapisseries du moyen-âge, sur d'immenses morceaux de cuir, furent données au duc de Marlborough par le roi de Savoie Victor-Amédée.
bien exécutées d’ailleurs et d’après les dessins d’un artiste habile, soient réellement celles qui reproduisaient les idées de Carraehe; les sujets ne s’accordent pas avec ceux que signalent d’autres indications; il y a là des difficultés qui ne sauraient être résolues qu’au moyen de recherches spéciales et attentives.
Dans son avant-propos, l’éditeur prétend que les planches gravées à l’eau-forte par Carraehe sont d’une rareté extrême en Italie, mais elles lui ont été communiquées par un officier français qui, lors de l’occupation de Venise, eut l’occasion de rendre des services à une dame d’un rang élevé qui lui témoigna sa reconnaissance de diverses manières et notamment en lui faisant cadeau de cette précieuse série d’images où l’artiste, très-versé dans l’anatomie, a montré sa profonde connaissance des attitudes du corps humain, mais où il a trop souvent préféré l’énergie à la grâce.
M. Ilubaud observe que l’éditeur s’est étrangement fourvoyé dans son explication delà planche xix, dans laquelle il s’est imaginé voir Pandore et les dieux. II en aurait donné la vraie, s’il avait consulté Ovide ( Fastes , liv. Il, vers 55 i -542), qui raconte la déconvenue de Faune voulant surprendre les faveurs d’Omphale reposant auprès d’Hercuie, et qui, abusé par la peau de lion dont elle s’était enveloppée, se retire précipitamment et va malencontreusement s’adresser à Hercule, sur qui la belle avait jeté ses ajustements. Hercule, s’éveillant en sursaut, repousse vivement Faune, qu’il fait rouler à bas du lit.
On comprend les motifs qui empêchent habituellement de porter le volume en question sur les catalogues de ventes. Le Manuel du Libraire cite cependant trois adjudications à 40, 118 et 220 francs; cette dernière pour un exemplaire relié en maroquin rouge, à la vente Pixérécourt (1).
Le même catalogue indique (n° 392) douze gravures au trait, d’après Annibal Carrache, pour l’Àrétin, pièces de la plus grande rareté , inconnues des amateurs et des marchands d’estampes : adjugées 81 francs (2).
Mentionnons aussi VArètin français, par un Membre de V Académie des dames. Nous avons sous les yeux une édition avec la rubrique de Londres (Paris), MDCCCIII, in-18. Un frontispice est accompagné de dix-sept figures; en regard de chacune est une octave. Le tout est précédé d'une introduction (8 vers) et d’un résumé (10 vers).
Nous transcrirons l’avertissement de l’auteur de ces vers; il y a lieu de croire que c’est Félix Nogaret, à qui l’on doit VAristcnètc françois et quelques productions légères dépourvues de mérite.
« Qu’on ne s’attende point à trouver ici une traduction littérale des sonnets de l’Arétin ; la lan-
(t) M. Ch. Le Blanc . dans son Manuel de l’Amateur d’estampes, enregistre 36 pièces gravées par cet arlisle, né en 1761, mort en 1809; il ne parle point des planches dont il s’agit ici.
(2) Un autre exemplaire, 39 francs, demi-rel., à la vente Bourdillon. De gré à gré, l’ouvrage se paye habituellement plus cher.
gue italienne, comme toutes les autres, a des beautés qui lui sont particulières et qu’aurait défigurées la servitude d’un idiome étranger. Le poète s’est appliqué seulement à rendre les différents sujets du dessinateur dans le style le plus précis , le plus chaud et surtout le plus clair qu’il lui a été possible. »
« Nous croyons que ce petit recueil, fait avec autant de soin que de goût d’après les précieux dessins de Jules Romain, sera distingué de ces compilations qui ne portent que les livrées d’une débauche sans coloris; quand on se permet le mot, il faut que les délires de la fièvre amoureuse ou le pittoresque des idées l’accompagnent. Le talent qui brille dans les Priapées de Rome antique les fera toujours rechercher. »
« Tous les systèmes, de quelque genre qu’ils soient (rêveries, chimères de l’esprit humain), devant s’évanouir, méritent peu qu’on s’en occupe. Nous ne présentons, nous, que des objets réels et palpables, la fermentation du sang, l’enthousiasme qu’ils excitent, enfin ce penchant irrésistible et universellement avoué d’un sexe pour l’autre, penchant inaltérable ainsi que la nature d’où il émane. »
11 va sans dire qu’il ne faut ajouter aucune foi à l’assertion de l’auteur, qui voudrait faire croire qu’il a eu pour modèles les dessins de Jules Romain. Consultez sur cet ouvrage, dont il existe plusieurs éditions, la Bibliographie des livres relatifs à l'amour, col. 198. M. Hubaud remarque avec raison qu’il n’y a là qu’une pseudo-traduction des Sonetti de
l’Arétin ; le huitain XV rend assez bien le sens du Sonetto XV de la Corona et du sonnet XVII de l’édition des Dubbii , et le huitain XVI le sens du sonnet XVI de la Corona . Là se bornent les rapports entre les deux productions. Quelques dessins offrent de la ressemblance avec l’in-4() que nous avons signalé. Cette similitude s’explique tout naturellement lorsqu’on traite des sujets identiques.
Avant de terminer ce qui concerne i’Àrétin (1), nous dirons quelques mots de deux écrits qui se rattachent aux questions qu’il traitait de préférence, et que les curieux auront bien rarement l’occasion de rencontrer.
La Tariffa ddle puttane forme un livret, sans date qui a dû paraître à Venise, vers 1540; un exemplaire, regardé comme unique, figurait en 1818 au prix de 18 guinées sur le catalogue de la maison Longman, de Londres; il passa dans le cabinet de Nodier, qui l’indique dans sa Description raisonnée , 1844, n° 672 (2); il fut adjugé au prix de 595 fr.
(1) On trouve des renseignements sur la biographie de l’Arétin dans une Étude placée en lêle d’un livret publié à Paris en 1861 : Sept petites nouvelles de l’Arétin concernant le jeu et les joueurs.
M. Ingres a peint un- tableau représentant le Titien chez l’Arélin (n° 18 de l’œuvre de ce peintre, gravé au trait par M. Reveil); on y remarque l’absence de costume chez les deux femmes qui, placées à la porte de l’appartement, regardent avec curiosité les illustres interlocuteurs.
(?) Nodier avait joint à son exemplaire la note suivante ■ « Livre singulier, presque inconnu aux bibliographes, même « en Italie. Il ne se trouve point dans la magnifique biblio-
Trois ans plus tard, en 1847, nous le retrouvons à la vente Libri, n° 1509, où il eut amateur à 355 francs.
Ce livret se compose de 958 vers; c’est un dialogue entre un étranger et un gentilhomme vénitien qui lui raconte la scandaleuse biographie d’un grand nombre de vierges folles. Il énumère leur tarif : BianzifioreNegro, tre scudi; Lena Balbi, Giacomina Fassol, Polissena, due scudi. La Fossela chiede gran cose et poi di quattro scudi si contenta. Laura Pesciotta et sa sœur Morgana valent toutes deux e mezzo scudo. Le poète signale beaucoup d’autres de ces dames : Cecilia Bragadino, Giulia Patritia, Lucina Ferro, Marina Stella, Margherita la Sarda, Marietta Pisani, qui obtint, dit-il, quelques instants du roi François Ier. Toutes sont vilipendées comme offrant l’assemblage des vices les plus honteux et de la cupidité la plus effrontée.
Un autre ouvrage, moins libre, sorti de la plume d’un contemporain de l’Arétin,a pour titre : Angilia cortigiana. De la natura del cortigiano (Roma, Blado, 1540, 4°); un exemplaire relié en maroquin 45 fr., vente Nodier. C’est une suite de dialogues entre la courtisane Angitia et l’homme de cour, Aristeo, dialogues empreints d’une philosophie morale assez
« ihèque du comte de Melzi, qui réunit, comme on sait, les « curiosités les plus précieuses de la littérature italienne. ■» Mon exemplaire a été acheté 450 fr. chez Longman, de « Londres, et j’ai fait souvent la plus grande folie qu’il soit « possible de faire après la folie de Tacheter à ce prix, c’est « d’fin refuser davantage. »
banale, mais qui respecte d’ailleurs les bienséances. Parmi les vierges folles qui exerçaient alors leur métier dans la ville éternelle, plus de trente sont nommées en toutes lettres : Liona la Napolitaine, Camilla et Prudencia de Bologne, Lucretia Gambiera, l’Espagnole Giovana Gaudiana et la Grecque Àngela, dont il est question à diverses reprises dans les écrits de l’Arétin. Les OEuvres choisies de cet écrivain (contenant trois des pièces de son théâtre), Paris, 1845, in-i 8, offrent (note, p. 375) quelques détails plus étendus surYAngiliana.
De Murr a cru devoir joindre à la notice sur les dessins de Jules Romain et sur les Sonetti quelques détails sur la pornographie chez les anciens. Nous les reproduirons en empruntant quelques passages à un article qu’un archéologue célèbre, M. Raoul Rochette, a consacré au même objet et qui a été inséré dans le Journal des Savants , décembre 1855.
La théologie des Grecs admettait, dans un sens positif ou allégorique, une foule d’images contraires à l’honnêteté qui, d’abord présentées sous une forme sacerdotale, dans un style de convention, n’exprimaient que des dogmes sacrés et ne s’adressaient qu’au sentiment religieux, mais qui, plus tard, à mesure que l’art se perfectionna au sein d’une société corrompue, devinrent, entre les mains de peintres habiles, des moyens propres à séduire les imaginations ardentes et à flatter des passions immorales. La religion grecque tout entière fournissait d’ailleurs pour des compositions licencieuses un fonds véritablement inépuisable; l’Olympe était un vaste champ où le libertinage de l’art pouvait puiser à son choix des in-
spirations de toute espèce ; il n’y avait pas d’impureté qui ne trouvât de modèle dans le mythe de quelque dieu. Les aventures de Vénus formaient tout un cycle de sujets voluptueux dont l’art vint s’emparer et qu'il traita à son gré, sans respecter la décence et sans manquer à la religion. Ce furent surtout les nombreuses amours du maître des dieux qui offrirent au génie des peintres une source féconde d’images érotiques dont nous pourrions à peine, d’après les quelques traits qui nous en restent, nous figurer quelles avaient pu être l’audace et l’effronterie.
Des tableaux représentant des sujets libres étaient exposés dans les temples; c’est, ce qu’établissent positivement divers auteurs, notamment le rhéteur Aristide ( Orat . 5). Il paraît qu’à Rome les amours de Jupiter formaient les sujets les plus habituels de peintures exposées jusque dans les lieux publics et devenues ainsi un double monument de l’incontinence romaine, et par les objets qu’elles offraient aux yeux, et par les tableaux mêmes conquis par la violence des Romains sur la corruption des Grecs. Properce ( Eleg ., 1. II, 25, v. 18) représente le portique d’Apollon palatin orné en grande partie d’images empruntées aux galanteries de Jupiter ( dulcia furta Jovis). Ce poète s’élève ailleurs ( Eleg ., 1. II, 5) avec beaucoup de vigueur contre les images obscènes placées à profusion dans l’intérieur des maisons, funestes à la vertu des femmes et cause de bien des déréglements :
Quæ manus obscœnas depiaxit prima tabeilas Et posuit custü lurpia visa dorao
L’auteur d’une épigramme anonyme nous apprend sans façon que son alcôve était décorée de tableaux licencieux.... {diilces imitata tabellas... et lecto pendent ilia meo ); Suétone assure, dans sa Vie d’Horace, que ce poète avait décoré sa chambre à coucher avec des raffinements trop conformes au désordre de ses mœurs ( speculato cubiculo scorla dicitur habuisse disposita ul...). Quant aux petits appartements de Tibère, Suétone est d’une clarté parfaite : Cubicula disposais labellis ac sigillis lascivissimarum picturarum ac figurarum adornavit. Voir les observations du graveur Casaubon sur ce passage. Quelques vers de Plaute et de Térence montrent d’ailleurs que, dès une époque reculée, les maisons romaines étaient ornées de tableaux représentant Vénus et Adonis, Jupiter et Danaé.
Divers peintres célèbres de la Grèce, Cherephane, établi à Corinthe (Plutarque le nomme dans son traité : De poetis audiendis), Aristide, Nicophane et Pausanias traitèrent des sujets de nature à leur faire obtenir l’épithète de nopvoyp&foi.
Le plus célèbre artiste en ce genre fut Parrhasius d’Éphèse. Pline, liv. 35, nous apprend qu’il s’exerça, par manière de délassement, à des compositions du genre le plus libre exécutées dans de très-petites proportions (voir l’article consacré à Parrhasius dans la Biographie généralef t. XXXIX, col. 242, et les auteurs cités à cet égard).
Suétone raconte, dans sa Vie de Tibère, chap. IV, que YAtalante , tableau très-obscène de cet artiste, fut légué à l’empereur avec la condition que, si le sujet lui déplaisait, il recevrait un million de ses-
terces (somme qu’on peut évaluer à 200,000 francs de notre monnaie). Loin d’être scandalisé d’un pareil legs ou tenté par une pareille somme, Tibère accepta le tableau et le plaça dans sa chambre à coucher. Le témoignage d’un Père de l’Église, Clément d’Alexandrie (in Proriept., p. 55), atteste l’existence, dans l’antiquité grecque, d’un grand nombre de sujets libres représentés par de petits tableaux. Ovide ( Trist ., lï, 521) parle de cet usage déplacer, dans les maisons, de ces peintures ( parva tàbella ) représentant concubilus varios Venerisque figuras ( 1).
On sait ce que les ruines de Pompéï et d’Herculanum ont livré en ce genre; nous ne nous arrêterons point aux sujets trouvés dans le Venereum de
(1) Ce sont les turpitudes qu’attestent ces monuments qui provoquaient le courroux de Clément d’Alexandrie, lorsqu’il s’écriait : « Les Romains, renonçant à toute pudeur et affran- « chis de toute crainte, s’entourent dans leurs maisons de « l’image des passions de leurs dieux, ornent leurs chambres « à coucher de petits tableaux peints qu’ils suspendent au « haut de leur muraille pour y tenir sans cesse leurs regards « attachés, et se complaisent ainsi dans leur incontinence ■ comme dans une sorte de culte. » Dans l’ardeur de son zèle, Clément poursuit sans ménagement l’énumération de ces peintures licencieuses; son indignation trouve à peine des expressions assez fortes contre une foule de nymphes et de satyres; il montre un Jupiter et Léda et les amours de Mars et de Vénus, sujet qui, soit dit en passant, avait acquis une grande vogue aux dernières époques de l’antiquité grecque, ainsi que le montre le petit poëme de Reposienus, inséré dans les Poctœ minores , édités par Wernsdorf et par Lemaire, sans parier des peintures de Pompéï qui en offrent une image presque dans chaque maison.
la maison d’Actéon à Pompéï (voir Mazois, Ruines de Pompéï, t. VI, p. 79.)
L'ouvrage de M. Famin : Peintures , bronzes et statues formant la collection du cabinet secret du musée royal de Naples, Paris, 1832, in-4°, et le 8e volume in-8° (60 planches mitigées) de l’ouvrage en 8 vol. intitulé : Herculanum et Pompéï , Paris, 1840, gravures au trait par Roux aîné , texte par L. Barré (1), fournissent, à ce sujet, de trop amples informations.
Il existe des pierres gravées et des médailles connues sous le nom de spinthriennes, et ces honteux monuments ont été sans doute produits à l’occasion des jeux Floralia des Romains, plutôt qu’à l’usage de Tibère, comme on le croit communément. Spanheim en parle avec détail dans son très-savant ouvrage : De prœstantia et usu numismalum , page 762. Raoul-Rochette dit qu’il se ferait scrupule de rien ajouter, lors même qu’il en serait capable, aux savantes explications de l’archéologue allemand (2).
(1) Voir aussi les Antiquités d' Herculanum, par David, t. VII, pl. CLI-CLXI1I; t. V III, pl. xl ; le Muséum de Florence , du même, pl. xxvm et xxx; le Muséum Odelscalchum , t. II, pl. Lcccm-Lcccvi; Macarius, Abruxas , pl. vi, n° 26 (à lap. 76 du même livre, une dissertation De Priapopro sole habito); la Description des vases peints du comte de Lamberg; le Muséum clruscum, de Gori.
(2) On trouve dans quelques exemplaires delà Description des pierres gravées du duc d’Orléans , par La Chau et Le Blond (1780, 2 vol. in fol.), sept planches gravées par Sainl- Aubin et représentant37 médailles spinthriennes; on y reconnaît un burin spirituel et ingénieux, mais nulle trace du sentiment de l’antique.
Pierre Ligorio , archéologue zélé dont la bibliothèque du Vatican possède des manuscrits in-folio remplis de recherches sur les antiquités, dit avoir eu sous les yeux plus de quarante médailles de ce genre : « Sarebbe da mostrare in disegno de qua- « ranti atti dishonesti, e che si trovano nelle meda- « glie, a proposito delle lascivie e délia palestra « clinopale. »
Empruntons au savant ouvrage de M. Cohen sur les médailles romaines un passage intéressant. « Les tessères spinthriennes ont au revers un nombre, au milieu d’une couronne, mais le côté principal, au lieu de sujets ordinaires, offrent des représentations de scènes assez libres. On a cru longtemps, d’après Suétone, que les spinthriennes furent frappées dans l'iledeCaprée, mais celte opinion peut être controversée. On n’en trouve pas plus à Caprée qu’ailleurs, et Tibère était plutôt désireux de cacher au monde les excès auxquels il se livrait que d’en perpétuer le souvenir. Cependant, il en existe une dans laquelle il semble difficile de ne pas reconnaître Tibère dans l’homme à moitié couché sur un lit. Les spinthriennes, par la nature spéciale de leurs sujets, ont pu servir d’entrée aux jeux floraux ou à des spectacles clandestins, tels qu’il y en a eu de tout temps dans les capitales. »
M. Cohen voulait placer dans son livre un travail spécial sur les pièces spinthriennes, mais l’éditeur n’a pas voulu admettre des détails à cet égard, quoiqu’on lui proposât l’emploi de la langue latine.
Parmi les éerviains grecs qui furent les précur-
seurs de l’Arétin, on signale des femmes, Astyanassa, Cyrène et surtout Elephantis (1), dont fait mention une épigramme grecque de Philodème ( Analecta grœca, éd. Brunck, tom. If, p. 85).
Le recueil des Priapeia la nomme :
Obscenis l'igido deo labollas
Ducein ex Elephantidos libellis.... (Garni. 5.)
Martial, liv. XII, épigr. 49, en parle avec detail :
Quales nec Didymi sciunt puellæ,
Nec molles Elephantidos libelli.
Ce qu’il y a de singulier, c’est que Baldinucci a cru que les productions d’Elephantis existaient encore au seizième siècle et qu’elles avaient fourni à Jules Romain les sujets des fameux dessins dont nous avons parlé. « Lo stesso Giulio a fatto intact gliare alcune oscene pitture, tratte dà libri di Ele- « fantide, menzionati nella Priapea. » {Notiziedë Professoridel disegno, Torino, 1770,4°, tom. II, p. 588.)
Le sophiste athénien Polycrate écrivit un ouvrage plus qu’érotique, et, devançant ainsi le tort que Nicolas Chorier voulut faire à une vertueuse Espagnole, à Aloysia Sigea, il prétendit faire passer son livre pour l’œuvre d’une femme honnête, nommée Phiénis (2).
(1) Voir, au sujet de ces courtisanes, les témoignages recueillis par Jacobs, Anthol. Pal., VI, 38a, et par Goeller, ad Tim. Fragm ., xxxiv, p. 258-40.
(2) Un album de 21 planches qui accompagne parfois l'edi
On trouve dans Y Anthologie deux épigrammes, l’une de Dioscoride, l’autre d’un anonyme, qui ont vengé Philénis de cette imputation calomnieuse; elle subsista cependant, ainsi que le témoigne un passage des Priapeia :
Quæ ut tut figuras quot Philænis enarrat. (Garni 65.)
D’autres écrivains, « effroi de la décence, » nous sont connus seulement de nom ; leurs œuvres ont heureusement péri. Martial (lib. XII, ch. lxlvii), parle de Musée.
Sotade, mentionné par Athénée, Plutarque et Quintilien, eut le triste honneur de créer un genre satirique et licencieux qu’on appela poésie sotadique.
Les vases peints offrent d’affligeants témoignages de la licence antique ; un vase de ce genre a été publié par d’Hancarville, dans ses Antiquités étrusques , (1780, 4 vol. in-fol., tom. IY, pl. cxxm) ; trois autres ont été l’objet d’une dissertation superficielle deMillin, in-4° (sans date, 10 pages avec 4 gravures) ; mais il paraît que cet archéologue fut, en cette circonstance, victime d’une mystification. Les fouilles de Vulci, de Corneto , de Carnino , ont livré de nombreux monuments rentrant dans cette catégorie; » on ne sait à l’aspect de ces vases, généralement du style le plus élevé et le plus pur, de l’exé-
tion de V Hermaphroditus d’Anl. Panormila, publiée à Cobourg en 1824 par Forberg, avec un étrange commentaire, porte le titre de EtxG*lp/*Xavov * Melocabi, apud hœredes Philcenidis.
cution la plus élégante et la plus soignée, ce qui doit étonner le plus, ou de ce mérite même porté à un si haut degré dans des compositions de cette espèce, ou du motif qui lit choisir de pareilles images pour ornement d’une chambre sépulcrale. » (Raoul Rochette.) Un certain nombre de ces vases ont fait partie de collections livrées aux enchères.
On regrette qu’ils se refusent, par leur sujet, à toute, publication lorsqu’ils en seraient si dignes par leur dessin (1).
Des sculpteurs produisirent aussi des œuvres tout aussi étrangères à une retenue que les anciens ne connaissaient pas ; on signale notamment Fhyromacusou Pyromachus, mentionné dansl 'Anthologie, liv. IV, ch. XII, p. 91 et dans Pline, liv. XXXIV, ch. VIII.
C’est peut-être de lui qu’est un groupe découvert à Nettuno , aujourd’hui à Dresde, et que le cardinal
(1) Voir le catalogue de la belle collection de vases de M. Durand, vendue en 1856.
Une publication érudite qui n’a malheureusement eu qu’une courte existence, la Revue de philologie, a publié, en 1847, t. II, une liste des noms des fabricants et des dessinateurs des vases grecs, par M. J. de Witte. On y remarque un grand nombre de sujets libres. Nous indiquons, au hasard, Nicosthène , danse obscène de deux éphèbes et de trois femmes (collection Durand, puis Pourlalès) ; Doris, danse de sept hommes dans des positions libres autour d’une femme qui joue de la flûte (cabinets Durand et Magnoncourt); Pithi nas, groupes érotiques d’hommes et de femmes (Musée de Berlin). Tout récemment, à la vente Pourtalès, quelques vases grecs ont figuré avec la qualification de spinthriens (n« 591-397).
Albani avait vendu à l’éleeteur de Saxe ( Lettres de Winckelmann , t. U, pag. 496 et 499).
« Les poteries gallo-romaines qu’on découvre tous les jours sur le sol de la France offrent un vaste sujet d’investigations. Ces figures sont chargées de sujets en relief, la plupart d’un bon style; l’art romain y étale avec complaisance le ban et l’arrièreban de ses divinités faciles , pour ne pas dire plus ; c’est là, aussi bien que dans le Satyricon de Pétrone, qu’on peut juger de l’état moral de la civilisation romaine au second et au troisième siècle de notre ère. Ce sera toujours pour nous un sujet d’étonnement qu’une société, qui admettait dans le secret de la famille de telles représentations, ait pu vivre un seul jour. Notre intention n’est pas de conduire le lecteur dans ce panthéon du vice. Les pièces justificatives du procès sont dans tous les musées . » Hucher, Bulletin monumental , tom. XXV, pag. 347.
On peut signaler encore comme étant parfois enlevées ou effacées en partie la planche au verso de la page 446 du Discours d’Ant. Le Pois sur les médailles antiques , Paris, 4579 , et quatre planches gravées par Galestruzzi qui doivent se joindre à l’ouvrage deL. Agostini, Le Gemme antiche figurate , Rome, 4657, mais qu’on trouve fort rarement. Le Phèdre publié à Amsterdam en 4667 présente, page 267, une figure un peu risquée, et le Manuel du Libraire maintient, contre l’opinion de Renouard(4),
(t) « Encore un de ces petits contes bibliographiques que l’on prend sur parole Selon De Bure, l’estampe de la page 276 est sujette à se trouver gâtée et déchirée. J’ai vu bien
qu’il est certain que, dans quelques exemplaires, elle se trouve entachée d’encre ou gâtée. Ce qui n’est pas douteux, c’est que les Tableaux du Temple des Muses par l’abbé de Marolles, Paris, 1665, se trouvent fort rarement avec l’estampe originale de Blomaert, représentant Salmacis et Hermaphrodite ; des motifs de bienséance ont fait qu’elle a été remplacée par une autre estampe gravée par Poilly.
L’auteur du Peccatum originale, Adrien Beverland, avait, dit-on, formé sous le titre factice de Prostibula veterum , un recueil de gravures et de dessins licencieux qu’il avait collés sur des carions et audessous desquels il avait écrit des vers tirés des poètes anciens. Cette collection fut anéantie avant la mort de l’auteur. Indiquons aussi le peintre hollandais Jean Torrentius, né à Amsterdam vers 1589, mort en 1610. Les biographes disent qu’il surpassa, dans les sujets qu’il se plaisait à traiter, ce que l’on connaît de Petrone et de l’Arétin. Emprisonné, banni, il fut mis à la question comme chef d’une secte d’Adamites. Le gouvernement fit rechercher ses productions, et toutes celles qu’on put découvrir furent brûlées par la main du bourreau.
Des représentations dans lesquelles il faut voir des symboles que n’accompagnait aucune idée d’indécence se sont montrées et subsistent encore chez bien des peuples.
Frô était chez les anciens Germains le dieu des
des exemplaires de celte édilion, qui n’est pas rare, et toujours j’ai trouvé en très-bon état cette gravure qui, peutêtre, était gâtée dans le volume qu’a examiné De Bure. *
œuvres de la paix et de la génération. Ses images se sont trouvées encadrées en plusieurs endroits dans des murs d’église. Elles sont grossièrement faites et se distinguent surtout par leur forme phallique. (Revue germanique , numéro du 15 mars!861, tom. IV, p. 18.)
L’Inde présente encore de tous côtés des images religieuses qui effraient les yeux des Anglais.
Dans tout le Bengale, les temples sont généralement consacrés à Shiva, représenté par un phallus, uni au pudendum muliebre. (Guérin, Astronomie indienne, 1847 , p. 21 G.) On trouve dans les souterrains d’Allahabad une quantité de lingams en pierre et des statues moitié hommes, moitié éléphants. Ces lingams sont régulièrement huilés, beurrés, parfumés de fleurs et saupoudrés de farine et de grains. (Soltykoff, Voyage dans l'Inde , 1850, tom. II, p.254.)
Il faut observer d’ailleurs que, dans l’îndonstan, la sévérité morale est chose inconnue. Il y a même, à cet égard, des abus révoltants.
Les Kafers, peuple établi au nord de l’Indus, célèbrent chaque année une grande fête qui dure au moins vingt jours; le dernier jour on se rassemble, on danse; vers minuit , les lumières sont éteintes ; chaque homme se saisit d’une femme et l’emmène jusqu’au lendemain matin, n'importe si c’est sa sœur, sa tille ou la femme d’un autre. ( Journal ofthe Asia'ic Society ofBengal , n° 274 (1850, tom. IV, p. 554.) Cet usage horrible fut également introduit par Pir Roshan, fondateur, parmi les Afghans, d’une secte qui s’établit au seizième siècle. On la retrouve chez les Yezidis ou adorateurs du diable, en Méso-
potamie, à ce qu'affirme Morier. ( Travels in PemaT 4818, in-4°.)
En Chine, les images licencieuses se montrent dans l’intérieur des maisons, et personne ne s’en scandalise. (Voir Bibliographie des livres relatifs à l'amour, col. 698.) Lorsqu’un ambassadeur français fut reçu, il n’y a pas longtemps, dans le Céleste-Empire, il était accompagné de sa femme, et les appartements que les mandarins avaient fait préparer étaient décorés de tableaux plus que libres ; il fut très-difficile de faire comprendre aux Asiatiques que ces compositions blesseraient les regards d’une dame et qu’il convenait de les enlever. Toutefois, un voyageur faisait observer naguère que des photographies apportées de Paris et de Londres dans l’extrême Orient étaient bien de nature à montrer aux Chinois et aux Japonais qu’on ne leur cède en rien au point de vue de la pornographie, mais il faut observer qu’en Europe ces tristes productions se cachent et restent dans l’ombre.
Nous aurions voulu terminer ces détails trop étendus en examinant l’étendue du privilège que l’art peut revendiquer; nous nous bornerons à deux citations; la seconde surtout nous ramène tout droit à notre point de départ : « L’artiste a bien des « droits, y compris celui même des nudités, mais il « est besoin qu’un certain sérieux , la passion , « la franchise de l’intention et la force du vrai l’ab- « solvent et l’autorisent. » (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, tom. IV, p. 35.) — « Ne confondons pas les « fières audaces de Jules Romain et la liberté de l’an- « tique avec les polissonneries de certains peintres
« île l’époque de Louis XV. Jules est un païen de « haute lignée; les autres ne sont que des débauchés « sans passion et sans race. En généralisant les « formes, en faisant resplendir la beauté, le style « couvre tous les écarts de l’artiste et devient in- « compatible avec ce qu’on appelle l’indécence. Une « fois que le grand style a idéalisé les figures, elles « s’élèvent dans une sphère où la convoitise du ii- « bertin ne saurait les atteindre. Entre les gravures « du dix-huitième siècle et les grandes infamies de « Jules, il y a autant de distance que de l’alcôve « impure d'une fille à la couche héroïque où Vénus « attend les dieux. » ( Histoire des peintres de toutes les écoles, notice sur Baudouin.)
D’innombrables témoignages attestent qu’au moyenâge, les idées en fait de bienséances étaient bien différentes de celles qui dominent aujourd’hui. On trouve donc une foule de représentations figurées qui seraient maintenant regardées comme intolérables et dont personne ne songeait alors à se scandaliser.
Les nombreux manuscrits ornés de miniatures en offrent parfois d’une naïveté choquante. M. Paulin Paris en indique quelques exemples dans son savant ouvrage sur les Manuscrits françois de la bibliothèque du roi.
Chose plus étrange ! des sculptures indécentes se montrèrent dans de nombreuses églises; M. Mérimée, dans son Voyage en Auvergne , en cite des exemples. Une lettre de Gibelin, insérée dans la Décade philosophique, parle d’un phallus sculpté dans un autel â Aix, et en donne la figure. De L’Aulnaye dit avoir
va dans l’église des Grands-Carmes, à Bruxelles, un Jacquemart qui sonnait l’heure avec un énorme phallus en guise de marteau.
Les gravures sur bois qui décorent tant d’ouvrages de la fin du quinzième siècle et du seizième sont souvent remplies d’obscénités.
L 'Hypnerotomachia (ou Songe de PoUphile ) imprimé à Venise chez Aide, en 1499, offre, feuillet 6 du cahier wi, un sacrifice à Priape, estampe parfois grattée ou déchirée. La même circonstance se retrouve page 69 de i’abrégé français publié en 1546, et page 68 de l’édition retouchée en 1600. M. A. F. Didot fait observer, dans un excellent travail auquel il a donné le titre modeste d 'Essai sur l'histoire de la gravure sur bois , que, dans l’édition du Roman de la Rose publiée par Antoine Verard, plusieurs gravures démontrent que les yeux non plus que les oreilles n’avaient pas alors les scrupules qu’ils éprouvent aujourd’hui. Dans le Livre de Mathéolus , mis au jour par le même éditeur, vers 1492, la représentation figurée rappelant l’épisode de Phryné est conforme en tout point au texte :
Comme Calpurne, son proses Plaidoit en la cour des Excès El, après son tort, pour refuge Alla montrer son cul au juge.
Des éditions des Psaumes mis en vers par Marot offrent des figures sur bois empruntées sans examen à d’autres ouvrages et représentant des sujets mythologiques, A des époques plus modernes, des ar-
tistes flamands ont retracé des épisodes de la Bible avec une naïveté étrange. En 1646, Van Sichem montrait sous un aspect bizarre les filles de Loth, Tliamar et Suzanne, dans le Trésor de la Bible , ou Paradis de l'âme , Amsterdam , in-4°. Ce dessinateur donnait sans embarras aux personnages de la Genèse le costume hollandais de l’époque de Louis Xlli.