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ET INSTALLATION DE L’INSTITUT ANATOMIQUE DE BORDEAUX

Tout le monde a pu voir, à l’Exposition du Ministère de l’Instruction publique, section française, : le^. plans de, nos trois pavillons, construits, avec ; un talent.hops . ligne par M. Pascal et aménagés par lui d’après les, indications qu’il m’avait fait, l’honneur de me demander. Je me bornerai à signaler leur organisation intérieure, les appareils, l'instrumentation nouvelle et perfectionnée que j’ai cru devoir y introduire.

t° Laboratoires, salles de dissection.

Les cadavres, fournis par les hôpitaux, sont amenés le soir,,dans un fourgon couvert, Aussitôt arrivés, ils sont numérotés et inscrits sur un registre ad.hoc, avec leursi nome, la date, du décès, l’hôpital, le numéro du lit et de la salle d’où ils proviennent. Toutes ces indications nous permettent, le cas éphéant, de nous reporter ,à la nature de la dernière maladie et de rechercher les antécédents de l’individu lorsque, dans

le cours des dissections, nous découvrons soit une anomalie quelconque, soit une lésion passée inaperçue. 1

Ces constatations préliminaires accomplies, les sujets, quand ils n’ont pas été autopsiés et pourvu que déjà la putréfaction gazeuse ne s’en soit pas emparée, sont déposés sur des massifs en béton, construits dans une grande salle située au sous-sol (•)., Ces blocs en béton sont inclinés de la tête aux pieds; ils sont garnis de ramures qui, toutes, aboutissent vers l’extrémité inférieure et se réunissent dans une seule rigole, qui conduit à un récipient tous les liquides qui pourraient s’échapper.

Un garçon, très habile et très habitué à ce service, cherche la carotide primitive gauche-, y introduit une canule à injection, avec robinet, montée sur un long tube de caoutchouc. Ce dernier est en communication avec une bonbonne en verre qui contient le liquide destiné à l’injection conservatrice. L’artère étant fixée sur la canule, on ouvre le robinet et, sous l’influence de la pression (la bonbonne est placée à trois oü quatre mètres au-dessus du niveau du sujet), le liquide pénètre.,Qn abandonne alors l’appareil à luhmême et, douze heures après, le lendemain matin, on constate que le niveau du liquide de la bonbonne ne baisse plus, on fermé le robinet, on lie l’artère au-dessous de la canule, on retire celle-ci, le sujet est transporté plus loin et mis en réserve jusqu’au moment ou l'on veut

Putilisér. Dans ces conditions; et - alors même qué l’abdomen du cadavre avait, à l’arrivée, la couleur verte caractéristique, lé corps, avec tous ses viscères et ses centres nerveux, se trouve à l’abri de toute putréfaction.

Lorsque, au contraire, le sujet a été autopsié, me: pouvant plus pratiquer une injection générale, je fais pénétrer le liquide soit simultanément;- soit- successivement par les axillaires, par les fémorales et par les carotides,'après avoir épongé avec soin les cavités- Splanchniques ou ce qu’il en reste et lès avoir fait laver largement avec-le liquidé antiseptique!

Très peu de temps, une heure tout au plus, après la ligature du vaisseau et l’ablation dé la fcanüle à injection, il ne reste plus trace de liquidé dans les gros vaisseaux, tout a pénétré jusque dans l’intimité -dès

Pendant un temps qui varie suivant les saisons, les cadavres restent ainsi à l’état d’intégrité parfaite, puis, peu à peu, la couche cornée de l’épiderme tombe par places, la couche malpighienne est à nù, elle sé dessèche à l’air comme un vésicatoire et lentement cette dessiccation gagne la profondeur.

J'ai, dans mes salles de conservation, des sujets ainsi momifiés avec leurs viscères, qui datènt de trois et quatre années: : :

Ceux qui ne sont pas destinés à ces ^expériences de conservation prolongée sont utilisés, suivant les besoins, r pour les dissections où:pour la médecine opératoire ; toujours, on le comprend, nous distribuons aux élèves les cadavres les plus anciens en date d’injeo-

quemment, et jamais, pas une seule fois, coupures, déchirures et piqûres n’ont occasionné le moindre, accident; jamais même une gouttelette de pus ne s’est formée dans ces petites plaies. Depuis longtemps nous avons tous renoncé à l’usage de la lotion phéniquée, un simple lavage à l’eau suffit et, souvent même, les élèves continuent leurs dissections sans précaution aucune aussitôt après que le petit écoulement de sang s'est arrêté. De tous les bénéfices retirés de ma méthode, c’êsjrde ce dernier dont je me félicite le plus, j’ai la conscience devoir mis mes élèves à l’abri de tous les accidents anatomiques si terribles jadis.

Après la dissection, au bout de quelques jours, lès couches superficielles des muscles brunissent et se' dessèchent, les parties intérieures' conservent.cependant leur, coloration normale. Pour éviter cet incôn-

j’engage les élèves à recouvrir leur préparation, quand le soir ils quittent le pavillon, avec une feuille de guttapercha laminée, elle intercepte le contact de l’air et empêche ainsi les transsudations.

I.a-chute de la couche cornée do l’épiderme, la momification qui s’ensuit, me préoccupaient vivement ; je perdais ainsi des parties de cadavre qui devaient encore pouvoir être utilisées* sinon pour les dissections, au moins pour les épreuves pratiques de l’examen d’anatomie. Je ne pouvais avoir la prétention de refaire un nouvel épiderme, mais je me demandais si, en rendant aux tissus desséchés une quantité: d’eau imputrescible équivalente à celle qu’ils avaient perdue par évaporation à travers la côuche'de Malpighi, je ne parviendrais pas à rendre à ces pièces momifiées, ligneuses, la souplesse et lai mollesse des éléments anatomiques normaux. Je fis préparer un grand bain* composé d’eau fortement alcoolisée additionnée du liquide conservateur,' et j’y plongeai ces débris. Après un temps variable entre deux etiquinze.jours, suivant leur état de dessiccation, j’eus la satisfaction de voir, ces pièces reprendre leur forme, îles muscles leur couleur, tous les tissus leur souplesse et, lors :de l’inauguration de la Faculté de Bordeaux, j’ai pu faire voir à mes honorés collègues, MM. les professeurs Cornil et Lannelongue (dfe Paris), un triangle de Scarpa dont les artères venaient d’être injectéessiir utie cuisse de femme conservée; depuis plus de deux ans. Cette pièce est toujours dans; mes laboratoires, elle date de quatre ans maintenant et je pourrais, après l’avoir trempée pendant quelques jours* faire continuer la dissection

de la jambe et du pied restés intacts. Aujourd’hui tous les débris de sujets desséchés Sur les tablés de: dissec-; tion sont précieusement recueillis par mes garçons, ils sont mis dans le bain dont je.viens de: parler;,il en est qui y baignent depuis dix-huit mois, jamais il ne s’en dégage la moindre odeur putride et tous les tissus ont repris leur mollesse, leur coloration, à Un point, tel que ce sont là les réserves que j’utilise pour les, épreuves pratiques du deuxième examen de doctorat. n L’injection conservatrice dont je me sers est constituée par une solution de borate de soude dartsideda: glycérine. Depuis longues années, nous avions constaté à Strasbourg, Beaunis et.moi, lâ parfaite conservation des préparations anatomiques dans cette solution, mais: ce n’est qu’à Bordeaux que j’eüs l’idée de la.faire péné-j trer dans les tissus, par injection artérielle sous pression lente et continue:

Les préparations à base d’acidèiphéhique conservent aussi les cadavres, mais, outre d’autres inconvénients, leur odeür est repoussante et j’ai ;dù y renoncer. Celle dont' je me sers est absolument inodore ; contrairement auîsublimëj.ellemïest pas toxique; ne présente aucun danger et, à l'iirterSe du chloruré de zinc, elle ne’ décolore pas lés tissus et n’abîme pas les scalpels.

En vOici ilemodé de préparation :

Prenez dé la glycérine du ! commerce aussi limpide que. .possible; chauffez-la jusqu’à 70 ou ■ 80“ ; faites-y dissoudre; jusqu’à saturation.complète, du borate de soude réduit, en poudre impalpable. Remuez,avec, uhe spatule jusqu’à dissolution. Décantez ét mette*’

trer l'injection par la fémorale en la poussant de bas en haut; il pensait, à juste titre, que par la fémorale profonde les artères situées au-dessous se rempliraient. Grand fut son étonnement quand il vit tout le cadavre

La preuve de ce fait se trouve dans l’examen microscopique des éléments pris sur des sujets conservés par notre procédé. Si, dans ces conditions, l’on examine des fibres musculaires dissociées, on ne voit, au premier moment, que des gaines de sarcolemme remplies par une série innombrable de granulations, très fines et très réfringentes de glycérine ; si, alors, on traite par l’alcobl absolu ou par l’éther, la glycérine disparaît et la fibre se présente au microscope avec ses striations et avec tous ses détails de structure.

Il en est de même des nerfs et des autres organes élémentaires. J’ai conservé un hémisphère cérébral qui

A côté des salles de conservation: et toujours dans les sous-sols, j’ai fait établir un grand coffre à congélation. Il consiste en une cuve en fer-blanc; isolée de toutes parts, en dessous, sur les côtés, par une très épaisse couche de matières isolantes. Le fond de la cuve est muni d’un tuyau d’écoulement qui conduit les liquides a l’égout. Un couvercle, constitué lui-même par des. parois en bois renfermant une grande quantité de matières isolantes, vient fermer l’appareil. Pour rendre les parties absolument étanches, une épaisse lame de feutre est interposée entre le couvercle et les parois du coffre; par son seul.poids, le couvercle,- très lourd, obture absolument tout l’appareil et aucun réchauffement venu du dehors ne peut s’y.produire; En raison même de ce poids considérable du couvercle; il a fallu trouver un système spécial d’ouverture et: de fermeture par glissement sur des galets; c’est à M. le professeur Planteau, mon cher ami et collègué, que je le dois.

Le cadavre ou Ses parties sont déposés dans la cuve et enterrés soüsdes coueheslde glace pilée et de: sel marin; au bout de douze ou quinze heures après la fermeture de l’appareil, un tronc entier avec la tête, et les organes encéphaliques est amené à la .dureté de la pierre.- La température constante de la cuve fermée est, avec le mélange de glace et de sel marin, de —14» à —15°;

Une fois congelé, le sujet ou la partie sur laquelle on veut opérer est apporté sur une table; on marque les lignes suivant lesquelles on se proposé de faire des coupes; puis, après avoir'saisi la pièce entre des

thorax, coupes qu’il a calquées sur les pièces congelées ; elles vont faire l’objet d’un mémoire qu’il prépare sur les déplacements du coeur et des poumons dans les épanchements thoraciques. Avec M. Planteau, j’ai pu faire ainsi des coupes successives de crânes et de l’encéphale y contenu, débiter, en un mot* crânes et encéphales en lamelles d’un demi-centimètre d’épais¬

seur. 11 suffit alors d’étendre une légère couche d’alcool sur la surface de la pièce, et l’on peut en prendre le calque en noir ou coloré. Je me propose de reprendre à nouveau toute cette étude de topographie cérébrale, en opérant suivant trois plans de sectionne

manière à fixer mathématiquement la position réciproque des différentes régions des centres nerveux.

Dans une autre partie des sous-sols, j’ai pu obtenir de faire construire un fourneau de chimie qui me

permettra d’avoir toujours de l’eau chaude en quantité,. de faire préparer par mes garçons: la glycérine boratée,

quelques indications sur une nouvelle méthode d’injection veineuse à froid, dont je. publierai plus tard les résultats définitifs.

L’Institut anatomique de Bordeaux e$t muni aujourd’hui, de toute l’instrumentation désirable : de microscopes ordinaires ainsi que des plus perfectionnés (celui de Zeiss, avec lentilles apochromatiques et, oculaires compensateurs). Il possède des microtomes de toute espèce : microtome de Ranvier, microtome à série de Henneguy et, .sous peu,, je, compte recevoir un grand microtome, à coulisse, que j’ai comm an< Jd-,

Pour les études embryologiques,, nous possédons une couveuse, un microscope à photographie et,j’ai fait installer une chambre noire pour le développement des clichés.

Dans mon cabinet particulier et dans celui du chef des travaux se trouve une bibliothèque de laboratoire, qui permet à mon personnel et à mes élèves de retrouver facilement et sans perte de temps les travaux les plus récemment publiés.

J’ai pu acquérir le grand schéma du parcours des fibres: nerveuses de la moelle et de l’encéphale qui se trouvait à l’Exposition, section suisse. II. sert; à la démonstration et aux études anatomiques, physiologiques et pathologiques.

Les locaux du nouveau Musée d’anatomie nous seront livrés dans peu de mois et, je compte pouvoir, pendant le semestre d’été -prochain, opérer le déménagement, la, vérification et le classement de toutes les pièces enfouies dans les anciens locaux de Saint-Gôme.

2” Amphithéâtre des cours.

Grâce à l'admirable talent de M. l’architecte Pascal, j’ai pu satisfaire mes désirs et obtenir la construction d’un amphithéâtre dans lequel un grand nombre d’au.

' dit'éurs pussent être aussi rapprochés que possible du centre de la table de démonstration, voir de toutes les parties des gradins et entendre sans que le professeur fut Obligé de forcer sa voix. Toutes ces conditions sont réalisées, les gradins, très élevés et surplombants, donnent place à 300 ou 350 élèves, dont les plus éloignés ne sont, qu’à, une distance maxima de 7”>50 du

■ professeur.

Les tableaux noirs de démonstration sont munis de contre-poids qui permettent de les faire glisser l’un.sur l’autre et de ne pas effacer les dessins aussitôt après quïls viennent d’être tracés, Des toiles sans fin, placées dans les panneaux situés à côté des tableaux noirs, permettent d’y épingler les grandes planches ou les grands dessins schématiques et d’en faire passer ainsi successivement Un grand nombre sous les yeux des

■ Une glace dépolie, de la dimension d’une porte ordinaire, est mise à.découvert quand les deux tableaux noirs de démonstration ont été repoussés vers le haut. Elle servira aux projections aussitôt que le moteur définitif sera installé. Pour que les projections puissent se faire en plein jour, dés rideâux opaques, mûs par deux- crémaillères, se ferment et se rouvrent en quelques instants.

Ajoutons, pour être complet, que tous les locaux de l’Institut anatomique sont chauffés par des calorifères séparés, que leur système de ventilation et d’aération est tel que tous ceux qui les ont visités ont été surpris de l’absence totale et absolue de toute odeur, et cependant nos tables de dissection ne cessent d’être toutes occupées depuis la rentrée de novembre jusqu’au 15 mars.

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