Traité des tumeurs bénignes du sein
Élève de Velpeau, j’ai, au début de mes études, eu l’occasion d’observer un grand nombre de tumeurs du sein, et dès 1860 j’ai conçu l’idée de cet ouvrage. Pendant de longues années j’ai réuni des matériaux sur ce point de chirurgie. En 1871, je me suis associé un de mes élèves, histologiste des plus compétents, le docteur Coyne, aujourd’hui professeur à la Faculté de médecine de Bordeaux, et, de 1871 è 1876, nous avons recueilli un grand nombre de faits dont l’examen clinique et anatomo-pathologique a été fait avec une unité complète de direction.
C’est à l’aide d’observations nouvelles et, pour une très-grande partie, personnelles que notre livre a été composé.
Nous avons adopté le nom de tumeurs bénignes , sans y attacher une importance particulière. Dans le langage scientifique, il faut des termes de convention, sur lesquels tout le monde puisse s’entendre, après expli-
Lorsqu’on est dans l’impossibilité d’employer une dénomination irréprochable, il est préférable de choisir une expression vague, qui n’entratne à sa suite aucune conséquence doctrinale.
I.e nom d 'adénome, qui était le dernier terme scientifique adopté, avait l’inconvénient de supposer comme absolument démontrée la nature intime des tumeurs dont nous nous occupons et de réduire il l’unité des choses en réalité, multiples; c’est pour cette raison que nous ne l’avons pas admis. Celui d 'adénoïde, créé par Velpeau, serait à la rigueur plus acceptable, à cause même de son défaut de précision. C’est ainsi que Billroth, auquel le sujet qui nous occupe est redevable de progrès trèsimportants, après avoir décrit la plupart des formes diverses et multiples que nous admettons nous-mème, a consenti, au point de vue clinique, à les réunir sous le nom de tumeurs adénoïdes.
Tl est aujourd’hui absolument certain que si les diverses variétés de
néoplasmes que nous désignons, sous, le nau\ Ae lunleürs bénignes du sein offrent plusieurs caractères communs qui permettent de les réunir dans un même cadre, elles présentent Cependant, des différences assez ■' tranchées pour qu’on puisse déjà leur assigner une existence indépen-
Les efforts les plus grands devaient être tentés pour séparer daus nos descriptions ce que la nature elle-même sépare. Dans le courant de notre travail, nous avons été constamment guidés par cette préoccupation. Nous espérons avoir pu, a ce sujet, apporter un .certain nombre de documents nouveaux èt mettre en lumière quelques-uns des éléments qui permettent, au point.de vue clinique, de différencier plusieurs des variétés dé tumeurs'.bénignes. -
Voici du’reste, sous forme de conclusions, le résumé de cet,ouvrage :
1° Il existe dans Ip sein un groupe de tumeurs que l’on peut désigner SOUs. lç iSûm de tumeurs, bénignes. Le caractère dé bénignité qu’elles offrent, toutes, à diveis degrés, est dû à; çV fait anatomique spécial, qu’elles sont nettement limitées par wie capsule fibreuse qui les isole du reste tle la glande et des tissus ambiants.
2" Toutes ces tumeurs tirent leur origine deJélément glandulaire (tissu péri-acineux ou revêlement épithélial).' Elles se présentent sous quatre formes anatomiques principales. Trois 1 de.ces formes dépendent du tissu, conjonctif (fibrome, sarcome, mymnep.XJwï seule a son point de départ dans le revêtement épithélial; c’est Vèpithélioma mtra-eanaliculaire.
3° Tontes ces tumeurs sont bénignes, si on les compare au cancer; mais leur degré de bénignité varie dans certaines , conditions données, Celles qui dépendent du tissu conjonctif sont bénignes dans le sens absolu du mot. Elles riêrécidivent, dans l’immense majorité des. cas, quô par suite d’une opération incomplète. Celles qui ont pris naissance aux dépens de, Y élément épithélial, restent bénignes tant qu'elles n'ont pas, .pour ainsi dire) usé leur capsule d’ouve'loppe.
4” On grandi nombre des symptômes propres à ces tumeurs sont communs à leurs diverses variétés. Cependant* dès à présent, il est posr sible A’assigner a chacune (f elles quelques caractères symptomatiques
pouvant permettre de les différencier cliniquement. Bien que les résultats obtenus à ce point de vue soient encore peu nombreux, on peut entrevoir le moment où il sera possible de les compléter.
5° L’anatomie pathologique des tumeurs bénignes du sein démontre que presque toujours 1 énucléation simple de la tumeur constitue une opération incomplète. Les lésions, parvenues à leur summum de développement dans la tumeur elle-même, sont déjà en voie d’évolution dans le tissu glandulaire voisin. Aussi, pour pratiquer une opération complète, il faut nécessairement dépasser les limites de la tumeur et pratiquer 1 amputation partielle.
6“ Cette règle, que l'on peut adopter lorsqu’il s’agit des tumeurs trèslimitées (fibromes ), ne peut plus être considérée comme suffisante, lorsque la tumeur est très-volumineuse et à développement rapide ( sarcome , myxome) ; dans ce cas, il faut pratiquer \ amputation totale du sein.
6. Leçons de clinique chirurgicale , par le docteur Léon Labbé recueillies, réaigées et publiées par le docteur Emmanuel Bourdon.
Ces leçons ont été faites à l’hôpital des Cliniques, alors que je remplaçais M. le professeur Richet, qui avait bien voulu me confier son service pendant les vacances de 1868,1869, 1870, 1871. Elles sont la reproduction des leçons faites en 1871. Les principaux sujets traités dans ces leçons sont les suivants :
L’uréthrotomie externe ; l'uréthrotomie interne ; les hémorrhoides ; le diagnostic des tumeurs des bourses; les fistules vésico-vaginales ; certaines parties de l'histoire des pieds bots, le signale particulièrement les chapitres relatifs aux kystes de l'ovaire, dans lesquels la question du diagnostic de ces tumeurs a été étudiée avec de grands détails, etc., etc.
7. Mémoire sur textraction d’un corps étranger de l'estomac , et sur la création dun nouveau procédé de gastrotomie.
(Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1876)
Je reproduis ici textuellement l’article du Précis dopèrations de chirurgie de M. J. Chauvel, professeur agrégé au Val-de-Cràce (Paris, J. Baillière, 1877), page 579.
GAST20T0MIB POUR LES CORPS l-.TRANGIiRS Dli I.’ÊSTOMAC.
« Procédé de Lahbé. — L’estomac n’est accessible au chirur- » gien que par sa face antérieure, dans un espace triangulaire à base » inférieure, dont les côtés sont formés, d’une part, par le lobe gauche » du foie, et, d’autre part, par le rebord des fausses côtes gauches, » et dont la base correspond à la grande courbure de l’estomac. Ce » qu’il importe de déterminer rigoureusement, ce n'est pas jusqu’où » peut descendre la graude courbure de l’estomac, qui forme la base du » triangle, mais bien jusqu’où elle peut remonter, car, si l’on fait son » incision trop bas, on s’expose à tomber sur le colon transverse.
» Sur le cadavre, jamais la grande courbure de l’estomac ne remonte » au delà d’une ligne transversale passant parla base des cartilages de la » neuvième côte de chaque côté; à plus forte raison sur le vivant, où l’ex- » piration est moins forte. Pour le reconnaître: lecartilageeslsitué immé- » diatement au-dessus de la première dépression que l’on rencontre, en » suivant de bas en haut, avec le doigt, le rebord des fausses côtes- » Nouveau repère : cette dépression est limitée inférieurement par le » cartilage très-mobile de la dixième côte. Celui-ci, réuni au précédent » par un ligament de 6 à 7 millimètres de hauteur, joue à frottement, » et l’on peut assez facilement déterminer sous le doigt la production d’un » bruit tout spécial.
n Opération. — 1“ Faire à 1 centimètre en dedans des fausses » côtes gauches, et parallèlement à ces dernières, une incision de 4 centi-
» mètres dont l’extrémité inférieure doit tomber sur une ligne transver- » sale passant par le cartilage des deux neuvièmes côtes. Si l’incision ne » dépasse pas 4 centimètres, on n’intéresse pas les fibres du grand droit » de l’abdomen. Inciser couche par couche jusqu’au péritoine pariétal.
» En opérant ainsi, on arrive sur la face antérieure de l’estomac, à l’u- » nion de ses portions cardiaque et pylorique.
» 2° Saisir avec une pince à griffes la paroi antérieure de l’estomac, » en attirer une partie au dehors, et la maintenir sur les lèvres de la » paroi abdominale en traversant ce pli par une anse de fil.
» S° Adossement .des séreuses par des points de suture, sur tout le » pourtour de la plaie.
» 4" Ouverture de l’estomac. Recherche et extraction du corps » étranger. »
En terminant mon mémoire, je disais que probablement on pourrait utiliser avec avantage ce procédé, pour établir une bouche stomacale et renouveler dans de meilleures conditions les importantes tentatives qui avaient été faites dans cette voie.
feu de temps apres. M. le professeur Verneuil venait réaliser cet espoir. Sur un malade de son service atteint de rétrécissement infranchissable de l’œsophage, M. Verneuil voulut bien mettre en usage ce procédé, et il obtint le magnilique succès de gastrostomie dont l'histoire si remarquable a été communiquée à l’Académie.
Quelques jours après, M. Lannelongue, chirurgien distingué de Bordeaux, obtenait également un succès; mais le malade, atteint de cancer de l’œsophage, était bientôt emporté par les progrès de cette affection.
A l’étranger, plusieurs gastrostomies ont été pratiquées en suivant rigoureusement les mêmes indications, notamment par Schœnborn ( Archiv. f. Kisnische Chirurgie Von Langenbeck , vol. XXII, fas. 1, p. 227, et fas. 2, p. 500, 1878). L’opéré était un enfant de sept ans, qui aguéri. — Courvoisier (Corresponding.) Il s’agissait d’un cancer de l’oesophage; le malade avait soixante ans : il mourut au bout de deux jours.
8. Recherches expérimentales sur tes lésions de (intestin à la suite de T étranglement intestinal.
(Bans la thisc de M. Nicaise, 30 juin 1866, n* 149.)
J’ai entrepris une série d’expériences propres à éclairer l’histoire des lésions qui succèdent aux étranglements intestinaux. Ces expériences, qui sont continuées actuellement, ont déjà été utilisées par M. le docteur Nicaise, chirurgien des hôpitaux et agrégé de la Faculté de médecine, dans sa thèse inaugurale, sur les lésions de (intestin dans les hernies.
Dans la préface de sa thèse, M. Nicaise s’exprime ainsi : «Nous devons » tous nos remercîments àM. Labbé pour la bienveillance avec laquelle » il a mis à notre disposition les résultats d’expériences nombreuses, » inédites. Dans ces expériences, M. Labbé avait pour but de rechercher » quelles sont les lésions de l’intestin dans les hernies ; elles ont été faites » avec le plus grand soin sur des animaux acclimatés et soignés après » l’opération. On comprend toute l’importance que doit avoir le rappro- » chôment des lésions que nous avons observées sur l’homme avec celles » observées par M. Labbé sur les animaux. »
K la page 88 de sa thèse, M. le docteur Nicaise s’exprime ainsi : « Le » nombre des expériences de M. Labbé m’empêche de les reproduire » toutes, mais leur importance et le soin avec lequel elles ont été faites » m’engagent à donner tous les résultats obtenus.» Suit un résumé très-complet des résultats de ces expériences.