I. — GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
Les Etablissements français de l'Océanie , situés dans la région tropicale sud du Pacifique, sont composés d'une centaine d'iles disséminées sur une étendue de 600 lieues de long sur 500 de large et formant un territoire d’environ 400,000 hectares. Ils comprennent :
Les archipels de la Société, des Marquises, des Tuamotu et des Gain hier;
Les lies Tubuai, Raivavae et Rapa ;
Les îles Rurutu et Rimatara (protectorat).
Description géographique. — - L’Archipel de la Société est formé de deux groupes distincts: les Iles du Vent nu Sud-Est. et les lles-sous-le-Yent au Nord-Ouest.
Le groupe Sud-Est se compose des îles Tahiti et Moorea, et des îlots Tetiaroa et Meetia.
Tahiti. ■ — Cette île, la plus importante des Etablissements français de l'Océanie, est comprise entre 17° 29’ 30” et 17“ 47' de latitude sud, 151" 29’ 53” et 151" 56’ de longitude ouest. Elle est formée de deux presqu'îles d'inégale grandeur. La. plus étendue, Tahiti proprement dite, est à peu près circulaire; l'autre, appelée presqu’île de Taiarapu, à la forme ovoïde. Elles sont reliées par l'isthme de Taravao mesurant 2,200 mètres de largeur et 14 mètres d’altitude à son point culminant.
Superficie. — La superficie totale de l'ilc est de 104,215 hectares, dont un tiers pour la presqu’île de Taiarapu. Son périmètre mesure 191 kilomètres.
Rétifs. — Tahiti est enfermée dans un récif de corail, qui l'entoure à une distance moyenne d un kilomètre de la côte. Ce récif n'est interrompu que sur la partie nord de l'ilc ainsi qu'au Sud-Est de la petite presqu'île. 11 présente en outre de nombreuses solutions de continuité qui servent de passes naturelles pour les bateaux allant aux mouillages.
Orographie. — On ne s’accorde pas généralement sur le mode de formation géologique de Tahiti, et des autres îles polynésiennes. Certains savants prétendent qu'elles sont les vesliges d'un continent disparu dès les premiers âges du monde ; d’autres croient quelles ont plutôt surgi de l'Océan sous l'effort d'immenses soulèvements volcaniques. Quoi qu'il en soit, toutes ces îles, sauf les Tuamotu, sont essentiellement montagneuses. Tahiti, la plus grande de toute l'Océanie orientale, est aussi celle où se trouvent les plus hautes cimes; ce
£ Port de Papeete
sont : l'Orohena (2237 m.) dont le sommet est inaccessible, l'Aorai 2065 mètres ; le Diadème, beaucoup moins élevé, doit son nom à sa crête basaltique ' découpée en aiguilles. Par la trouée de la vallée de Fautaua, il se profile majestueusement au centre de bile comme une imposante forteresse crénelée que dominent les hautes cimes environnantes.
Le sommet le plus élevé de la petite presqu'île est le Niu <1323 m.)
L'ile n'est qu'un amoncellement de montagnes; très escarpées au centre, elles s'inclinent en pentes douces vers la mer. Dette forme particulière donne à Tahiti, vue du large, l'aspect d'un tronc de cône.
Littoral. — Une bande de terre très fertile se trouve comprise entre la base des montagnes et la plage ; par endroits très étroite, elle atteint en d’autres endroits jusqu’à 3 kilomètres de largeur. C'est à peu près la seule partie de l'ile qui soit habitée, bien que les nombreuses vallées de l'intérieur et le flanc des montagnes soient en général d’une fertilité extraordinaire.
Rivières. — De nombreux cours d'eau à régime torrentiel descendent des montagnes et contribuent à la fertilité et à la beauté traditionnelle de ce pays que les Bougainville, les Cook, les Loti et tant d'autres voyageurs ont décrit avec un si profond enthousiasme.
Aucun de ces cours d'eau n'est navigable. Les plus importants sont : la Fautaua qui a son embouchure à 2 kilomètres à l'Est de Papeete, la rivière de Papenoo au Nord, dans le district du même nom ; le Punaruu dans celui de Punaauia ; le Taharuu à Atimaono ; la Vaihiria et la Yairaharaha à Mataiea.
Presque toutes ces rivières prennent leurs sources au •centre de l'ile. On peut, en remontant le cours du Punaruu
et en descendant par le versant de Papenoo, traverser Tahiti de part en part. Cette excursion, qui dure plusieurs jours, est une des plus attrayantes qu'un touriste, amateur de pittoresque, puisse rêver. Lesmombreux obstacles naturels que rencontrent ces rivières dans les parties élevées de leurs cours déterminent des bassins et des cascades qui rendent ces solitudes escarpées absolument féériques.
Lac. — Dans le district de Mataiea, et presque au centre de la grande presqu'île, se trouve le lac de Vaihiria qui mesure 500 mètres de diamètre. Cette nappe d’eau profonde et relativement froide est emprisonnée au milieu des montagnes, à 430 mètres d’altitude, et ne présente aucun écoulement apparent vers la mer. D’importantes infiltrations souterraines lui servent de déversoir.
Côtes. — Mouillages. — La ceinture de récifs madréporiques qui entoure Tahiti forme une digue naturelle, à fleur d’eau, où les vagues du Pacifique viennent se briser. Le canal,, aux profondeurs variables, compris entre la côte et ce récif, est souvent aussi calme que les eaux d’un lac. Cette particularité, commune à beaucoup d’iles de l’Océanie, crée à Tahiti un certain nombre de ports naturels d’accès souvent difficile, mais d’un mouillage très sûr. Celui de Papeete, centre commercial des Etablissements est vaste et profond. Les navires y accèdent par deux chenaux : la grande Passe au Nord, profonde de 10 mètres et large de 145 mètres; et la passe de Taunoa, moins profonde, plus étroite et plus longue, par conséquent d’accès plus difficile. A l’Ouest il existe également une passe encore plus étroite, accessible seulement aux bateaux d’un très faible tonnage.
Les autres ports les plus fréquentés sont ceux de Papeuriri (district de Mataiea), de Tautira, de Pueu et d’Hitiaa. A signaler aussi la baie historique de Matavai où abordèrent les premiers navigateurs
Baie de Phaëton. — La seule baie véritablement importante de Tahiti est celle de Phaëton au sud de l’ile, avec, comme fond, l'isthme de Taravao. Cette baie, par sa magnifique situation et ses dispositions particulières, pourrait devenir un port très sûr et une position stratégique très importante, en même temps qu'un arsenal maritime facile a défendre.
Aussi a-t-on songé depuis longtemps à y construire un bassin de radoub qui en ferait le centre le plus fréquenté de la colonie.
Port-Phaëton deviendrait, par le percement de l’isthme de Panama, le point de relâche tout indiqué des navires traversant le Pacifique de Panama en Australie (1).
Pointe Vénus. — La Pointe Vénus, située à l’extrémité nord de Tahiti, est le cap le plus remarquable de l’ile. C’est un lieu historique : les premiers navigateurs y débarquèrent et Cook s’y installa pour observer le passage de la planète Vénus sur le soleil. De ce fait lui vient son nom.
En 1867 un phare de 30 mètres de haut, à feu fixe et blanc a été édifié sur cette pointe.
Moorea. — Moorea ou Eimeo, l'ile sœur, la voisine de Tahiti est située à 4 lieues dans le Nord-Ouest de celle-ci.
Elle a une forme triangulaire et ne mesure guère que le tiers de la superficie de Tahiti. Comme cette dernière, elle est entourée d’une ceinture de récifs, mais son aspect général est tout autre : les montagnes, cependant moins élevées, y sont plus escarpées, plus imposantes et plus pittoresques. Le sommet le plus haut, le Tehivea atteint 1,212 mètres. Certaines crêtes ressemblent à d'antiques et gigantesques donjons dé¬
fi) Un récent décret avant désigné Port-Phaëton comme un des points <1 appui de notre flotte dans le Pacifique, des études viennent d’y être •commencées pour l’exécution des importants travaux que comporte la mise en état de cette position stratégique.
mantelés; d’autres sont déchiquetées en clochetons 'et' paraissent ciselées comme des frises de cathédrales gothiques.
Moorea possède deux haies profondes : la haie de Cook ou de Paopao et celle de Papetoai ou d’Ôpunohu. Ces anses étroites, encadrées d'une végétation luxuriante, avec les montagnes comme décor, offrent un spectacle ravissant.
Ilots de Tetiaroa et de Melietia. — Les ilôts de Tetiaora, au Nord de Tahiti, à peu près inhabités et sans importance, sont bas et plantés de cocotiers.
Ils sont la propriété personnelle des descendants de Pômare.
A l’Est se trouve celui de Melietia, d'aspect volcanique. 11 est également inhabité, l’eau douce y faisant défaut.
Climat. — Météorologie. (1) — L’ile de Tahiti est renommée depuis longtemps pour la salubrité de son climat, la température, toujours assez élevée, n'éprouve généralement pas de brusques variations pendant le jour, mais les matinées y sont quelquefois très fraîches. Les plus grandeschaleurs coïncident avec la saison des pluies et se manifestent de janvier à avril ; le thermomètre atteint alors à l’ombre jusqu’à 33° centigrades.
A partir du mois de mai, la température commence abaisser, et le minimum se produit de juin à octobre, sans descendre cependant au-dessous de 15° pendant la nuit; elle s’élève vers les premiers jours de novembre.
Des expériences nombreuses faites à Papeete ont permis de constater (pie si les pluies contribuent à l'abaissement de la température, les vents diurnes n’exercent aucune influence sur le thermomètre, quelle que soit d’ailleurs leur direction; mais on ne saurait en dire autant de la brise de terre ou hupe,
il» Ce paragraphe et les quatre suivants sont extraits de l’Annuaire de Tahiti.