‹ Notice sur les peintures de l'église de Saint-SavinChapitre 3 sur 52 · VI. Coupe transversale? «le? l'église · texte numérisé non relu

VI. Coupe transversale? «le? l'église

Les piliers placés au centre des transsepts, et destinés à soutenir la coupole et le clocher, ayant une très-forte saillie sur l’alignement des colonnes de la nef, le chœur est masqué en grande partie au spectateur entrant dans l’église, qui, de loin, pourrait croire que pour arriver au maître autel il a une porte à franchir. Cette disposition nuit à l’effet pittoresque qu’on pourrait attendre de la grandeur réelle de l’édifice, et a, de plus, ce désavantage, qu’elle empêche de voir le chœur du point de vue où le chevet et les chapelles qui l’entourent paraîtraient de la manière la plus favorable. A Saint-Sernin de Toulouse, on observe une disposition semblable, mais elle n’appartient pas au plan primitif. L’érection tardive d’une très-haute tour au-dessus de la coupole des transsepts a nécessité le renforcement des piliers au centre de l'église. Ici, l’on serait tenté, au premier abord, d’attribuer à un motif analogue la saillie extraordinaire des piliers des transsepts. Un examen plus attentif ne permet point cependant d’admettre cette hypothèse. En effet, le clocher a des proportions médiocres, et rien dans ses détails ne semble appartenir à une époque postérieure à la construction générale. Le rétrécissement disgracieux de la nef et la saillie de ces piliers pourraient s’expliquer simplement par la timidité ordinaire aux premiers architectes de l’époque romane. Bien différents de leurs successeurs, qui recherchaient les constructions difficiles et hardies, ils craignaient de donner à leurs voûtes une portée trop grande, et exagéraient la force des

massifs destinés à les soutenir. Je reviendrai au reste sur ce point, et je proposerai une autre explication, peut-être plus satisfaisante,. qui me sera fournie par l’histoire du monastère.

Les croisillons des transsepts sont fort courts, et leurs murailles absolument nues. Chacun a une petite chapelle semi-circulaire qui s’ouvre à l’ouest, et qui forme comme la base de la couronne d’absides et d’autels qui entoure le chevet.

Au xviic siècle, on avait fait une sacristie dans le croisillon nord, au moyen d’un mur qui l’isolait du reste de l’église. En démolissant ce mur, au commencement de la présente année, on l’a trouvé formé en partie de débris sculptés, appartenant, comme il semble, au XIIe ou au xme siècle. Le fragment le plus considérable et le plus curieux est une grande statue d’ange, complètement peinte, mais malheureusement mutilée. Elle était encastrée dans le mur du transsept, sous la retombée de l’arc que forme l’ouverture de l’abside. Il est évident qu’elle n’avait été mise là qu’à une époque assez récente, et pour faire office de moellons. On ignore où elle a pu être placée, dans l’origine. La vignette ci-jointe me dispense de toute description.

Un peu plus loin, à l’angle rentrant du même croisillon, le long de la muraille orientale du transsept, entre le mur nord et l’abside, on a trouvé en i844 un tombeau de pierre de forme trapézoïde, composé de deux pièces : l’une en façon d’auge, avec une place creusée et arrondie pour la tête du cadavre, l’autre servant de couvercle, plate en dessous et présentant à l’extérieur un angle très-obtus. Sur le côté plat, à l’intérieur, on lit l’inscription suivante tracée en creux :

HICRCOVICZ6T ODO ABBAZ

Hic requiescit Odo ubbas.

Les caractères sont très-frustes et de la forme la plus barbare. 11 paraît que ce tombeau aurait été déjà fouillé, car on n’y a trouvé ni ossements, ni aucun de ces objets que renferment d’ordinaire les sépultures du moyen âge. La tête du mort, ou plutôt la partie du tombeau destinée à la recevoir, était tournée au nord.

DE L’ÉGLISE DE SA1NT-SAV1N. 11

On connaît deux Odon abbés de Sainl-Savin, le sixième et le neuvième; l’un mort en 9/12, l’autre vers le milieu du xie siècle. U est impossible de déterminer aujourd’hui auquel des deux appartient ce tombeau. D’ailleurs il est si étrange de tracer une inscription à l’intérieur d’un sépulcre, qu’011 se demande si le couvercle n’a point été retourné et taillé pour une nouvelle destination. On pourrait peut-être expliquer cette inscription cachée, par un motif d’humilité, qui aurait porté l’abbé Odon à vouloir dérober sa dépouille mortelle aux hommages de ses successeurs immédiats.

Dans l’abside de l’autre croisillon, êldans l’épaisseur du massif de maçonnerie qui supportait l’autel, on a découvert tout récemment un tombeau en pierre dont l’origine est inconnue. D’après sa forme, et surtout cl’après l’ornementation des chapiteaux des colonnettes qui le soutiennent, on doit présumer qu’il remonte aux premières années du xin° siècle. La vignette ci-jointe en fera connaître la disposition, qui m’a paru assez curieuse pour devoir être reproduite.

Un peu plus loin, et dans le mur même, on a trouvé une fiole en verre blanc, de forme allongée, avec un goulol étroit, scellée à ses deux extrémités du sceau de l’abbaye, et

®tX. Sceau (le l'abbaye de Sainl-Savin.

renfermant une substance jaunâtre qui s’est solidifiée après avoir été liquide. Auprès de la fiole était un mereau de l’ordre de saint Benoît, portant les initiales ordinaires de ces sortes

MOT IC K SCR CCS PCI VH RCS

de jetons1. La forme cle la fiole, celle du cachet, enfin la présence du mereau, ne permettent pas de croire que ce singulier dépôt ait été fait à une époque fort ancienne. Trèsprobablement il ne remonte pas au delà du %ync siècle. Pourquoi ces objets ont-ils été cachés de la sorte dans l'intérieur d’un mur? C’est ce qu’il serait, je crois, difficile de deviner aujourd’hui.

Du croisillon sud on passait autrefois dans le cloître et dans les bâtiments réguliers de l’abbaye. Le cloîtré est. absolument détruit. Ce qui reste des bâtiments réguliers date du xviic ou xviiie siècle, et sert maintenant de logement à la brigade de gendarmerie de Saint Savin.

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