Albuminurie
(Article de 112 pages avec deux planches, dans le Dictionàire encyclopédique des sciences médicales.)
On trouve dans ce travail l’exposition didactique la plus complète de ce phénomène morbide, qui tient une si large place dans la pathologie médicale. Je ne me suis pas contenté du rôle d’historien, j’ai formulé une doctrine nouvelle de l’albuminerie que j’avais fait connaître dès 1855 dans les conférences cliniques de l’hôpital Beaujon.
Ma doctrine se résume dans ces propositions fondamentales :
1° L’albuminerie exprime un excès absolu ou relatif d’albumine dans le sang.
L’excès absolu se définit de lui-même. L’excès relatif s’étend du rap • port existant entre la quantité absolue d’albumine et la dépense qu’en fait l’économie, la matière protéique devenant superflue du moment où sa proportion dépasse les besoins de la nutrition et de la fonction respiratoire.
2° La filtration de l’albumine au travers des reins exige une modification anatomique dans le sens de l’inflammation, dont M. le professeur Mon-, neret avait dès longtemps fixé la valeur, et la glande uro-poiétique n’est point passive dans l’albuminurie.
3° Conformément à l’opinion ancienne représentée surtout par les travaux de M. Rayer, la phlogose rénale ou l’endonéphrite de M. Bouillaud
peut même à elle seule rendre compte de la présence de 1 albumine dans l’urine ; mais le plus souvent elle n’est que la condition instrumentale du phénomène. <-
4° L’albuminurie est donc par-dessus tout une affection dyscrasique aussi bien que la glycosurie. Toutes les analogies la rapprochent du diabète sucré et justifient la conclusion que la maladie de Bright est un diabète albumineux ou leucomurique. Dans le cours de ce travail, je trouve l’occasion de signaler un grand nombre de faits nouveaux et d’émettre des idées personnelles sur différents points de physiologie. 11 fait connaître, pour la première fois, l’albuminurie de l’agonie; j’assigne aux globules sanguins, dans la capacité du sang pour l'albumine, le rôle de la chalçur dans la capacité de saturation de l’air pour la vapeur d’eau ; je donne une interprétation nouvelle de ce qu’on appelle l’emmagasinement des poisons en invoquant une sorte de substitution chimique des substances minérales toxiques aux substances normales dans le plasma et consécutivement dans les tissus, etc., etc.
J’ai donné tous mes soins à la rédaction du Traitement de T albuminurie, dont j’avais fait antérieurement l’objet d’une publication spéciale dans le Bulletin général de thérapeutique (1865).