PAROI NORD
a, trois figures sous des arcades.
b, c. Effacés.
cl. Une ligure nimbée; deux anges volent au-dessus de sa tête. Une grande foule se presse à l’entour. Un des personnages semble désigner le saint d’un geste de menace. On lit sur le fond : DIONISIVS. Ce seul mot me semble donner la clef de cette composition. Saint Savin fut mené, comme on l’a vu, devant l’idole de Dionysius par le proconsul Ladicius. Ce serait donc une scène de son martyre qui serait représentée ici; et l’on peut supposer, non sans vraisemblance, que les deux compositions précédentes se rapportaient à la même légende.
Sur le contre-fort intérieur du même côté, quatre saints ou quatre évêques, e,f g, h, font pendant aux personnages semblablement disposés sur la paroi sud.
p de la paroi nord est encore un pendant aux peintures de la portion de muraille opposée
On distingue trois personnages sous des arcades; probablement ce sont, comme les précédents, des saints patrons de l’église.
Le reste de la paroi nord a perdu son enduit de mortier. La paroi occidentale ne paraît pas avoir été jamais recouverte de peintures; on se rappelle quelle est percée d’ouvertures pour la manœuvre d’un pont-levis.
Résumons en peu de mots cette immense décoration historiée :
Dans le vestibule, une série de sujets tirés de l’Apocalypse;
Sur la voûte de la nef une suite de compositions prises dans la Genèse et l’Exode;
Le chœur réunissait autour du Christ les saints protecteurs de l’abbaye, ou qui ont illustré la province d’Aquitaine;
Les chapelles offraient également les images des patrons de l’église et des évêques du pays ;
La crypte était consacrée à la légende des saints Savin et Cyprien ;
La tribune enfin, outre une série de sujets empruntés à la Passion et à la légende locale, réunissait, comme en une espèce d’iconostase, les images d’une foule de saints honorés particulièrement dans le monastère.
DE L’ÉGLISE DE SAINT-SAVIN
Les peintures de Saint-Savin, du moins toutes celles que j’ai pu observer de près, sont des fresques', c’est-à-dire quelles ont été appliquées sur un enduit de mortier humide dans lequel les couleurs, préparées à l’eau de chaux, ont pénétré à quelques millimètres. L’action de la lumière a beaucoup affaibli la vivacité des teintes; on peut s’en convaincre en comparant les peintures de la nef exposées au jour, avec celles de la crypte, qui sont demeurées dans une obscurité continuelle : les premières sont passées, tandis que les autres ont conservé toute leur fraîcheur. Mais la cause principale de destruction paraît avoir été l’humidité; lorsqu’elle n’a pas occasionné la chute du mortier, comme cela est arrivé malheureusement pour la voûte du chœur, elle a produit une espèce d’efflorescence (c’est cette végétation rose dont j’ai parlé tout à l’heure) qui a détaché les couleurs de l’enduit avec lequel elles devaient s’incorporer. Il ne reste plus alors qu’une poussière qui s’enlève au moindre frottement. En quelques places, les couleurs, soit quelles fussent trop épaisses2, soit quelles aient été appliquées sur du mortier trop sec, soit enfin quelles soient des retouches en détrempe, se sont soulevées par écailles, ne laissant plus sur l’enduit qu’une empreinte, très-faiblement colorée et souvent incertaine.
Les blancs et les tons de chair se sont altérés plus que les autres teintes. Sur les pendentifs du chœur et dans la chapelle de Saint-Marin, il y a des roses qui sont devenus d’un noir verdâtre. Probablement les couleurs décomposées de la sorte sont des retouches anciennes, car on remarque quelles sont plus épaisses que les autres et imparfaitement fondues avec les teintes quelles recouvrent. Je pense d’ailleurs que ces peintures du chœur et des chapelles sont d’une autre date que celles de la nef et de la crypte , ou tout au moins exécutées «par des artistes- à qui les procédés de la fresque étaient moins familiers.
On sait que les maîtres italiens se servaient d’un style ou d’une pointe de métal pour ébaucher leurs compositions sur l’enduit de mortier. Ce trait, gravé plus ou moins profondément, n’existe pas dans les fresques de Saint-Savin3. L’ébauche a été faite au pinceau: c’est un trait esquissé en rouge. Grâce à la solidité de cette couleur, souvent le trait s’est
1 II faut en excepter la^, Vierge du narthex et le saint Cliristoplie du Iranssepl, l’un et l’autre peints assez longtemps après les grandes compositions de la nef et de la crypte. Les mortiers sur lesquels les peintures sont appliquées sont faits avec la chaux du pays et le sable tamisé; on les a lissés avec beaucoup de soin, et sur la dernière couche on a passé un lavage de chaux, pour faire disparaître toutes les aspérités et boucher les interstices.
2 Le moine grec, auteur du Guide de la peinture, traduit
par le docteur Paul Durand , recommande d’appliquer les diffé¬
rentes couches de peinture fort minces, afin quelles adhèrent bien les unes aux autres. Il paraît que cette recommandation n’était pas toujours exactem.ent suivie. Voir Manuel d'iconographie chrétienne, p. 35, comment il faut faire les carnations.
'I On voit cependant Quelques traits d'une ébauche à la pointe dans la chapelle n° 5. M. Joly, qui les a observés le premier, pense que cette ébauche n’a jamais été exécutée. Il a reconnu d’ailleurs qu’elle était tracée d’une main hardie, et il la compare à l’esquisse d’un artiste exercé plutôt qu’à un calque timide d’après un poncif.