SUR
Il y a plusieurs mois que la notice suivante devait paraître dans le Précurseur de Lyon ; mais , instruit (le îS février présente année ) que ce journal ne parlait médecine et sciences que lorsqu’il y avait quelque chose de local, l’on n’a point insisté sur l’insertion de cet écrit dans ledit journal, et l’on s’est volontiers résigné à l’inconvénient d’un retard dans une publication qui cependant, faite l’hiver passé, aurait procuré à son auteur une espèce de vraie jouissance, en ce qu’il aurait formellement prédit à un médecin, autant estimable qu’instruit, que tôt ou tard on lui rendrait la justice qu’on lui refusait alors. Mais , ayant lu tout récemment , dans la France littéraire ( nouveau Dictionnaire bibliographique , t. I , p. 164 ) , quelques idées extraites de mes différens ouvrages , et relatives aux maladies contagieuses ; et apprenant en même temps qu’on propose avec chaleur la suppression des lazarets , pour laquelle des savans du plus grand mérite se déclarent ouvertement , j’ai pensé que l’impression du factum qui suit, pourrait corroborer ces mêmes idées , et motiver ainsi la décision de l’Autorité pour ou contre cette mesure.
Il aurait été à souhaiter , pour le bien de lliumanilé et pour l’honneur de la science, que , dans le procès qui vient de s’élever au sein do la Société Royale de Médecine de Paris , entre M, le docteur Chervin et les membres de la Commission médicale envoyée en 1822 dans l’Espagne,
il y eût eu d’un cote une opinion un peu moins exclusive , et de l’autre un peu plus de modération et de bonne foi» Car, si cette discussion, qui commençait vraiment par être scandaleuse et affligeante, ne s’était établie qu’avec 1 intention de chercher la vérité et de la soutenir avec candeur et noblesse , les adversaires de IVL Chervin qui , il faut l’avouer, jouait seul les cartes sur table , se seraient sans doute épargné des qualifications presque injurieuses, dont ils n’ont point craint de gratifier un peu légèrement les savans qui ne pensent pas comme eux, et ils se seraient fait, au contraire , un plaisir et un devoir d’applaudir au zèle et au courage de celui qui vraisemblablement ne songea jamais qu’à être leur émule, et nullement leur antagoniste dans la carrière médicale, et cl appeler sur lui toute la considération publique qui lui est due sous tous les rapports, et qui tôt on tard le dédommagera de ses voyages , de ses périls et de ses dépenses pendant dix années consécutives» Ce sont les vœux bien sincères que feront tous les médecins qui sont amis de leurs semblables, et dont la bienfaisance ne fait acception de personne; et c’est pour me montrer digne d’être compté parmi ces philanthropes , que je me permets de soumettre au monde médical les idées ou propositions suivantes dont le résultat, s’il était fondé, serait
de concilier les opinions des contagionistes et des non-contagionistes , avantage au sujet duquel je reclame la priorité sur ce qu’a pu dire à cet egard M. le docteur Audouard, posterieurement à deux de mes ouvrages imprimés, l’un en 1809 et l'autre en 1822.
Toute maladie , fébrile surtout, et dont 1 Impression se porte, se fixe et s’exerce sur un système entier , comme l’organe cutané ,1e poumon , le tube intestinal, etc., est susceptible de devenir contagieuse pour des individus dont les mêmes systèmes , par l’influence de certaines circonstances réunies, viennent à présenter plus ou moins d’analogie, plus ou moins de consensus et de rapports avec les premiers malades. C’est de cette manière que I on conçoit et que l’on explique comment et pourquoi Ton voit trèssouvent , par exemple , la fièvre jaune , qui nécessairement a du n’être d’abord que sporadique , au plus épidémique, s’établir ensuite et se propager contagieusement parmi des sujets rassemblés en plus ou moins grand nombre, et par cela même, se liant par des affinités , par des relations naturelles ou acquises , et plus ou moins multipliées. Mais , s’il est vrai que cette terrible maladie puisse se produire par des accidens individuels, au milieu d une longue navigation.
et sur des vaisseaux partis des ports où ne régnait point la fièvre jaune; et si en outre il est vrai quelle ait éclaté parfois dans les endroits du continent les plus sains et les plus secs, il est à conclure quelle n’est nullement exclusive aux contrées marécageuses , et qu elle peut survenir dans des lieux de nature opposée. C’est d’après cette différence de circonstances et de localités, que Ton est en droit de reprocher a certains auteurs de s’ètre trop attachés à n’admettre invariablement qu’une infection marécageuse , ou une infection animale , et à soutenir constamment que la première n’était pas susceptible de présenter parfois un résultat contagieux. De plus, celte dernière assertion pouvant conduire à cette autre, que l’infection paV miasmes provenant d’animaux vivans ( car celle produite par des émanations de substances animales privées de vie est plus ou moins analogue à celle par 1 'infection paludique ) est la seule entachée de contagionabüité, il me paraît nécessaire d’ad¬
mettre qu’en général la fièvre jaune peut également naître et primitivement et spontanément de l’impression de tout effluve ou animal ou végétal , accumulé et comme ..concentré à l’entour de plusieurs individus réunis, et que si les premiers malades par lune ou l’autre infection, restent isolés, il n’«y aura point ou presque point
tle contagion, tandis qu’il en sera tout autrement si ces mêmes malades se trouvant comme confondus ( dans un même espace plus ou moins circonscrit ) avec d’autres personnes non encore infectées, il résulte pour tous une communauté de moyens , une même sphère d’actions et d’influences 5 et une presqu’identité d’affections morales et physiques, etc. Toutefois faut-il ajouter ici: i.° que la nature de la maladie prise par contagion ou par infection organique ou miasmatique , doit présenter quelque nuance tranchante qui puisse la différencier de celle contractée par voie de simple infection ou d’ infection inorganique ; 2.0 que dans le cas de la contagion proprement dite, les phénomènes morbides doivent varier suivant que les émanations sortent activement des sujets infectés , ou qu’ils sont fournis passivement par ces mêmes malades ; 3.° que faction des miasmes animaux peut être accrue de celle des effluves de marais ou de substances animales mortes , et produire alors une maladie compliquée, et en cela plus dangereuse et plus difficile a traiter; et 4*° que c’est en supposant la dominance ou des miasmes organiques ou des effluves inorganiques , que l’on peut expliquer pourquoi la même maladie en apparence, peut se montrer contagieuse dans un pays et pendant une année, etc. , ou simplement épidémique dans un autre
temps et dans un autre parage ; et toutes ces différences, soit dans les lieux où la fièvre jaune sévit, soit par rapport à F origine, à l'invasion et à la marche de ce typhus, n’en doivent-elles pas apporter dans le faciès et le traitement de cette lièvre pestilentielle; de manière qu'en admettant qu'en Europe elle ne doive pas tout à-fait s'accompagne? des memes symptômes qu'aux Antilles ou ailleurs, il s’en suit nécessairement , i.° que 1 on a pu voir la fièvre jaune également à des époques différentes, et à Rome et à Barcelone; 2.° que l'épidémie dixPomègue (en 1821 ) a été aussi un typhus ietérodes analogue à la fièvre jaune d'Espagne, quoique ses symptômes ne fussent pas autant identiques avec ceux de cette dernière; et 3.° que la fièvre jaune qui paraîtrait à Lyon, par exemple, ne ressemblerait pas parfaitement à celle de Cadix ou de Barcelone, ni à celle d'Amérique; car, encore une fois, il n’est pas douteux que la diversité des peuples, des climats et d’autres circonstances doivent en déterminer dans le formel de deux maladies analogues, observées dans des lieux très-distincts et plus ou moins éloignés lu* uns des autres.
Pour me rendre encore plus clair sur ce que
je viens a avancer, je répéterai que, quoique
quelques médecins de l’Amérique regardent
comme non-contagieuse la fièvre jaune qui se
déclaré dans cette contrée, on a cependant observé qu'un ou deux accidens sporadiques de ce typhus , portés de terre à bord d’un bâtiment , suffisent pour en déterminer facilement et promptement la propagation, dès que quelques jours d’une navigation plus ou moins pénible ont établi des rapports , ont fait naître des consensus, des sympathies pari identité de régime, d’occupations et d’état moral parmi les différens individus formant l’équipage ; et il est d’antânt plus naturel d admettre dans cette occurrence une extension sensible de la fièvre jaune proprement dite, qu’il a été également observé qu’une lièvre simple bilieuse, contractée sur terre-ferme, peut dégénérer, à bord d’un vaisseau, en vrai typhus ictérodes, quand les fiévreux y sont nombreux, et qu’ils s’influencent mutuellement ; et dès-lors, les nouvelles atteintes de fièvre jaune en favorisent bientôt la contagionabilité, comme il a été dit ci-dessus.
Mais ce à quoi I on n’a pas encore fait attention , c’est qu indépendamment du danger de^ voir naître la fièvre jaune par la dégénérescence d’une fièvre bilieuse développée pendant la traversée , il peut arriver que des marins , se trouvant ordinairement, et après beaucoup de misères et de privations, dans une très-grande disposition â contracter la moindre épidémie
marécageuse régnante dans le parage où leur navire vient d’aborder, peuvent ainsi en éprouver facilement 1 impression fâcheuse, au point de devenir eux-mêmes un nouveau foyer d infection non-seulement inorganique , mais encore organique , d ou surviendra successivement une dégénération de la maladie elle-même des indigènes et une tendance à faire encore subir à ces derniers , à raison de l’intervention et de linûuence des nouveaux débarqués, des modifications suffisantes pour constituer et faire développer parmi eux une véritable fièvre jaune.
Pour donner pi us de force à cette assertion , qui ne plaira pas à tout le monde, je crois devoir dire , avec Volney , que non-seulement les vaisseaux accusés d avoir apporté avec eux les germes de la fièvre jaune qui a ravagé en divers temps les Etats-Unis, n’avaient présenté des malades à leur bord que depuis leur ancrage aux quais et dans les lieux insalubres de New-Yorck et de Philadelphie ; mais encore que ce même typhus ictérodes avait COMMENCE par les gens des bâtimens qui avaient eu le contact le plus immédiat avec les endroits malsains . MM. Eally, François et Pariset ne sont donc point, fondés à faire admettre que la fièvre jaune n’a pu être indigène , et quelle ne se forme pas spontanément en Espagne. Je vais plus loin , et je dis que les vaisseaux
de la Havane qui n’ont point eu de malades dans la traversée, et qui cependant en ont donné après leur Arrivée en Espagne ( 1820) , et seulement encore après les réparations faites à leurs bordages ( vo y. Revue médicale . t. il. p. 1 4 8 ? et t. iv. p. 235 ), n’ont dû ces accidens de fièvre jaune qu’aux exhalaisons putrides dégagées de ces différens bordages, dont en outre Faction délétère a eu pour victimes les individus qui y avaient été relégués et entassés , et dont meme Fimpression fâcheuse n’a eu lieu Sabord que sur les ouvriers charpentiers qui avaient travaillé à ces réparations de revêtement des batimens, et ensuite sur les autres individus du même pays qui avaient contracté et présenté le plus d’analogie, et qui en même temps avaient eu le plus de communications avec les premiers malades. Cette dernière observation confirmerait 1 opinion des colons américains qui pensent qu’il suffit de l’arrivée d’un vaisseau anglais, et que son équipage aille à terre , pour y faire naître la fièvre jaune. M. Audouard, qui rapporte cette opinion , a donc raison d avancer qu’un miasme fébrile ne devient contagieux que par le travail intestin qu’il subit dans les individus qui ne Font reçu qu’épidémiquement ou qui Font sporadiquement contracté^ On pourrait donc contester au moins une partie du sentiment de MM. Bally,