PARIS
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Le médecin qui aspire à l’honneur d’obtenir les suffrages deMM. les membres de l’Académie des Sciences peut sans doute se prévaloir des services rendus dans l’exercice de sa profession, ainsi que de la notoriété justement acquise à la faveur d’une pratique étendue el heureuse ; toutefois son ambition ne devient légitime qu’à la condition de s’appuyer sur le nombre et la valeur des titres vraiment scientifiques. Dans cette circonstance le praticien est primé par le savant.
Mais pour ceux qui cultivent la science de l’homme, il y a deux manières principales de chercher et d’acquérir la vérité. Tandis que les uns, prenant une voie collatérale et rapide, s’attachent, au moyen de l’expérimentation sur les animaux, à établir les lois fondamentales de l’organisation pour en faire des applications rationnelles à l’espèce humaine ; d’autres, interrogeant l’homme lui-même afin d’en obtenir les renseignements que lui seul peut donner, s’efforcent par une observation laborieuse et patiente de saisir, au milieu des phénomènes communs, les particularités d’organisation et de fonctionnement qui lui appartiennent en propre.
Les premiers s’appellent des physiologistes expérimentateurs ; lès seconds ne sont autres que des médecins. Tous contribuent à l’avancement des connaissances biologiques, chacun dans la mesure de sa valeur personnelle, sans qu’il soit possible d’attribuer une prééminence absolue à l’un quelconque des deux procédés dans lesquels se subdivise la grande méthode scientifique moderne qu’un illustre chimiste a qualifiée de méthode expérimentale à posteriori.
La méthode expérimentale appartient en effet à la clinique aussi
bien qu’au laboratoire. Là, comme ici, l’expérience proprement dite se mêle à l’observation dans des proportions variées, et les tributs apportés à la science biologique par les médecins ne le cèdent assurément pas en importance à ceux qui lui sont fournis par les physiologistes proprement dits.
Cette fière déclaration, ai-je besoin de le dire, ne s’applique qu’à la généralité et nullement au cas particulier ; elle vise un principe et non pas une personne. Un exemple défavorable ne saurait donc porter aucune atteinte sérieuse à la thèse que je défends, et la proposition formulée plus haut n’en resterait pas moins vraie pour cela, du moins au sens général. D’ailleurs l’Académie des Sciences en trouverait aisément la démonstration dans l’histoire glorieuse du présent et du passé de la section de médecine et de chirurgie. Elle se convaincrait par là que si la médecine consentait à l’abandon de son hégémonie, elle ne saurait cependant renoncer à se maintenir au premier rangées sciences biologiques.
Loin de moi la pensée de pouvoir apporter des preuves décisives à l’appui de cette conclusion historique ; mes prétentions se borneront à établir sur des faits personnels la réalité des services rendus à la physiologie par l’observation de l’homme sain ou malade. C’est ce qui ressortira, je l’espère, de l’exposé qui va suivre.
En anatomie : J’ai fixé la science sur la structure et les fonctions des glandes dites de Cowper, dont j’ai restitué la découverte à Méry, savant médecin du xvn e siècle, qui eut l’honneur d’appartenir à l’Académie des Sciences.
J’ai signalé l’existence, chez l’homme, d’intersections fibreuses dans certains muscles où elles n’avaient pas été remarquées, intersections qui permettent la contraction isolée de chacun des segments et constituent ces muscles à l’état de véritables di-oupo/y-gastriques.
J’ai démontré la présence de glandes mucipares dans la vésicule du fiel.
A l’occasion de mes travaux sur les paralysies alternes, j’ai fait voir que le quatrième ventricule résulte de la fissure de la moelle en arrière et de l’évasement du canal central qui s’épanouit en ma-
nièré de cornet d’oublie, d’où la dénomination logique de ventricule médullaire que je propose de lui appliquer.
Partisan de l’unité originelle du genre humain dont les différentes espèces se seraient formées à travers les âges dans des conditions cosmiques déterminées, j’ai apporté à l’appui de la doctrine monogénique une particularité propre â établir la transition entre la race caucasique et la race nègre ; c’est l’existence, chez les blancs fortement pigmentés, d’une coloration enfumée des méninges du bulbe et des régions circonvoisines jqui paraissait appartenir exclusivement à la race éthiopique. Le fait a paru assez intéressant à M. de Quatrefages pour qu’il ait cru devoir le mentionner spécialement dans une communication à l’Académie des Sciences sur les travaux de la Société d’anthropologie.
En physiologie : J’ai le premier démontré expérimentalement la contractilité des veines, et je pense avoir précédé à peu près tous les autres observateurs dans la constatation de la tache ou rayure blanche obtenue à l’aide d’un grattage très-léger sur une surface hypérémiée, et qui démontre, selon moi, la contractilité des plus fins capillaires sanguins.
Le premier aussi, dans un travail fait en commun avec Quévenne, j’ai signalé la présence du sucre dans la lymphe et fait connaître dans cette humeur l’existence normale de globules sanguins ébauchés ou bien plus ou moins avancés dans leur évolution. Cette observation, qui date de 1854, peut être considérée comme le point de départ de la doctrine actuelle du rôle sanguificateur du système lymphatique.
Le phénomène de la sécrétion lactée chez les nouveau-nés des deux sexes était à peine connu lorsque j’en fis l’objet de mes études à l’hôpital Necker, et plus tard dans le service médical de la Maison municipale des nourrices.
Les analyses faites avec le concours de Quévenne établissent que le lait d’enfant, semblable au lait de femme, est analogue au lait d’anesse.
Mes expériences à l’hôpital Beaujon sur les inhalations d oxygène à libre couvant , provenant d’un gazomètre mis généreusement à ma disposition par la compagnie du gaz oxy-hydrique, montrent sous un jour nouveau les conditions du conflit de 1 atmosphère avec le sang. Elles doivent faire admettre que les besoins de la respiration sont en rapport avec le nombre des hématies, et que la proportion d’oxygène employée à chaque inspiration dépend, non de la quantité du gaz comburant qui est introduit, mais de la richesse du sang en globules rouges. En sorte que l’activité de l’hématose n’est nullement accrue par la respiration de l’oxygène pur, lequel a seulement l’avantage, eu égard au mélange atmosphérique, de constituer dans le sang une réserve qui permet de suspendre beaucoup plus longtemps les mouvements respiratoires.
Auparavant j’avais déjà montré que chaque globule sanguin immobilise et entraîne avec lui une atmosphère de plasmine qu’il empêche d’agir sur les organes sécréteurs chargés de soustraire à la circulation le superflu des matières albuminoïdes. Dans cette manière de voir les hématies joueraient vis-à-vis de la plasmine le même rôle que la température dans l’état hygrométrique des gaz.
Remak avait reconnu, à l’état de dissémination dans les différents organes, des cellules multipolaires comparables à celles de la substance grise de la moelle ou du cerveau, mais sans avoir pu en saisir la signification. J’ai assigné un rôle à ces cellules que j’ai considérées comme une sorte de moelle dissociée servant à la transformation et à la réflexion des courants centrifuges, lesquels, arrivés à la périphérie, retourneraient sous forme de courants eisodiques, donnant ainsi lieu à des phénomènes de sensibilité récurrente ou de sensations réflexes.
J’ai le premier émis l’opinion que le myolemme remplit dans la nutrition du muscle la même fonction que le périoste dans la formation des couches osseuses, et que la contraction musculaire résulte d’un changement instantané de cohésion avec rapprochement des molécules : phénomène comparable à celui des substances élastiques, bien que le changement se produise en sens contraire dans les deux cas.
J’ai assigné à l’appareil dentaire la fonction d’un sens spécial qui •donnerait la notion des phénomènes électro-chimiques dont la cavité buccale est sans cesse le théâtre. Et je pense que les stratifications des couches emboîtées de l’ivoire dentaire sont disposées de telle sorte que toute action chimique portée sur l’émail détermine un courant perceptible pour le nerf dentaire.
Malgré de nombreux travaux sur la physiologie du sommeil, aucun observateur n’avait signalé l’état remarquable de l’appareil visuel durant le repos cérébral. J’enseigne depuis une vingtaine d’années et je montre journellement que, chez un sujet endormi, la pupille est fortement rétrécie en même temps que le globe oculaire est injecté et comme enflammé : fait d’une importance capitale si l’on considère que l’œil est pour ainsi dire le miroir du cerveau. Cette particularité constitue, à mon avis, l’une des meilleures preuves en faveur de l’hypérémie cérébrale statique durant le sommeil
D’ailleurs, la congestion soporale me paraît être la condition indispensable de la restauration des centres nerveux, dont la faible vascularité ne permet pas, à l’état de veille et par conséquent de dé* pense, un échange suffisant entre le sang et les éléments histologiques du tissu nerveux pour assurer la réparation complète de ceux ci.
La grande découverte de la glycogénie hépatique, par M. Cl. Bernard, m’a conduit à penser que le foie devait aussi posséder le pour voir de transformer certains matériaux en une graisse spéciale, aussi distincte physiologiquement des matières grasses alimentaires que le sucre de diabète est différent de la glycose extraite des fruits ou obtenue de la cellulose.
De même que la matière glycogène sert à la constitution des muscles ; de même la graisse élaborée par le foie serait l’élément primordial de la plupart des cellules : de l’épithélium aussi bien que des globules de la lymphe et des globules sanguins. Dans cette conception, la Pimélogénie hépatique devenait le complément nécessaire de la glycogénie. Ces vues trouvent leur confirmation dans plusieurs observations anatomo-physiologiques ainsi que dans les effets eucrasiques et entrophiques si remarquables de l’huile de foie de morue à laquelle j’assimile les autres graisses hépaiiques.
Faisant à la nutrition en général l’application de la brillante synthèse des fermentations, formulée par M. Pasteur à la suite de ses célèbres investigations dans le curieux domaine des infiniment petits, j’ai pensé que les éléments histologiques des tissus, de même que les cellules des mucédinées ou des algues ambryonnaires, dédoublent les principes qui leur sont offerts par le sang, s’emparent de ce qui sert à leur réparation et rejettent ce qui leur est inutile.
A la surface de la peau ou des cavités organiques, les résidus de cette décomposition font partie du liquide sécrété parla région. Dans l’intimité des organes, ils sont repris par l’absorption et transportés dans le sang avec les produits de la dénutrition des tissus usés. En sorte que les produits destinés à l’élimination auraient une double origine : premièrement, la dénutrition des organes ; en second lieu, le dédoublemeut des aliments plastiques.
Enfin dès 1858, alors que j’avais l’honneur de suppléer mon illustre maître le professeur Andral dans sa chaire de pathologie générale, je consacrais plusieurs leçons à la doctrine de la corrélation des forces physiques entre elles et avec les forces organiques. Je montrais de quelles vives lumières ces nouvelles données éclairaient des problèmes physiologiques jusque-là impénétrables. Cette étude me fournissait l’occasion de faire cesser un regrettable malentendu entre les savants attachés à la tradition et ceux qu’entraîne le progrès, et de dissiper l’une des principales obscurités qui enveloppent jusqu’ici les questions agitées entre vitalistes et organiciens. Je fis donc remarquer qu'il existe une distinction fondamentale entre les propriétés vitales par excellence, représentées par la nutrition et la formation ou la génération, d’une part ; et, d’autre part, les propriétés organiques qui sont inhérentes à la structure spéciale des tissus vivants et persistent, en l’absence de tout échange nutritif caractérisque de la vie, aussi longtemps que dure l’intégrité structurale.
La doctrine de la corrélation des forces générales de la matière avec les forces organiques qui n’en seraient que des manifestations particulières, devait me conduire à la théorie des échanges dynamiques entre les médicaments ou les fluides impondérables et les tissus organisés vivants. C’est ainsi que je suis arrivé logiquement à établir une classe de médicaments dynamophores, et à fournir la démonstration du fait de l’intégration directe de la force dans les nerfs et les muscles au moyen des courants électriques.
En pathologie : Je me contenterai de signaler lés travaux d’une importance majeure.
Plusieurs se rapportent aux maladies du foie. Ainsi, j’ai fait connaître la relation causale qui unit fréquemment la cirrhose hépatique à la syphilis, et j’ai découvert une nouvelle maladie du foie , liée à la syphilis héréditaire chez les enfants du premier âge.
Dans ma thèse d’agrégation sur la théorie la plus rationnelle de la cirrhose, se trouve exposée une doctrine, nouvelle et devenue classique, de la physiologie pathologique de cette grave affection.
Parmi les colorations jaunes confondues sous le nom d’ictères et attribuées indifféremment à la suffusion de la bile, j’ai distingué une espèce morbide nouvelle dont le mécanisme est tout différent et à laquelle j’ai imposé le nom d'ictère hémaphéique , parce qu’elle résulte de la présence en excès, dans le sang, des produits de la dénutrition des globules, réservant la dénomination d 'ictère biliphéique à la jaunisse vulgaire par résorption delà bile.
La pathologie du système nerveux m’a beaucoup occupé. J’ai le premier signalé le phénomène singulier de la déviation permanente des yeux vers le côté sain dans l’hémiplégie de cause cérébrale, et j'ai donné l’explication de cette déviation conjuguée en invoquant la communauté d’origine du nerf oculo-moteur commun avec les filets destinés au droit externe du même côté. L’un des premiers, à la suite de Ludwig Turek, j’ai décrit les altérations des centres et des cordons nerveux consécutives aux lésions primitivement localisées et je les ai rattachées à la suppression de la fonction. Dès 1856, je montrais les phénomènes d’hypérhémie et pour ainsi dire de fièvre locale occupant le côté paralysé à la suite d’une hémiplégie récente et je signalais l’exagération des sécrétions du mucus oculaire, de la salive, etc., dans les mêmes conditions. Les observations recueillies par M. le professeur Luton de Reims, alors mon interne, ont été consignées plus tard dans la thèse d'un de mes élèves, M. le D r Paul- Emile Chevallier.
Avant moi l’on pensait que les angines couenneuses de mauvaise nature étaient les seules affections suivies de paralysies plus ou moins généralisées, dont on faisait par conséquent un symptôme spé.
cifique du poison de la diphthérie. J’ai prouvé que, loin d’être spécifique, ce symptôme banal se rencontrait à la suite des maladies les plus diverses, tant par la cause que par le siège. J’ai fait voir, en outre, que ce n’est pas une seule, mais bien plusieurs espèces de paralysies qui surviennent dans la convalescence de la diphthérie et des maladies aiguës en général, et qu’elles reconnaissent des conditions causales très-différentes. Cette manière de voir, combattue d’abord par tous les pathologistes sans exception, est maintenant généralement adoptée.
Ultérieurement, j’ai fait connaître encore une nouvelle sorte de paralysie résultant d’une atrophie musculaire rapide et parfois généralisée. C’est pourquoi je l’ai appelée paralysie amyotrophique. Actuellement le nom s’est vulgarisé, et la chose est admise par tout le monde.
Sans parler de plusieurs autres aperçus consignés dans mon Mémoire sur les paralysies dans leurs rapports avec les maladies aiguës , j’avais établi deux espèces de tremblements, l’une tenant à des excitations spontanées, parties d’un point quelconque des centres nerveux, l’autre ayant sa raison d’être dans le caractère intermittent des décharges volontaires transmises par les nerfs de mouvement ; la première constituant un véritable spasme, la seconde relevant d’un état de parésie et que j’ai nommée amyostasie. Cette distinction, longtemps méconnue, est désormais acceptée par les pathologistes de la France aussi bien que de l’étranger.
Dans un premier Mémoire sur F hémiplégie alterne , complété plus tard par un travail d’ensemble sur les Paralysies alternes en général, j’ai institué un groupe particulier de lésions qui, par suite de leur situation vers la périphérie des centres nerveux où elles intéressent des nerfs déjà décussés en même temps que d’autres cordons dont l’autre croisement ne se fera que plus bas, offrent une distribution singulière .de paralysies partielles, les unes à gauche, les autres à droite de la ligne médiane. Cette distribution alternante permet aujourd’hui une plus grande précision dans le diagnostic du siège d’un certain nombre de lésions encéphaliques.
Il y a vingt ans à peine, toute affection plastique de la gorge signifiait nécessairement diphthérite infectieuse et réclamait impérieuse-
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ment des cautérisations énergiques. Réagissant contre cette tendance erronée et contre la pratique irrationnelle et nuisible qui en dérivait, j’ai établi que, dans nombre de cas, les maux de gorge couenneux sont étrangers au poison diphthérique, que souvent ils représentent des groupes de vésicules d’herpès fébrile,,moins l’enveloppe épithéliale, et qu’alors l’emploi des caustiques n’est nullement justifié.
A celte occasion j’ai insisté sur le parallélisme du développement des affections cutanées et muqueuses dans le cours des états diathésiques, en faisant remarquer les différences nécessairement offertes par les lésions correspondantes sur l’un et l’autre tégument, en raison des particularités de structure qui les distinguent.
Conformément à cette loi de similitude entre les affections cutanées et celles des membranes muqueuses, j’avais établi, dès 1848, l’existence de Y érysipèle interne , dont la réalité n’est plus contestée maintenant par personne. Je n’avais parlé d’abord que de l’érysipèle de la gorge, des fosses nasales, de l’intestin, des bronches, etc. Aujourd’hui j’y ajouterais Y érysipèle des séreuses , sur lequel j’ai commencé à recueillir des observations il y a vingt-cinq ans, et je montrerais qu’il y a des pleurésies, des péritonites, des méningites de nature érysipélateuse, aussi bien que des endocardites de même origine dont j’ai déjà fourni un exemple, consigné par M. le D r Martineau dans sa thèse d’agrégation.
Initié aux délicatesses du diagnostic des maladies du cœur par M. le professeur Bouillaud, dont j’ai eu l’honneur d’étre le Chef de clinique de 1850 à 1852, j’ai monlré, après mon savant maître, le parti que le clinicien pouvait tirer de la palpation du cœur pour corroborer et quelquefois rectifier les renseignements fournis par les autres méthodes d’exploration. Le toucher a pu me révéler l’existence du jeu normal des valvules sigmoïdes de l’aorte, et par conséquent leur intégrité structurale alors que leurs claquements étaient couverts par des souffles rudes et prolongés. L’application 1 de la main sur la région précordiale permet de constater, pendant le passage du sang de l’oreillette dans le ventricule gauche, des vibrations aphones, parce qu’elles sont trop peu nombreuses dans l’unité de temps pour être sonores, et avertit par conséquent de l’existence d’un rétrécissement que l’oreille aurait nécessairement méconnu.
En outre, j’ai fait connaître le seul signe à l’aide duquel on puisse, jusqu’à présent, affirmer la présence d’une petite quantité de liquide dans la cavité du péricarde.
Mes recherches de chimie appliquée sont assez nombreuses. Je ne reviendrai pas sur celles qui touchent à la physiologie, je passerai même ici sous silence celles qui se rapportent à des faits pathologiques isolés ; mais' j’insisterai sur les particularités qui se rattachent à la principale sécrétion de l’économie et dont l’importance est par cela même plus considérable à tous égards.
Mes études sur les urines, constamment poursuivies à la clinique et dans le laboratoire depuis trente ans, ont été fructueuses pour la pratique comme pour la science. J’en ferai connaître'prochainement les résultats dans un ouvrage en voie de préparation. On y verra quels secours l’examen des urines peut fournir au clinicien qui sait les interroger en vue du diagnostic et du pronostic, et combien les modifications de la sécrétion rénale sont utiles à l’interprétation rationnelle des phénomènes morbides.
J’ai le premier fait connaître l’alcalinité de l'urine au début de la convalescence, la glycosurie transitoire dans la période de retour du choléra, l’origine et la signification de la matière colorante rouge d’ambre dans ce que j’appelle Y ictère hémaphéique et les états morbides analogues. Non-seulement j’ai démontré le passage des résines dans les urines, mais j’ai trouvé dans l’alcool un moyen précieux de diagnostic différentiel du précipité d’acide rétinique, obtenu par l’acide azotique, d’avec un coagulum albumineux.
Sous le nom pimélurie j’ai décrit le passage de la matière grasse dans l’urine chez des sujets qui s’amaigrissent rapidement ou qui sont atteints d’une fièvre grave, par exemple.
C’est après avoir constaté dans les urines de la fièvre typhoïde, des maladies septiques, des fièvres éruptives et des pneumonies de mauvais caractère, la coïncidence d’une faible proportion d’urée avec l’exagération des principes peu avancés dans leur combustion ou tout à fait incomburés, que j’ai pu établir la distinction des deux espèces de fièvre: l’une franchement inflammatoire, qui n’est pour ainsi dire
qüê l’exaltation de Tétât normal et dans laquelle la combustion est en rapport avec la calorification ; l’autre maligne ou perverse, dans laquelle l’excès de la température s’explique par la transformation en chaleur de presque toute la force évoluée pendant les actions chimiques.
Parmi ces principes à peine oxydés se trouve une matière aux dépens de laquelle l’acide nitrique développe un pigment remarquable par sa belle couleur violette ou indigo. Cette matière avait été vue pac Braconnot, par Hassall, mais personne avant moi n’en avait fait l’étude clinique et ne lui avait assigné sa véritable signification'; personne non plus ne lui avait marqué sa place naturelle parmi les matières colorantes bleues si nombreuses dans le règne végétal. Malgré mes observations, tous les pathologistes croient encore que le bleu des urines est de l’indigo. Mes premières expériences en partie, exécutées dans le laboratoire et sous la savante direction de M. Berthelet, établissaient l’analogie de ces deux substances, bien qu’elles ne laissassent à mes yeux aucun doute sur les différences profondes qui les séparent. Des recherches plus récentes me portent à considérer Yindigose urinaire comme identique avec le violet de méthylaniline ou violet de Paris.
A cette catégorie de travaux se rattache l’étude aujourd’hui si importante de Y albuminurie. Avant le long travail que j’ai publié sur ce sujet, la fréquence de ce symptôme dans une foule de maladies était à peine soupçonnée, et l’on ne se faisait pas une juste idée des conditions de son apparition. Tout se réduisait à une néphrite catarrhale ou parenchymateuse. J’ai fait voir qu’il y a lieu de distinguer deux cas très-différents. Tantôt, et c’est T exception, le rein est le point de départ ; tantôt au contraire, et c’est la règle, il devient l’aboutissant. A côté des néphrites primitives, nous avons les inflammations secondaires des reins, subordonnées à un état général préexistant et tout à fait comparable à celui des diabétiques. Pour moi, la maladie dite de Bright est à proprement parler un diabète albumineux ex primant l’excès absolu ou relatif de l'albumine dans 1 ? économie, soit par production exagérée, soit par défaut d’emploi. Seulement il existe entre le diabète albumineux et le diabète sucré cette énorme différence : que le sucre étant dialysable, filtre sans peine, laissant indéfiniment l’organe sécréteur intact, tandis que l’albumine, corps colloïde, ne traverse le rein qu’à la condition d’y déterminer une
hypérhémie active et facile à transformer en'.inflammation véritable. Des lésions organiques : exsudats, métamorphoses régressives, organisation de tissu conjonctif, rétractions fibreuses, prennent ainsi naissance. Elles aboutissent à l’atrophie de la glande, à la cirrhose rénale qui devient désormais l’affection principale. Une fois le filtre bouché, les déchets de la dénutrition organique retenus, et les symptômes urémiques survenus, les phénomènes dyscrasiques initiaux sont naturellement rejetés au second plan, de même qu’il arrive pour l’alcoolisme ou la diathèse syphilitique vis-à-vis d’une cirrhose du foie arrivée à sa dernière période.
En thérapeutique mes travaux sont nombreux.
J’ai contribué à la vulgarisation de certains médicaments en fixant la science sur leur valeur. Tel est le cas pour le bromure de potassium, l’aconitine, la fève du Calabar, le chloral, les jeupeptiques. J’ai introduit dans la thérapeutique XEucalyptus glohulus, le bromhydrate de quinine ; et indiqué de nouvelles applications de l’électricité médicale.
Un cours tout entier (1872) et diverses publications sur les eaux minérales ont mis en lumière les richesses hydro-minérales de la France, et n’ont pas été sans influence sur le développement de nos hydropoles depuis ces dernières années.
D’ailleurs cet enseignement a fait entrer la médecine hydriatique dans les voies de la physiologie, où s’avançait régulièrement lapharmaco-dynamique ordinaire grâce aux efforts réunis de quelques hommes de progrès.
Quant aux Commentaires thérapeutiques du Codex, dont la deuxième édition vient d’obtenir l’insigne honneur d’une récompense académique (prix Ghaussier), ils portent l’empreinte de la science nouvelle et serviront, j’ose le croire, à l’institution définitive d’une thérapeutique rationnelle fondée sur les principes de la biologie et des sciences physico-chimiques.
Enfin mon travail intitulé : « Du rôle de la Thérapeutique selon la science », est un exposé doctrinal complet, pouvant servir d’introduc-
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tion à un traité de thérapeutique conforme à l’esprit scientifique moderne.
Qu’il me soit permis, en terminant ce rapide aperçu, de signaler encore à l’attention de MM. les membres de l’Académie des Sciences quelques-uns de mes travaux d’histoire naturelle : notamment mes Remarques sur les nains végétaux, mes Études sur l’origine et les conditions de développement de l’Oïdium albicans , ainsi que la préface d’une réforme des espèces, etc., où se trouvent développés, en opposition avec la doctrine du transformisme indéfini de Lamarck ou de Darwin, des arguments qui ont été utilisés plus tard par les partisans de la fixité relative des types organiques.