MONTREAL | DA WSON FRERES, LIBRAIRES
SECTION I, 1882. [ 96 ] Trans. Soc. Roy. CANADA.
Par M. L’ABBÉ VERREAU.
(Lu le 25 mai 1882.)
La Société Historique de Montréal reproduit en ce moment, dans la neuvième livraison de ses Mémoires, un petit livre d’une très grande rareté, et au sujet duquel on pourrait écrire plusieurs gros volumes.
Dans l’espace de vingt ans, je ne l'ai vu qu'une seule fois annoncé dans les ventes. Un citoyen des Etats-Unis l’a enlevé au prix de 800 francs !
Ce livre de 127 pages in 40. a été imprimé en 1643, sans nom d’imprimeur et sans nom de lieu; mais très vraisemblablement à Paris.
“ Les véritables motifs de Messieurs et Dames de la Société de Notre-Dame de Montréal, pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle France ”—tel est le titre de l'ouvrage. Je n'exagère pas en disant qu’il est comme l'acte authentique qui atteste à la fois la naissance de la
rande métropole du Canada et la noblesse de son origine.
La copie que la Société Historique s’est procurée a été faite sur l’exemplaire de la Bibliothèque Nationale de Paris; elle { été exécutée et collationnée avec le plus grand soin, sous la surveillance de M. Pierre Margry, dont le nom seul est une garantie d’exactitude,
Voici à quelle occasion fut composé ce mémoire :
L'auteur avait pour but de dissiper les préjugés que venaient de soulever certaines personnes contre la grande entreprise de M. Olier, de M. de la Dauversière et de M. de Maisonneuve : “Il voulait répondre, dit M. Faillon, aux attaques de quelques personnes qui s’opposaient à l'établissement naissant de Ville-Marie.”
La société des Messieurs et Dames, qui n'était composée en 1641 que de six personnes unies par les liens de l'amitié et du zèle religieux, comptait, au commencement de 1643, trente-cinq membres, dont quelques-uns portaient les plus beaux noms de France. Ces trente-cinq personnes, avec les premiers colons qui vinrent ici, sont les véritables fondateurs de Ville-Marie, le Montréal d'aujourd'hui. Gloire à eux, gloire surtout aux motifs nobles et désintéressés qui les animaient! Leurs noms méritent d’être inscrits sur le marbre et l'airain ; leur histoire, tout ce qui les concerne de loin ou de près, devrait faire partie de nos archives les plus précieuses.
Mais ici se présente une difficulté. De même que plus un arbre est grand et vigoureux, plus ses racines se cachent, profondément enfouies dans le sol, de même il semble que les fondateurs de toutes les grandes choses échappent à la reconnaissance de la postérité.
Dans le cas des Messieurs et Dames, plusieurs poussèrent l’abnégation au point d'exiger comme condition absolue, que leur nom fût caché, en sorte qu'il nous est impossible
Sur les six premiers noms, il n'y en à que quatre que s, on en est réduit aux conjectures.
M. Faillon pense que c'est un ancien enoncé au monde pour s'associer à M.
aujourd’hui de les connaître tous.
l'on connaisse avec certitude ; pour les deux autre
Il en est de même de l’auteur du mémoire.
magistrat, M. Laisné de la Marguerie, qui avait r Olier.
Plusieurs raisons me portent à cro Véritables motifs. 11 faut qu’elles me paraissent bien fortes pour l'opinion du savant biographe de M. Olier.
Les voici en peu de mots: 1o. Tout dans le te siastique que celui d’un magistrat de cette époque ; celui de M. Olier; 30. Enfin, et c'est à mes yeux l'indice le plus fort, l’auteur ne nomme pas M. Olier. Tout autre que lui-même n'aurait pas pu se dispenser de dire la grande part que le fondateur de Saint-Sulpice prenait à l'établissement de Ville-Marie.
Quoiqu'il en soit, à l’aide de ce précieux et rare volume, et aussi au moyen d'autres ouvrages, tels que l'Histoire du Montréal de M. Dollier de Casson, les Mémoires de M. Olier et les œuvres de M. Faillon, nous allons tâcher de reconstituer 10. la liste des Messieurs et
20. celle des premiers colons. J'indiquerai les autorités sur lesquelles je m'’appuie Je ne mets de remarques que pour les noms les moins connus. Il y ersonnages comme M. Olier, M. de la Dauversière, M. de Mai-
ire que c'est M. Olier lui-même qui a écrit les que j'ose les opposer à
xte indique plutôt le style d'un ecclé- 20. Ce style est plus particulièrement
Dames ; dans chaque cas.
aurait trop à dire sur des p sonneuve, etc.
Liste des Messieurs et Dames de la Société de N.-D. de Montréal pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle France, par ordre chronologique :
1, M. pe ra DauversiÈRE. Hisloire du Montréal, p. 12. 9, Le BARON DE FANCAMP. Ibid, p. 13.