III. — Causes extérieures qui agissent sur l'aiguille
aimantée.
Tout ce qui précède suppose que la direction de l'aiguille aimantée est constante ; mais chacun sait que l'angle du méridien magnétique avec le méridien vrai du lieu où Ton opère, angle qu'on appelle déclinaison de V aiguille aimantée, est essentiellement variable.
C'est en 1580 qu'on a commencé à faire des études sur les variations de la déclinaison; elle était à Paris de ll'^SO' et orientale ; elle a diminué jusqu'en 1663, moment où elle a été nulle ; à partir de cette année, elle est devenue occidentale et a atteint son maximum en 1820; elle diminue depuis cette époque, et elle est actuellement à Nancy égale à 15** environ.
Dans son mouvement actuel de décroissance, la déclinaison ne varie guère que de 7 à 8 minutes par année; il n'y aurait donc lieu d'en tenir compte que pour des levers qui dureraient plusieurs mois.
D'autre part, la déclinaison est sensiblement la même sur des Heux distants de plusieurs kilomètres.
Mais il est une autre variation plus importante avec laquelle il faut compter et qui peut avoir de l'influence sur l'exactitude des levers; c'est la variation diurne, dont l'amplitude peut aller jusqu'à 30 minutes. On a étudié cette variation comme on étudie celle d'une fonction quelconque et on a reconnu que la déclinaison atteint son maximum vers 1 heure de l'après-midi ; on a conclu que, pour se mettre le plus pos-
sible à l'abri de cette cause d'erreur, il est préférable de n'opérer avec la boussole qu'entre H heures du matin et 3 heures ou 4 heures de l'après-midi; entre ces limites, en effet, la déclinaison étant voisine de son maximum ne varie que de 3 ou 4 minutes, et son influence est négligeable, puisque l'approximation de la lecture n'est que de 5 minutes. On peut alors utiliser les autres heures de la journée pour .les autres opérations du lever.
La régularité des déviations locales peut être troublée par certains phénomènes tels que l'aurore boréale, les orages, les tremblements de terre et les éruptions volcaniques, mais surtout par la présence, dans le sein de la terre, de roches ferrugineuses ou magnétiques.
Il n'y a pas lieu de se préoccuper outre mesure de l'influence des phénomènes météorologiques dont je viens de parler, car on peut cesser toute opération quand en arrivent les signes précurseurs.
Mais on conçoit qu'il n'en est pas de même en ce qui concerne l'action des roches magnétiques ou ferrugineuses; et la nécessité de s'affranchir de cette action perturbatrice a fait imaginer le procédé des observations directe et inverse, qui consiste à stationner à chaque extrémité d'un alignement, en tenant toujours la lunette à droite. On est alors averti dela présence de ces roches par un désaccord assez sensible entre les lectures faites dans ces deux visées. Je dis : un désaccord assez sensible, parce qu'en réalité on trouve toujours entre les deux lectures une différence provenant des défauts de l'instrument et des inexactitudes inévitables des opérations, telles que les erreurs de pointé, de lecture et de mise en station.
La visée se faisant avec une lunette, l'erreur de pointé est très faible et négligeable à côté des autres.
L'erreur de lecture est variable ; elle dépend surtout de l'habileté de l'opérateur; on peut l'évaluer au maximum à 10 minutes; quant à Terreur de mise en station, erreur qui provient de ce que le centre de rotation de la boussole n'est
BOUSSOLE A ÉCLIMÈTRE MOBILE.
pas dans la verticale du point de station, elle peut être évaluée en moyenne à 5 minutes.
Si l'on ajoute à ces 15 minutes une erreur angulaire de 5 minutes pouvant provenir des défauts de l'instrument, on arrivera à un total de 20 minutes pour la différence maximum qui peut exister entre les deux lectures dans les conditions normales.
Si le désaccord entre les lectures est beaucoup plus con-: sidérable, on pourra craindre que le terrain ne soit magnétique; pour s'en assurer, on jalonnera sur ce terrain un certain nombre d'alignements, et l'on stationnera aux différents points de ces lignes; on aura soin de mesurer les orientements entre midi et 2 heures pour s'affranchir de l'action des variations diurnes; si les lectures diffèrent notablement du maximum établi précédemment, on devra abandonner la boussole et employer un instrument goniométrique.
Fig. 57
La méthode d'observation par visées directe et inverse ne
corrige pas, comme la méthode des visées à droite et à gauche, le défaut provenant de Texcentricité de la lunette.
En etTet, lorsqu'on stationne en A (fiq, 57), l'angle mesuré NGB est plus grand que l'orientement magnétique NFB (voir les explications données précédemment). Lorsqu'on stationne ensuite en B, la ligne de visée CD' est évidemment parallèle à CD, et l'angle SG'A est aussi plus grand /^ue l'angle SF'A, égala l'orientement magnétique corrigé de 180°.
Mais on peut s'affranchir de l'erreur en faisant placer le jalon que l'on vise, à une distance du piquet égale à l'excentricité du viseur, distance qui peut être indiquée par un petit taquet cloué au pied du jalon, ou bien en se servant d'une mire sur laquelle est tracée une ligne de foi excentrique.