IMPRIMERIE DE THOMINE , RUE TOUR-CARRÉE
[ Extrait des Mémoires de ia Sociélé royale académique
de Cherbourg. ]
Au moment où les deslîaées futures de l^Asie préoccupent toutes les intelligences, où de toutes fparts, la politique, la science et la philosophie se tournent vers lOrient, il ne sera pas hors de propos, sans doute , de vous entretenir des livres où sont déposées les croyances qui ont fait grandir ces royaumes jadis si puissants.
Un voyageur , dont le nom , justement célèbre , vivra longtemps dans nos annales, M. le baron Taylor, nous disait il y a quelques jours que TOrient était le rendezvous de toutes les religions persécutées, vaste mosaïque
formée de drapeaux de toutes couleurs courbés sous le cimeterre ottoman.
Dans cette mosaïque, Tlrau» c*est-a-dire la Perse, nous apparaît bien pâle et bien terne, relativement a son antique splendeur. Les descendants de Zoroastre (1), pourchassés par les conquêtes successives dés différents peuples qui ont envahi leur territoire, se sont retirés dans les montagnes d'Iezd et du Kirman ; et c'est tout au plus si quelques centaines de Parses conservent dans leur retraite le souvenir des anciennes traditions de leur patrie.
Quoi qu'il en soit, nous allons essayer de vous dire ce que nous en avons pu connaître.
Deux sortes de documents ont traversé les âges pour arriver jusqu*h nous : les uns sont les monuments de pierre, les autres sont les monuments écrits.
Nous avons peu de chose à dire des premiers. Cependant ces temples de marbre et d'or, ces bas-reliefs , ces statues ne sont^ pas de muets témoins des événements auxquels ils doivent leur naissance; ils portent, au contraire, l'empreinte de leur âge , ils ont aussi leur voix pour raconter l'histoire. Nous n'en citerons qu'un exemple.
Les plus beaux débris que la Perse puisse offrir sont les fameuses ruines de Persépolis ; c'est là , au milieu de vastes plaines de sable, qu'on voit encore l'ancien palais
(1) Le vrai nom de Zoroastre est Zérélhoslro, mot zend, d'où 8*est formé Zérateschl en pefavi, et celui de Zerdust enparsi. C'est probablement d*one de ces rorme3 que les Grecs ont formé le mot ZopoacrTpviç. Od chercherait en vafn an rapport étymologique entre le nom do législateur des Perses et les mots utTrpoQv'mçjUdrpoQeoirrjç- Le nom de Zoroastre est un nom propre, et rien' de plus. Gonf. Anquetil Duperron ^ dans les Mêm» de VJcad, des Bell, LeU., t. XXXI , pagg. 387 et suLvv. '
des rois de Perse , conimuDément appelé la maison de Dariusy et par les habitants Tclûl-Minar\ c'est-h-dire les quarante colonnes. Il paraît que Persépolis fut bâtie plus de 1700 ans avant J.-C. par Djemschid (1), dixième aieul de Zoroastre. Entre autres injures que les hommes firent subir aux monuments qui décoraient cette ville» oq peut mettre en première ligne Temporlement d'Alexandre qui » cédant aux prières d'une courtisanne, y mit le feu après une victoire (2).
Depuis on n'a plus parlé de cette somptueuse demeure dont Diodore de Sicile nous a laissé une description (3) ; les invasions nouvelles n'ont plus marché que sur des ruines,
La plupart des voyageurs modernes qui ont parcouru ces contrées en ont parlé d'une manière fort détaillée. Nous devons citer entre autres Corneille de Bruyn (4). Tavemiery dont les ouvrages, recommandables sous tant de rapports, ont été si souvent invoqués, déclare que ces ruines ne valent pas la peine dêtre vues (5)« On est en droit
(1) Giamschid , quatrième roi de la race oa dynastie des PUchdadiens , qui est la première des rois de Perse, était firère ou neveu de Tahamuralk, son prédécesseur. Son nom propre était Giam ou Gem, et on a Ajouté celui de Schid, qui signifie soleil , à cause de la majesté de son visage , qui éblouissait les yeux. Un des plus illustres monuments de son règne est la ville d'EsUkhar, dont TahamfAraik avait jeté les fondements. Cette ville est celle qui fut connue des Grecs sous le nom de Persépolis. — Herbelot. Bibl orient. Yo. Giamschid.
(2) Plutarqùe, Fie d'Jlexandre. Trad. Amyot, fol. 418, édit. in-fol. de 1617.
(3} Diodore de Sicile, Bibl hist., liv. 17.
(4) Corneille de Bruyn , Foyage au Levant, t. IV. — On pourrait encore citer Pietro della Yalle, Sylva Figuera, ambassadeur d*Espagne en Perse, Tbévenoi , Carturuge , Gouéa , etc., etc.
(5) Voyage de Tavernier, t. 1, pag. 59i.
de douter, après avoir Iules relations de Taveraier, s^ila* véritablement visité ces lieux. Ce n*est point au reste le seul endroit ou ce voyageur se trouve en défaut; mais nous n'avons point ici à faire son procès*
Ces. superbes masures , comme les appelle C. de Bruyn, sont revêtues d'un grand nombi*e de figures » de bas-^reliefs, d'inscriptions, les unes modernes, les autres plus anciennes, enfin de plusieurs caractères donc on ignore la signification. M. de Saqjr a essayé de déchiffrer ces symboles, qui ont été Tobjet de Tadmiration et du méprfsdes savants; mais il n'a proposé que des conjectures; sont-ils dus au hazard» au caprice de Farchitecte ? ou bien , sont^ce les éléments d'une langue dont on ne retrouve plus de trace ? Ce sont des questions dont la solution se fera sans doute longtemps attendre (i).
Après ces monuments, ce qu^il nous importerait le plus de connaître pour savoir à quoi nous en tenir sur les croyances de la Perse, c*est cette encyclopédie que formaient les vingt-et-un Nosks de FAvesta. Là seulement était le secret tout entier de la religion de Zoroastre.
Mais avant de parler des livres eux-mêmes, il convîeni de dire quelques mois stjur la langue dans laquelle ils sont écrits.
Le Zend peut être regardé comme la langue sacrée de la Perse (2). 11 se parlait encore dans la Géorgie et Flran. proprement dite plusieurs siècles avant Tère chrétienne. Le mot Zend-jéi^esta, qui désigne les livres de Zoroastre,
(1) Sylvestre de Sacy, Mémoire iur les monumetUs de Nak8chi''R(mslatn,
(2) Gonf. Herbelot. Bibl orient, Vo. Zend.— Anquetil DoperroD, dans les Mém. de VMad. des Bell. Leit,, t. XXXI.
signifie parole vwante : le mot Zend , qui désigne proprement la langue dans laquelle ÏJi^esia a été écrit, a fini, de eorruption en con*uption , par signifier les caractères de cette langue.
Le Zend , d'après ce >qne nous en disent les orienialistes (1), était composé, de 48 caractères, dont 16 marquent les voyelles, et 32 les consonnes, ces dîfferenies lettres n'exprimant toutefois que 35 valeurs, 12 voyelles et 23 consonnes. Leur or(fre n'est pas désigné ;c'est pour se conformer h Tusage général qu'on fait commencer l'alpbabet Zend par le signe qui correspond à notre A.
Ainsi que toutes les langues de TOrient, le Zend s'écrivait de droite a gauche. Cependant dans une copie du Vendidad'Sadé certaines parties de la Liturgie, quoique traduites en langue sanskretanne , sont écrites de gauche à droite (2). Il paraît qu'un mot, dans un des nombreux Idiomes de la Perse, s'écrivait d'une manière assez bi* zarre ; c'est le nom du Génie du MaL Pour rendre plus sensible son opposition contiAuetle au Génie du Bien jOhWJSù^ on renversait ainsi les caractères, HVRiuHy (3). Ce symbole est sans doute très-heureux, cependant nous ne Tavons point encore rencontré dans les livres attribués à Zoroastre (4).
(1) Gonf. Anquetil DuperroD , dans les Jtlém, de VAcad, des BeU» LeU., t. XXXI, pagg. 339 et sutvv.
(2) Anquetil Duperron , dans les Notices, pag. 1.
(3) L'abbé Banier, histoire QénéraXe des cérémonies, tnœwrs et cotUumes reUgleuses de tous les peuples du monde, UY, pag. 331.— Volney fait aussi la même assertion sans citer l'autaurité sur laquelle il s'appuie. Les Ruines, 1. 1 , pag. 332 , des œuv. comp.
(4) Anquetil Duperron, dans son FbcabuUUre zend^pehlvi-français , ne fait point d'observation au mot àhriman. — Le oommencenient du Boun-^ dehesch , écrit en pehivi avec une traduction interliiiéaire , renferme plu* sieurs fois le nom d'abriman et en préiseifle le» caractères dans le même ordre que les autres. Gonf. dans le Zend-Avesta, t. Il, pag. 311.
Le Zend nous a élé transmis par le respect que les descendants de Zoroastre ont eu pour les livres de leur maitre, et qu*ils ont toujours conservé. Cette langue , après avoir été longtemps parlée dans les pays situés à Touest de la mer Daêti (Caspienne ), a donné naissance à différents dialectes, tels que le Pa-Zend» le Pehivî et le Parsi, dont le Persan moderne n'est qu*une dernière transformation. Cependant le Parsi est encore parlé, malgré les révolutions qui, depuis bientôt deux mille ans, ont changé si souvent la face de la Perse , tandis que le Zend n'existe plus que dans les livres (i).
Il eût été difficile de consen'er pur F idiome sacré de la Perse , après les conquêtes successives des Turcs , des Arabes, des Tarlares, des Mogols. Cependant les Parses, chassés de leur patrie, emportèrent dans leur retraite les fragments des livres de Zoroastre , et ih , ils les récitent et les lisent encore tous les jours ; mais la plupart sanst les comprendre.
La haute réputation dont le législateur des Perses a joui dans les temps anciens ; le respect que les Sages de la Grèce et de Rome ont eu pour les Mages ses disciples ; rhistoire d'un grand empire qui ne nous est connu que par ses ruines , tout devait stimuler Tattention des savants modernes.
L'Angleterre promit des sommes considérables pour le traducteur de ces livres sacrés ; il fallait plus que de For pour accomplir le pèlerinage des Indes , et aller chercher ces précieux manuscrits. La France n'avait rien promis ; c'est un Français qui Ta osé , et son audace fut couronnée du succès.
.(i).Copf. daus les Asialic researches, ud Discours sur la Perse, ^rii de Calcula le 5 mars 1781.
DE LA PERSEr t^
: Ces . livres , comme nous Tavons dit , an nombre de:
* vingt-et-un , portaient le nom de Nosks, La sagesse divine
les distribuait sur la terre par Tentremise de ses pro*
pbètes y h mesure que les besoins toujours croissants des:
peuples de Tlran, réclamaient des vérités nouvelles.
Ce qu*on ne saurait trop remarquer dans cette publication céleste , c'est le sentiment de Tincomplet , h Tépoque du moins où la dernière manifestation d'Ormusd s'est faltr comprendre. Zoroastre , qui avait apporté à l'Iran le 21 me ^Qg]^ de TAvesta , devait avoir trois fils posthumes; chacun de ses fils , h des jours différents , devait apporter un Nosk nouveau , et compléter ainsi la collection des livres de Dieu. Le dernier des fils de Zoroastre , Sosiosch ^ n'apparaîtra que pour annoncer aux nations inquiètes , le dénouement du grand drame du monde. Suivant la croyance des Parses, il leur présentera le ai"'" Nosk de la loi, et toute la terre embrassera la religion d'Ormusd ; alors se fera le jugement dernier et la résurrection glorieuse; alors tous les mystères seront dévoilés. Ainsi, selon les anciens Parses , comme selon nos croyants modernes : c En nous , comme hors de nous , tout se développe , tout grandit , en nous» comme hors de nous , rien n'est acheva, tout s'achève ....; qui ne voit pas l'ensemble , verra-t-il sous chacun de ses
innombrables aspects une seule de ses parties ..;pour
comprendre un âge , il faut s'asseoir sur ses ruines ; c'est du haut de l'éternité que nos regards embrasseront les^ temps, quand les temps ne seront plus ! >
On trouve dans le grand Ravaët de la bibliothèque du roi plusieurs listes de ces Nôsks de l'Avesia. Anqnelil Duperron (i) , et avant lui, le docteur Hyde^ nous en ont
(1) ÀDqueUl DuperroD , dans le Journal des SovmUs, juin 170P. — Hyde. Religio veterum Persarum.
12 LIVttES SACRÉS
fait connaître les litres. Pour la plupart de ces livres» c*est à peu près tout ce qui nous en a été conservé ; les guerres et les persécutions ont anéanti le reste. Il suffit de jeter les yeux sur ces, listes pour voir h quelles étroites dimensions le Zend-Avesta est réduit de nos jours; et cependant, tout mutilé qu'il est , ce livre est venu éclairer d'un nouveau jour uneépoquequi se cachait pour nous depuis tantde siècles sous les plus épaisses ténèbres.
Déjà quelques fragments des livres sacrés- de Zoroastn; étaient parvenus en Europe , mais en vain : ce fut [des mains des Parses, établis à Surate, qu'un Anglais, George Bourchier, reçut, en 1718, \q VemUdadSadé, Ce volume fut apporté en Angleten'e en 1723. Il paraissait en Europe, pour la première fois ; personne ne pouvait en ^déchiffrer les caractères. Plus tard, un conseiller de Bombay, M. Frazer, écossais, alla chercher à Surate ce qu'il croyait pouvoir recueillir des livres de Zoroaslre; il en obtint quelques-uns; mais les Parses ne voulurent jamais lui enseigner le Zend.
Il restait donc encore à traduire les livres où était déposé le - secret des croyances de Tlran ; un peuple qui avait couvert un territoire égal en surface h notre Europe (1), était assez important pour ne point passer inaperçu dans l'histoire des nations.
Tel était Téiat des choses quand Anquetil Duperron vé^ solul de tenter à son tour le voyage de Tlndoustan, pour aller surprendre les Parses au fond de leurs retraites. Il ne recula devant aucune des difficultés qu'une pareille
(i)Dinon escrit d'auantage que ces rois de Perse falsoyent yentrde l'eao des riuières da Nil et du Danube, laquelle ils falsoyent serrer auee leurs autres thrésors par une magniflcence, comme pour confirmer par là la grandeur de leur empire , et montrer qu'ils estoyent seigneurs du monde. — Pluiarque, Fie d^Mexandre , trad. Amyot , fol. 447.
DE t A PERSE. 13
entreprise pouvait lui offrir ; son courage froid et réfléchi lui fit surmonter tous les obstacles. Depuis longtemps il avait su , au milieu des douceurs qu'une famille aisée pouvait lui procurer, se préparer à la fatigue et à la misère. Pour ne devoir qu'à lui-même le succès de son entreprise, il s'enrôla comme simple soldat de la compagnie des Indes , et partit confondu dans une de ces troupes de bandits, dont les recrues des colonies se composaient alors , gour s'exposer à un avenir de dangers, dont il ne pouvait soupçonner le terme. Aii bout de huit ans , il revint en France , et publia la première traduction de TAvesta.
Voici ce que ses longues recherches nous ont fait connaître :
10 — Une VIE DE ZoROASTRE , composéc sur les données du Zenlast'Pfamah et du Tchingregatch^Namah , poèmes qui remontent à peu près au XIII» siècle , mais qui ont été inspirés par des originaux dont on ignore Tancienneté.
2® — Le Vendidad-sadé, comprenant Vlzechnë^ le Vispéred et le Vendidad proprement dit. -^ Le mot Izeschné désigne une prière dans laquelle on relève la grandeur de celui h qui on l'adresse. L'ouvrage qui porte ce titre se compose de 92 Has on prières divisées en deux parties* La première contient 27 Has, qui ont pour objet Ormnsd ou ses créatures; la seconde parle de l'homme et de plusieurs génies diargés de le protéger. On présume que Tlzeschné faisait partie du premier ou du second Nosk de l'Avesta. — Le Fispéred^ qui nien~ tienne tous les chefs des êtres , est divisé en 27 cardés ou portions, et faisait probablement partie du quinzième Nosk de FAvesta. L'Izeschné et le Vispéred sont mêlés ensemble tians la traduction , comme ils le sont dans les -originaux. C'est l'ordre qui leur est. encore assigné de nos jours dans la liturgie des Parses. — Le Fendidad est un recueil de -
\i- LIVRES SACRÉS
prières conire les Dews (1), ou pour éloigner les Dews. Ce mot qui désigne encore tous les Nosks qui traitaient de la loi , est cependîint plus spécialement réservé au vingtième. Les sections ou divisions du Yendidad se nomment Far-^ gards ; il en contient vingt-deux. Le Yendidad , réuni à rizeschné et au Yispéred , forme le Yendidad-Sadé , que les Mobeds (2) sont obligés de réciter tou^ les jours.
3^ — Les Ieschts^Sadés forment un recueil de prières, qui contient d'abord 18 leschts traduits du Zend. L'Iescht , que Ton nomme quelquefois la première pnèse , est une espèce d'éloge qui présente les principaux attributs des esprits célestes , feurs rapports avec Ormusd et avec ses productions. Les autres leschts sont traduits du Peblvi ou du Parsl. Tels sont les JSéaeschs, les PatetSy les Afergans j les Nékahs, les éloges des cinq Gâhs du jour (3), les Nérangs et les Tavids.
40 — Le Si-RouKÉ est composé des prières récitées en Thonneur des esprits célestes qui président aux trente jours du mois (4). Cet ouvrage est traduit du Zend.
50 — Le Boun-Dehesgh est un livre écrit en peblvi, qui
(1) Les Dews sont les mauvais génies créés par Ahriman , et opposés aux créations d'Orniusd , toutes pures et saintes.
(2) Les Mobeds sont les Parses plus spécialement chargés du culte. Ils Torment , avec les Destours et les fferbeds , la classe lettrée de la nation.
(5) La Journée chez les Parses se divisait en cinq parties ; chacune de ces parties était sous la protection spéciale d'un génie céleste. . (4) Les mois chez les Parses n'avaient que 30 jours. L'année se composait de 12 mois, plus 5 jours [les 5 jours épagomènes], plus 5 petits temps. Djemschid flia sous son règne le commencement de Tannée solaire à l'éqiiinoxe du printemps. — L'année égyptienne était ainsi réglée dès la plus haute antiquité. Gonf. Plutarque , sur Isis et Osiris. — Les Meiicains avaient aussi connu celte division de l'année longtemps avant l'arrivée des Européens sur le Nouveau Continent. Humboldt, Fue des CordUUéres et des monuments des peuples indigènes de VAmérique^ t. Il , pU XXIIL
ûE LA PERSE. 15
passe pour la traduction d'un livre de Zoroastre» ou qui est composé sur la traduction de plusieurs morceaux zends , qui traitaient de l'origine des êtres et de la distribution de Tunivers.
Anquetil Duperron a fait précéder ces différents ouvrages de la Relation de son Voyage aux Indes ^ et les a fait suivre d'un Vocabulaire zend^pehM-^ français et d'un Mémoire sur les usages civils et religieux des Parses , au milieu desquels il a vécu.
A peine Touvrage d* Anquetil Duperron fut-il publié , qu'il se répandit en Europe. Kleuker le traduisit en allemand, en y ajoutant des recherches d'une érudition profonde , sous le titre de Jnhang zum Zend^Jvesta. Ce^ pendant ce travail sur une langue dont on avait à peine la clef» ne devait être qu'un essai, et, panant, il était loin d'être irréprochable ; l'auteur le savait lui-même « sa traduction devait provoquer des recherches.
Depuis 1771, date de cette première traduction , plus d'un demi-siècle s'est écoulé sans rien produire d'impurtant sur ce point; ce n'est qu'en 1838, que M. E. Burnouf a publié le premier volume de son Commentaire sur flaçna.
Il y a bientôt cinquante ans qu'Anquetil Duperron est mort, et que l'Europe entière a prononcé sur le Zend-Avesia. Nous avons vu le dévouement du traducteur ; nous^ ne pouvons taire sa récompense. Les savants d'Angleterre, qui couvaient chez eux les livres zends, trésor inutile malgré leur bon vouloir, opposèrent d'abord Hyde à Anquetil Duperron. Il fut bien constaté que le docteur anglais ne connaissait pas le zend. Les rédacteurs des Asiatic Researches s'en vengèrent en déclamant contre le caractère fier et* hautain de l'orientaliste français. En France ^ on lui op-
posa OUer avec une basse méchanceté. On ajouta au mat Zoroastre, dans le Dictionnaire Historique portatif (i)j une note qui répandit dans le monde savant qu*Otter avait bien commencé la traduction des livres de Zoroastre, mais qu'il y avait trouvé tant de failles qu'il abandonna son projet... Il y en a môme qui- ont été jusqu'à dire que le Zend— Avesta était un tel tissu d*absnrdités , que c'était un bien triste présent fait par le traducteur h la science
Après avoir parlé des livres de Zoroastre, nous ne pouvons passer sous silence le Livre des Rois ou Scha-^Na-* MÉH, d'autant plus que la composition de ce livre offre de» particularités assez curieuses , et qui méritent d'être rapportées.
11 y avait un livre des temps anciens dans lequel étaîént écrites beaucoup d'histoires. Tous les mobeds en possédaient chacun une partie , et chaque homme intelligent en portait un fragment avec lui. Or, il y avait un Pehlevan (prince) y nommé Danischver, d'une famille de DihkanSy qui aimait à étudier et à recueillir les récits des temps passés (2). Il fit venir de chaque province un vieux mobed de ceux qui avaient rassemblé des parties de ce livre, et il leur demanda Torigine des rois, des guerriers illustres, et la manière dont ceux-ci au commencement ordonnèrent le monde. Les vieillards récitèrent devant lui Tun après
(1) Edit. de 17^, au moment même où une lettre d'AnqaetU Duperren , écrite à Surate le 4 avril 1759^ annonçait à ses amis de France qu'U avait 'déjà traduit une partie des livres zends (le premier fargard du Fenàidad)*
(S) Ne dirait-on pas le câèbre Pisistrate à la tète des DIasqoevastes ^ ^coc^xsvocaroce ) > appelant autour de lui les chanteurs bomérides, et leur distribuant une obole pour chaque vers de PIliade et de rodissée qu'ils récitaient devant lui ? II y a quelques rapports entre la composition du poëme persan et celle des deux poèmes de la Grèce.
Tantre les vieilles traditions de leur patrie. Il écouta leurs discours et en composa un livre digne de renom. C*est là le souvenir qu'il laissa parmi les hommes , et les grands et les petits célèbrent ses louanges.
Lors de la conquête de la Perse par les Arabes , la collection de Danischver, trouvée par les vainqueurs parmi les trésors d'Iesdedjerd , subit le sort de toutes les dépouilles que les vainqueurs se partagèrent.
Cependant deux siècles plus tard , on retrouva aux mains de Abdallah-ebn-al-Makafa la collection de Danisctiver , qui y depuis , fut malheureusement perdue. Alors une foule d'auteurs composèrent des histoires sur les vieilles légendes de la Perse. Quelques Arabes s'en approprièrent des extraits informes, qu'ils faisaient réciter par des chanteuses dans les assemblées , tournant en ridicule dans leurs fêtes les anciens rois du pays conquis. Mais dans la partie orientale de la Perse , il n'en était pas ainsi ; une révolution qui s'était faite sourdement dans les esprits vint à éclater, et la Perse secoua le joug du Kalifat. Ce fut Iacôub, fils de Leis, fils d'un chaudronnier, chaudronnier lui-même, puis vo«eur, puis soldat , qui rendit à la Perse son antique splendeur, et fonda la dynastie des Sofihrides. Il parvint à se procurer le recueil de Danischver-Dibkan , et il ordonna à son visir Abou - Mansour de traduire en persan ces livres, écrits en pehivi. Abou-Mansour chargea de ce travail le wakil de son père, Saoud-!bn« Mansour -al-Moamri, en lui adjoignant quatre personnes de pure race persanne. L'ouvrage fut achevé l'an 260 de l'Hégire , sous le titre de Livre des Rois. Les Sofiarides ne gardèrent pas longtemps le pouvoir; vers l'an 297 de THégire, leurs possessions tombèrent aux mains des Samanides , qui s'occupèrent avec ardeur des anciennes traditions persannes. Balami,
Id LIVRES SACRÉS
vSsir d*Abott-âaleh-Mansour, le Samaiiide, chargea D^- Kiu de mettre en vers la traduction du recueil de Danîscbver* Le poète mourut assassiné par ua esclave , laissant sou œuvre inachevée. Les Samanides n'eurent pas le temps de faire recommencer l'entreprise, car leur empire tomba quelque temps après aux mains des Gbaznevides, Mahmoud , le second roi de cette dynastie , s*afiranchit de plus en plus du joug du Kbalifat , et même abolit Tusage de Tarabe dans Tadministration de son royaume*
Mahmoud ^ qui s'était formé une . cour littérs^re , ne pouvait laisser passer inaperçu l'ouvrage, de ses prédécesseurs. Il proposa des récompenses pour les meilleures rédactions en v^rs des épisodes du poëme.de Danischver, et les désignait Ipi-méine. Il pressait Ai^arv » poète fort distingué d'alors» de mettre en vers, toute cetle collection; mais celuirci n'accepta point pour lui-même; ji. proposa auroi Abou-Kasim-Mansour, dit Firdosi (le Paradisiagae). Les documents authentiques dans lesquels est consignée ^ biographie sont trèsrrares ; on ne trouve même nulle part la date exacte de sa naissance ; il vécut dan^ le , lY® siècle d^ l'Hégyre» le X^ de J.-C. De bonne heure il s'était occupé de ce genre de poésie ; . plus, quç tout autre il pouvait remplir les projets de Mahmoud» et il. s'en acquitta avec un succès qui lui. vfilut les faveurs du roi» C'est, ce poëme que M. MoHL vient de traduire > en partie du moins, dans Ja belle collection orientale que le gouvernement publie»
Les autres ouvrages nationaux ^que nous donne la Perse
sont à peu près tous rappelés dans une notice qu'An- <]uetil Duperron a mi^ en tête de ses ouvrages;, la plupart n'ont point encore été traduits; nous n'en connais- "sons que des fragments, nombreux il est vrai, mais qui
sont encore trop restreints pour que nous puissions parler en connaissance de cause de cette partie de la littérature de la Perse. Aussi nous en tiendrons-nous à nommer quelques-uns de ces ouvrages, d*après lés savants qui les ont pu consulter dans la langue même ofa ils sont écrits.
Le Zerdust-Namah est lia plus ancienne vie de Zôroastre, cottipotée ptar Zerdust^Behram; cet auteur nous apprend lui-même qu'il écrivait l'an 647 ù' lesded^erd (1)/ ce qui revient a l'an 1376 de J.-C; mais il assure quMl ne faisait que traduire une ancienne histoire écrite en pehlvi , avec l'aide d'un mobed très-versé dans la connaissance de cette vieille langue. L'original pehlvi rendonte au moins à la conquête de la Perse par les Musulmans y suivant Anquelil Duperron. L'abbé Foucher lui assigne une date antérieure, et le fait remonter au règne de Sapor 1«% vers la fin du troisième siècle de notre ère.
' Le Mino-Khbred est une espèce de conférence dont on ne connaît pas l'auteur ; celui qui interroge se nomme Danaë, c'est-^-dire suçant, et celui qui répend Minevad-Khered y c'est-à-dire esprit iilçin» Les uns prennent ces interlocuteurs pour Zoroastre et l'Esprit divin ; d'autres veulent que ce soit une âme pure qui consulte la lumière divine , descendue en elle-même. Le résultat du dialogue est la loi de Dieu rationalisée (2).
(i) lesdecljerd, fils de Shéhériar, 28e et dernier roi de la dynastie des Sassanides, fut détrôné par le kalif Hazeret-Omar-Ketab, et mourut Pan de J.-G 6M. L'ère des Parses commence k la ir« année du rôgoe de ce prince, c'est-à-dire Tan de J.-G. 632.
(2) Il est à remarquer qu'un philosoplie de nos jours , pour ainsi dire. Malbranche, ait adopté , dans un de ses ouvrages , une forme analogue, et qu'il établisse un Dialogue régulier entre un CroyanU qui aspire h connaître et le Ferbe Divin qui lui répond et l'instruit.
L'EuLMA-EsLAM est une conférence théologique qui prend la religion des Parses par ses fondements, et la rattache k des principes inconnus au peuple, et même peu compris par le commun des prêtres, niés d'ailleurs ou cachés par ceux qui en ont le secret. On ignore Tauleur et Tépoque de la composition de cet ouvrage.
Le Sad-der ( c'est-k-dirc les cent Portes) est un livre composé en langue persanne, il y a environ deux cents ans , sur des documents qui ne sont point parvenus à notre connaissance. On en trouve une traduction latine dans les œuvres de Hyde.
Le Dabistan est un traité sur douze. religions différentes» composé par un voyageur mahométan , natif de Kachemir, nommé Shaik - Mahomed - Mohsin dit Fard - ( le Péri" sable) (1) , sur des anciens manuscrits pehlvis, entre autres le DesastirovL Tamarawasteer^ qui vient d'être retrouvé.
Un des ouvrages les plus curieux de la littérature et de la philosophie de la Perse est la collection des RAVAëTS. Ces Ravaëts sont le résultat des correspondances que les Parses de Tlnde établirent avec les Parses du Kirman , lors de la ruine de leur empire , pour consulter ces derniers sur les principaux articles de la religion. Les réponses des Deslours, dlezd, du Kirman, d'Hispahan, contenues dans le grand Ravaëts, ne remontent pas au-delà de Tan 1015 dlesdedjerd (de J.-C. 1645). Celles du vieux Ravaëts sont
(1) En Perse et dans rinde, les hommes qui ont le talent de faire des vers prennent le nom de Shaher, ou portes « et tiennent , i raison de ce titre , ua certain rang dans la société. Ils prennent aussi un (lUchuUus , ou nom poétique , par lequel ils se désignent dans leurs poèmes. McLhomedn Mohiin se faisait appeler Fani, ou le Périsable , comme nous avons vu Tauteur du Scha^Nomeh, Jbou-Mansour, se faire appeler fïrdoust^ c'està-dire le Paradisiaque.
on peu plus anciennes; elles remontent à Fan 885 dlesdedjerâ (de J.-C. 1516).
Nous ne pouvons plus que nommer le Sad-dbr-Bocn- DEHESCH, qui parle de la morale et de la religion parse^ de Torigine des élres , des bons et des mauvais génies , de la mission de Zoroastre. Le Modsimel el Tavarick est un précieux sommaire des histoires de la Perse, écrit vers Fan 520 de FEgire (de J.-C. 1126).
DakikI; poëte du IX» siècle, Masudsi, historien du siècle suivant, Josua-Bar-Bahcl , qui vivait à peu près h la môme époque, et tant d*autres, ne sont guère pour nous que des noms ; il n'y a que les érudits qui soient dans la confidence de leurs ouvrages.
L'histoire de cette littérature est donc h faire et à vulgariser. Malgré les nombreux travaux dont la Perse a été l'objet 9 il reste encore beaucoup de secrets h pénétrer sur cette terre mystérieuse. Hyde fut un des premiers qui aient essayé de soulever un des coins du voile. Ce savant anglais, compulsa les auteurs arabes et persans; il joignit à ces recherches les témoignages des voyageurs modernes et les récits que plusieurs de ses amis lui écrivaient de FInde, et composa ainsi son fameux ouvrage sur la Religion des anciens Perses. Mais, comme nous Favons dit, il ne connaissait point le Zend; et quoiqu'il eût aux mains des fragments de FAvesta , il ne pouvait les comprendre. Aussi plus d'une fois il fut induit en erreur, car les sources auxquelles il puisa n'étaient pas de la première antiquité.
Kleuker , sous le titre de iiepsika , a recueilli , avec la patience qui caractérise les érudits d'Allemagne , tout ce que les écrivains grecs et latins ont rapporté sur Zoroas-> tre, sa doctrine, et les cérémonies religieuses des ancien»
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Mages (1). Mais touies ces recherches sont insuffisantes; la Grèce et Rome ne sauraient faire connaître Iç culte d'Ormusd. Il n*y a que dans le Zend-Avesta qu*on peut trouver des documents sérieux sur le Mazdéisme.
Depuis que nous avons publié les leçons de notre niaî« tre (2), ses travaux Tout appelé sur des terres nouvelles ; nous Tavons laissé voyager au milieu des débris de la Grèce, interrogeant tour-à->tour Homère i Socrate » Pythagore , Platon et Aristote , et nous sommes resté dans la Perse a peu près au YP siècle avant notre ère. Pienlôt nous vous dirons le résultat de nos travaux. Ce n*est point un moment de surprise ou de curiosité vaine qui nous a fait ouvrir les livres de Zoroastre, pour les refermer aussitôt. Il y a trop de poétiques beautés et de vérités utiles à répandre dans le vieil Orient, pour saluer toutes ces merveilles en un jour. Maintenant 9 plus que jamais, le rendez-vous des sciences et de la philosophie n'est-il pas sur ces superbes ruines ? De même que Thomme en vieillissant retrouve ^vec bonheur ses souvenirs d'enfance plus frais dans sa mémoire, ainsi les nations aiment h se rappeler leur passé , se complaisent dans leurs souvenirs. Le monde oriental aqté-
(1) Noaa deyons ctter entre «^tref « parmi les aotears grecs et Utins qui ont parlé de la religion des Perses. — Hermippe de Smyrne, qui ylyait wm un des Ptolémées , dads le 3» siècle de notre ère. — Nicolafls » de Damask, philosophe platonicien, qa'Auguste comptait au nombre de ses amis.— Les Upm Âoyoc de Dion-Ghryaostome. «- Eusèbe, dans son liyre intUalé UpK (Twaytayti rwt nspatxbiv. — Suidas ¥<>. Zopooiarpiiç , et son traité Uepi (fv<rttoç . — lamblique et Proclus^ qui ont écrit un long commentaire sur les rapports des doctrines de Zoroastre et de Platon , etc. ; et plus près de BOUS » les Zwoailriana de Pic de la Mirondole , etc.^ etc.
(2) Leçons de Philosophie orientale , professées à la faculté des lettres de Gaen par M. A. Charma.
rieur à la civilisation grecque et romaine ne nous est connu que d'hier, et cependant déjà que de travaux, que de recherches; avec quel enthousiasme chacun prend possession de ces plages , à la fois si anciennes et si nouvelles ! Que l'humanité ne craigne pas de se vieillir en fouillant ces annales qui attestent déjà une si longue vie , en s*étudiant avec quelque attention , elle reconnaîtra bientôt qu'elle n'en est qu'à sa première jeunesse ; plus elle plongera dans le passé » plus elle découvrira Timmensité de l'avenir !
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