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ÉTAT DES CONNAISSANCES, DES GOUVERNÈMENS ET COUTUMES NATIONALES

Les lettres étaient inconnues chez les Indiensqui ne possédaient pas le plus simple rudiment de science. Ils ne voyaient dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles que des boules de feu jetées çà et là dans les cieux. Leurs nombreuses traditions assimilent la terre à une île. La science médicale consistait dans le vacarme et les incantations que faisaient leurs sorciers, afir: de chasser le méchant esprit du corps dont il s'était emparé; car chaque maladie était une influence diabolique.

Toutefois, malgré l’obscurité de leurs notions scientifiques, monsieur Gallatin démontre! que

les nations indiennes se servaient d’un système dé-

cimal. Mais il est bien avéré que leurs connaissances en mathématiques n’allaient pas au delà de pouvoir compter cent.

! American antiquartan soctety, Vol. I, p. 162.

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Leur calcul ou division du temps se fait par la lune, Quelques uns la constituent de vingt jours, et de quatorze à l’année, dans lesquels ils intercalent un certain nombre de jours supplémentaires. La lune, où mois, à l'instar des dénominations significatives du calendrier républicain français,

prend celle de l'occupation qui y correspond dans

chaque saison.

M. Mac Culloh pense qu'en général les Indiens du nord comptent par nuit et non par Jour.

Ils n'ont pas de subdivisions en semaines , et leurs jours ne sont pas nommés. Heckewelder et Carver assurent qu'ils connaissent l'étoile polaire, et qu’en certaines occasions ils se dirigent par elle:

Une communauté de langage et de rapports originaux de famille sont tout ce qui constitue une tribu; carils ne s'appellent jamais entre eux par leur nom d’homme, mais bien par celui de parenté tels que pére, oncle, neveu, etc.; et ils se disent tous plus où moins liés de cette manière les uns aux autres.

Un étendard national qu’ils nomment kukewium ou totem est la marque distinctive de chaque tribu, et leur signe de ralliement, surtout lorsqu'ils sont en guerre. Il est censé représenter l'animal , emblème respectif de la tribu, chacune ayant le sien propre. Ainsi, cette bande est celle de l'aigle, celle-là de l’épervier, du castor, du buffle ou de toute autre créature animée de la nature.

Le totem est un long bâton avec des plames qui

{ 200 ) y sont attachées perpendiculairement, du haut en bas. Le plumage en est de couleurs variées et il est porté par le chef de la tribu.

Après le totem vient, en fait d'importance, le calumet. Les Indiens du Canada prétendent qu'il a pris son origine chez les Pawnees du Missouri, et que ces derniers le reçurent directement du soleil. Quant à l'étymologie du mot, comme nous l’exprimons, il semble être dérivé du normand, et veut dire roseau. Celui de lIndien est une pipe à tabac dont le tube est long d'environ quatre pieds. Quelquefois il est rond, d’autres fois plat. Des vignettes ou des animaux peints, des cheveux, des plumes de porc-épic ou celles d'oiseaux à couleurs tranchantes, sont mises à contribution pour son ornement. Nous en avons vu dont le tube était pratiqué dans le manche d'une hache ou casse-tête. La partie recevant le tabac est généralement en marbre rouge ou blanc; quand la pierre

est de couleur noire ou sombre, ils la peignent en blanc avant de s’en servir.

Le calumet est un instrument sacré , et ne doit jamais toucherla terre; aussi est-il, pour cette raison, tenu élevé sur deux bâtons fichés en terre, ayant les extrémités en forme de fourche.

Celui qui est chargé de le porter est considéré comme un ambassadeur; sa personne est iviolable. On sait que fumer le calumet c’est contracter un engagement d'amitié et de bon vouloir. Cela tient lieu chez les nations primitives de la formule

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usitée par celles plusavancées dans la civilisation, qui,au nom de la Sainte-Trinilé, se promettent une paix perpétuelle ; engagement que l’on tient également bien sous l’un et l’autre emblème. L'usage de fumer le calumet est sans doute originaire d’Amérique, puisque c'est ce pays qui a donné le tabac à P’Europe.

Si le calumet est accepté et fumé par les denx parties , on fait alors les conditions du traité, et, pour le ratifier , on échange des ceintures appelées warmpum sur lesquelles sont entrelacés des grains de couleur, de facon à former des figures ou dessins devantrappeler les termes du pacte formé.

Fumer est non seulement une des habitudes de l’indigène, c’est de plus pour lui,ainsi que pour tous ceux qui considèrent que tuer le temps équivaut à une victoire, une jouissance, passive, si l’on veul, mais qui lui tient lieu de sentiment, à lui, dont l’oisiveté intellectuelle est l'ame de la vie. Il a ce trait de commun, au reste, avec les peuples de l’Asie, qui mettent cependant un plus grand raffinementet une sorte de poésie dans le choix des plantes odoriférantes et narcotiques dont ils constituent leur fumée; tandis que, de son côté, l’Indien ne connaît guère autre chose que le tabac, et une autre plante tout aussi vile, communément appelée herbe de jameston ou stramonium.

Que si, dans nos jeunes années, nous nous sommes pris aussi à avoir foi en cette jouissance, son analyse, après tout,et quelques légères réflexions

e 202 ) nous ont bientôt démontré qu’elle consistait, en définitive, en une sorte de torpeur léthargique, à la-

quelle un léger sommeil était cent fois préférable.

Comme accompagnement an calumet, l’Indien porte une poche à tabac, ornée et enjolivée par des grains de couleur.

Il est bien connu que le point culminant du gouvernement des Indiens git dans le moindre sacrifice possible de sa liberté individuelle. 11 est en ceci placé dans un état qui est l’antipode de celui de la société européenne, l’une étant pour ainsi dire étouffée par trop de législation , tandis que l’autre n’en a pas assez.

Il y existait nécessairement, comme il existe encore, une extrême liberté d'action. ‘Leur théorie était la forme monarchique, mais leur pratique était toute démocratique. Les principaux de la tribu formaient une sorte de conseil qui décidait des affaires majeures , et lorsqu'ils ne pouvaient s’accorder sur quelque point, ils avaient recours à l'arbitrage d’une tierce partie. Ils n’avaient ni code pénal , ni loi écrite, et étaient gouverné: par les usages reconnus par chaque tribu. L’c;ir:on publique avait force de loi ; et, ce qui en avait encore davantage, c'était le désir qu'avait tout individu de conserver sa réputation , et la crainte , en commeltant quelque action honteuse, de perdre ses amis.

Il fallait que le voleur fit restitution de l’objet volé , ou, en son lieu, son plus proche parent;

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l'assassin , comme on le sait, périssait de la main duparent de la victime. Eu cas d'adultère de la part de la femme , sans le consentement de son mari (le cas contraire était prévu) il était libre de la punir ou de ne pas le faire. Quelquefois il lui emportait le nez avec les dents, ou bien il lui coupait tous ses cheveux et la renvoyait ainsi disgraciée.

Le crime d’assassinat Ctait puni par les Wyandots dans un esprit de vengeance difficile à concevoir. Le corps de la victime était placé sur une espèce d'échafaud. Immédiatement au-dessous , on attachait fortement l'assassin, avec la face tournée vers le cadavre; et on le laissait là juste avec assez de nourriture à sa portée pour qu'il ne mourüt pas de faim. Aussitôt que la putréfaction du mort avait lieu, et que ses chairs commencaient à tomber en lambeaux sur le coupable,alors on ne donnait plus rien à manger à celui-ci. On le laissait ainsi mourir!

De cette tribu était le fameux chef Pontiac, qui fut l'allié ferme et constant des Français dans toutes les guerres que se firent l'Angleterre et la France pour la conquête des possessions dans Le nord de l'Amérique. Homme d’une grande valeur et d’une intelligence fort au dessus de celle de ses semblables , il donna des preuves éclatantes de son courage et de son audace, principalement dans le siége qu'il osa faire de la ville de Détroit, qui était fortement approvisionnée et vaillamment défendue par

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ses faibles ressources il continua avec persévérance de 1763 à 1764, jusqu’à ce qu’enfin il fut contraint par des forces supérieures à le lever.

On sait que beaucoup avaient des chefs ou caciques, dont la plupart recevaient le pouvoir par hérédité. Ainsi, ils se trouvaient fréquemment gouvernés par une femme ou un enfant. Carver donne pour chef aux Winnebagoes une femme qui dérivait ses droits de ses ancêtres, et, au sujet des Sioux et des nations du nord, il assure que chaque tribu a un chef militaire qui est choisi parmi les plus braves et les plus expérimentés dans la guerre, tandis qu'il v à un autre chef qui domine sur celui-ci et qui a tout le pouvoir civil.

Afin de concilier le principe du pouvoir héréditaire avec le fait bien connu que, le talent ne létant pas, il pourrait fort bien advenir que la nation fùt gouvernée par un insensé ou un homme méchant et inepte, il est bon d'appliquer ici la raison qui, toutefois, s'adapte également bien aux mêmes circonstances dans les sociétés civilisées, et sur laquelle se fonde la monarchie héréditaire, c’est-àdire un principe fixe de stabilité dans la forme gouvernementale , et la nécessité d'éviter qu'à la mort de c'aque chef le principe ne soit pas de nouveau mis en question, et ne vienne chaque fois soulever les passions et les ambitions des aspirans au pouvoir suprême; car, quoiqu'au cacique soient toute la peine et le danger, toutefois, là

comme dans la société organisée, il ne manque-

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Contrairement aux lois générales des pays civilisés, la ligne héréditaire des chefs est transmissible par les femmes; de sorte qu'à li mort de l'un de ceux-ci, le fils de sa sœur, s’il en existe, lui succède, et si la sœur n’a pas de fils, celui de sa plus proche parente.

Powhatan , le principal cacique de la Virginie, exerçait un pouvoir absolu sur beaucoup d’autres chefs, qui, au reste, lui abéissaient comme ils l’eussent fait à un demi-dieu, tant était grande leur vénération pour lui.

Il se rencontre souvent qu'un certain nombre de tribus se confédéerent entre elles, et forment un ensemble que lie la domination d’un c'ef suprême.

La nation des Wyandots, la plus remarquable et la plus puissante de toutes celles du Canada, est divisée en sept bandes ou tribus. Il y en a trois appelées tortues. La petite tortue et la tortue d'eau, ainsi que la grande tortue de terre. Ensuite viennent les porcs-épics, la tribu du daim, celle de l'ours et du serpent. Les emplois y sont par la forme électifs, mais en réalité ils sont héréditaires par la ligne des femmes. Ils avaient jadis un chef puissant, Sarstaritzce, mais dont ils ont aboli l'emploi depuis le déclin de leur fortune. A la tête de chaque tribu est un chef civil. Celui des porcsépics, Tarhé, ou la grue, homme âgé et vénérable,

( 206 ) était, il y a quelques années, le chef souverain de toute la nation réunie. Les sept chefs sont les conseillers. Telle est la constitution politique des Wyandots.

Les Choctaws sont en voie de progrès quant à l'art de gouverner. Ils sont régis maintenant par une constitution et des lois écrites. Des conseils, légalement établis, s’assemblent à époques fixes, el délibèrent sur les affaires de la nation. Ce résultat est dû principalement à l’école établie depuis nombre d'années par le gouvernement dans l’état du Kentucky, d’où sont déjà sortis beaucoup des hommes maintenant à la tête des affaires de la tribu.

Les Winnebagoes, dit l'agent dans son rapport, 1838-39, au congrès, commencent à sentir, quoique faiblement encore, l'effet de l'éducation, bien qu'ils la reçoivent, ajoute-tl, avec répugnance, et n’envoient leurs enfans aux écoles qu'afin d'en obtenir la nourriture et les vêtemens qui leur sont fournis gratuitement. Les filles montrent, plus d'aptitude, surtout dans les ouvrages à l'aiguille, qu'elles apprennent avec facilité et bonheur. Que la même persévérance marque donc les mesures du gouvernement et agisse sur une ou plusieurs générations, l’on pourra dés lors voir poindre sur

les Indiens, et malgré eux, une iueur d’espérance.

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